‹ De la noblesse et des récompenses d'honneur chez les RomainsChapitre 15 sur 147 · Agran, II · texte numérisé non relu

Agran, II

plébéien sur le patriciat, n'était en eflfet, le plus souvent, qu'un mensonge d'équité politique.

Que sont, .que peuvent les lois, quand on les viole ou qu'on les élude ? Ce ne sont péSf les lois, ce sont les hommes qui font les bonnes républiques. Sous l'ombre de cette égalité éventuelle et incertaine, régnait l'inégalité la plus tyrannique et la plus vexatoire.

Les provinces faisaient ou accroissaient la fortune des nobles ; le sénat distribuait les provinces ; les nobles devenaient sénateurs par les fonctions publiques, et ils disposaient des comices électifs par leurs cabales, par leurs clientèles, par les auspices. La noblesse se recrutant par Ifts magistratures, les magistratures étant envahies par la noblesse, la liberté ne se défendait, ne se relevait que par les insurrections xles opprimés et des déshérités, auxquels ne manquaient pas d'ailleurs les instigations incendiaires des tribuns. A la conspiration des intérêts oligarchiques elle opposait les emportements de la multitude soulevée par les factieux. Tous les historiens l'ont* observé, l'ont déclaré : après la ruine de Carthage, la guerre de cent ans commença entre les grands et le peuple, qui ne posèrent les armes que dans l'asservissement de tous sous un maître.

La noblesse se concentrait dans le sénat. Par

lui, en lui, elle était un corps organisé, puissant, gouvernant. Hors de là, les nobles n'avaient point de privilèges personnels , point d'immunnés, point de pouvoir. Quelques distinctions purement honorifiques pour les sénateurs en particulier, telles que décoration du laticlaveet préséance dans les théâtres*. Du reste, aucune prééminence héréditaire, aucune exception de justice, aucune prérogative d'admissibilité aux honneurs par droit de naissance. Quelques famille^, il est vrai, se perpétuaient dans le sénat, mais par les magistratures curules, par une conséquence de l'élection populaire. Il y fallait encore la nomination des censeurs, qui, en vertu de leur autorité souveraine, revisaient la liste du sénat, tous les cinq ans, lorsque des dis^nsions civiles ou d'autres événements malheureux ne troublaient pas l'ordre accoutumé. Sans la renouveler en totaUté, ils y faisaient tels changements qu'il leur plaisait par éUmination et par addition, en prenant les nouveaux pères conscrits parmi les magistrats sortant d'exercice, et de manière à tenir toujours au complet le nombre de trois cents ^ Nul ne pouvait se flatter d'être nommé à vie.

1. Seulement depuis Tan 560. Liv. XXXIV, 44, 54. Val. Max., Il, 4^ 3.

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