Curia, curiales, decuriones
très-onéreux, et les autres charges des villes et des territoires qui en dépendaient ; puis, entre les décurions et les plébéiens, plebs urbana, un ordre de création toute nouvelle, sorti de la plèbe et même de la servitude, et faisant souche de noblesse future, à savoir : les aiigustaleSy espèce de chevalerie des cités de province, incomparablement inférieure à la chevalerie romaine par la date de son origine et par sa condition actuelle, comme la province l'était à Rome.
Ou'étaient-ce que les Augiistales? Deux savants ont traité cette question, et l'ont résolue contradictoirement sur quelques points particuliers, d'accord en somme sur l'état et la condition générale de l'institution *. Il me serait impossible de produire quelque idée neuve après les dissertations dans lesquelles les deux écrivains ont déployé tant d'érudition avec tant d'habileté. Je veux dire seulement pourquoi je ne me range pas toujours sans réserve à l'opinion de l'un ou de l'autre.
i. M. EggeR; Appendice II, à la suile de VExamen critiqué des historiens anciens de la vie et du régne d^ Auguste, 1 vol. in-8', 1844. — M. Zumpt, de Augustalibus et Seviris Augustalibus commentatio epigraphica. Mémoires de VAcad. de Berlin, in- 4°, 1846. — M. Egger, Nouvelles observations sur les Augustales, extrait de la Revue archéologique 'des 15 février et 15 mars 1847. M. Henzen a fait un examen très-savant de ces écrits dans le Zeitschr. fur die Alterth. Wissensch. 1848.
L'an 747, Auguste restaura le culte des dieux lares publics à Rome, et renouvela la double fête compitale de printemps et d'été. Cette restauration concourait avec la nouvelle division de la ville de Rome en quartiers, regimies et en rues et carrefours, vici, compila. Il y eut, dans chaque viciiSy quatre directeurs, magistri, choisis parmi les plébéiens de -la circonscription, mcinia. Les directeurs furenl chargés de présider ^ aux fêtes compitales de leurs arrondissements respectifs, vêtus de la prétexte *. Un troisième compagnon fut adjoint aux deux vieilles divinités, ce fut le génie d'Auguste, De même que la souveraineté populaire s'était incarnée, en la personne de l'empereur par la puissance tribunitienne, de même le génie de l'empereur associé aux dieux lares et les effaçant dans cette association, devint le symbole de la protection céleste du foyer romain ; on les nomma collectivement les lares Augustes, lares AugustP.
Assurément, il n'y avait pas besoin d'un ordre exprès du prince, ou d'un décret du sénat pour que cette religion se propageât dans l'Ita-
\. Sdet., Aug., 30; Dio., LV, 8.
2. « Rome possède mille dieux lares avec le g(5nie du prince qui les lui a commis, et chaque rue rend un culte aux trois divinités à la fois, et vici numina trina colunt, » Oyid., Fast,, V, 145.
CHEZ LES ROMAINS^ i05
lie et jusque dans les proyinces. Les habitudes de l'idolâtrie J'entralnement des exemples de la capitale, Fémulation de la flatterie suffisaient pour cela. En adorant les dieux lares de Rome confondus avec le génie du prince, père de la patrie *, on faisait profession d'adhésion ou mieux de cohésion à l'Etat romain, à l'empire. Il fallait pour ce culte nouveau un nouveau sacerdoce, un sacerdoce issu du peuple ^ comme la magistrature à laquelle l'office correspondant était dévolu dans la capitale. On créa un nom dans lequel la politique prédominait sur la piété ; les ïwêtres des lares Augusti furent nommés Augustales; la curie municipale les élut entre les riches plébéiens, ingénus ou affranchis, comme faisait le sénat de Rome, qui nommait ou du moins ratifiait les élections des vicorum magistri romains \
1. Le génie d'Auguste se confondit avec le génie de chacun de ses successeurs, qui s'appelèrent tous Auguste; quelquefois on y associait des personniâcations d'empereurs vivants ou de familles impériales, Claudiales, Flaviaîes,