INTRODUCTION
Deux hommes, deux puissances, quelquefois deux grands peuples s'irritent l'un contre l'autre. L'inimitié monte et s'accroît au milieu de débats envenimés. Un moment vient , cependant, où l'on sent le besoin de se rapprocher : on s'explique, on s'écoute; tout se calme. Une discussion loyale éclaircit les questions: appuyée de part et d'autre sur toutes les convictions sincères, elle rend aux mots leur valeur, et parle la langue d'mie complète et généreuse franchise. On s'entend enfin : on traite, non plus avec passion, avec colère, mais avec respect, avec confiance. Les deux puissances reconnaissent sincèrement leurs droits respectifs, et l'ordre renaît avec la liberté commune. Deux forces alliées, mais distinctes, s'exercent alors et se développent dans une noble et vaste sphère. Les biens les plus précieux, les dons les plus nobles de l'humanité, toutes les forces les plus élevées d'une grande nation, trouvent, pour se produire, des voies larges et glorieuses, où nulle entrave ne vient arrêter leurs progrès.
Est-ce que parmi nous l'Église et l'État ne pourraient point s'entendre et s'accorder enfin?
Dans une question où la Politique et la Keligion sont en présence, j'ai cru (ju'il était permis à lit) prétie (Tapporter qnclcpics éclaircissements, et de travaillcià la paix en coinl)attant ponr la vérité et pour la justice.
Je ne viens point jeter de nouvelles causes d'irritation dans une controverse qui peut-être n'a déjà été que trop vive : heureux si j'y puis seulement répandre qnelcpie lumière! La pacification relig; use, voilà mon but, et le plus ardent de mes vœux; voilà où je tends de toutes mes Jbrces dans cet écrit, qui n'a point les prétentions d'une œuvre littéraire, mais qui est l'exposé simple et loyal de questions qu'il suffira , je l'espère, de bien poser pour les résoudre.
11 tant tout d'abord le reconnaître : jamais plus hautes questions ne furent agitées; jamais plus mémorable lutte ne s'est élevée chez un grand peuple.
Le bruit que dès leur origine ont fait parmi nous ces débats d'une si giav(» importance , a depuis longtemps retenti en Angleterre , en Allemagne, en Italie, et nous donne présentement en spectacle à l'Europe attentive. Et cela se conçoit : il s'agit, en effet, du plus beau privilège de l'humanité, de la liberté des Ames! Dès lors, on comprend aisément l'ardeur des prétentions et des disputes; on comprend que la polémique la plus vive, même la plus pas-
( 5) sionuée, naisse de la plus noble des ambitions, an snjel du premier de tons les droits.
Les deux sociétés qui se partagent la terre, et dont l'union compose la société humaine, cette société spirituelle et cette société laïqiie, dont l'accord est nécessaire au bon ordre des affaires humaines, et qui ne se divisèrent jamais sans les troubler: ces deux sociétés ne peuventelles donc plus s'entendre? Les leçons du passé seront-elles perdues? Reviendrons - nous aux querelles de l'empire et du sacerdoce? L'expérience n'a-t-elle pas jugé, depuis de longs siècles, ces antiques et périlleux débats? Le temps ne nous a-t-il rien appris? Et au milieu des idées, au milieu des garanties de l'ordre politique, tel qu'il existe aujourd'hui, quelle peut donc être la raison de toutes ces défiances de l'État envers l'Eglise?
Quant à nous, que l'on nous connaisse bien ; voici ce que nous avons appris, et ce que nous sommes:
Hommes de la société spirituelle, nous abandonnons exclusivement et sans regrets, à la société laïque, le gouvernement des peuples, quelque forme qu'il revête. Nous ne nous renfermons pas cependant dans cette abnégation passive. Nous venons en aide à la société laïque en lui donnant ce qu'il ne lui est pas possible de se donner elle-même , c'est-à-dire des âmes préparées aux vertus sociales, dévouées au bien
(6 ) de rhnmanité, dignes de l'honorer, capables de la servir. Nous proclamons le pouvoir de la société laïque; nous le recommandons au respect, à l'obéissance, à l'amour des hommes; nous le regardons comme l'expression extérieure de la providence de Dieu. Pour nous, ses droits sont sacrés, sa gloire nous est chère, ses malheurs sont les nôtres; nous partageons toutes ses destinées, nous obéissons à ses lois : et, après Dieu, il n'est rien qui sollicite et remue plus profondément notre cœur, notre conscience, notre dévouement, que le nom et la voix de la patrie.
Temporellemcnt soumis au pouvoir temporel, celui-ci nous gouverne, nous emploie, nous plie à tous ses besoins, à toutes ses formes; mais, au-dessus des choses de ce monde, la société spilituelle réclame les âmes comme son domaine spécial, comme sa charge providentielle. Elle les forme pourla société laïque, mais elle ne s'en dépossède pas; l'une en a l'usage dans son but temporel, l'autre la responsabilité dans son but éternel. Ces deux sociétés, en un mot, parallèles plutôt que rivales, sont faites pour vivre ensemble sans se confondre; tout empiétement de l'une sur l'autre est un malheur; le problème ne peut se résoudre que par leur indépendance réciproque, c'est-à-dire, par la liberté : la liberté, c'est la paix !
La paix ! Je répète à dessein ce mot : c'est le vœu de notre cœur. La paix! Personne ne la
(7) désire plus que nous : non , certes, que nous recloutions jamais les chances delà guerre : il y a dix-huit cents ans que nous la soutenons avec courage, quelquefois éprouvés, jamais vaincus; perdant quelquefois des soldats, jamais des batailles; et, à quelque .prix que nous achetions la victoire, assurés qu'elle ne nous manquera jamais. Nous préférons la paix cependant : c'est pour elle que l'Eglise a toujours combattu, parce que la paix, même en ce monde, est le but de l'Évangile, et surtout le bien des hommes. Yoilà pourquoi nous n'avons pas honte de demander la paix, alors même que nous sommes injustement attaqués.
Mais la paix que nous voulons , c'est la paix dans la liberté, la paix dans la justice; toute autre paix serait le sacrifice des droits de la vérité ; ce serait la honte. Nous pouvons, nous devons être humbles :nous ne pouvons, nous ne devons jamais être vils. On peut nous haïr ; nous ne voulons pas qu'on puisse nous mépriser. Si donc l'on nous offre une paix servile, une paix qui nous commande l'abandon de ce que Dieu nous ordonne de défendre, une paix comme on peut l'offrir à des hommes sans coeur, à des vaincus, nous n'en voulons pas. Ce n'est plus la paix : c'est la servitude que l'on nous apporte, cette servitude des âmes contre laquelle l'Eglise s'est toujours armée du droit de résistance. C'est la guerre dont on nous impose malgré nous
(8) l'obligation. On vont nous faire grâce, et nous (leniandons justice; nous la clenianclons à notre manière, la charité dans le cœur, la raison sur les lèvres, l'Évangile et la Charte à la main.
Qu'on se souvienne de ceci : l'Eglise se sert des bonnes lois, et , à la longue , elle n'a rien à craindre des mauvaises. Tout lui est bon : dans les mains de Dieu, le mal devient bien pour elle, (lilii^culi/jus Dcuni oninia coojx'niiitur in honuni ; et rÉgiisca toujours vu les événeinenlscontraires tourner à son j^rofit et à sa gloire.
Ce langage peut paraître extraordinaire, mais c'est le langage des chrétiens. Pour eux, c'est au milieu des grandes épreuves, des luttes les plus terribles, que se forment les fortes vertus, les courages magnanimes. La mollesse abat les âmes, et les fortunes trop prospères sont le plus redoutable des dangers.
Un des titres de gloire de l'Eglise de France, c'est d'avoir traversé les périls d'une longue prospérité sans s'amollir; et, quand un siècle impie est venu lui demander le témoignage du sang, elle s'est montrée digne de le lui donner. On a pu juger de sa vigueur dans cette lutte mémorable qui s'établit entre le sacerdoce etl'inipiétéphilosophiqueauderniersiècle: d'un côté, la fureur , excitée encore par les applaudissements des peuples égarés; de l'autre, cette constance, ce mépris de la mort qui convient si bien à ceux
(9) quicombattentpourla justice, et enfinlavictoire!
Dans cette Grande-Bretagne, notre émule politique, l'Irlande est la page héroïque de l'histoire des trois royaumes; mais il ne faut pas oublier qu'une page plus héroïque encore et plus glorieuse existe chez nous, et ne peut être retranchée de l'histoire de la révolution française. IN'avons-nous pas le droit, après de tels souvenirs, de prendre à notre compte le mot de Pascal, et de nous réjouir diétre dans une bcirque battue par les Jlots^ et qui ne peut périr?
Quant au temps présent, je vois autour de nous, je vois même au milieu de nous, quelques terreurs; mais, je l'avoue, je les partage peu. Selon moi, il se fait beaucoup de bruit; mais, au fond, le mal ne sera pas considérable. Supposons les faits les plus fâcheux : par exemple, une de ces lois qu'on est convenu d'appeler des lois de colère ! Qui ne sait que la colère n'est jamais bien longue , et qu'elle passe comme les plus sombres nuages du ciel? Ce qui reste, ce qui survit à tout , n'est-ce pas la justice, le bon sens, la raison? Eh bien, je redoute moins cette phase de discussion, passionnée sans doute, mais enfin sérieuse, à laquelle nous sommes arrivés; je redoute moins ce moment de crise dont tant d'esprits s'effrayent, que ce qui se passe depuis six mois (i). J'aime
(i) Ceci éialt écrit avant les séances de la Chambre de» Députés des 2 et 3 mai.
( lo ) mieux une discussion libre et haute; le vote j)(iit-("'tre nous y sera contraire, mais au fond la discussion sera pour nous. Peu imjDorte le présent : il n'a de valeur que quand il renferme les germes de l'avenir. Or, dans cette grande question, comme dans toutes celles qui intéressent les destinées de Y ordre social, ï\ y a les hommes et les choses; nous avons peut-être encore les hommes contre udus, mais les choses sont pour nous; et les choses ont une force qui, à la longue, triomphe invinciblement des hommes. L'avantage d'une cause qui a le temps pour elle, et djui peut attendre sans s'alfaiblir, c'est qu'elle sesoutient toujours sur le même plan ; c'est que ce plan est invariable; c'est qu'il peut être poursuivi avec constance, sans avoir jamais besoin d'être recommencé. La vérité, la justice, la liberté ne périssent jamais. Si une partie de l'étlifice sécroule, on le relève, toujours sur son dessin primitif. Le temps même, qui détruit tou tes les choses périssables, prête son secours et son action à ces choses éternelles : les hommes sont des instruments moins fidèles que lui ; il les éternise en qiu^que sorte pour s'en servir; et ce cpie les hommes d'aujourd'hui n'auront pas fait dans l'œuvre de Dieu, soyons-en sûrs, avec le temps d'autres se trouveront là pour le faire. Comment donc n'aurions-nous pas bon espoir, quand nous avons ce qui rend une cause imperdable?
Nos armes d'ailleurs sont dignes d'une telle cause, dignes de la justice et de la vérité : ces armes sont la patience et la modération. Avec elles nous triompherons infailliblement de tout. Nous mourrons peut-être avant d'avoir vu se lever le jour de la victoire; mais il se lèvera infailliblement sur nos neveux, à moins que Dieu ait cessé de bénir la France.
Les causes saintes ne périssent jamais que par l'emportement ou la faiblesse de leurs défenseurs: par elles-mêmes elles sont invincibles. La patience et la modération, il est vrai, triomphent lentement: les premiers succès sont souvent pour la force et la violence; mais pendant ce temps nous nous retrempons, nous nous fortifions dans l'humiliation et la prière. Nous commencions peut-être à nous trop confier aux hommes: nous ne les connaissions pas; nous commencions peut-être à perdre quelque chose de la réflexion et du sérieux qui conviennent à des chrétiens en un siècle agité , nous aurions volontiers cru à la bonne foi, et espéré la paix éternelle. Mais à la confiance sans raison ont succédé l'étonnement, la tristesse, et même le découragement chez ceux qui ne sont pas habitués aux luttes de la justice. Puis, le courage, la force invincible, le mépris de toutes les menaces ont bientôt dominé ces premières et vaines terreurs. Le danger nous a éclairés de sa lumière, et soudain, notre résolution une fois prise, nous nous
sommes préparés à la résistance avec cette décision dernière et inflexible, qui fait de nous comme une enclume, toujours victorieuse des bras qui se fatiguent et s'usent à frapper inutilement sur elle.
Vainement cette résistance consciencieuse a été abaissée au niveau d'une opposition de parti : ce reproche, il faut le dire , honore peu l'esprit de ceux cpii l'ont imaginé. Ce n'est pas demain, ce n'est pas avant un long temps peut-être que nous verrons tous les Français, unanimes, entourer leur gouvernement de respect, d'affection et de confiance. Mais, pour quiconque a des yeux, il n'y a personne en France sur qui le reproche d'esprit de parti puisse moins tomber que sur le clergé; personne qui soit plus dégagé que nous des liens des affaires humaines, qui soit plus étranger aux intérêts qui se débattent chaque jour; personne qui soit plus au-dessus, plus en dehors des querelles des partis ; et la raison d'ailleurs en est claire : politiquement exclus de toutes les afûiires, nous nous en trouvons bien. Nous ne demandons ni argent ni honneurs. L'argent que l'État nous donne n'est pas un don gratuit; il s'en faut: et , au besoin , nous nous en passerions.
Les honneurs! La proposition d'un haiic(rE{>€' qiies à la Chambre des Pairs nous a fait naguère sourire plus que qui que ce soit, non de dédain, mais d'étonnement et d'indifférence. On ne se
représente pas à quel point nous sommes loin de toute pensée de ce genre! En vérité, toutes ces imputations sont de gens qui n'observent rien , qui ne comprennent rien. Si nous demandons notre part dans l'éducation de la jeunesse, nous ne demandons par là que la liberté du travail et du dévouement, qu'une fonction éminemment spirituelle; et si nous ne la revendiquions pas , nous serions dignes du mépris de nos concitoyens et de l'Europe. En Angleterre, en Allemagne, partout les ministres de la religion sont les instituteurs de la jeunesse. Il n'y a là ni ambition, ni empiétement; il y a dioit et devoir. Quand la liberté a un grand, utile et noble but, il n'est pas besoin de calcul, il suffit des plus simples inspirations du zèle pour la réclamer, et nous regretterions pour nos adversaires qu'ils ne crussent pas à ces principes élémentaires de l'honneur moral.
Au lieu de chercher la raison de la force et de l'influence du clergé dans d'injiuMeuses hypothèses, pourquoi ne pas la voir là où elle est uniquement? Le clergé a une grande puissance, parce qu'il a la puissance d'une idée fixe, Je prosélytisme des âmes. Les partis sont faibles, parce qu'ils ont des opinions; le clergé est fort, parce qu'il a des doctrines. La monarchie, la république, le gouvernement constitutionnel ne sont pour lui que des formes indifférentes; il est monarchique en France, républicain en
Amérique; on lui demande de se convertir aujonrd'hui parmi nous an régime constitutionnel, il est lout jDfét à le faire quand ce régime sera sincère , quand il n'y aura pas dans la Charte une prétendue liberté de conscience, restreinte et aiuuilée par le monopole.
Voilà où est la question ; voilà ce qui fait jiotre force. Nous sommes, non des hommes politiques, mais des hommes spirituels, réclamant la liberté des consciences, la liberté des âmes : et pour cela, invincibles. INous ne sommes pas à craindre, mais nous ne craignons pas non plus, non tiin('imis\, nec ierremus. Nous ne sommes plus de grands seigneurs , nous ne sommes plus opulents. Si l'argent et les offrandes des fidèles viennent quelquefois à nous, rien n'est plus libre, plus spontané : c'est pour le soulagement des pauvres; c'est que nos cœurs sont dignes de cette confiance, nos mains dignes de ce ministère. Nous sommes un clergé catholique et national, j)lus national que beaucoup de ceux qui nous accusent. On est triste de penser qu'il faut encore tant d'efforts pour faire recevoir des idées si simples, pour pacifier par elles le cœur de la France, et pour compléter ainsi par la justice ces libertés sages pour lesquelles ces grands débats mêmes seraient une occasion d'affermissement , si on savait le bien comprendre.
Mais notre légèreté s'amende peu en France.
( '5) Au moyen âge, clans ces temps de générations austères, théologiques et guerrières, un grand pape disait : Les Frcniçais sont un peuple admirable : ils ojit le privilège defaii'e des sottises du funtiii ((Il soir, et Dieu les répare pendant la nuit. Aujourd'hui encore nous aurions besoin de cette même providence; car on dirait que nous savons tout commencer, et rien finir, pas même les révohitions qui nous passionnent. Il y aurait là une grande œuvre à faire : les hommes lui manquent peut-être.
En 1789 et en i8i/|, par exemple, il eût fallu dans les conseils de la couronne un grand homme: un homme qui fut un grand génie, pour deviner l'avenir, et un grand caractère, pour dominer le présent et conduire fermement les événements à leur terme. Aujourd'hui, un grand génie n'est plus nécessaire. Je ne prétends pas dire par là qu'il ne pourrait se rencontrer parmi nous ; mais le bon sens suffit. Un grand caractère serait désirable sans doute; mais un caractère d'une fermeté vulgaire suffirait à la domination du présent; il faudrait seulement qu'il s'appuyât sur le bon sens, ce réparateur infaillible, et, heureusement aussi, ce survivant immortel des mauvaises passions.
Mais cet homme ou n'existe pas ou il n'ose se montrer parmi nous. L'Angleterre est plus heureuse : elle a peut-être rencontré cet homme
clans Robert Peel. Et nous, en allendatit, nous consumons le temps en disputes violentes et en vaines récriminations.
La calomnie règne; la haine crée, répand, accrédite ses inventions absurdes et cruelles; elle amasse dans notre atmosphère sociale ces nuages de préjugés qui obscurcissent les intelligences les plus éclairées et troublent les cœurs les plus fermes. On s'étonnera bientôt, on s'étonne déjà de cette invention stupide de quelques religieux jugés capables .et coupables de tous les cv'wnes. Célèbre compagnie, rjui ne parles ^ jxis en vain le nom de Jésus , à qui Dieu a donné des docteurs, des apôtres et des évan^élis tes, pour répandre dans tout F univers la gloire de son Evangile, dit Bossuet, plus digne encore de nos respects par tes longs malheurs que par tes illustres services! Dans quelques années, on ne voudra pas croire qu'au milieu de ce déchaînement inouï, il ne se soit pas trouvé, d'un certain coté, une seule âme calme et généreuse pour arrêter l'emportement des passions par une parole de raison, et pour lever le drapeau de la pacification et de la justice.
Il n'y a vraiment que notre pays où la guerre soit la seule raison de la guerre ; où l'on rugisse contre la contradiction sincère et légitime, et où l'on repousse ainsi les usages et les progrès de la civilisation du monde entier.
Est-ce que, autour de nous, toutes les nations ne sont pas entrées dans ces voies pacifiques? l'Angleterre, la Prusse, la Turquie même.
Faudrait-il croire qu'il y a là un mouvement imprimé par la Providence à la destinée des peuples; que nous descendons du catholicisme, quand d'autres y remontent, et qu'ils s'élèvent dans la proportion où nous nous abaissons?
Espérons mieux pour le royaume très-chrétien! Je ne crois point d'ailleurs à ces sinisties prophéties auxquelles la Providence ne donne quelque vraisemblance que pour nous commander de prudentes réflexions. Il en est des chrétiens de France comme de ces troupes fidèles, unmomentdistraitesouendormies: lepremier cri de l'ennemi les réveille, et, relevant leur étendard, elles reparaissent debout, intrépides et prêtes au combat. Qui ne le voit d'ailleurs aujourd'hui? Le mouvement religieux est incontestable : il gagne chaque jour, et, en protestant contre lui, nos adversaires mêmes le constatent. Pourquoi jouer l'étonnement , et nier la lumière du jour? C'est un fait éclatant, en même temps qu'un fait heureux, parce qu'il démontre tout ensemble l'intérêt et la puissance de la question religieuse, et que , si tous étaient de bonne foi, et voulaient sincèrement la paix, il en pourrait être aussi la solution.
Ainsi , la liberté pour tous : la paix comme
( '8 ) but; la modération, le dcsiiiU'itssenjeiit , la persévérance comme moyens; la guerre, seulement comme une douloureuse et inévitable extrémité; voilà comment nous entendons nos droits et nos devoirs, voilà le plan de pacification religieuse que nous venons proposer ici à nos adversaires.
N'y aura-t-il donc pas en France un homme d'Etat qui veuille attacher son nom à ce nouveau et glorieux concordat?
On raconte que trois hommes politiques d'une haute importance, conférant il y a quelques jours au milieu des embarras que donne aux dépositaires du pouvoir le gouvernement de ce pays, un des trois s'écria : Eli bien , quand tout cela Jinira-t-il comme il faut? Un des interlocuteurs s'adressant alors aux deux autres et les rapprochant tous deux de lui , leur dit : Cela finira quand iu)us serons tous trois d'accord.
Eh bien, moi, j'ose répliquera mon tour : Non, tous trois vous ne suffiriez pas sans une quatrième puissance dont uni de vous, ni tous trois réunis, ne pouvez vous passer. Vous êtes incontestablement trois grandes forces politiques; et cependant ces forces confondues ensemble ne suffiraient pas au gouvernement du monde. Non, ce n'est pas assez, pour gouverner les hommes, de trois hommes confondant la diversité de leurs symboles politiques; il faut quelque chose qui lie, resserre.
( >9) fortifie ces trois puissances; il leur faut l'Eglise, c'est-à-dire, la puissance morale. Si vous ne vous entendez pas tous trois avec cette quatrième puissance, quelque effort que vous fassiez pour élever votre édifice, vous succomberez à la peine. Avec l'Église , votre force devient immense ; et avec elle la France redevient la première nation du monde. Là est la seule solution possible du problème, et le seul acheminement à la pacification religieuse.
Je me réjouis que ce vœu ait été, avant moi, noblement exprimé par M. de Tocqueville, lorsqu'il s'est écrié à la Chambre des députés :
« Quant à moi, j'exprime une conviction qui, « fiit-elle individuelle, n'en serait pas moins pro- « fonde et moins sincère. Je suis convaincu que a dans ce pays de France nous n aurons jamais « ni religion ni morale parlant à Famé , parlant « au cœur y faisant faire et concevoir de grandes t( choses, sans liberté. D'une autre part , je suis K profondément convaincu que si la liberté se séu pare d'une manière définitive et complète des « croyances y il lui manquera toujours ce que je lui (( ai vu avec admiration dans d'autres pays, il lui « manquera toujours cet élément de moralité, de instabilité^ de tranquillité , de vie , qui seul la « rend grande et féconde. »
Il n'y ;i |)oi:it (M)core eu d'explications complètes entre le clergé et ses adversaires; je viens donc essayer île les donner. J'invoque la paix et la justice : c'est uniquement dans ce but que j'entreprends l'histoire et l'examen des (juerelles actuelles. J'étudieiai les rôles divers que les circonstancesontfaitsau Gouvernement, à l'Université, au clergé, et même aux jésuites.
Je dirai les prétentions et la conduite du clergé : on verra si ces prétentions furent exagérées, illégitimes; et sur qui pèse réellement la grave responsabilité des difficultés présentes, au sujet desquelles le dernier mot de la sagesse et de la vérité n'a pas été dit encore.
Enfin je m'cxpli([uerai sur ce qu'il faut entendre par Vc.spiit iialioiud (.-t par le vcrilablcesptil (le 1(1 in'oliilion JrdNÇdise.
Quelle sera l'issue de ces Uo\) longues et déplorables luttes? J'ai besoin de l'espérer et de le redire : la justice et la paix.