‹ De La Pacification ReligieuseChapitre 5 sur 13 · ACTUELLES · texte numérisé non relu

ACTUELLES

ITetait le droit du derje de reclamer.

On a vainement essaye de faire peser stir le clerge une grave responsabilite, en I accusant cl avoir souleve imprudemment cles questions inutiles, irritantes, qui ne pouvaient apporter a la religion que des dommages. 11 est temps de repondre a ces accusations injusles et de retablir la verite des faits. On nous permettra d exposer d abord quelques principes generaux qui peuvent servir a degager la question de ses nuages, et a mettre nos explications dans tin jour plus eclatant.

C est a 1 occasion de la liberte d ehseignemerit que toutes les questions religieuses qui preoo cupent aujourd hui si vivement Tattention publique ont ete soulevees.

Je ne viens pas trailer de la liberte d enseignement : ce n est plus, ce n est pas encore le moment. Je ne veux faire remarquer ici qii une chose, c est qu il est desormais impossible dereduire la lutte presente aux proportions etroites d une sorte de duel entre I Universite et le clerge. Ce n est pas ici une question de personnes, c est une question de principes au plus haut degre.

C est une question immense, ou la liberte de conscience, la liberte de 1 Eglise, la liberte de la famille, les libertes naturelles et civiles , les droits politiques et religieux les plus important;* sont profondement engages.

Dieu, la farnille etsa f oi, 1 enfant et la societe, 1 Eglise et 1 Etat : voila simple m en t ce qui est au fond de tout ce debat.

Sans doute rtlniversite y est personnellement engagee : quant a nous, nous n avons a y defendre que les droits de la societe spirituelle etses libertes necessaires. C est uniquement a ce point de vue que nous sommes places : on a essaye de donner la-dessus le change a 1 opinion publique; on n y a pas reussi. Si on 1 essayait encore, on n y reussirait pas davantage; quoi qu on fasse, comme j ai eu deja occasion de le declarer, ilnous sera toujours facile de demontrer qu il s agit ici des plus grands, des plus serieux interets de la religion.

II est mauifeste, d ailleurs, que ce n est pas ici une querelle simplement politique. Non ; apres avoir observe, clepuis quatorze annees, un silence si profond et si convenable an milieu des partis, nous ne serious pas venus faire eclater tout a coup des passions politiques dans une question purement liumaine; cela n eut ete ni de la prudence qu on nous reconnait, ni de I habilete qu on nous impute. On a vainement calomnie la sincerite et la moderation du clerge. Outre ses principes, plus puissants encore que ses interets, il sait a quelle epoque il a affaire; il donne depuis de longues annees d incontestables exemples d abnegation, de sagesse, de patience; et Ton conviendra, en depit de toutes les preventions, que ce n est pas lui que Ton voit parmi nous jouer le terrible jeu des revo lutions, qui retombent toujours sur sa tete de tout le poids de leurs mines.

On s est trompe, Sirev, disaient les archeveque et eveques de la province de Paris : on a mal compris les eveques, lorsqu on a represerite leurs reclamations et leurs doleances comme des attaques : les eveques n attaquent point; ils se defendent, ou plutot , ils defendent les interets dont ils sont charges et qu ils ne peuvent mettre en oubli sans trahir leur conscience. Dans une lutte, ce n est pas d ordinaire le premier qui se plaint qui est 1 a-

cfgresseur, c est le premier qui f rappe: que le roi nous permette de le dire : ainsi en est-il des eveques et de PUniversite.

Sire, les eveques se seraient tus, si 1 autorite des peres de famille et la foi des jeunes generations catholiques avaient etc respectees.

Aussi tons les homines graves et sinceres so/if d accord que nos Deques nont pas depasse lews droits les plus legitimes ; et si le temoignage d uri pretre, penetre de veneration et d amour pour les premiers pasteurs de 1 Eglise de France, ne suffisait pas ici , je citerais les paroles des hommes politiques les plus eminents, etqui, pen dant la discussion de la Chambre des Pairs , ont rendu un juste hommage a nos eveques.

J insiste sur ce point, parce qu il est decisif dans la cause queje defends : je tiens a le constaterd une maniere irrecusable; il est temps que les declamations finissent et que la verite soit proclamee.

M. le comte Portalis repondant a ceux qui voulaient reduire cette grande et solennelle dis cussion aux proportions etroites et passionnees d une querelle personnelle entre PUniversiteetle clerge, s exprimait ainsi an nom de la commis sion de la Chambre des Pairs :

Messieurs , votre commission s est convainctie que des in quietudes graves- s etaienf. manifesteesj que les consciences d un certain nombre de peres de famille etaieiit alarmees....

Les sentiments ties peres de famille, non-seulemeut sc sont manifestos par leur propre voix, maisils ont trouve un organe, un organe nature! , tin organe respectable, dans Pepiscopat francais.

On u a pas, ce me semble, considere a leur veritable point de vueles reclamations des eveques; on en a beaucoup trop parle, comnie s il s agissait d une qnerelle enlre deux corps, entre 1 Universite et le clerge.

Quand il s agit pour les peres de famille , sincerement at taches a la foi catholique, de 1 interet le plus sacre de leurs enfants, de la conservation de leur f oi religieuse, a qui s adresseront-iis?

N est-il pas tout simple que les eveques qui , par mission, par etat , par vocation, sont charges d enseigner la parole sainte, interviennent en cecasPVoila ce que je tenais a etablir : c etait le droit....

M. le Garde des sceaux a tenu le mem elan gage :

Quanta [ episcopal, sa conduite n a rieneu de si extraor dinaire qu elle doiveexciter la sollicitude, je diraimeme 1 iuquietude de la Chambre....

Il me semble que dans uri temps comme le notre il ne faut pas se meprendre stir la portee de ces actes, qu on gene ralise beaucoup trop ; il ne faut pas attacher line importance exageree a la publicite , a la vivacite de quelques reclama tions. Nous vivons sous un gouvernement libre; les eveques sont des ciloyens. Lorsqu il s agit, non plus d une question de convenauce stir laquelie je me suis deja prononce, mais d(r 1 exerciced un droit conslttuliorinel, il fautbien reconnaitre (jue nous devons subir los consequences de notre organi sation.

Repondant aussi a cette accusation absurde que les eve([iies de France son! sous ia terrible

influence des jesuites, M. le Garde des sceaux disait encore :

Je proteste centre cette assertion. Nori, les congregations religieuses ne dominent pas les eveques; les eveques tiennent leur pouvoir du roi et de I autorite spirituelle; ils ne subissentle joug de personne; ils n obeissent qu aux inspirations de leur conscience.

Le ministre ne pouvait enfin s empecher de proclamer aussf lui-meme a queiles criantes in justices nous etions en butte depuis le commen cement de cette discussion :

Je ne saurais m empecher de repeter hautement et franchement, dusse-je etre encore attaque par M. Cousin et par quelques autres personnes , qu il y a la une injustice criante, et que sous un autre rapport il y a un veritable danger a venir ainsi traduire devant les grands pouvoirs de I Etat des hommes qu en verile on provpquerait a devenir cnnemis a force d entendrc dire qu ils le sont. (Tres-bien!)

Vous ne vous etonnere/ pas qu ils aient ete affliges , et meme indignes des imputations dirigees contre eux et des pensees qui leur etaient attribuees.

M. Guizot, allant au fond des choses, avait deja prononce ces remarquables paroles sur les rapports actuels , sur la situation respective de 1 Eglise et de I Etat, et sur les dispositions de muluelle bienveillancequianimentle gouvernement etle clerge :

Je suis convaincu qu anjourd hui, comme il y a quelques annees, la majorite,la grande majorite du clerge ne songe qu a accomplir sa tache religieuse et morale; qu elle ne deruande pas mieux que de s y devouer en s y renfermant.

Un des honorables preopinants s cst plaint de la defiance qn on a quelquefois temoignee au clerge; il avail raison : il n y a pas d alliance sans confiance; maisje 1 affirme, la confiance dugouvernement du roi dans les sentiments , dans les intentions, dans les idees de la grande majorite du clerge, est reelle et sincere.

Au fond, de quoi s agit-il ? II s agit pour la societe nouvelle de s accoutumer a une chose a laquelle elle est bien pen accoutiunee, car elle en a ete longteinps affranchie, de s accoutumer a la liberte et a 1 infhience de la religion. Il faut que la societe nouvelle accepte ce fait et ce spectacle; et il faut en meme temps, chose nouvelle aussi, il fautque la religion accepte les moeurs, les tendances, les libertes et les institutions de la societe nouvelle. (Tres-bien!)

L orateur, il est vrai, apres avoir rendu cet hommage au clerge francais, apres avoir proclame ledroit incontestable que le clerge avait deprendre part a cette grande discussion , semblait regretter la vivacite de nos paroles et Tardeur de notre zele. Mais malgre ces regrets, il ne craignait pas de dire :

II y a dans la pensee religieuse un caractere qui , meme dans ses erreurs, commande longtemps le respect. Nous supportons beaucoup d ecarts de la pensee laiqite sans les poursuivre ; cest un spectacle que vous avez tous les jours sous les yeux. Nous serons moderes et tolerants envers les ecarts de la pensee religieuse.

M. Guizot, en prononcant ces paroles, etait peut-etre inspire par le souvenir d autres paroles prononcees par lui a la Chambredes Deputes, et par lesquelles , longtemps k 1 avance, ii avait jus-

tifie Fimpatience de la pensee religieuse, lorsqu il clisait :

Les generations n at ten dent pas : elles se succedent sans relache dans rios ecoles, et de la vont, aussi sans relache, porter dans le monde le bien qu* elles ont acquis, on le inal qu elles ont contracted Tout id est urgent , continu; il n y a as un moment a perdre , car chaque moment a des resultats irreparables, salutaires ou arners.

M. Guizot prononcait ces paroles en presentant a la Ghambre des Deputes une loi sur la liberte de 1 enseignement, en i836; huit annees sesont ecoulees depuis, sans quela promesse de ia Charte ait ete accomplie. Sans doule il fant savoir attendre; mais en chose si grave on comprend que la patience ait nn terme.

Deja , bien des annees auparavant, elle avait rnanque a ceux qui sont aujourd hui nos adversaires les plusardents. Le Journal des Debats ecrivait il y a longtemps :

Plusieurs annees se sont ecoulees, mais leprovisoire dure encore, mais le mal qui s opere est definitif.

On ne perd pas une minute pour organiser les contribu tions, les bureaux, les regiments; mais i education est ajournee apres les affaires serieuses.

Les paroles de M. de Tracy a la Chambre des Deputes, en 1837, me reviennentnaturellement a 1 esprit :

Ce n esl pas ici le cas de dire que le temps ne fait rien a ralTaiio; car, selon moi, il y fait beaucoup, et cinq ou six ans perdus pour amelioier Pinstruction d une grande nation,

sont quelque chose cjui, dans 1 esprit des homines reflechis , doit avoir un grand poids.

Apres de telles raisons, comment reprocher k nos eveques d avoir exprime leurs voeux pour hater Fexamen d une question si pressante? Mais enfin, dira-t-on peut-etre, ils auraient inieux fait de ne pas recourir a la publicite. On le pourrait dire, si, apres les avoir consultes, on avail produit leurs reponses, on si on en avait tenu compte.

Le premier devoir de la liberte y a dit quelque part M. Guizot, est d accepter la publicite. Si c est son devoir, c est aussi son droit.

Les reponses et les voeux des eveques avaient des droits si evidents a la publicite; c etaient des documents si necessaires pour fixer 1 opinion des Chambres, que dans la discussion de rSSy, un des membres du conseil royal del instruction

publique, M. Dubois, se plaignait qu on ne les eut pas publics :

Quelle a etc la reponse des eveques aux questions po~

sees par M. le Garde des sceanx, predecessenr de M. Persil, et quels sont les vosux qu ils ont exprimes?

Cette derniere question est tres-importante. Quand il s est agi d organisation judiciaire, on a consulte les magistratsetles cours competentes, et Ton a prodiut les reponsos de ces corps, afm de fixer 1 opinion de !n Chambre.

Nos eveques ont ete consultes, il est vrai; mais quelle etrange maniere de le faire ! on s oppose a ce qu ils se consultent eux-memes et s e-

clairent, comme si on desirait trouver ties con tradictions dans leurs reponses ! Ces reponses meme, on se garde bien de les produire au grand jour pour fixer 1 opinion des Chambres.

Et cependant les eveques avaient bien quelque droit d etre ecoutes; carenfin, nous avons entendu M. Portalis declarer qu ils etaient 1 organe nature), 1 organe respectable de la reli gion alarmee , et des peres de famille inquiets pour la foi de leurs enfants.

M. Guizot lui-meme a rendu hommage a la sincerite de ces inquietudes :

II y a, dans le clerge qui a pris part au mouvement dont je parle, des Iiommes sincerement convaincus^ je n hesite pas a le dire,^we V education laiqae actuelle est dangereuse pour la religion catholique , et qu il est de leur devoir d y resister. C est la 1 opposition v raiment religieuse; nous verrons tout a 1 heure si elle a raison; mais je reconnais sa sin cerite.

La demonstration la plus extreme a laquelle on soit alle contre 1 Universite, a ete la menace cf un refus de concours. Mais il faut dire d abord que les deux venerables eveques qui ont cru devoir faire entendre cet avertissement severe, 1 ont fait non en ce sens que les pasteurs ordinaires dussent refuser leur ministere aux eleves derUniversite qui leur seraient amenes par leurs parents ou par leurs maitres, dans leurs paroisses; mais en ce sens seulement que des aumoniers ne seraient plus au service personnel de 1 Uni-

versite, et n iraient plus, aux jours et aux lietircs fixes par i autorite imiversitaire, porter officieilernent leurs instructions et le secours de leur zele dans les colleges.

Je suis aise de faire entendre sur ce point la voix independante de M. deLamartine :

Et encore ici 1 Eglise , consciencieuse et convaincue, a raison. Car si elle croit, elle ne pent pas jouer une comedie sacree en assistant 1 Etat de sa presence dans line oeuvre qu elle dit etre la perversion de la foi , nicouvrir complaisanmient de son manteau les fraudes de 1 enseignement philosophique qui lui derobe ses ames entre le pupitre et 1 autel, C est indigne d elle! c est se jouer des homines , c est trafiquer des enfants , c est vendre Dieu! Ses ministres le sen* tent, et ils protestent en attendant qu ils frappent. La politique peut s en affliger, la foi ne peut que s en applaudir, et la raison ne peut que s en feliciter.

Musi , les autorites les plus diverses et les plus imposantes sont egalement d accord que nos eveques n ont point depasse ici les bornes de la moderation, ni celles de leurs droits ies plus legitimes.

Concluons: si le clerge a pris a cceur la ques tion de laliberte d enseignement, c est qu il croii dans soname et conscience que cette question le regarde, qu elle importe a la religion, qu elle releve de son zele et de sa mission : c est qu elle a pour lui toute la grandeur et toute 1 importance d une question religieuse.

le clerge n a demand que des liberles lejifaes, universellement reclamees.-

Likte religieuse , liberte scientifique.

Et d abord liberte religieuse :

Et ce que je dis ici a ete dit et proclame avant moi, par les homines les plus graves, et dont 1 autorite ne pent etre suspecte.

Tons proclament d abord qu il s agit la d un droit sacre; consequence essentielle et imme diate de la liberte de conscience.

La liberte religieuse et la liberte de 1 enseignement sout soeurs, a dit M. Portalis. La liberte de 1 enseignement est devenue un complement necessaire de la liberte religieuse, telle qne 1 a proclamee la Charte.

Tons out proclame que le monopole blesse la liberte religieuse tout a la fois dans la cons cience du pere de famille, dans la conscience de son fils, et, je ne crains pas de 1 ajouter, dans la conscience meme des instituteurs de la jeunesse. Peut-on s etonner que nous nous en soyons religieusement preoccupes?

Qui ne se souvient ici des expressions energiques de M. de Lamartine :

C est un sacrilege centre la religion, centre la raison. centre le pere de famille, centre Tenfant a la fois?

Et si 1 assentiment est unanime a cet egard, c est qu on s accorde a reconnattre que I enseignernent, c est F Education, c est la foi, c est

Tame, c est la vie tout entiere; et M. de Lamartine 1 a prociame encore avec energie:

C est la foi du chretien , c est la foi du protestant, c est !a foi de la philosophic, c est la foi de la famillc.

IN est-il pas evident, en effet, qne si nn perede famille ne pent choisir pour son fils les maitres qui partagent sa foi et qn il croit dignes de sa confiance , s il est condamne a le placer sous 1 infltience religieuse d un juif, d un protestant, on d uri sceptique, il n estpas plus libre comme croyant que comme perePil souffre egalement violence dans ses droits paternels et dans ses devoirs religieux; sa conscience et sa tendresse, son atitoriteet sa liberte sont egalement blessees dans ce qu elles out de plus inviolable et de plus sacre.

M. le due de Broglie, aussi bien que M. de Lamartine, a prociame ces principes :

La ou la liberte de conscience a pris rang au ncmbre des principes constitutionnels, la liberte d enseignement est de stride justice et de sage politique.

Les orateurs du Gouvernement, comme les membres de 1 opposition liberale, Font prociame en 1887 a. la Chambre des Deputes; je ne citerai que M. de Tracy, qui a dit :

Ainsi que la liberte de conscience et la liberte de la presse, la liberte de 1 enseignement est un droit primitif qui se reconnait, qui se prociame, et qu on ne concede pas. Voila les vrais principes, et je ne m en ecarterai point.

Cette liberte de I enseignement est Tobjet de bien vives

attaques; il semble que vous avez le droit d accorder oti de ne pas accorder cette liberte ; je soutiens que vous nc pouvez pas vous y refuser : c est une cles conditions du. pacte en vertu duquel tons les pouvuirs existent, vous et tons les au tres.

Voila ce que les homines les plus eminents declarent; et on nous reproche, a nous, de reclatner ees libertes dont ils reconnaissent si hautement la necessite, la sagesse et la stride jus tice !

Les membres meme les plus honorables de I Universite ont bien senti que le monopole de renseigriement blessait la liberte religieuse jusque dans leur conscience. Et de la, qu on le reraarque bien, une grande partie des embarras actuels, et une des causes les plus actives, les plus invincibles, les plus irritantes, des querelles dont on se plaint.

J ai besoin de m expliquer ici :

On 1 a dit avec verite, il ri y a pas de situation morale plus triste que celle d tm professeur universitaire qui a le malheur de n etre pas catholique, et qui est condamne en presence des enfants qu il instruit, ou a des protestations hy pocrites, ou a un silence sans dignite. II y a la une situation telle, j ose le dire, que nulle con sideration au monde n en devrait faire accepter rhumiliation a un homme de conscience et d honneur.

Les professeurs universitaires Font bien senti ,

et je n ai pas le courage de leur en faire un reproche. Mais ausside la, illefaut dire, tontesles dii ficultes de la situation et tons les embarras du corps auquel ilsappartiennent.

C est ici le lien de rappeler Particle important du decret qui le constitue.

Toutes les ecoles de I Universite imperiale prendront pour bases de leur enseignement les preceptes de la religion catholique.

Mais, dit M. Portalis,

Sous le regime de la Chai te de i83o , bien qu elle declare que la religion catholique est celle de la majorite des Francais, 1 instruetion publique n est placee sous 1 invocation des preceptes ou des dogmes d aucune religion determinee.

Et les professeurs de 1 Universite out proclame que, non-seulement comine homines prives, mais encore comme homrnes publics, ils etaient en matiere de croyances religieuses dans une pleine et entiere independance.

Cela est manifeste, et resulte clairement tant de leurs declarations solennelles et bien connues que de notre droit public.

Cela resulte encore de leurs lecons, de leurs ouvrages, de leur conduite, et de tout ce qu ils ont avance surDieu, sur la creation, sur la na ture, sur i hotnme, sur Fame, son immortajite, sa liberte, sa spiritualite; sur le protestantisme, sur TEglise, sur 1 incarnation et la redemption, sur Jesus-Christ, et sur tous les dogmes Chretiens. Et encore une ibis, au point de vue legal et lo-

gique, je congois qu im homme d Etat ne puisse pas lenr en faire un crime.

Mais qu ils me permettent de le leur dire: ils avaient plus et mieux a faire encore. L honneur et la conscience rie sont pas pleinement satisfaits.

Ils ont secoue le joug cle Fart. 38 du dec-ret de 1808; mais le decret de 1808 lui-meme et son monopoly absolu pesent encore sur les peres de famille et sur les enfants de 1 Eglise catholique.

Les professeurs de FUniversite ont ete emancipes, sans que les peres de famille catholiques Faientete avec eux.

Les professeurs de FUniversite ont profite seals de la liberte de conscience proclamee plus haut que jamais par la Charte de i83o.

Ils ont cru qu ils pouvaient tout oser dans lenr enseignement; et neanmoins on a laisse tou jours peser sur les peres catholiques 1 obligation de livrer leurs fils a cet enseignement.

On est reste lie a des hommes qui ne Fetaient plus; en un mot, il y a eu liberte pour enseigner Ferrenr, il .n y en a point eu pour Feviter: et on vent que cette situation intolerable n ait pas profondement blesse! on veut que nous ri en ayons pas souffert , quand il n y a pas un professeur de PUniversite, veritablement honnete, h qui, je le sais, le monopole universitaire ne pese autantqu a nous qui ne le trouveaussiodieux

que nous, et qui chaque jour, lorsque ce moncpole vient trainer devant lui de malheureux enfants dont il ne salt ni la foi , ni la langue, et qu il doit elever cependant, ne s estime ou le plus malheureux on le plus humilie des hommes !

Ceux qui subissent la tyrannic et la servitude sont abaiss^s sans doute; mais ceux qui la font subir, surtout a des enfants, le sont plus encore.

On connait sur tout ceci les plaintes douloureuses de M. de Lamartine :

La jeunesse recevant un double enseignement contradictoire, et tiraillee en sens contraire par la philosophic et par la foi, fin it par tomber entre-deux dans le scepticisme, la mort de I ame

Quand on reflechit que cet abus est a la fois { oppression de la conscience, le mensonge de 1 enseignement, 1 avilissement de 1 Ktat, 1 abdication de la raison, la cause da scepticisme qui saisit 1 homrne au passage de Penfance a la jeu nesse, la confusion de la foi, la perte des umes et 1 extinctioii de la morale parmi de nombreuses generations; et quand on est convairicu en meme temps que Dieu est le fond de toute chose, et que les societes humaiues n ont d autre but serieux que d arriver a Dieu par la lumiere et par la vertu, cela fait fremir sur le sort de 1 espece humaine: mais, surtout nial pour 1 enfant. Que voulez-vous, en effet, que devienne I homme moral et intellectuel dans un etat d enseignement t t de societe ou 1 enfant est jete tour a tour, ou tout a la fois, dans 1 esprit du siecle et dans I esprit du sauctuaire, dans 1 incredulite et dans la foi? Il sort de la maison d un pere peut-etre croyant, peut-etre sceptique; il a vu sa mere a f firmer et son pere nierj il entre dans un college divise d esprit et de tendance.

L enseignement du professeur n y Concorde en rien avec Fenseignemenl du sacerdoce.

II lui faudrait deuxames, et il n en a qu une! on la tiraille et on la dechire en sens contraire. Les deux enseignements se la disputent; le trouble et le dosordre se mettent dans ses idees. Il en reste quelques lambeaux. a la foi, quelques lambeaux a la raison. Il s etonne de cette contradiction entre ce qu on lui disait dans sa famille, ce qu on lui enseignait dans son college, ce qu on lui demontre dans ses cours. // commejice a se doutef qu on lid joue une grandc comedie, que la societe ne croit pas un mot de ce qu elle eriseigne.

11 pense en secret qu il faut que tout cela ne soit pas bien important pour que la societe etl Etat s en jonent avec cette legerete et avec ce mepris. Sa foi s eteint; sa raison, sans ardeur, se refroidit; son ame se seche, son enthousiasme se change en indifference et en decouragement. Il ne lui reste d une pareille education que juste assez des deux principes opposes dans 1 ame, pour que cette ame soit une guerre intestine de pensrcs contraires, et pour qu il ne puisse pas meme vivre en paix avec lui-meme dans une vie qui a com mence par 1 inconsequence et qui se prolonge dans la contradiction.

Certes, apres ces belles et fortes paroles nous sommes justifies. 11 est mariifeste que si nous nous sommes emus a 1 occasion de la liberte d enseignement, ce n etait pas dans les vues etroites d un interet personnel. D autres interets nous avaieut touches : ii s agissait ici d une question religieuse et sociale, la plus importante qui fut jamais au bonheur de la famille, a la securite de la patrie, a la foi de TEglise. Et c etait abuser

trop etrangement I opinion publique, que de vou loir en faire une question de personnes entre 1 Universite et nous.

J ai dit aussi liberte scientifique :

En effet, quand la liberte d enseigriement ne serait pas vine question eminemment religieuse, sommes-nous done les premiers, sommes-nous les seuls qui ayons reclame cette liberte comme un droit de 1 esprit hiaiiain?

Qu on se rappefle I opinion emise a cet egard par M. Saint-Marc Girardin , rapporteur de la commission chargee d examiner le projet de loi sur 1 instruction secondaire en 1 83^ : Nous osons dire, Messieurs, quavant la Charte elle-meme, I experience et I interef, des etudes avaietit reclame

la liberte de Fense! tenement.

Autrefois la concurrence etait entre 1 Universito de Paris et les diverses congregations qui s etaient consacrees a Tinstraction de la jeunesse. Emanees de principes differents, animees d un esprit different, TUniversite de Paris et les congregations luttaient Tune centre 1 autre, et cette lutte tournait au profit des etudes. Aussi quand, en 1763, les jesuites furent disperses, un ho in me qu on n accusera pas de prejuges de devotion, Voltaire, avec son bon sens et sa sagacite ordinaire , regret tail Futile concurrence qu ils faisaient a 1 Universite. Us elevaient, dit-il, la jeunesse en concurrence avec 1 Universite, et 1 emulation est une belle chose.

M. Saint-Marc Girardin disait encore : On discute beaucoup en ce moment sur les diverses me-

thodes d enseignement. On dit beaucoup qu il faut reformer

Jes etudes,

Selon, nous, la grande reforme que le projet de loi fait dans les etudes, c est de proclamer la liberte d enseignement. Car, grace a cette liberte , toiites les reformes sont possibles.

M. de Tracy partageait sur ce point 1 opinion de M. Saint-Marc.

II declarait :

....Que la liberte de I enseignement est aussi utile, aussi necessaire pour le Gouvernement que pour la societe, et que, sans la liberte de FenseignemenF, 1 instruction est necessairement stationnaire, c est-a-dire, retrograde.

M. le due de Broglie ne parlait pas autrement:

... 11 est bon que les etablissements particuliers se fondent et se multiplient; leur existence, leur nombre, leurs efforts, im portent an progres de rinstruction generate; 1 emulation qui s elcve entre enx et les etablissements publics, lorsqu elle est vive et vraie, tourne a 1 avantage de la science.

C est, selon nous, disait encore M. Saint-Marc, pour avoir concu ( education a la maniere antique, cVst pour ne pas s eli-e rendu un compte assez exact de 1 etat de nos societes modernes, que nos divers gouvernernents , avant i83o, s etaient effrayes de la liberte d enseignernent , et avaient craint de Taccorder. G est dans cet esprit qu ils avaient tons cherche a centraliser les ecoles, et a fa ire de Fenseignement en France une grande institution politique et administrative.

A tous ces temoignages se joint celui de M. Guizot, alors ministre de rinstruction pnblique, qui disait :

Messieurs, avant 1789, I inslruction etait confiee a un grand nombre de congregations diverses : elle etait divisee;

eile n etait pas reunie dans un seul faisreau. De la la plus ntile concurrence; de la la superiorite de Tinstruction et de 1 education avant la Revolution.

On le voit, il se rencontre ici un aspect serieux de la question, et des considerations importantes dans I interet de 1 esprit humain.

Les hommes les plus eclaires 1 ont reconnu :

on n etablira jamais la centralisation intellectuelle qu au detriment des lumieres et de la noble emulation des intelligences.

Quelques esprits positifs, mais dont le regard manque et de discernement et aetendue, font erreur et confonclent. Si la centralisation politique et administrative est bonne, la centralisa tion intellectuelle ne le fut jamais. La centrali sation administrative vit de simplicite dans les moyens, et d unite dans Faction. L intelligence vit de verites counties, de luttes genereuses, de iibre concurrence, de nobles combats entre les esprits.

Le despotisme absolti et le privilege exclusif de 1 education n ont jamais existe : a Sparte, peut-etre, dans les temps anciens : aussi nous n avons pas un livre, nous n avons pas une ligne spartiate; a Moscou, dans les temps modernes: aussi, jusqu a present, la litterature russe n a pas beaucoup enrichi le rnonde.

Ce n est pas d aujourdliui seulement que tout le monde est a accord a cet egard. Les plus

grands esprits ont toujours pense qne la liberte d enseisnemeiit etait favorable a I emulation des

lettres et des sciences, an developpement des intelligences, aux progres des lumieres.

Il convenait, a dit le cardinal de Richelieu, que les universites et les jesuites enseignassent a 1 envi, afin que I emulation aiguisat leur vertu, et que les sciences fussent d autant plus assurees dans 1 Etat, que si les uns venaient a perdre un si sacre depot, il se retrouvat chez les autres. (Testam. polit. du card, de Rich., i re p.,ch. 5, sect. 10.)

C etait aussi la pensee de M. de Talleyrand, clairement exprimee dans le celebre rapport qu il fit an no in du coniite de constitution, les i o et 1 1 septembre 1791.

Si chacun, dit-il, a le droit de recevoir les bienfaits de I instructioD , chacun a reciproquement le droit de concourir a la repandre. Car c est du concours et de la rivalite des ef forts individuels que naitra toujours le plus grand bien. La confiance doit seule determiner le choix pour les fonctions instructives. Mais tons les talents sont appeles de droit a disputer le prix de 1 estime publiquc. Tout privilege est par sa nature odieux. Un privilege en matiere d instruction serait phis odieux et plus absurde encore.

Enfin 1 homme qui a ete le moins favorable a tons les genres de liberte, TEnipereur, que la constitution de son empire et Pentrainement du pouvoir absolu porterent plus tard a fonder le monopole uriiversitaire, 1 Empereur, au com mencement du Gonsulat, regrettait de ne pou voir laisser le champ libre a deux congregations emules 1 une de Fautre, et toutes deux emules

de rUniversite : les Oratoriens et les Jesuites. Il s exprima nn jour en ce sens en plein conseii cTEtat : j en ai recueilli le temoignage de la bouche des hommes les plus graves, qui vivent en core et sont meles avec honneur aux affaires publiques.

Certes, apres tant de temoignages, j ai le droit de le red ire : accuser le clerge d avoir pris part a ces grancles questions, quand il n a demande que la realisation sincere des pensees et des vceux des homines les plus eminents, ce serait une etrange injustice.

Si nous avions laisse des questions de cette importance, la liberte de conscience, la liberte des families, le progres des lettres, 1 education de la jeunesse, et tous les interets les plus sacres, se traiter, se decider, sans y prendre une juste part, non-seulement nous aurions failli a tous nos droits, inais nous aurions trahi tous nos devoirs: 1 histoire un jour nous aurait condamnes.

Le clerge n a demande ni likte Imitee, ni monopoly ni prmlege, II n a refuse aucune des conditions legitimes de la liberte.

An moins, nous dira-t-on, ne deviez-vous pas entrer dans cette querelle avec des pretentions si ambitieuses et vraiment insoutenables ;

Vous avez voulu, d une part, une liberte illimitee et sans rnesure, independante de toute surveillance, de toute autorite:

Vous n avez, d autre part, demande la liberte que pour arriver an rnonopole, et par la meme, au renversement de 1 Universite :

Enfin, vous avez repousse toutes les condi tions les plus raisonnables de grades, d examens , et par la vons avez montre que vous n etiez capables que de travailler a Fabaissement intellectuel de la France:

Voila ce qui a profondement irrite contre vous.

II est vrai, toutes ces choses ont ete dites et repetees sans relache par nos adversaires; et certes il etait^ difficile d intervertir plus habilement les roles : les accuses se sont faits accusateurs ; les dej)ositaires du monopole, qui s obstinerit a ne pas s en dessaisir, nous accusent d y pretendre; ceux qui ne veulent pas, malgre les promesses d une charte, donner une ombre de liberte, ac cusent leurs adversaires de pretendre a une liberte illimitee; les possesseurs illegitimes repoussent, avec 1 accent du proprietaire depouille on menace, la revendication solennelle et redoutable des droits les plus justes et les plus sacres. Pour etouffer la liberte, on crie a la domination. On eleve d autarit plus haut la

voix, qu on vent faire taire le cri importun de la justice outragee.

La tactique est bonne , mais elle n est pas neuve ; nos adversaires le savent bien, et on a droit de s etonner qu elle puisse leur servir toujours.

Certes, la refutation de ces calomnies est fa cile ; on pourra les repeter encore : j aurai fait du moins une reponse categorique et nette.

1 Nous ne demandons en aucun genre une liberte illimitee et sans condition ; nous savons que de telles libertes menent a 1 anarchie, ne sont bientot plus que des libertes sauvages et le droit brutal de la force.

En proclamant la liberte d enseignement , promise par la Charte, 1 Etat doit conserver son action, sa surveillance tutelaire, sa providence temporelle sur tous les etablissenients d education, sur la moralite et la capacite de ceux qui les dirigent, sur la discipline, sur ies soins phy siques. C est la son devoir. A Dieu ne plaise que 1 Etat vienne jamais a Foublier !

Nous ne disons rien ici que n ait dit avant nous Torgane meme des opinions les plus avancees centre tout monopole d enseignement :

Nous reconnaissohs egalement a 1 Etat le double droit de surveillance et de repression ; de surveillance la plus absolue, la plus complete, de jour et de unit; la surveillance par ses agents directs et responsables. La repression , oui , la re-

pression severe, redoutable, d autant plus severe quo la liberte sera plus grande ; mais la repression par les agents directs et ordinaires, par les Iribunaux, par la magistrature, par les juges inamovibles, a quila loi remet la garde de 1 honneur et des interets de tous.

Ceux meme qui ont demande la liberte com me en Belgique, ont suffisamment explique leur pensee, et sur ce point il me suffit de citer les paroles de Monseigneur I eveque de Langres :

II est peut-etre facheux,sous un rapport, que Ton ait parle d abord de liberte comme en Belgique. L orgueil de la France a pu repousser 1 idee de ne devenir que la copie d un petit peuple voisin. D ailleurs, il y a toujours centre cette formule 1 objection assez specieuse tiree de la difference de constitution, de legislation et de moeurs.

Apres ces paroles, Monseigneur I eveque de Langres se resume en ces termes :

Nous nous contenterons de demander pour 1 enseignement la liberte telle qu elle existe d ailleurs en France : c est-adire, une liberte vraie, une liberte sincere, la liberte pour tous.

Je ne puis m empecher cependant de le faire remarquer : lorsque Monseigneur le cardinal de Bonald et Monseigneur I eveque de Langres, les seuls de Nosseigneurs les eveques qui aient de mande d abord la liberte comme en Belgique, ont cru devoir le faire, ils eu ont donne une raison qui est loin de blesser Fhoimeur national. La France, ont-ils dit, est aus&i dignede cette liberte que les pays voisins. Je ferai observer d ailleurs

que c etait demander la liberte, non-seulement , comme en Belgique, mais aussi comme en Angleterre (i), comme anx Etats-Unis, c est-a-dire , comme elle existe chez les plus puissantes na tions, chez les peuples les plus civilises : sans vouloir exclure assurement aucune (les exigen ces legitimes du caractere et de "esprit francais, aucune des conditions d une liberte sage.

Mais s il faut que la liberte soit mode ree pour ne pas degenerer en licence, il faut aussi qu elle soit sincere pour etre quelque chose : si elle est necessairement soumise a 1 Etat dans des condi tions raisohhables , pour etre legitime et se conserver, elle doit etre egalement exempte des entraves et des exigences d une autorite exclu sive et jalouse, pour etre reelle et ne pas mourir. Ici encore les opinions sont unanimes.

(i) M. Matter, inspecteur general de 1 Universite, a ecrit : La Grande-Bretagne n a ni inspecteurs , ni conseillers officiels, ni meme uti ministre de 1 instruction publique. Ses universites, ses colleges, ses pensions et ses ecoles sont 3 oil de vieilles corporations qui jouissent de riches creations et de grands privileges, on de dotations nouvelles dues au patriotisme et au zele des particuliers, des communautes, des cites religieuses. A 1 egard de tous ces etablissements, 1 Etat, 1 Eglise, la municipalite, les paroisses, ou des associations de philanthropic et decharite exercent une sorte de Intel le et de patronage qni differe singulierement del action centralisante de notre administration napoleonienne.

Tons sont d accord que, pour etre sincere, ii faut donner plus que ce qui existe, et abolir tout monopole. Autrement la Charte n aurait rien promis en promettant la liberte d enseignement. Elle n aurait fait que proclamer une deception. Un monopole quelconque est essentiellement incompatible avec la liberte.

Jamais loi ne dut moins etre faite sous la funeste influence d un parti ou au profit d un corps quel qu il soit. Jamais loi ne dut etre concue dans des vues plus larges et des pensees plus independantes des preoccupations etroites et passionnees de la politique journaliere : ce n est pas une loi de circonstance, bonne aujourd hui et demain mauvaise ; c est une loi religieuse et sociale , une loi fondamentale qu il s agit de faire.

Qu y a-t-il done a reprendre dans ces pensees? Ou sont ici les pretentious ambitieuses?

2 Mais, nous dit-on, vous demandez le monopole.

On le dit, on le repete a satiete , on voudrait a tout prix le persuader a la France : on sait trop la^ puissance d une pareille calomnie. Mais nous protestons contre elle de toute 1 energie de nos consciences. L Eglise a pousse son respect pour la liberte des families si loin, que, pendant les siecles merne ou elle a ete toutepuissante, elle n a jamais reclame pour elle, rii

donne a un corps quelconque le monopole de 1 enseignement. Et, dans le iibre pays de France, 1 Eglise, de concert avec 1 Etat , avail institue vingt et une universites laiques et ecclesiastiques , independantes les unes des autres, et toutes independantes des innombrables corpo rations religieuses enseignantes.

Et Ton pretendrait serieusement nous preter aujourd hui la folle idee de realiser ce que 1 Eglise ne voulut en aucun temps! ce qui est plus impraticable et plus impossible que jamais, sous un gouvernement constitutionnel , au milieu d une societe essentiellement laique, avec la liberte de la tribune, de la pensee et de la presse, en presence de repulsions toujours vives et puissantes centre 1 figlise et son action !

Non , non , cette pensee ii est pas la notre ; c est la pensee de ceux qui possedent le monopole, et veulent a tout prix le retenir.

3 Vabolition du inonopole wiwersitaire nest pas, d ailleurs, le moins du monde , le reiwersemerit de rUniversite.

II est convenable et utile que 1 Etat ait le potivoir de creer et de soutenir des etablissements modeies, privilegies, soutenus, favorises de tou tes manieres; c est non-seulement 1 existence , c eM auss He privilege , le privilege le pluseleve, rnais non le monopole , qui demeurera a 1 Universite.

Notre pensee ne serait pas meme que tons etablissements particuliers cessassent de iui apparteriir. II faudrait, sous ce rapport, laisser a chacun la plus grande liberte; et, tandis qu au sommet de Techelle apparaitraient les grandes institutions imiversitaires dotees par 1 Etat, au second rang il pourrait y avoir des etablissements affilies librement a I Universite , et participant a tons lesavantages dont leGouvernement jugerait a propos de Fenvironner. II y en aurait aussi de plus modestement constitues : ce seraient ceux qui s en tiendraient au bienfait et aux legitimes conditions de la libre concurrence.

4 Tons sont d ailleurs d accord qiiil faut certaines ecoles spdciales inclependantes du Ministere de 1 instruction publique, et que la speciality des petits seniinaires nest pas un privilege.

Voicice quedit, a propos des seminaires et des autres ecoles speciales, M. Matter, inspecteur general de TUniversite, dans un travail public au tome XIV de 1 Encyclopedie des gens du monde, sur 1 instruction publique :

La plupart des ecoles speciales sont completement etraugeres au Ministerede Tinstruction publique.

L ecole poly technique, 1 ecole rnilitaire de Saint-Cyr, le college militaire de la Fleche et les ecoles d artillerie relevent du noinistere de la guerre; 1 ecole navale de Brest releve du ministere de la marine; 1 ecole des mines, le Conservatoire des arts de Paris, les ecoles des arts et me tiers de Chalons et d Angers relevent du ministere des tra-

vaux publics ; les grands ct les petits seminaires relevent du ministerede la justice et des culles; 1 ecole forestiere de Nancy rcleve dn ministerc des finances.

II aurait pti ajoater I Ecole d Alfort, ou se trouvent 3oo eleves, et qui releve du Ministere de i agriculture et du commerce.

Tousreconnaissent qu il serait irijuste de dire qne ces ecoles sont dans !e privilege, et demeurent en dehors du droit commun , prtrce que, placees d ailleurs dans une juste dependance de i Etat, elles ne dependent pas de 1 Universite.

]S est-il pas evident, puisque toutes les carrieres speciales et publiqnes ont leurs ecoles speciales, que la specialite a laquelle on voudrak donner le nom odieux a exception et de privi lege, n est plus ici que la liberte dans 1 ordre, la specialite des vocations et des fonctions diverses dans l harmonie sociale?

Bien qu on eut essaye de le contester, la dis cussion et le vote de la Chambre des Pairs ont proclame que les petits seminaires n etaient pas places en dehors du droit commun, parce qu ils ont necessairement une specialite aussi bien que les ecoles de marine, que les ecoles militaires, que les ecoles industrielles et commerciales.

Comment, en effet, accuser de vouloir echapper au droit commun par le privilege, ceux qui ne reclament, au nom de la necessite et de la specialite de leurs ecoles, que le droit commun

a toutes les ecoles speciales, de preparer leurs sujets aux carrieres diverses qui les attendenr?

M. le comte Portalis a rendu un juste et eclatant temoignage a ces principes :

L egalite devant la loi n est pas le nivellement : 1 egalite ne veut pas que des etablissements places dans des conditions diverses soierit regisparune regie uniforme, maisqu ilssoient soumis indistinctement a 1 autorite de la loi. Sous cette autorite, il est equitable*quc chacun vive selon sa constitution propre ; ce serait le contraire qui blesserait I egfilite. C est ainsi qu il est des privileges apparents qui ne sont que des rappels a Vegalite proportionnclle.

Les petits seminaires doivent done rester des ecoles de clercs specialement places sous 1 autorite et la surveillance des eveques.

5 Enfin . j ai deja eu occasion de le declarer plusieurs fois ; je le declare de nouveau : on nous caiomniequandonaffirmeque nous refusons de subir les examens descandidats aux grades. Nous ne demandons a cet egard que deux choses : des jurys inde pendants, des examinaleurs irnpartiaux, et les programmes d examen les plus severes.

Comment pourrions-nous repousser ces no bles conditions de la science, quand c est a 1 Eglise que le monde en a du la premiere pensee, quarid nous sommes les premiers qui ayons institue en Europe ces concours libres et publics, moyens si puissants de 1 emulation et des progres litteraires?

Tout en reconnaissarit qu en fait d education ,

une grande science n est pas le seul ni le pre mier interet, nous reconnaissons tons que les garanties scientifiques , que les grades de bachelier, de licencie, de docteur es lettres et es sciences sont d tine veritable importance.

J ai repondu.

Est-ce assez ? Ces declarations sont-elies peremptoires? oui. Les calomnies sont-elles refutees ? oui. II se trouvera cependant encore des bouches pour les repeter, des oreilles pour les entendre , et de bons esprits pour les croire.

Le clerge na point calomnie TOniversite. - II n a fait que repeter pour sa defense les plaintes universelles,

Mais ce n est pas tout : Vous avez, nous diton , deverse sur une grande Institution du sein de laquelle est sortie toute la France actuelle,

1 injure et la diffamation II y a quarante

ans que 1 Universite existe , et il n y a qu un an qu on iadenonce avec cette vehemence (i).

Voila sans contredit le tort le plus grave qu on nous impute : je vais repondre avec simplicite.

II est vrai , nous ne croyons pas 1 Universite sans reproche.

Je ne sache guere que M. Cousin qui ait en-

(i) Rapport de M. Thiers.

trepris la tache aventureuse de louer 1 Universite sans reserve , et de la proclamer sous tous les rapports irreprochable (i).

Mon dessein n est pas de le suivre sur ce ter rain : je ne veux point attaquer 1 Universite , dont il s est charge de celebrer si solennellement les louanges.

II faut avouer toutefois qtie le langage de ces intrepides apologies est si provoquant ; les eloges donnes a 1 Universite renferment des in sinuations si malveillantes contre nous; les affir mations vont si loin ; les faits sont si etranges , les raisons si singulieres , les preuves a Tapptii si inattendues, et par suite la refutation si facile et si puissante, qu on a quelque merite a s abstenir

Mais nous ne saurions enfin nous taire entierement : on ne nous le per met pas, et Ton rend le silence impossible ici , meme a la reserve la plus circonspecte. Il y a ici pour nous un droit etun devoir de legitime defense. Je dirai cependant le moins possible, et je me bornerai a demontrer, par des autorites incontestees , par des aveux sortis de toutes les bouches , qu il n y a guere que M. Cousin an monde pour qui 1 Universite soit sans reproche.

On verra qu elle a ete attaquee par des adversaires pris dans d autres rangs que ceux du

(i) A la Chambre des Pairs.

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