III
clerge, ot avec beaucoup pins de force que nous ne I avons fait , que nous n aurions jamais pu le faire : et ici , je m engage encore a ne citer que les temoignages les plus graves, les noms les plus honorables, les grands maitres eux-memes et les plus liauts dignitaires de 1 Universite.
Je laisserai de cote les opinions extremes : je n invoquerai que le temoignage des hornmes sans passion qui comptent dans les affaires, et clout la voix est une autorite, parce que leur moderation est une force et leur parole une lumiere.
Je commence :
M. Dubois , vice-president du Gonseil royal de 1 instruction publique, directeur de 1 Ecole Normale , disait a la Chambre des Deputes, ie 1 8 mai i836 :
Dans 1 Ecoie Normale, tout parait organise a merveille pour 1 instruction. En general, c est en France notre me rite; mais il est une autre partie des devoirs de 1 enseignement sur laquelle nos ecoles de tons les degres laissent beaucoup a desirer. L education ^ jadis tout a fait et exclusiveinent religieuse, ceuvre de la famille et clu culte , semble aitjourd hai s effacer devant la science. Ouelques traditions vagues , souvent contradictoires, demeurent a peine dans les esprits, et nous voyons je ne sais quelle deplorable indifference de Vavenir moral des homines et de leur dcstinee se repandre la meme ou le soin et le souci pro fond de cet avenir doit etre le premier et le plus saint devoir.
On sait ce que M. Dubois avait ecrit deja precedemment ;
(iia)
Le principe du monopole frappe tour a tour tons les partis... Rien de stable, rien de grand ne pent se tenter, disons plus, rien de moral; car aaciine conviction libre nc peat vlcre dans un corps comme celui de 1 Universite , sans cesse expose a dementir le lendemain ce qu elle professait la veille. II y a longtemps que, pour la premiere fois, et les pre miers, avec suite, methode et fidelite , nous avons reclame contre ic monopole, destractear de toute croyance et de toute instruction (i).
Qu on le remarque bien : ce ne sont pas les avocats du clerge qui ont ecrit ces choses, et je ne sache pas que rien de plus grave ait jamais ete dit contre 1 Universite par ses plus ardents adversaires.
M. Dubois ajoutait, en parlant de la liberte
d enseignement :
Voila le droit et 1 etat naturel de la question dans les gouvernements libres; voila ce que la Charte a consacre le jour ou elle a proclame la liberte des religions , la liberte de la presse etla liberte de I instruction ; voila ce que 1 Universite contrarie et delruit, sans meme etre consacree par une loi.
M. Cousin , dont le devouement a 1 Univer site a ete pousse si loin, s est vu condamne luirneme a des aveux vraiment extraordinaires dans sa bouche : j en ai rapporte quelques-uns dans les lettres que j ai eu 1 honneur d adresser a M. le due de Broglie ; il disait encore, dans son rapport sur 1 etat de I instruction publique
(i) On remarquera que le livre qui a excite le plus viveraent les recriminations universitaires, n a pas d autre titre ni d autre sens que les paroles memes de M. Dubois.
en Allernagne, en attaquantle systerne de 1 Universite francaise :
Si cette education est si bonne, on devrait en voir les fruits
C est M. Cousin qui nous a appris:
Que les colleges reconnus et classes com me des colleges incomplets forment plus de la rnoitie de nos etablissements publics d instruction sccondaire. Dans quel etat sont-ils? Je n aurais pas le courage de le dire...
Le mal que font ces tristes ccoles est incalculable... Il est impossible ici de ne pas considerer comrne la plaie de 1 instruction publique ces ombres de colleges qui couvrent la
France II rfy a guere plus d une vingtaine de colleges com-
munaux qui /assent exception.
Dans un rapport officiel fait en i838, le ministre de 1 instruction publique se ptaignait :
Que les etudes ne sont plus pour les professeurs... qu une profession; qu elles cessent d cxister a 1 etat de science; qu ils ne font point de travaux philologicjues^ point de recherches nouvelles; que le desir dc s enrichir par les repe titions voue leur enseigfiement a une froide routine.
M. Saint-Marc Girardin est aussi mernbre du Conseil royal de I instructioa publique : eh bien , dans son livre sur 1 instruction intermediaire et son etat dans le midi de I Aliemagpe, il avoue :
Qu en France la science de 1 education n est guere une science ; c est un objet d administration plutot qu un objet d etude.
Ausst il s ecrie avec un sentiment de profonde amertnme, qui justifie la douleur et le langage de nos eveques :
Nousne faisons pas ^nsdcscitfyre/ts f/nc des dcvott dans nos
colleges! Qne faisons-nous done? TVous instruisons , nout n elevons pas; nous cultivons et developpons 1 esprit, mais non le coeurl
Je le dernande, M. Saint-Marc Girardin pouvait-il contredire plus fortement ce que M. Thiers affirme , que dans les colleges on s\ulresse a I* es prit comme an cceur des enfants (i) ? et le voeu exprime (2) dans le rapport, quil faut faire de bons chretiens ? mais aussi de bons citoyens , pouvait-il etre plus mal accompli ?
C est apres ces etranges et accablants aveux qu un depute liberal, M. Gorne, tirant une conclusion, que nous n avons jamais tiree nous-
memes , s ecriait :
La consequence immediate, c est qu il faut, au plus tot, renvoyer les vingt mille jeunes gens eleves dans les colleges de rUniversite; c est qu il faut fermer ces pensionnats incapables de donner 1 education.
Certes nous n avons jamais parle des etablissements universitaires avec une pareille severite.
On sait Topinion arretee de M. Duchatel, aujourd hui ministre de Tinterieur :
Donnez au Gouvernement lemonopole de 1 enseignement, disait-il; vous attribuerez a une partie de la societe le droit de faire triompher ses opinions par la force et d opprimer les opinions contraires...
Toute bonne loi sur 1 enseignement devrait commencer par ce premier article : L enseignement est libre.
Affranchir 1 enseiguement, c est leseul moyen de lid rendrc la -vie, de le relever de Vabaissement ou Tajete la servitude.
(i) Page 70 de son Rapport, (a) Page 74,
Voila clone le langage de i Universite ellememe, de ses grands maitres, de ses conseillers les plus intimes, de ses plus celebres professeurs, de ses amis les plus devoues.
Mais apres les maitres , ecoutons les disci ples : ils ne tiennent pas sur elle un langage
moins severe.
Je ne citerai pas ici 1 opinion de M. le comte de Montalembert , bien que la genereuse loyaute de son caractere et la puissance de ses convic tions donnent un poids irrecusable pour tous a ses souvenirs personnels.
Mais qu on Use et qu*on medite ces paroles d un protestant, eleve aussi de I Universite,
M. Agenor de Gasparin :
Le jeune homme qui arrive a Paris pour se livrer a des etudes serieuses, est forcement repousse vers le scepticisme... Dans les colleges universitaires, la religion,etsurtoutla notre, joue un si petit role! V instruction y est paienne, et V education nulle. L education religieuse, elle n existe reellement pas dans les colleges...
Certes , il y a loin de la a cette instruction religieuse que M. Cousin dit etre si soigneusement donnee dans les colleges lai ques soil de 1 Etat, soit des particuliers.
M. de Gasparin ajoute :
Qui n eprouve le besoin de rompre enfin avec ce regime d orgueil, de jalousie, de souffrances mauvaises et de jouissances ernpoisonnees, de rivalites sans compassion et de triomphes sans humilite , qui ruinent au sein de tant de jeimes ames le peu de priricipes evangeliques que 1 ins-
truction religieuse y a deposes. Cette education a ete la mienne; je 1 ai recue dans les conditions les plus f a vo ra bies. Point de college qui fat superieur pour la sagesse de sa direction, de sa discipline, pour la regularite de I instruction religieuse protestante, a celui ou j ai ete eleve. Dans ce college, aucun eleve qui ait conserve avec sa famille des re lations plus suivies, plus excellentes, plus propres a le soutenir; aucun qui ait eu plus a se loner des professeurs, des maitres d etudes ; aucnn qui ait plus constamment obtenu et meme merite (c est un declaration que je fais aujourd hui sans le moindre orgueil, on pent m en croire,) Line reputation de bon siijet.
Or, je me souviens avec ferrcurde ce que j etais an sortir de cette education nationale. Je me souviens de ce qu etaient tons ceux de mes camarades avec lesquels j avais des rela tions. Etions-nous de bien excellents citoyens? Je 1 ignore; mais assurement nous n etions pas des chretiens; nousn avions pas me me les plus faibles commencements de la foi et de la vie evangelique.
Peut-on s etonnerque des eveques catholiques aient concu et exprime des alarmes , quand on voit celles d un proteslant sincere a\\er jusqu a la terreur, au souvenir de 1 education qu il a recue de I Universite ?
L Universite elle-meme, clans uri rapport qui fut presente au Roi et au pays , et qui a garde toute 1 autorite d une apologie officielle, fait un aveu bien remarquable , et qui suffirait seul a convaincre les plus incredules, et a justifier aussi toutes les reclamations de nos eveques et des peres de fa nil lie.
F/Universite declare :
Qu a I egard de 1 education, dans les meilleurs colleges, les efforts meme les plus eclaires et les plus soutenus n ont qu une puissance bornee : que ce n est pas le college, mais la famille qui commence 1 education , que c est la societe qui Pacheve.
Malgre ce qu il a d habile , certes ce larigage trahit un mal profond : car enfin qu est-ce a dire ? La famille commence I education , la so ciete I acheve : mais cependant ou se fait-elle et qui est-ce qui la fait ?
Pendant les dix annees ou 1 enfant est au college , ou toutes ses facultes morales et religieuses doivent se developper, ou la grande oeuvre de 1 education doit se faire (de 10 a 20 ans), la, vous Tavouez, meme dans vos meilleurs colleges 7 les efforts les plus eclaires et les plus soutenus n ont qu une puissance bornee.
L effroyable lacime de ces dix annees est ici trop manifestement decouverte : il etait impossi ble pourtant de la mieiix dissimuler dans une phrase mieux faite. On voit en effet r education qui commence j puis I education qui s acheve : on la croit faite, elle ne I a pas ete : elle ne pouvait pas 1 etre, meme dans les meilleurs colleges ! Ainsi disparait dans un jeu de paroles, dans une subtilite delangage, ce qu il y a de plus important au monde, 1 education!
Et quis etonnera de tout cela lorsque lesprofesseurs de TUniversite sont condamnes a
ger le moyen le plus puissant de 1 education, la Religion ?
Qu est-ce que 1 Universite ? se demande M. Jules Simon, professeur suppleant deM. Cousin a laSorbonne. C estl Etat enseignant. Nous n avons pas une religion d Elat en France; on peut le regretter, mais c est un fait; nous n avons pas non plus la liberte d enseignement : 1 Etat enseigne seul. II n y a pas de religion d Etat : les professeurs ne peuvent done ni enseigner, ni attaquer aucune religion.
Je defie de repondre a cela autre chose qu un sophisme.
M. Jules Simon a raison : la logique est pour lui , et M. Thiers aussi ; car n est-ce pas ce qu il a voulu dire an fond lui-meme dans cette phrase si singuliere de son rapport :
Dans les colleges royaux... les enfants sont traites comme des hommes capables... de sentir les nobles procedes. Les maitres respectent dans 1 enfant la liberte de conscience comme dans I homme lui-meme.
Ainsi les hommes fails, les maitres, ont a cet egard une liberte absolue : ils la laissent a leurs eleves : ils la respectent profondement dans ces jeunes ames, c est-a-dire, qu ils deineurent a cet egard dans une respectueuse indifference et dans un silence absolu; si la consequence est evidente , il faut reconnaitre que 1 aveu est
etrange :
N est-ce pas ainsi, demandait un honorable depute en 1887, qu on arrive a former des hommes engourdis dans cette apathique indifference a 1 egard des convictions religieuses et morales, qui est le mal de notre epoque, que rien n emeut plus, si ce n est 1 amour du lucrejque rien ne revoke plus, pas me me la venalite des consciences?
Le concert sur ce sujet devait etre unantme : Jes hommes politiques de toutes les opinions, de toutes les nuances, s accordent avec les maitres et les disciples de 1 Universite , pour elever centre elie et centre son monopole une voix severe et des accusations si graves que je ne me permettrais pas d en formuler de semblables.
M. Ledru-Rollin s ecrie, a 1 extreme gauche de la Chambre :
Y a-t-il une souffrance plus grande pour 1 individu que 1 oppression de sa conscience, que la deportation de ses fils dans lesecoles qu ii regarde comine des lieux de perdition (i), que cette conscription de Penfance trainee violemment dans un camp ennemi et pour servir Pennemi?
M. Janvier, place aujourd hui dans les rangs
conservateurs, disait il y a longtemps :
L Universite est sur notre sol un debris sans etai : en tant que monopole, la Charte du 7 aout Pa mise en pieces.
M. Persil , an moment ou il venait de poursuivre en sa qualite de prociireur general tdcole libre, devant la cour des Pairs , exprimait en ces termes un souhait semblable :
Nous n avons pas besoin de dire que quand nous invoquons le monopole imiversitaire, nous nous appuyons d une legislation expirante, dorit nous batons de tons nos \oeux la prompte abrogation.
M. Dupin aine, defendant 1 Universite , s est
(i) Un peu plus et M. Ledru-Rollin employait ici le mot des saints livres, tant reproche a monseigneur Feveque de Belley, des ehaires de pestilence.
plaint vivement qu on cut ose attaquer une ins titution fondee sur les lois. Souteriant ainsi la valeur des actes par lesquels i Empereur a rtabli le mouopole, M. Dupin a sans donte oublie la consultation qu il donna le 3o avril i83o, et ou il protiva si energiquement 1 illegalite et I inconstitutionnalite des decrets de 1808 et de 181 i ?
Dans cette consultation , M. Dupin , apres avoir fait 1 exainen des divers chefs d illegalite de ces decrets, termine par ces mots accablants :
Certes on ne craint pas de se tromper , en disant qu un corps ainsi constitue (le conseil royal) , avec des pouvoirs aussi exorbitants , est un tribunal extraordinaire qui eut dutomber devant laCharte, comme les tribuiiaux de douane, les cours speciales, etc,
M. Chambolledisait, dans la seance du 1 5 juin 1843 :
II est des verites morales qu il est necessaire de repandre dans les colleges. Qui est-ce qui en est charge ? Je vois bien le texte de la loi, mais un texte sterile. Vous connaissez tons ces eleves de nos colleges : vous les avez interroges, je les ai interroges aussi. Eh bien ! quand on leur adresse certaines questions, ils savent a peine ce qu on veut leur dire.
Quand je me demande qui est charge de cet enseignement moral et religieux dans ces colleges , je m inquiete encore, car je ne sais pas qui est charge de donner cet enseignement, excepte \aumonicr qui y fait du temps en. temps une appa rition .
Et sur ce dernier reproche, M. de Gasparin
etait d accord avec M. Chambolle, lorsqu il se plaignait :
Qae la religion etait releguee a son heure, comniel uneef le plus souvent commc la derniere des lecons;
Lorsqu il disait :
Qae I Evafigile etait relegue a line place tellement injime , qu il pent rarement contre-balancer Y influence de ces detcstables doctrines si bien adaptees a nos penchants naturels.
Certes, ou je me trompe, ou apres de tels temoignages, M. Cousin devra reconnaitre que les colleges royaux sont loin d etre irreprochables , et M. Thiers avouera que c est une chose qui n est ni deraisonnable ni denueede preuves que d avaucer :
Que la moralite n est pas suffisamment soignee dans les etablissements la iqiies, publics ou particuliers.
Non cela n est ni aussi faux, ni aussi inconteste qu il vent bien le dire : et, je le repete a dessein , ce que je viens de citer, ce ne sont pas les avocats du clerge qui i ont ecrit : ce sont les avocats eux-memes de 1 Universite : ce sont sesmaitres, ses amis, ses disciples.
Et comme dans une matiere si iniportante, je ne veux negliger aucune autorite , j irai jusqu a recueillir le temoignage de deux journaux dont je n aurais pas reproduit les paroles, si I Universite n avait pas trouve en eux depuis un an ses plus ardents defenseurs.
Le National, au mois de septembre ecrivait :
L education que donne 1 Universite est impie, immorale t incoherente.
Nous renoncons a tracer ici le sombre tableau qui est mal lieu reuse m en t sous nos regards : mais que nos lecteurs songent un instant a ce que le regime ou nous vivons a fait d une graride partie de la jeunesse francaise, et ils pourront trop aisement supplcer a ce que nous taisons...
I/education premiere, dont 1 Universite est responsable, a fait place chez nous a une ecole d ego isme et de corrup tion prematuree.
Est-ce done la ce qui est parmi nous 1 enseignement secondaire? faut-il le croire, et que deviendraient certaines apologies en presence de ces accusations ?
1st Journal des Debate, le 6 novembre 184 2 et les jours suivants , ne s exprirnait pas avec moins de force sur la philosophic et sur 1 enseignement superieur de 1 Universite :
L ecoleeclectique, pour Fappeler par son nom, est aujourd hui maitresse et maitresse absolue des generations actuelles. Elle occupe toutes les chaires de Tenseignement : elle en a ferme la carriere a toutes les ecoles rivales, elle s est fait la part du lion, elle a tout pris pour elle : ce qui est assez politique, mais ce qui est un pen moins philosophique. Le pu blic a done le droit de demander compte a cette ecole du pouvoir absolu qu elle a pris, et que nous ne lui contestons pas d ailleurs : elle a beaucoup fait pour elle, nous le savons; mais qu a-t-elle fait pour le siecle, qn a-t-elle fait pour la societe? Ou sont ses oeuvres , ses monuments, les vertus qu elle a semees, les grands caracteres qu elle a formes, les institutions qu elle anime de son souffle? II est matheureusement plus facile de s adresser ces questions que d y repondre.
Certes , on voit que ce journal, champion si devoue de 1 Universite, ne menageait pas alors son enseignement philosophique, et ne craignait pas , des 1 842 , de donner a la philosophic ce signe de ui( fiance que la Chambre des Pairs lui a donneen i844 et queM. Thiers essaye en vain de lui epargner aujourd hui.
Quant a rinstructiou primaire, dont 1 Universite est aussi responsable, je me bornerai a une seule citation :
M. Lorain, longtemps professeur de 1 Universite, recemment proviseur d un college de Paris , aujourd hui Recteur de 1 Acadernie de Lyon , s exprime ainsi dans son tableau de rinstructioii primaire en France, a la fin de i833, ouvrage compose sur les rapports des 190 inspecteurs charges de visiter, cette annee-la, les ecoles de France :
Des Pyrenees aux Ardennes, du Calvados aux montagnes de I lsere, sans en excepter meme la banliene de !a capitale, les inspecteurs n ont pousse qn nn eri de detresse.
La misere des institateurs egale leur ignorance, et le mepris public merite souvent par leur ignominie. C est nn spectacle immonde ! et le cceur se souleve a la lecture de ce chaos de tous les metiers, de ce repertoire de tons les vices, de ce catalogue de toutes les infirmites humaines. Depuis 1 instituteur qui se fait remplacer par sa femme, pendant qu il va chasser dans la plaine, jnsqu a Tassassin que 1 inspecteur cherche en vain dans son ecole, parce qu il vient d etre conduit dans les prisons voisines, combien de degres dans le crime ! Depnis I usurier condamne par le conseil
municipal jusqu au forcat libere , depuis 1 instituteur pave par la commune pour sonner !es cloches pendant I orage , jusqu a 1 instituteur, pretre del Eglise francaise, combien de minis teres differents !
M. Lorain rapporteensuite quelques dialogues entre 1 inspecteur et les instituteurs primaires.
Monsieur, dit un inspecteur, en entrant dans quelques ecoles, oil enetes-vousdel instruction morale etreligieuse ? R. Jen enseigne pqs ces betises-la. - Ailleurs (departement de la Manche), line ecole inutuelle se promene avec 1 institutetir dans la ville, tambour en tete, et chantant la Marseillaise, qu elle interrompt, en passant devant le presbytere , pour crier a tue-tete : A bas les jesuites! a bas les calotins ! S il en etait ainsi partoutela France, et qti onvint a nous demand er : Le cler^e francais est-il favorable a Tins-
truction primal re ? nons n hesiterions pas a repondre qu il ne faut pas compter sur son appui. Et cependant, sans 1 appui du clerge, il faut desesperer du sort de rinstruction primaire dans les campagnes.
Et quant a ce qu il y a de plus delicat et de plus essentiel dans la moralite des enfants, par respect j aurais voulu me taire. Mais malgre les re pugnances profondes que j eprouve, la confiance incroyable desapologistes de rUniversite, et 1 etrangete deleurs assertions, me font violence et me contraignent a mettre sous leurs yeux un do cument que je voudrais laisser enseveli. Peutetre pourra-t-il troubler un funeste optimisme, et faire an moins excuser les alarmes des eveques et des peres de famille.
Voici ce que M. La Hem and, professeur de la faculte de Medecine de Montpellier, et, a ce ti-
tre, investi de la confiance de TUniversite qui 1 a nomme, revele stir ce point si grave comme le resultat de ses observations les plus attentives :
Si j en juge par ma propre observation, sur dix jeunes gens adonnes an vice, dont la sante s est alteree immediatement ou consecutivement, on pent en compter neuf qui se sont perdus an college ou dans nn pensionnat. L enfant y trouve en arrivant nn foyer de contagion qui s etend bientot jusqu a lui : car le mat y est ctabli d une manic-re endemique , et se transmet sans interruption des anciens aux nouveaux venus. Si quelques individus echappent d abord a ces insinuations perfides, leur temps vient un pen plus tard. Je n entrerai dans aucun detail, quoique j aie recu des revelations bien multipliees, bien circonstanciees.
Comment pourrais-je reproduire cequeces rnalades osaient a peine me confer en tete-a-tete, et presses par 1 interet puissant de lenr conservation ? D apres tout ce qui m est revenu des sources les plus directes et les plus variees, je ne crains pas d affirmer que nulle part on ne se procure aussi facilement de mauvais livres; que nnlle part ils ne circulent avec plus d impudeuce et de securite; que la cause du mal n est pas settlement dans leseleves, rnais encore dans les domestiques et les surveillants; que les abus ne se bornent pas toujours an vice que nousdesignions tout a 1 heure; qu ils ne se propagent pas seulement par 1 exemple et la se duction, mais qu ils s imposent meme quelquefois par la me nace et la violence.
De la reaction relijjieuse. Des dispositions du clerge.
Cependant M. Thiers a dit un jour, en pleine Chambre, avec une ironique et triomphante complaisance :
L Universite a donne la generation actuelle, en grande parlie du moins; cette generation est plus religieuse ou du moins plus respectneuse que celle qui 1 aprecedee : les fails prouvent qu il y a une amelioration notable, que les devoirs religieux sont beaucoup plus observes que sous 1 empire et sous la restauration.
A la maniere dont 1 auteur de cette remarque la presente , il est manifeste qu ii y attache une grande importance : c est un argument decisif dans sa cause : il donne a I Universite 1 honneur de ce que Ton est convenu d appeler la reaction religieuse; et il suppose que ce sont les recla mations du clerge qui ont seules arrete cet heureux mouve merit et diminue le zele religieux*
Je retablirai simplement la verite; et je dirai d abord, ce dont ne nous permet tent pas de douter les observations les plus altentives, les plus gra ves et les plus nombreuses : que le mouvement religieux, loin de s arreter, est aujourd hui plus profond , plus serieux , plus puissant que jamais ; puis, j etonnerai peut-etre piusieurs de mes lecteurs en disant ou je trouve la premiere origine de la reaction religieuse.
G est a la revolution de juillet. Oui , sans le vouloir, la revolution de juillet, selon les desseiris d une providence proionde que nousavons toujours respectee, la revolution de juillet nous a servis, en nous delivrant des preventions, des mensonges et des calumnies de la politique : dedaignes et rendus a nous-memes, nous avons ete mieux connus,
Et nous n avons pas ete d ailleurs les seulsa y gagner : ces grands renversements ne sont pas sans force pourdesenchanter lesesprits. En multipliant les mecomptes, ilsmettent pour tons, pour les vainqueurs comme pour les vaincus, plus de serieux dans la vie, plus de gravite dans les moeurs, plus de maturite dans les opinions, plus de justice dans les jugements.
Qui ne sait que les revolutions, par les grandes lecons qu elies donnent a tons, a ceux meme qu elies font triompher, potissent une foule d ames a chercher pour 1 avenir un appui hors de Pinstabilite des choses humaines, et les conduisent ainsi peu a pen a la Religion, c est-a-rfire a la seule chose qui soit stable sur la terre?
Gertes aussi, et avant tout j en reporte la gloire a Dieu : a 1 action secrete et toute-puissante de celui qui tient dans sa main tons les coeiirs et les incline ou il veut ; qui commande au mai et fait le bien quand il lui plait ; qui tient en bride toutes les passions des hommes, et lors meme qu il semble leur permettrede lout decider, les mene, les domine, les arrete et les change.
Mais, quoiqu en disent M. Thiers et M. Cousin, je ne puis en conscience en faire horineur a TUniversite : je cherche en vain les traces de 1 influence quel on voudraitlui attribuer sur ces commence ments de la regeneration religieuse de la France. J enfaisvolontiershonneuraucaracterefran^ais
eta Faction providentielle des circonstances sur sagenerositenaturelle et sur ses nobles instincts.
Soit que la mobilite merne d une grande et hero ique nation, dont la jeunesse est eternelle ; qui a peut-etre les defauts redoutables de cet age, mais aussi toutes ses brillantes qualites, et qui par consequent ne fait jamais tout craindre sans laisser tout esperer, raitramenee tout a coup a la foi et aux pensees chretiennes : soit, ce qui nous va si bien, que les malheurs de la religion nous 1 aient rendue plus venerable et plus chere; toujours est-il que le lendemain du jour ou plusieurs penserent que la religion tombait avec la croix abattue, un jour plus favorable et plus pur se levait pour elle.
Me permettra-t-on d ajouter que j en faishonneur au sacerdoce francais? J en fais honneur a sa pacifiqtie attitude, a sa prudence, a son zele, a son devouement.
J en fais honneur a la jeunesse elevee sous les auspices de la religion , dans des families chre tiennes et dans des etablissements oil la piete est 1 heuretix fondement de Teducation. Oui ? c est surtout la jeunesse, et nous le redisons avec le tressaillement d une joyeuseesperance, c est sur tout la jeunesse qui se livre a ce noble mouvement, avec ces vives et fortes inspirations, avec ce gout sublime et nouveau dont elle s est eprise pour la verite et la vertu.
( jag )
C est tin homrnage qu il nous est doux tie lui rendre : tons ceux a qni il est donne de faire entendre leur voix a la jeunesse pour lui parler le langage de la verite, trouvent tout a coup dans ces jeunes coeurs im echo profond; ceux meme qui desceudent aujourd hui a toutes les bassesses du mensonge pour la corrompre, n osent plus lui parlerM incredulite. C est dans les rangs de la jeunesse que la foi et t esperance chretienne ont fait les plus nobles et les plus brillantes conquetes; et tout Paris, totite la France, savent que lesoeuvres les plus laborieuses de la charite ont trouve, dans lezele qui n appartient qu a cet age, le plus genereux concours.
Mais encore une fois, comment faire honneur de toutceci a FUniversite et a son education?.... Non que je pretende qu il ne soit pas sorti des ecoies de i Universite un grand nombre d hommes bonnetes et un certain nombre de chretiens sinceres.
Mais I Universite oserait-elle dire que ces hommes pieux, que ces cbretiens sinceres soient son ouvrage ! Qu on nous inontre des ames vraiment religieuses qui attribuent leur piete a 1 education des etablissements uni\ 7 ersitaires ? qui parlent avec reconnaissance de leur college corn me d un asile beni qui a protege leur innocence, et de I Universite avec amour, comme Ton parle d une mere a qui I ou doit son ame et ses ver-
tus; en un mot, qui proclarnent lui etre redevablesdu bonheur de connaitre, d aimer et de servir Dieu. Alors je changerai de langage. Mais depuis vingt-cinq ans que je suis devoue a la jeunesse el que je vis avec elle et pour elle, je n aipas trouve line seule bouche de qui j aie recueilli ce temoignage.
Et quant aux hoinmes sortis des colleges de rDniversile et devenus depuis des chreliens sinceres, interrogez-les : ils vous diront eux-memes si ce sont les souvenirs pieux de leur education qui les ont ramenes.
J oserai meme raffirmer : 1 Universite n a pas contre elle cle temoignage plus terrible que celui de ces hommes qui sont devenus chretiens cornme inalgre elle, qui la desavouent hautement , et qui se sont faits ses accusateurs publics devant I Eglise et devant 1 Etat : tels sont M. de Montalembert, M. de Gasparin et bien d autres que je pourrais citer. Je sais bien qu a tant de faits accablants, qu a tant de raisons decisives, M. Thiers oppose des statistiques certairies, et officiellement dressees, de la foi et de la piete universitaires. II rie manquait plus que cela a la gloire de FUniversite. Pour moi j en suis pen louche : d abord parce que ces statisliques si certain es, on ne nous les fait pas connailre, et peut-etre avec raison.
J ajoutei ai que ces etats olficiels me repugnent,
el que si j avais autorite pour cela , je les supprimerais.
Les statistiques de piete m edifient un peu moins encore que les prix de vertu.
rajouterai, enfin , qu il y a des statistiques de la situation morale du pays, parfaitement connues, presentees a PAcademie des sciences, inserees an Moniteur, resultat d etudes approfondies et de calculs irrecusables , et qui contre-balancent tristement la valeur des etats statistiques de la piete universitaire.
Sans pretentlre argumenter plus qu il ne convient, de ces resultats, centre 1 Universite et centre 1 instruction qu elle donrie, j affirm e que les hommes graves ont certainement a reflechir sur les faits reveles par M. Fayet, savant professeur de mathematiques au college de Colmar, et par M. Ch. Dupin lui-meme.
Nous sommes forces d avouer, dit ce dernier , que la com plete ignorance s allie a la moindre proportion des crimes centre les personnes, et que 1 instruction superieure 1 emporte sur toutes les autres par la multiplicite des crimes.
Je concois qu un homme qui avait serieusement pense a tout cela avant moi; je concois que M. Guizot en ait exprime son opinion, en pleine Chambre, avec cette gravite de langage :
De la, Messieurs, cette perturbation souvent deploree qui jette un grand nombre dejeunes gens hors de leur situation uaturelle, excite leur imagination sans nourrir fortement
leur intelligence, leur inspire des gouts litteraires saus vraie et serieuse connaissance des lettres, encombre les profes sions savautes de pretentious oisives et maladives, et repand airisi dans la societe line multitude d existences deplacees, inquietes, qui lui pesent et la troublent,sans en obtenir pour elles-memes la fortune on la reputation alaquelle elles aspirent vainement.
Et pendant que d un systeme trop uniforme et trop exclusif sortent ces agitations factices et douloureuses , beaucoup de parents honnetes et senses cherchent en vain com ment faire donner a leurs enfants une education qui les preserve de telles chances, et reponde a la situation et aux occupations qui les attendent.
Je n insiste pas sur ces faits, Messieurs, ilsont souvent occupe votre peusee ; ils sont directement attestes par de nombreuses et deja anciennes reclamations publiques et privees; ils se revelent indirectement dans les efforts tentes depuis vingt ans pour apporter a notre systeme d instruction secondaire des modifications qui satisfassent a ce besoin de
notre etat social Ils ont tons ete, je ne dirai pas vains,
mais insuffisants.
M. Virey parlait com me M. Guizot : a cette t^poque il n y avait qu une voix pour proclarner les immenses perils de 1 enseignement et de Tedacation universitaire :
Chaque annee done continueront de sortir de 1 Urii-
vci site ces legions de jeunes lettres pour envahir tons les rungs, f rap pan I a toutcs les portes, encombrant 1 administration et tous les emplois, prets a renverser meme de leurs pretentious ambitieuses les barrieres que la societe ou les positions acquises leur opposent, deversant parlout une acre poleitiiquc dans les joiirnaux et les reunions politiques. De Hi ctMte guerre sourde, ces combats a entrance minant les
entrailles m ernes de notre corps social , qui cntretiennent le fen secret des mecontentemerits , Pardenr febrile des revoltes, et peut-etre toutes les incertitudes de notre avenir. Ces angoisses, Messieurs, nous les croons, nous les fomentons nous-memes... De latant d espritsinquiets, sans carriere tracee, souvent egares par la presomption si naturelle au jeune age, et, ce qui est pis quelquefois, sans aucune education ci vile ou religieuse capable de lui servir de contre-poids.
Travaillees par un triste scepticisme, maladie dusiecle,ces masses } souvent depourvues de croyances religieuses, trahissent leur malaise secret; elles ne connaissent guere d autre droit que la force, d autres titres que la victoire, d autre bien que la fortune.
M. Virey appuyait la gravite de son discours des paroles d\ui pkilosophe de Rome , sur le penchant de sa mine , qui s ecriait :
Nous perissons par le debordement de la litterature : Litterarum intemperanlid laboramus. (Seneque.)
Certes, ce langage etait digne d etre entenda ; il le fut comrne il devait 1 etre : des applaudissements unanimes accueillirent a la Chambre des Deputes les discours de M. Guizot et de M. Virey.
Qu on le remarque bien , je ne suis pas venu renouveler ici contre TUniversite les plaintes si souvent proclamees ; je n ai pas attaque le fond de ses doctrines ; je ne viens pas redire que son enseignement philosophiqtie est sceptique et impie, son enseignement historique anticalholique. Ce sont des sujets sur lesquels je crois inutile de parler, et sage de se taire.
J acheve enfin ces nombreuses, mais iinr.ar-
tiales citations, en rapportant 1 apologie par laquelle un publiciste devoue a 1 Universite croyait pouvoir defendre, centre les plaintes du clerge, 1 enseignement philosophique et religieux du corps universitaire. C est une variete qui reposera le lecteur.
Qu est-ce que 1 Universite? Un corps de lib res penseurs, courant, chacun selon ses forces, selon ses instincts, selon ses predilections , Pun apres la litterature, 1 autre apres Phistoire, celui-ci apres la philosophic, celui-lu apres la science. Dans cette Universite, qu on represente unic et compacte centre les principes du christianisme... vous trouverez partout la division, la lutte, Pindividualisme. Non , 1 Univer site n a pas de doctrines arretees contre la religion : savezvous pourquoi? C est parce que 1 Universite n a pas de doc trine ct ne saurait en avoir.
L Universite, repetons-le , n a pas de doctrine; elle n en a jamais eu, elle n en aura jamais; il faudrait, pour en acquerir vine, qu elle adoptat le principe de 1 autorite, comme 1 Eglise : or 1 Universite est fonclee sur la liberte de penser, prise dans son sens le plus absolu, sans reconnaitre aucune ortliodoxie, et par consequent aucune heresie. I! est done inexact de representer 1 Universite comme ennemie systematique du christianisme. Par suite de sa liberte d allure, 1 Universite actuelle renferme, au contraire, un grand nombre de catholiques parfaitement soumis a 1 Eglise. Seulement, 1 Universite actuelle est , en notable partie, fille du dix-huitieme siecle; comme telle , elle a ses preventions , ses prejuges, ses erreurs: elle crie contre les Jesuites et admire Voltaire. Tout cela s en ira : ce n est pas dans son essence, c est dans son age : il faut savoir la p rend re telle qu elle est.
Ce dernier conseil, tout etrange qu il parait
au fond, ne manque pas de hon sens : c est , en verite , ce que nous ne demanderions pas mieux de faire, si 1 Universite voulait seuieinent permettre a la liberte d exister aupres d elle, si elle con sent ait a donner aux institutions libres Fexistence promise par la Charte , si elle ne faisait pas des efforts vraiment inou fs pour enipecher 1 Etat d accomplir cette grande promesse, si elle ne se montrait pas disposee a tout sacrifier, meme la religion , a tout compromettre, meme 1 Etat, plutot que de ceder quelque chose d un monopole dont 1 Etat comme la religion, dont la Charte comme la conscience, commandent imperieusement le sacri6ce.
Oui, malgre taut de reproches qui s elevaient contre elle de toutes les touches , nous aurions ete heureux de vivre en paix avec elle, si eile avait vouiu se contenter d etre un corps puissant, dote, encourage de totite maniere, honore des plus grands privileges.
Nous aurions ete heureux de vivre en paix avec elle, si elle ne voulait pas etre en meme temps un corps despotique et jaloux, depositaire d un monopole exclusif, un corps redoutable pour tout ce qui n est pas lui, un corps qui, selon les expressions de M. Thiers, par sa tenacity et sa cohesion meme, realise exactement la pensee de sonfondateur, c est-a-dire, la pensee d un clespotisme absolu.
Non, iion, ce n est pas a nous qu il a tenu et qu il tient encore que le grand oeuvre de la paci fication religieuse s accomplisse !
CerteSjj aimaintenant plus que jarnais le droit de le dire : si la paix a ete troublee, ce n est pas a nous qu il faut le reprocher; ce n est pas nous qui avons declare la guerre ; ce n est pas nous qui 1 avons coimnencee.
La loi de i836, et la discussion de i83y, dont j ai parle, sont des faits qu il n est au pouvoir de personne d aneantir aujourd hui.
Qui a renverse de fond en comble cette loi, et le projet d un ministre intelligent? Qui a meprise le vote de la Charnbre cles Deputes? Qui a voulu soumettre les petits seminaires a la juridiction de rUniversite? Qui a fait hnprudemment enten dre ces incroyables apologies d une institution dont toutes les voix demand aient depuis longtemps la reforme? Qui nous a mis a la main les armes de la verite et de la justice, non-seuleinent pour defendre la liberte d enseignement et les promesses de la Charte, mais la liberte religieuse, 1 existence et Fhonneur de nos petits seminaires? qui, sinon I llniversite ?
C est Tim prudence de nos adversaires, c est la provocation deleurs auciacieuses apologies, c est la violence de leurs attaques , c est la force des clioses qui nous a pousses malgre nous dans la lice.
11 est commode aujotml hui cle nous reprocher quelques excesde zele, de relever la forme, quelquefois ardente,de riotre polemique , dans une cause qui toache a ce qu il y a pour nous de plus sacre sur la terre; mais dans le fond, comme je crois devoir le faire observer encore, si j excepteces vivacites qu tiri poete philosophe attribuait a la faiblesse de la nature, qaas humana pantm cavil natum , et dont Bossuet disait : que /tul ne doit s etonner que des lioinmes aient des defauts hwnaijis, on n articule contre nous aucun grief, aucune accusation soutenable. On ne salt que nous reprocher d etre sous I influence des jesuites !
Non, non, la responsabilite des querelles actuelles ne pese pas sur nous. Sur qui done pese cette grave responsabilite? Certes, apres tant de temoignages, poser cette question, c est 1 avoir resolue.
Veut-on la paix ? Elle est facile a faire.
Que FUniversite demeure rUriiversite de I Etat , avec tous les plus riches et les plus glorieux privileges, nous ne nous en plaindrons pas.
Mais que la promesse de la Charte soit enfin sincerement executee, que la liberte soit donnee; et , aux conditions les plus justes et les plus moderees, I ceuvre si desirable pour tons de la pacification religieuse ne tardera pas a s accomplir.
Je me resume :
C etait le droit clu clerge de reclamer.
II n a reclame que des libertes legitimes, universellement demandees.
II n a reclame ni liberte illiQiitee,iii monopole, ni privilege.
II n a point calomnie 1 Universite : attaque dans ses droits les plus sacres, illes a defendus. II a rempli un grand devoir. II n a voulu, il ne veut encore , que la paix dans la liberte , dans la justice.