RÔLE PHYSIOLOGIQUE
La pancréatine est une substance organique naturellement liquide dans le sue pancréatique que sécrète le pancréas.
Le pancréas, glande abdominale, de structure analogue aux glandes salivaires, placée au-dessous de l'estomac, déverse par deux Canaux dans le duodenum le produit de sa sécrétion. Sous son influence, la digestion ébauchée est revisée et complétée.
En effet, le bol alimentaire, après avoir subi l’action diastasique de la salive, du suc gastrique, de la bile et le travail mécanique des mâchoires et de l’estomac, contient encore des débris de pain, des fibres animales désagrégées, des albumines non dissoutes, de la syntonine et de la graisse en nature ; mais, dès qu'il a franchi le pylore, il se trouve dans le duodenum en contact avec le suc pancréatique. Celui-ci exerce son action saccharifiante très énergique sur l’amidon, dissout et transforme les matières albuminoïdes et complète l’action de la bile, c’est-à-dire achève d’émulsionner les graisses en gouttelettes très ténues et, comme l’a démontré
AOC Claude Bernard (1), les dédouble en glycérine et acides gras.
L'étude des propriétés dn suc pancréatique date de notre siècle.
Tiedmann et Gmelin émirent l’idée que les aliments non digérés dans l'estomac, l’étaient dans l'intestin grêle. En 1836, Purkingi et Pappenheim remarquèrent que l’infusion acidulée du tissu pancréatique constituait un dissolvant énergique des matières albuminoïdes.
Dans un mémoire lu à l’Académie de Médecine le 20 janvier 1845, MM. Bouchardat et Sandras (2) ont prouvé que c'était dans l'intestin grêle des animaux féculivores que s’opéraient les modifications principales qui rendent la fécule crue soluble dans l’eau; et, parmi les conditions qui favorisent ces modifications, ils ont indiqué la présence d’un liquide sécrété, agissant à la manière de la diastase. Ils ont cherché quel est on quels sont les organes sécréteurs de ce principe. Ils ont d’abord songé à la salive, qui convertit l’amidon en glucose, comme l'avait dit Mialhe. Mais ce savant disait, en outre, que la salive seule opérait cette transformation. MM. Bouchardat et Sandras, après une série d’expériences sur les animaux granivores, ont constaté que chez eux, aussi, la transformation de l’amidon en sucre avait lieu; et cependant, chez ces animaux, les glandes salivaires sont très peu développées.
Le suc gastrique, la bile et les membranes isolées des diverses parties du canal digestif, lorsqu'elles sont bien séparées des liquides qui les baignent, n’exercent aucune action dissolvante sur l’amidon.
(1) CL. Bernard, Du suc pancréatique et de son rôle dans les phénomènes de la digestion. Arch. gén. de méd., 4e série, tam. xix, jauvier 1849 (2) Compte rend. de l'Inslitut.
TONER
Il ne reste donc que le suc pancréatique. Mais, d’après Magendie, le mode d’altération qu'éprouvent les aliments dans l’intestin grêle est inconnu. Cependant, par leurs expépériences, MM. Bouchardat et Sandras ont parfaitement constaté que le suc pancréatique transformait l'amidon en glucose et dextrine. Si on verse de l'alcool pur sur ce suc pancréatique, il se forme un dépôt qui agit sur la gelée d’amidon, comme le suc pancréatique lui-même: c’est la diastase dont ils avaient signalé l'existence dans l'intestin grêle des oiseaux granivores.
Ces savants insistent sur la propriété remarquable dont jouit le suc pancréatique de saccharifier les fécules; ils admettent aussi la digestion de lPaibumine par ce suc, mais, tout en reconnaissant l’action émulsive du suc pancréatique sur les matières grasses, ils ne croient pas à leur dédoublement.
Magendie et Rayer constatèrent que le suc pancréatique était alcalin et qu'il transformait l’amidon en sucre, propriété que partage également la salive; mais Claude Bernard, après avoir étudié les propriétés physiques et chimiques du suc pancréatique, fait ressortir une nouvelle propriété caractéristique de ce suc: celle d’émulsionner les corps gras en les dédoublant en glycérine et acides gras.
En 1850, Lenz confirme cette propriété et M. Donders, par ses remarquables recherches expérimentales, en fait valoir toute l'importance. Ce savant pratiqua une fistule audessous du pylore sur un chien nourri de pain et recueillit un chyme chargé d’amidon, tandis qu’un autre sujet, soumis au même régime du pain, n’en laissa paraître aucune trace dans ses excréments.
Eberlé fut le premier qui, en 1834, signala l’action du sue pancréatique sur les graisses, et, en 1853, démontra par de
PAU nouvelles expériences que le suc pancréatique attaquait énergiquement l’albumine.
Corvisart se livra, à ce. sujet, à une longue série de travaux, dont les résultats furent contredits par Keferstein et Hallawachs. Ces derniers expérimentateurs avaient opéré dans un milieu alcalin avec du suc pancréatique, négligeant de le rendre acide.
Brinton reprit les travaux de Corvisart, fit les mêmes expériences et arriva aux mêmes conclusions, c'est-à-dire qu’il reconnut l’action du suc pancréatique sur l’albumine. Meissner étudia cette question et apporta dans ses expériences le plus grand soin; il opéra avec du suc pancréatique obtenu par fistule ou par infusion. Après une série de recherches et d'expériences dont les résultats furent contradictoires, il en arriva à cette conclusion que le suc pancréatique, en contact avec de l’albumine naturellement alcaline, donnait lieu à une fermentation putride ; et qu’agissant, au contraire, dans un milieu faiblement acide, il avait un pouvoir digestif considérable. Ces conclusions sont les mêmes qu'avaient tirées de leurs expériences, un quart de siècle auparavant, Purkinji et Pappenheim.
Les travaux de tous les savants expérimentateurs dont nous venons de parler, contribuèrerent à jeter quelque clarté sur les affections du pancréas, qui, jusqu'alors, étaient si peu connues. M. Eisenmann publia sept observations de maladies du pancréas : on constata à l’autopsie que, chez tous les sujets, laglande était plus ou moins complètementdétruite et que la maladie avait été caractérisée surtout par un amaigrissement considérable et des selles graisseuses.
Ces faits viennent jastement corroborer les idées de Claude Bernard, qui disait que la destruction de la glande sécrétant le suc pancréatique est suivie dela non digestion des graisses dont la présence est manifeste dans les selles.
Néanmoins, quelquefois, le pancréas existe et la digestion des graisses ne se fait pas. D’autres fois, au contraire, elle se fait sans action pantréatique, par exemple chez les poissons.
Cette anomalie avait-elle, aussi, amené Blondot à dire que l’émulsion se faisait par fluide chymique.
Déjà, vers 1863, Van den Corput avait fait usage du suc pancréatique et de la pancréatine dans un cas de dégénérescence soupçonnée du pancréas. Plus tard, en 1868, il administrait la pancréatine dans quelques dyspepsies avec pyrose et digestion incomplète des fécules et des matières grasses. En 1869, le D' Langdon Down communiquait à la Clinical Society de Londres, deux observations où l'emploi d'extrait pancréatique, associé en quantités égales à la poudre de malt, avait donné d’excellents résultats.
M. le D' Chauvin, professeur de physiologie à la Faculté de Lyon, dans une Note sur le suc pancréatique lue à l’Académie de médecine, dit que des résultats remarquables auraient été obtenus par le jus et l’extrait pancréatiques.
La pancréatine à son arrivée dans l’estomac est-elle détruite ? on l’a cru tout d’abord, mais des expérimentateurs ont vu que, d’abord paralysée par l’action du suc gastrique, la pancréatine était ensuite absorbée par l'estomac et passait ensuite dans la circulation, où elle retrouve ses propriétés au point de devenir toxique si elle est prise à une dose trop élevée.
La pancréatine, paralysée par l'acidité stomacale, entre dans la circulation à l’état de zymogène, dont une partie se fixe dans le foie et donne naissance à unezymase qui saccharifie le glycogène ; en effet, la glycose ainsi formée passe dans le sang en quantité telle que le sang d’un lapin, par exemple, qui contient normalement 1 gr. de glycose pour 1000 gr. de ce liquide, en contient lorsqu'il est pancréatiné plus de 5 gr. Le sang, ainsi saturé de glycose, ne peut évi-
demment tout brûler; une partie doit être éliminée par les reins, c’est ce qui arrive souvent, et l’animal devient diabétique.
D’après cela, la pancréatine, introduite dans le suc gastrique au commencement d’un repas, voit le ferment diastasique qu’elle contient être résorbé «in situ » et passer à l’état de zymogène dans la circulation; ce zymogène en estséparé par le foie, la parotide, la rate. Ainsi isolé, il devient dans le foie une zymase hépatique, capable de saccharifier le glycogène; dans la parotide, une zymase ptyalique, capable de saccharifier l'amidon dans la bouche ; dans la rate, une zymase qui, transmise au pancréas, communique au suc de cette glande la propriété de saccharifier lamidon dans le duodenum.
D’après Heindenhain (1), cette substance zymogène se dépose, sous forme de granulations microscopiques, dans le protoplasma des cellules glandulaires du pancréas, pour en être expulsée, se dissoudre et se transformer en trypsine pendant la période la plus active de la digestion.
Autrefois, on croyait à un rapport très étroit entre la rate et la digestion; et Bendach croyait que la rate fournissait à ‘estomac un suc acide où un ferment à la digestion.
Schiff, après de nombreuses expériences qui lui révélèrent le fait inattendu que, chez les animaux privés de rate, le suc pancréatique, tout en conservant le pouvoir saccharifiant et émulsionnant, perdait irrévocablement le pouvoir de peptoniser les albuminoïdes, ajoute que la rate, pendant sa dilatation périodique, modifie une partie des peptogènes présents dans le sang, de manière à les rendre aptes à être séparés par le pancréas sous forme de trypsine.
(1) Annales der chem. et pharm., L. oxu, p. 276.