‹ De la PancréatineChapitre 4 sur 10 · AN SN NU · texte numérisé non relu

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Herzen (1), par ses expériences, arrive à cette conclusion : que le zymogène devient trypsine sous l'influence d’une - substance formée dans la rate.

Nous venons de voir que la pancréatine agit à la fois sur tous les aliments avec une grande énergie; mais ce n’est pas à un seul ferment qu’elle doit ses propriétés multiples, mais bien à trois ferments solubles distincts : par la trypsine de Schiff ou myopsine de Defresne (2), elle peptonise l'albumine; par l’amylopsine, elle saccharifie l’amidon et par la stéapsine, elle émulsionne et dédouble les graisses.

Ces trois ferments se trouvent dans le suc pancréatique chez l’homme et les omnivores: mais l’amylopsine et la stéapsine existent presque seules dans le sue pancréatique des ruminants et des rongeurs; l’amylopsine est en très faible proportion chez les carnassiers et certains poissons.

La myopsine, qui dissout l’albumine, se retire du pancréas d’un animal omnivore (elle manque dans le bœuf).

À 100 grammes du liquide du pancréas d’un animal omnivore, contenant 15 grammes de suc pancréatique desséché, on ajoute, après filtration, 40 grammes d’acide acétique (C2H*0?) d’une D — 1,0324. Après 24 heures, on filtre et on mêle le produit de la filtration à l'alcool.

La myopsine se présente sous forme d’écailles brillantes grenat, solubles dans l’eau. Sa solution est coagulée par la chaleur.

Elle digère 104 fois son poids d'albumine. Elle est sans action sur la fécule et les corps gras.

Son activité est suspendue ou détruite dans les liqueurs renfermant de l'acide chlorhydrique (3).

(1) Revue scientifique, 3"° série, année 1882. (2) Th. Defresne, Réperl. de pharm., 1878.

(3) Wurtz, Chim. biol. {°° part., p. 246.

Li Len.

La stéapsine, qui dissont les corps gras, se retire du pancréas d’un ruminant.

On fait une solution concentrée du liquide d’un pancréas de bœuf, on filtre cette solution et on la mêle à Q.S. d’alcool pour faire un mélange alcoolique à 26°. Après 24 heures, on recueille le précipité, on le lave avec de l'alcool à 26° et on le fait sécher.

La stéapsine se présente sous forme d’écailles translucides, brillantes, solubles dans l’eau. Sa solution est précipitée par l'acide acétique, qui la rend inactive (1).

Elle décompose 24 fois son poids de corps gras, et est sans action sur la fécule.

L’amylopsine, qui saccharifie la fécule, se retire du pancréas d’un ruminant. ‘

À 100 grammes du liquide d’un pancréas de bœuf, on ajoute 15 gr. 71 d’acide acétique; on sépare le précipité par filtration, et, deux heures après, on ajoute au liquide clair 200 grammes d’alcool à 85°. On lave et on dessèche le nouveau précipité.

L'amylopsine se présente sous forme d’écailles jaunecitron, brillantes, solubles dans l’eau. Sa solution est précipitée par l’alcool et l'acide acétique fort; elle est, en outre, coagulée par la chaleur.

Elle saccharifie 25 fois son poids de fécule.

D'après MM. Korowin (2) et Zweifel, le pancréas des nouveau-nés ne contiendrait pas ce ferment.

On voit, par là, combien est énergique la pancréatine ; et, si elle n’est pas entrée plus tôt dans la pratique médicale, c'est à cause de son altérabilité et de la grande difficulté à obtenir le suc pancréatique. En effet, en été, cinq ou six

(1) Th. Defresne, Répert. de pharm., 1878.

(2: Centralblail für die Medizin Wissenschaflen, 1873.

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heures suffisent pour corrompre le suc pancréatique ou une solution de pancréatine. Une chaleur de 50°, pendant demiheure, suffit pour les modifier; et si la température s'élève à 60°, l’altération est plus grande et plus rapide.

S1 le suc pancréatique en solution est si facilement altérable, il n’en est pas de même lorsqu'il est desséché. Alors, il prend le nom de pancréatine et peut se conserver indéfiniment malgré les variations de température. C'est ce qu’a démontré M. Defresne par diverses expériences, dans lesquelles il employa une pancréatine identique.

Dans une première expérience, il se servit de pancréatine qui avait été préalablement maintenue à 50°, à l’état sec, pendant une heure.

Dans une deuxième expérience, il employa la même quantité de pancréatine maintenue au préalable à 55°, à l’état sec, pendant une heure.

Dans une troisième expérience, la même quantité de pancréatine fut préalablement maintenue à 60°, à l’état sec pendant une heure. |

Ces trois expériences furent faites à la fois, et la digestion se prolongea 10 heures à 38°; M. Defresne constata que, dans chacune d'elles, la même quantité d’albumine (30 fois le poids de pancréatine employée) avait disparu. Aussi, dit l’expérimentateur, il est d’une importance capitale de soustraire le suc pancréatique à l’action de l’eau et la chaleur réunies. |

Nous allons examiner successivement les diverses actions de la pancréatine sur les aliments azotés, sur l’amidon, sur les matières grasses et, enfin, sur les aliments mixies.

La pancréatine digère les aliments azotés et les transforme, comme le fait le suc gastrique, en albuminose ou peptone incoagulable par la chaleur et soluble dans l’alcool. Quel que soit l’aliment azoté, quel que soit le ferment qui le transforme, l’albuminose ou peptone, qui est le résultat de la digestion, passe au rouge-groseille sous l'influence de la liqueur cupro-potassiqne des hôpitaux :

Potasse caustique. . . . . 450 grammes Crème detarires Ur SM OdDNRS Sulfate de cuivre . .: . . 60 — Eau distillée. . . . . : .. 1200 —

Meissner avait, par ses expériences, montré que la digestion ne s’opérait bien que dans un milieu faiblement acide, et que, dans un milieu alcalin, elle devenait putride et d’une odeur repoussante.

D’autres expérimentateurs avaient mis en doute ce fait, et donnaient pour raison, à l’appui de leur critique, que, en introduisant de la bile au milieu de la digestion, celle-ci ne devenait pas putride; mais ils ne remarquaient pas que la bile dont ils se servaient pour leurs expériences est acide, car elle provient généralement d’animaux de boucherie toujours abattus à jeun.

Le pancréatine a une action limitée.

| 120 grammes de fibrine.

45 grammes de viande fraîche.

30 grammes d’albumine cuite.

1 gramme digère indistinctement |

M. Defresne, dans ses expériences, emploie de préférence l’albumine cuite qui est plus homogène que le tissu muscu-

NO ant laire, et ne contient pas comme lui de la graisse et des aponévroses.

Corvisart, tout en reconnaissant l’action énergique du suc pancréatique sur l’albumine, croit à une incompatibilité entre le suc gastrique et le suc pancréatique. Cela tient, sans doute, à ce qu'il se servait de suc gastrique d'animaux, dont le régime alimentaire avait modifié les propriétés.

Pour opérer dans les meilleures conditions possibles, M. Defresne (1), à l’aide de l’ipécacuanha administré en temps opportun, obtint du suc gastrique, dont il put faire varier la nature à volonté.

Il fit plusieurs expériences sur lui-même :

Dans üne première expérience, quatre heures après un repas complet, alors que la balance annonçait qu’une partie du chyme élaboré avait déjà franchi le pylore, il obtint une masse, demi-liquide, contenant encore des débris de muscles, quelques fragments de pain, des débris de végétaux encore inattaqués, et de Pamidon sensible à la teinture d’iode.

Il établit à l’aide du polarimètre, dont le plan de polarisation est dévié à gauche par la glycose et l’albuminose, qu'après un repas varié et abondant, le tiers au moins des aliments amylo-azotés échappait à l’action du suc gastrique et de la bile.

Dans une deuxième expérience, le bol alimentaire fut obtenu après trois heures de travail stomacal.

Dans une troisième expérience, après un repas de 200 grammes de viande rôtie et 300 grammes d’eau, il rendit au bout de deux heures une masse liquide, dans laquelle on ne retrouvait que quelques tendons etdes aponévroses. Soumettant cette masse à l’action de la pancréatine, il reconnut que toute la viande avait été digérée par le suc pancréatique.

{1) Defresne, Répert. de pharm., 1878.

Dans une quatrième expérience, l’estomac étant vide de la veille, il absorba 50 grammes de sinapis alba humectée d’eau distillée; et il obtint au bout d’une heure, toutes déductions faites, 300 grammes de suc gastrique pur, de couleur citrine et faiblement coagulable par la chaleur; la graine de moutarde fut retrouvée intacte.

Dans ces quatre expériences, M. Defresne dosa l'acidité du suc gastrique, soit pur (4° expérience), soit mélangé à de l’albaminose seule (3° expérience), soit enfin mélangé au chyme amylo-azoté(1"°et 2° expériences), et vit que l'acidité de l’estomac n’est pas le résultat d’une fermentation, mais qu’elle est normalement le produit de l'acidité du sue gastrique et des acides étrangers fournis par l’alimentation.

De plus, il observa que,dans ces quatre expériences, l’acidité du suc gastrique était sensiblement la même, et dit que si, dans l’expérience 4, le suc gast#que employé pur semblait moins actif (il n'avait digéré que 7 gr. 50 d’albumine, tandis que dans les trois premières expériences il avait digéré successivement: 7 gr. 60, 7 gr. 75, 8 gr. 25), c'est qu'il était moins acide, et qu'en outre, l’albumine (naturellement alcaline) est encore venue abaisser son acidité.

M. Defresne conclut de là:

1° Que le suc gastrique complexe est sécrété peu à peu et d’une manière régulière, au fur et à mesure que les premières quantités ont épuisé leur activité;

2° Que la sécrétion du ferment gastrique est indépendante de la sécrétion acide, d’où ÿl résulterait que la sécrétion acide seule varie sous l’influence des -injections alcalines ou acides.

M. Defresne remarqua, en outre, que l’activité du suc gastrique peut être totalement paralysée si l'acidité devient nulle, mais qu’elle reparaît avec l'acidité. De plus, si l’aci-

dité du suc gastrique devient double, triple, etc., son activité devient plus grande.

Enfin, le savant expérimentateur, comparant entr’elles ses propres expériences, dit que la pancréatine semble perdre un tiers de son activité dans le suc gastrique; il ajoute seulement que cette perte n’est occasionnée que momentanément, en présence de la grande acidité du suc gastrique, car dès que la bile vient, par son alcanilité, contre-balancer l’excès d’acidité du suc gastrique, le suc pancréatique digère très bien l’albumine. Ces expériences, si simpleset si nettes, vont nous donner l'explication de la digestion stomacale et duodénale.

La salive, la première, imbibe les aliments et facilite leur déglutition ; arrivés dans l’estomac, ceux-ci sont pénétrés de toutes parts par le suc gastrique, et encore, dans cet organe, . la salive continue son action sur l’amidon, la pepsine dissout les matières albuminoïdes. La partie pulpacée qui passe dans le pylore échappe seule à l’action de ces deux ferments; elle arrive dans le duodenum, où se continue et se complète la digestion. En effet, ici la bile neutralise l’excès d’acidité du chyme,et ne laisse le milieu que faiblement acide, et en même temps neutralise, sans la modifier, une certaine quantité de graisse. À ce moment, intervient l’action du suc pancréatique, et nous venons de voir que ce sont les meilleures conditions dans lesquelles il puisse agir avec toute son activité: digérer l’albumine, saccharifier les fécules, émulsionner et dédoubler les corps gras qu’il rend aussi assimilables.

Nous voyons donc que l’état chimique dans lequel se trouve le tube intestinal joue un grand rôle dans la digestion. Nous avons remarqué, en effet, que, d’un côté, la pepsine, ferment du suc gastrique, perd de son activité dans un milien trop peu acide; d’un autre côté, la pancréatine, ferment du suc gastrique, n’agit entièrement que dans un

0 eee milieu faiblement acide. Puisque donc il y a opposition de propriétés entre ces deux agents, il faut nécessairement qu’il y ait équilibre entre l'acidité sécrétée par l'estomac et l’alcalinité apportée par la bile dans le duodenum; et lorsque, par une cause quelconque, cet équilibre sera détruit, il s’ensuivra évidemment une dyspepsie provenant de la trop faible acidité du suc gastrique, et à laquelle on a donné le nom impropre de dyspepsie alcaline, qui se fait sentir dans les premiers temps de la digestion, ou bien une dyspepsie provenant de la trop grande acidité de ce même suc gastrique, qu’on a appelée pyrosis, et qui n’apparaît que deux à quatre heures après le repas. C’est cette dernière qui est la plus fréquente, et, dans ce cas, les matières amylacées sont mal supportées, car l’action du suc gastrique augmentant par son acidité, celle de la bile diminuant, le suc pancréatique se trouve insuffisant.

Bouchardat et Sandras ont démontré que la pancréatine transforme l’amidon en glycose; Claude Bernard le reconnaît; mais Donders, lui, démontre que, sans la sécrétion pancréatique, la digestion des fécules est incomplète. Nous avons rapporté plus haut les expériences de M. Defresne sur : lui-même, et nous avons vu que quatre heures après un repas complet, alors que le chyme élaboré avait franchi le pylore, il y avait de l’amidon que la teinture d’iode permettait de déceler. Or, nous savons que le suc gastrique n’a aucune action sur l’amidon; la salive, il est vrai, le saccharifie, mais seulement en partie (un sixième de son poids). Il est done évident que l’amidon restant à transformer l’est, dans le duodenum, par le suc pancréatique.

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