‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 14 sur 63 · N" VI. — PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE AU PREMIER DEGRÉ · texte numérisé non relu

N" VI. — PARALYSIE GÉNÉRALE SIMPLE AU PREMIER DEGRÉ

Embarras dans les mouvements de la langue'; faiblesse des membres pelviens; monomanie primitive , dégénérée en démence; idées de richesses , etc. (i).

B***, négociant, âgé de quarante-sept ans, avait l'habitude de boire , sans modération , du vin , du café et des liqueurs fortes ; son caractère était irascible et même violent ; il jouissait d'une certaine fortune, et n'était pas dans une situation à s'inquiéter pour l'avenir: sa taille était moyenne, sa constitution bilieuse cl fortement prononcée ; il se portait habitmJlement bien et n'appartenait pas à une famille dans laquelle l'aliénation mentale fût héréditaire; en 1821 , sans causes connues, il devint monomaniaque.

Il ne rêve plus que meurtres, conspirations et empoisonnements ; il interprète mal tout ce qu'il voit et tout ce qu'il entend , implore chaque jour la protection des juges, écrit à la police et la fatigue par ses avertissements. Une telle maladie est qualifiée de bizarreries ^ à.' imaginations ; on néglige d'appliquer un traitement méthodique, elle passe à l'état chronique.

En 1823, l'aliénation commençait à perdre le caractère qu'elle avait eu d'abord, et Tindividu prétendait posséder des richesses immenses. Il offrait à tout le monde de l'or et des perles ; il se

(0 Service de M. JEsquiroI.

aa DE U PARALYSIE,

croyait doué d'un génie extraordinaire ; à lui était réservé l'honneur d'achever toutes les entreprises contre lesquelles avaient échoué les efforts des hommes ; il devait commencer par la tour de Babel, etc. L'intelligence s'affaiblissait manifestement; l'aliéné devenait chaque jour moins facile à diriger, il troublait le repos de la société: on provoqua l'isolement.

En arrivant à Charenton, le malade parut tranquille ; il s'étendit avec complaisance sur la profondeur de son prétendu génie; il crayonna plusieurs plans de la tour de Babel^ et laissa voir, de la manière la plus évidente , l'affaiblissement de ses facultés intellectuelles. En même temps , on pouvait observer un certain nombre de symptômes qu'on ne pouvait rattacher qu'à la paralysie générale. En effet, d'après le rapport des parents, cet aliéné n'avait éprouvé rien de semblable à ce qu'on nomme dans le monde apoplexie, coup de sang, etc. ; cependant il parlait avec une difficulté extrême ; la langue, emharras&ée dans ses mouvements, roulait long-temps dans la bouche avant d'articuler quelques mots : d'un autre côté les membres abdominaux avaient perdu la plus grande partie de leur force ; ils ne pouvaient supporter le poids du tronc ; le malade ne marchait qu'à l'aide d'un bâton ou en s' appuyant sur les tables, sur les chaises , le long des murs. Il était sensible à la douleur; l'ouïe , l'odorat, etc. , couservaient leur liberté d'actioa; du

CONSIDÉRÉE CHEZ lES AlIÉNÉS. ZH

reste, la respiration et les fonctions digestives s'exécutaient librement: point de fièvre, point de chaleur à la peau, rien qui pût faire soupçonner un état aigu.

Depuis un an que cet homme est sous nos yeux, il n'est survenu aucun changement ; il écrit beaucoup, cause volontiers ; mais on n'entend qu'à moitié les mots qu'il prononce ; il sort encore dans les jardins, mais il marche péniblement, chancelle^ et se soutient sur un bâton; la santé générale continue à être bonne.

N" VIL — PARALYSIE GÉNÉEALE SIMPLE AU PBÉMIEK DEGRB.

Embarras dans la prononciation; marche mal assurée; giiérison apparente; rechute (i).

G*** (Louis-Joseph), âgé de trente-sept ans, marié, habitant à la campagne et dans les environs de Paris , a fait la guerre pendant plusieurs années , et n'a pas été blessé à la tête ; tous ses parents ont eu l'intelligence saine, lui-même n'avait jamais donné de signes d'aliénation mentale avant 1824; son éducation n'a pas été cultivée, cependant il a fait quelques études premières; son caractère est habituellement doux , cependant il s'emporte facilement. Il esï d'une taille moyenne; la peau est brune , les cheveux et les sourcils sont noirs ; la constitution bilieuse prédomine.

(i) SerTice do M, Royer-CoUard.

a^ DE l'A PARALYSIE,

Dans le mois d'octobre 1824, sortant de table et ayant bu plus que de coutume , il a un accès de colère, et presque immédiatement après, se met à écrire, la tête penchée sur un bureau peu élevé. Au bout d'une heure on le dérange pour parler à un voisin : la prononciation est difficile , et la langue est très gênée dans ses mouvements. Le médecin appelé applique des révulsifs aux pieds et pratique des émissions sanguines; les accidents paraissent diminuer , mais au bout de deux jours les jambes perdent de leur force. On s'imagine que la faiblesse a pour cause la perte du sang , on conseille le repos et l'usage des bouillons restaurants. Le délire éclate, et le malade est reçu à l'Hôtel- Dieu de Paris. (Application de glace sur la tête , saignées répétées , dicte sévère. ) Tout est inutile; on reconnaît les symptômes de l'aliénation mentale; le sujet est renvoyé et conduit à Charenton. Le début n'avait que cinq semaines de date, cependant le pronostic n'était pas plus rassurant. La langue était presque complètement paralysée ; l'individu se tenait sur ses jambes , mais il s'y tenait mal et chancelait dès qu'on l'abandonnait à lui-même. La faiblesse musculaire semblait se propager au reste du corps; les épaules s'affaissaient; la tête, l<i partie dorsale du tronc, vacillaient au moindre mouvement, lors même que le sujet était assis; il entendait, il voyait, il percevait les sons ; il était sensible aux impressions doulQu-

reuses; il laissait aller ses déjections sous lui; il prétendait être un grand personnage et ne savoir que faire de ses richesses. Du reste , il parlait beaucoup , mais avait peu d'idées suivies. La mémoire et le jugement paraissaient abolis, etc. Le malade, sans être violent, n'était pas maître de ses déterminations, et se livrait à une foule d'actes extravagants; il traînait partout le désordre à sa suite. On ne remarquait aucun dérangement du côté des cavités abdominale et thorachique ; l'appétit était bon ; la peau conservait le degré de chaleur qui lui est propre; le pouls battait avec régularité. (Saignées locales répétées, régime peu nourrissant, tisane délayante, pédiluves. )

M. G*** passe trois mois à l'infirmerie, plongé en apparence dans la démence, et condamné, suivant toute probabilité , à finir promptement sa triste existence sous l'influence de la paralysie générale, qui, chaque jour, semblait avancer davantage vers son dernier terme ; mais, par un changement aussi rare qu'inattendu^ le délire se calme, le malade comprend nos questions , associe des idées , porte des jugements, cesse de faire des extravagances et distingue ce qui est raisonnable de ce qui ne l'est pas; il s'informe de sa femme, de ses enfants; il demande à écrire, à reprendre ses occupations, etc. Sa parole n'est p;is aussi embarrassée qu'autrefois ; le tronc est en équilibre sur le bassin ; les jambes elles-mêmes se prêtent ^ des courses assez longues

sans donner le moindre signe de faiblesse ; le corps a de l'embonpoint; toutes les fonctions s'exécutent avec tant de régularité qu'on pourrait croire à une guérison complète : cependant il est à remarquer qu'il reste des vestiges de paralysie du côté de la langue ; que les idées, quoique suivies, roulent dans un cercle de peu d'étendue; il est à craindre que tôt ou tard les accidents ne reparaissent avec toute leur intensité première (i).

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