‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 15 sur 63 · N» VIII. — PARALYSIE GÉKÉRAIE SIMPLE AU PREMIER DEGRE · texte numérisé non relu

N» VIII. — PARALYSIE GÉKÉRAIE SIMPLE AU PREMIER DEGRE

Ayant varié d'intensité à différentes époques , et ayant par intervalles affecté une jambe plus que l'autre (2).

Il n'y a pas moins de huit années que l'intelligence de M. M*** a commencé à se déranger : il a quarante-cinq ans, est d'une taille moyenne, a la peau brune, les cheveux noirs et le tempérament bilieux; il est père de famille, et travaillait autrefois avec activité pour le soutien de sa maison ; d'un caractère vif et un peu étourdi, il aimait le plaisir, tout en évitant soigneusement la débauche ; enfin , il a eu une sœur atteinte d'aliénation mentale , mais elle parait radicalement guérie.

Cet homme, ancien militaire , et très prononcé dans ses opinions politiques, tenait, en i8i5, une auberge dans un département qu'occupaient les

(1) Nous apprenons à l'instant que le malade a eu une lechute, et que son état est des plus graves, (a) Service de M. Royer-Collard.

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troupes alliées : ne pouvant supporter la vue d'étrangers, qu'il accablait de noais injurieux, il s'attira leur colère, et fut obligé, pour sa propre sûreté , de s'enfuir de son pays. Jusque là l'intelligence tî 'avait offert aucun dérangement; mais au moment où le malade revint de l'exil qu'il s'était imposé, sa femme fut toute surprise de le trouver à moitié hébété. 11 ne pensait plus à ses affaires; il paraissait insouciant, triste, d'une timidité extrême; pour peu qu'on lui fit de reproche, il rougissait et s'enfuyait sans répondre. Sept années s'écoulèrent dans cet état équivoque; le délire apparut et s'accompagna de désordre dans les actions. On plaça le malade dans une maison de santé de la capitale. Une année de traitement apporta des modifications si avantageuses dans sa situation morale, qu'on put le rendre à sa famille; mais après des excès de boisson l'aliénation mentale récidiva, et la réclusion fut provoquée une seconde fois.

M. M** parlait peu , ne souffrait pas qu'on l'approchât, et se jetait sur les personnes qui ne lui plaisaient pas. Sa figure annonçait, par son expression, qu'il avait des idées sinistres, et le mécontentement prenait sa source dans ces idées mêmes. Il lui arrivait fréquemment de se retourner vers nous, en prononçant ces mots avec l'accent de la colère : « Brigands ! brigands ! vous ne m'emnpoisonnerez pas!» Il marchait, et ne paraissait pas faible sur ses jambes: on n'avait pas remarqué

d'embarras dans la prononciation pendant les courts instants où il avait consenti à parler ; rien n'indiquait l'existence de la paralysie générale.

Au bout de quelques mois, un infirmier qui servait le malade me prévint que la progression ne se faisait pas aussi librement que de coutume. Je passai plusieurs minutes à suivre les mouvements, et je restai convaincu que la paralysie générale ^slgnait les membres abdominaux. M. M** marchait encore sans s'arrêter, mais par intervalles il chancelait tout-à-coup, et le corps vacillait un instant : ce phénomène se répétait plusieurs fois dans un court espace de temps. Joignons à cela que les jambes paraissaient lourdes , que leur action avait quelque chose de lent, de pénible. Je m'obstinai à faire parler le malade; il est évident que la prononciation n'était pas exempte d'hésitation; cependant je voulus attendre encore avant d'arrêter définitivement mes idées. La semaine suivante , cet aliéné était incliné tout entier sur le côté droit; pendant la progression , la jambe droite paraissait />/ms lourde encore que de coutume ; l'épaule correspondante était plus basse que celle du côté opposé ; à peine si l'on comprenait le langage, tant il était confus, tant les mots étaient mal articulés. La sensibilité n'était point détruite , quel que fût le point où on l'explorât; les sens étaient conservés ; la santé générale était bonne ; il n'existait ni fréquence du pouls, ni chaleur à la peau, ui défaut d'appétit , etc.

Depuis deux ans que l'existence de la paralysie est constatée , le mal a fait des progrès , mais n'en a pas fait autant qu'on l'aurait cru d'abord. Tantôt il s'est manifesté d'une manière effrayante, tantôt il a disparu presque en entier (à part le bégaiement): à certaines époques , il a affaibli également les deux jambes ; à certaines autres il en a affaibli une seulement, pour retomber emmXt plus que jamais sur celle qu'il avait paru d'abord épargner. En définitive, dans le moment où nous écrivons, le sieur M** est dans un état de démence profonde ; il boit, mange, se promène, ne s'occupe de rien, pas même des soins de propreté. 11 ne peut comparer deux idées, émettre une opinion ; il ne sait dire que oui et non, et a une existence purement végétative. Il a les mouvements de la langue difficiles; il n'est pas solide sur les extrémités pelviennes , et il faudrait peu de cbose pour le renverser. Lorsque le malade ^st au lit, on ne s'aperçoit plus que les muscles des jambes manquent de vigueur et de force; il porte ses pieds en tout sens. Les bras paraissent jouir d'une mobilité très étendue ; ils servent à tous les usages qui leur sont habituels. Aucun sens n'est lésé; les fonctions des oiganes thorachiques et abdominaux continuent à être régulières ; cependant le physique, en général, s'altère , et, suivant toute probabilité , ce paralytique succombera avant la fin de l'hiver.

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