N° XXI. — PARALYSIE CÉ\ÉBAI.£ AD TROISIEME DEGBÉ
Délire général; dix-sept mois plus tard , un peu de faiblesse dans les membres abdominaux; fureur: l'agitation peisiste; la paralysie aflecte la langue , s'empare peu à peu du système musculaire , et le sujet meurt. — Végétations sur la pie-mère; trois onces de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde ; infiltration partielle de la méningine et de la méningette ; injection de leurs capillaires; adhérence générale de la pie-mère aux circonvolutions cérébrales ; enlèvement de la substance grise superficielle ; défaut de consistance dans cette même substance ; point d'injection dans son épaisseur; un pen d'injection dans la substance blanche ; granulations dans les ventricules latéraux et dans le ventricule cérébelleux; substance cérébrale endurcie au-dessous de la membrane des ventricules ; cervelet adhérent à la pie-mère ; épanchement de lang entre l'arc de quelques vertèbres et la dure-mère.
C***, propriétaire, âgé de cinquante-deux ans, d'une taille haute et d'une constitution où prédomine le tempérament sanguin, après avoir longtemps travaillé à augmenter sa fortune, s'est abandonné à l'usage des boissons alcooliques et s'est enivré presque tous les jours. Il n'avait pas de parents aliénés , vivait exempt de chagrins et se portait habituellement bien. A cinquante ans , il est dans un état continuel d'excitation , et on craint pour sa raison : à cinquante ans et demi , il délire la plupart du temps , mais il continue à diriger ses affaires. Bientôt il n'a plus d'idées suivies, parle continuellement, et se livre à une foule d'actes désordonnés ; il dort peu , ne mange presque pas,
(i) Service de M. Esquirol.
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et augmente l'excitation du cerveau en buvant avec excès. Comme il n'est pas violent , on se contente de le surveiller, et on ne l'isole pas. Dix-sept mois s'écoulent ; il existe une faiblesse marquée du côté des jambes; l'agitation va jusqu'à la fureur; l'individu est placé dans un hôpital de province. (Des douches, des bains ; on lie les pieds, et les liens font des plaies profondes. ) On n'obtient aucun résultat favorable. L'aiiéné entre à Charenton.
La manie avait dix-huit mois de date; on eût trouvé difficilement un délire aussi vaste; l'œil était brillant, la figure animée et menaçante; le sujet ne restait pas une seconde en repos; il employait toutes ses forces pour rompre ses camisoles, pour ge délivrer des entraves qni fixaient ses pieds , et poussait des cris qu'on entendait à une grande distance. 11 ne dormait pas , avait des hallucinations de la vue, mais n'était préoccupé d'aucune idée exclusive. Les organes des cavités abdominale et thorachique paraissaient exempts d'altération; il fut difficile d'explorer le pouls. (Sangsues au cou à plusieurs reprises ; aftusiocs froides sur la tête ; potages, etc.)
L'agitation persiste ; il est des jours où elle est moins vive; on essaie de faire marcher le malade ; il chancelle:, et tomberait a'ïi n'était soutenu. Cependant les muscles sont encore volumineux, et la faiblesse ne peut être attribuée au défaut d'embonpoint; la paralysie de la langue, qui jusque là avait
CONSIDIÊRÉË CnFÏ LES ALIÉNÉS. 96
» semblé douteuse , devient évidente. J'explore attentivement la sensibilité sur toutes les parties du corps. Elle est à peu près éj^alement repartie partout, mais elle est très affaiblie ; les membres thoracliiques se meuvent, s'agitent ; leur mobilité est moins étendue qu'autrefois. Le pouls n'est pas fébrile, la peau n'est pas chaude, les selfes n'ont rien de particulier, le sacrum commence à se dénuder.
Dix-huit jours avant la mort , C*** , assis sur un fauteuil, réduit aune excessive maigreur, délire continuellement ; il articule mal la plupart des mots: je le soulève et j'essaie de le faire marcher. Il lui est impossible de mettre un pied devant l'autre; il laisse traîner ses jambes derrière lui; il se sert encore des bras, mais avec difficulté. Je le pince en différents endroits sans obtenir de signes de douleur; sa pupille droite est prodigieusement dilatée. (Potages, tisane mucilagineuse. )
Deux jours avant la mort , l'aliéné a les lèvres sèches; il est encore agité. Je parviens à réveiller la sensibilité des quisses , et le malade traîne ses jambes sur le drap du lit dans une étendue de deux pouces à peu près. Jusque là , il avait soulevé ses bras ; maintenant ce n'est qu'après de longs efforts qu'il parvient à les remuer légèrement. Les mollets, les malléoles sont excoriés; la partie inférieure du dos est dénudée ; le pouls est petit et fréquent. 11 n'existe pas de symptômes abdominaux. C... meurt après avoir resté à Charenton
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deux mois et demi à peu près , avoir été aliéné pendant vingt et un mois , et avoir donné pendant trois mois et demi seulement des signes certains de paralysie générale. Peut-être la lésion des mouvements existait long-lemps avant d'avoir été aperçue : l'individu n'était pas soumis à l'observation des médecins , il faut rester dans le doute.
Autopsie du corps.
Le cadavre est maigre; il existe au dos et aux jambes des eschares gangreneuses 'extrêmement profondes.
Crâne. Les os sont faciles à briser ; leur table interne laisse voir çà et là des enfoncements qui vont presque jusqu'au diploé, et correspondent à des saillies que forment de petits fongus qui ont traversé l'enveloppe fibreuse, du cerveau.
La dure-mère incisée, on recueille la sérosité qui s'écoule de la grande cavité de l'arachnoïde ; le liquide est sanguinolent , et sa quantité s'élève à trois onces.
On aperçoit sur le milieu , sur la partie antérieure et sur plusieurs autres points , des hémisphères cérébraux, des végétations en forme de mûres; ces végétations sont peu volumineuses, naissent de la face externe de la pie-mère, et sont recouvertes par le feuillet cérébral de l'arachnoïde.
La membrane résultant de l'adossement du feuillet cérébral de la séreuse avec la lame externe de
CONSIDÉRÉE CHEZ LES AUE.XÉS. gj
la pie-mère est singulièrement infiltrée de sérosité; elle est épaisse, opaque, tenace; mais elle n'est pas généralement altérée. Sur les côtés du cerveau, en arrière, en devant, dans toute l'étendue de sa base, ]es méninges ont leur épaisseur naturelle ou à peu près, et ne sont nullement pénétrées de liquide; leurs petits vaisseaux contiennent du sang, et sur toute la périphérie du cerveau il existe une rougeur vive.
Je fais des efforts pour séparer la pie-mère des circonvolutions, en commençant par les endroits où l'œdème des membranes est plus prononcé; J'enlève toute la substance grise superficielle ; je redouble d'attention , et cherche à opérer une dissection avec le bistouri : le résultat est le même; il n'est pas une place où la substance grise n'ait contracté des adhérences, et ne forme à la piemère une doublure de près d'une demi-ligne d'épaisseur.
Le cerveau , dépouillé de ses membranes, a un aspect remarquable ; il est saignant, inégal, comme rongé.
J'examine la substance grise qui adhère à la pie-mère ; cette substance est molle comme de la bouillie ; sa couleur est grise.
La substance corticale, à une certaine profondeur, n'est pas injectée et offre la 'couleur cendrée qui lui est propre. Elle est criblée de petits vaisseaux vides, qu'on aperçoit à chaque nouvelle in-
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cision ; elle est douée de la consistance qui est propre à l'état sain.
La substance blanche a la consistance et la coloration qu'on regarde comme normales ; mais elle présente dans son épaisseur de nombreux filets rouges : ce sont des vaisseaux capillaires gorgés de sang.
Les ventricules latéraux sont larges; il s'en échappe deux onces de sérosité; leur membrane est un peu roussi; elle est inégale, et hérissée de villosités. En enfonçant la lame du scalpel au-dessous de cette membrane, on s'aperçoit que la pulpe qui forme les parois ventriculaires est endurcie; elle résiste à de grands efforts de traction , et se déchire difficilement.
Les granulations ont acquis un développement tel dans le quatrième ventricule , qu'elles ressemblent à de petits bourgeons nés sur la membrane propre, et lui donnent l'aspect désigné sous le nom de chair de poule; on les sent avec le doigt ; elles remontent vers l'aqueduc de Sylvius , et descendent sur le calamus scriptorius.
Le cervelet adhère à l'arachnoïde ; sa pulpe superficielle se détache avec cette membrane; la portion adhérente est molle. La consistance générale de l'organe est diminuée; mais il n'a pas subi un ramollissement proprement dit.
Rien de particulier dans le corps calleux , la cloison transparente , la voûte à trois piliers , les
couches optiques , les corps striés , les pédoncules du cerveau , les pédoncules du cervelet, le pont de Varole , etc.
11 s'écoule une cuillerée à deux de sérosité du canal racliidien; il s'est effectué un épanchement de sang entre l'arc postérieur des quatre dernières vertèbres cervicales , des deux premières dorsales et la face externe de la dure-mère ; le sang est coagulé; le caillot a cinq lignes d'épaisseur, repose sur la membrane fibreuse, mais s'en détache facilement : on juge à la couleur de terre sargue^ mine qu'offre l'épanchement , qu'il est ancien ; il n'exerce aucune compression , au moins la moelle a son calibre ordinaire , et n'est nullerM*|t aplatie.
Les olives , les pyramides , la moelle alongée , la moelle épinière, sont à l'état sain.
Poitrine. Les poumons sont vastes, crépitants, libres d'adhérences ; la plèvre costale , vers le diaphragme , à gauche principalement , est rouge et un peu infiltrée.
Le cœur n'a rien offert de particulier.
Abdomen. La membrane interne de l'estomac , le long du grand cul-de-sac , vers le pylore surtout, présente une surface très inégale ; en y regardant de près , les villosités semblent gonflées et saignantes, comme si on les eût rudement froissées. Dans le duodénum les villosités sont noires. Dans l'intestin grêle on trouve des matières semi-liquides assez bien liées ; les villosités sont brunes. Rien de
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particulier dans le caRcum et dans le reste des gros intestins, les cryptes ne sont nulle part altérées.
Foie de consistance ordinaire , d'un volume médiocre : rien du côté de \a rate et du pancréas.
La vessie pleine , dilatée; les reins sains.