‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 26 sur 63 · N" XX. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIEME DEGRE · texte numérisé non relu

N" XX. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIEME DEGRE

Monomanie; au bout de trois mois, espèce de guérison, mais ua commencement de faiblesse dans l'intelligence; la démence a une marche rapide , et se complique de paralysie générale ; la paralysie ne tarde pas à affaiblir tout le système musculaire; les jambes et les bras sont frappés d'immobilité , et restent dans un état de contracture ; mort. — Huit onces de sérosité sanguinolente dans la grande cavité de l'arachnoïde; petites végétations sur la pie-mère ; œdème et injection vasculaire de la méningine et de la méningette ; arachnoïde adhérente aux circonvolutions; peu de consistance dans la tubstance grise superficielle; reflet violet dans quelques points de cette substance; injection de la substance blanche; dilatation des ventricules; prolongement rachidien sain.

Depuis deux mois M. P — est triste, s'éloigne des hommes, parle rarement , dort peu, et paraît

(0 Service de M. E^qnirol.

préoccupé d'idées qu'il ne communique à personne. Depuis long-temps il est bizarre, et il s'est fait un changement total dans ses habitudes. Il n'a pas de fortune; il est premier clerc chez un notaire : cependant il refuse de travailler et néglige les affaires. 11 a composé beaucoup de poésies, s'est distingué dans ses études de latinité et de droit : maintenant les productions littéraires lui sont devenues indifférentes; il est incapable d'apph'calion. Si on le contrarie, si on cherche à vaincre son obstination, il s'emporte, ])rotesle qu'il n'est pas maître de ses déterminations. On le place dans une maison de santé de Paris; bientôt il est transféré à Charenton.

On apprend de la famille qu'il a des mœurs douces, un caractère sombre et peu liant; queues facultés intellectuelles ont eu un grand développement, et qu'il a toujours beaucoup travaillé. On ne lui connaissait aucune cause de chagrin ; il avait manqué un mariage assez avantageux , mais presque volontairement, et n'avait point paru le regretter. La taille est moyenne , la constitution assez forte ; le tempérament bilieux ; le sujet arrive à sa vingt-huitième année.

Au bout de quelques jours d'isolement, le malade commence à marcher, demande des livres, se plaint d'être enfermé, et écrit à son frère une lettre fort raisonnable. Pendant sa convalescence, il retouche une dernière pièce de vers qu'il a faite à

vingt ans; et après cette espèce d épreuve , désire rentrer chez son notaire. (On avait pratiqué quelques émissions sanguines ; on avait administré des bains , dont on continue l'emploi. ) Au bout de

trois mois P quille l'établissement. L'état moral

était peu satisfaisant. Le sujet se conduisait bien, ne déraisonnait point , suivait sans interruptioa une chaîne d'idées ; mais sa figuie avait perdu toute sa mobilité , toute son expression. Le travail le plus simple était devenu difficile ; l'intelligence avait baissé.

Rendu à sa charge de premier clerc, P.... n'est plus capable de la remplir; il tombe bientôt dans un véritable état de démence, et rentre à Ciiarcnton au commencement de l'hiver.

Il n'y avait que six mois que nous l'avions perdu de vue , et il n'y avait pas encore un an que les premiers symptômes d'aliénation s'étaient manifestés. A peine s'il était reconnaissable ; il ne pouvait plus marcher seul ; en le soutenant il faisait le tour de sa chambre, mais les jambes balayaient le sol; assis sur un banc , sa tète tombait sur sa poitrine , et la poitrine se courbait en avant. 11 remuait ses bras et ses mains , mais lentement et avec peine ; il déplaçait sqs pieds, il ne les soulevait pas; il sentait et témoignait de l'impatience quand on le pinçait; il ne proférait pas une parole et paraissait plongé dans la stupidité. Ses yeux étaient ouverts , il regardait fixeuicut sans s occu-

per de ce qui se passait devant lui. Ses membres étaient froids ; le pouls ne donnait que cinquante pulsations par minutes; les déjections coulaient involontairement. La paralysie n'était point venue d'une manière brusque; les forces s'étaient affaiblies graduellement. (On tente l'administration du tartre stibié , à la dose de six grains par jour, demi-grain d'heure en heure. ) Le premier jour, plusieurs selles ; le second , soixante-quinze pulsations par minute au lieu de cinquante ; langue rugueuse comme celle des chats , très rouge; lèvres couleur de corail. (On suspend l'usage du médicament. ) Le pouls redevient lent, la langue reprend l'aspect qui lui est propre. Nouvelle prescription d'émétique , même résultat : on renonce à son emploi.

Yingt-quatre jours avant la mort (un an à partir du moment de l'invasion ) , il ne restait pas \vL plus légère trace d'intelligence ; la sensibilité était annulée partout; les bras étaient dans un état de contracture difficile à faire cesser ; les jambes, fléchies sur les cuisses , ne se laissaient pas alonger ; le menton touchait presque au sternum , et e corps était en double; l'aliéné n'avalait qu'avec difficulté les liquides qu'on introduisait dans sa bouche. La maigreur était extrême ; il existait des eschares gangreneuses et des écorchures sur différentes régions. Les selles et les urines coulaient à i'insu du sujet. Le pouls était faible et difficile à

trouver. Les derniers instants n'eurent rien de particulier.

Autopsie du cadavre.

Tête. Les parois du crâne n'ont rien d'extraordinaire; la face externe de la dure-mère se sépare facilement des os avec lesquels elle est en contact.

Je pénètre dans la grande cavité de l'arachnoïde ; elle contient de la sérosité sanguinolente dont la quantité est évaluée à huit onces à peu près. En jetant un coup d'œil général sur l'extérieur du cerveau encore recouvert de ses dernières enveloppes , j'aperçois à la partie moyenne de l'un et l'autre hémisphère , sur les côtés de la scissure interlobaire, une foule de petites granulations grosses comme des grains de chènevis ; elles ont leur origine sur la pie-mère, et sont recouvertes par le feuillet cérébral de l'arachnoïde. Ce feuillet fait corps avec elles ; l'espace qu'elles occupent n'a pas moins de deux pouces de long sur un pouce de large.

L'arachnoïde cérébrale et la pie-mère réunies forment un feuillet d'une grande opacité et d'une grande épaisseur. Leurs vaisseaux sont largement dessinés; elles s'enlèvent par plaques , offrant une infiltration générale; il n'y a pas un point au pourtour du cerveau qui fasse exception sous ce rapport; les lambeaux qu'on emporte ressemblent ù des portions de dure-mère.

go DE lA PARAttSIE,

L'arachnoïde est soudée aux circonvolutions cérébrales ; celte espèce d'union intime n'est nulle part plus sensible qu'au-d ;ssous des granulations mentionnées plus haut ; là une couche de substance pulpeuse reste attachée à la membrane et ne s'en sépare qu'en raclant. On trouve la même altération à la partie antérieure et supérieure des hémisphères, dans la profondeur des scissures de Sylvius, sur le trajet des nerfs olfactifs ; sur le cerveletj sur la partie postérieure de l'une et de l'autre moitié de l'encéphale, etc.

Le cerveau dépouillé de ses enveloppes, au lieu d'offrir un aspect brillant c\ poli, paraît comme écorché ; le sang suinte par les solutions de conti riué résultant de l'arrachement de la substance grise.

La pulpe corticale la plus superficielle, et celle qui adhère à la pie-mère, manquent de consistance : elles forment sur la lame du scalpel une couche sans cohésion.

Un peu plus profondément , la substance grise paraît plus ferme, mais elle n'a pas sa consistance normale. La même remarque subsiste pour la substance blanche , et généralement pour toutes les parties du cerveau. Le corps calleux, le septum lucidum, la voûte à trois piliers, les pédoncules cérébraux, les parois ventriculaires, se rompent au moindre tiraillement; il ne s'agit pas d'un ramollissement comparable à celui qui rend la pulpe diffluente , il s'agit d'un simple défaut de soUdilc.

CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIENES. gi

La substance grise n'est pas très injectée : dans les cornes d'Aninion, dans les corps striés et en devant, vis à-vis la gouttière des nerfs ethmoïdaux , elle offre uji reflet violacé.

Les vaisseaujç qui traversent la subslance blanche ne fournissent pas beaucoup de sang, mais ils se dessinent en foule et sous forme de petjits tubes colorés.

Les ventricules latéraux contiennent de la sérosité claire et sont au moins doublés de volume; on n'aperçoit pas de granulations sur leur membrane.

La protubérance annulaire est saine; le canal membraneux qui sert d'étui à la moelle est distendu par de la sérosité légèrement colorée en rouge ; on a beaucoup de peine à enlever la membrane propre du prolongement rachidien ; elle n'est pas adhérente, mais elle est d'une extrême ténuité. La pulpe ne manque pas de solidité ; on examine successivement les faisceaux antérieurs et postérieurs; la substance grise et la blanche; la coloration paraît à l'état normal. Ceci est applicable à la moelle alongée, à ses éminences antérieures et j)Osténeures.

Poitrine. Le cœur ne présente rien de particulier ; il existe au sommet de chaque poumon fies cavités reinj)lies de pus , d'une dimension très étendue.

Abdomen. La membrane interne de l'estomac

ga DE LA PARALYSIE ,

lavée avec précaution est rouge ; ses villosités sont saignantes ; on aperçoit à sa surface un grand nombre de plaques ecchymosées.

En incisant les intestins grêles dans toute leur langueur, on voit çà et h\, au-dessous delà membrane muqueuse , des plaques rouges résultant d'une infiltration sanguine , les cryptes sont sains.

Les gros intestins sont injectés ; l'injection n'est pas très rapprochée: elle se dessine sous forme de filets arborisés.

Le foie a acquis un volume presque double de celui qu'il a ordinairement : il est jaunâtre au dehors; coupé par tranches, il ne laisse voir aucune altération appréciable.

Le pancréas, la rate et les voies urinaires sont ù l'état sain.

COA'SlDtr.EE CUf,Z LES ALIENES. g7)

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