‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 29 sur 63 · N° XXIV. PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIEME DEGRE · texte numérisé non relu

N° XXIV. PARALYSIE GÉNÉRALE AU TROISIEME DEGRE

Manie aiguë, idées de grandeur; prononciation un peu obscure; démarche mal assurée : plus tard, démence compliquée d'agitation et même de fureur; paralysie presque complète des jambes et des bras ; sensibilité obtuse ; mort. — Injection du tissu des os du crâne ; deux onces de sérosité dans la cavité de l'arachnoïde ; même quantité de liquide dans chaque ventricule; épaississement de la pie-mère et de l'arachnoïde cérébrale ; substance grise violacée , adhérente , molle; substance blanche sablée (i).

G..., militaire, âgé de trente-sept ans, portant à la tête les marques de plusieurs blessures , et issu d'un père aliéné, s'est distingué de bonne heure par une rare bravoure; tout jeune encore il fut nommé lieutenant-colonel , et officier de la Légion d'honneur; sa constitution physique est des plus fortes ; des muscles vigoureux dessinent les con-

(i) Service de M, Royer-Coliard.

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tours de ses membres ; les cheveux et la barbe ont une teinte rougeâtre, le tempérament sanguin prédomine; le caractère est vif; le sujet a eu de l'esprit, une grande habitude du monde , et a aimé les plaisirs ; on soupçonne qu'il a eu des maladies vénériennes et qu'il a pris du mercure. Ses opinions politiques étaient prononcées ; il a beaucoup souffert des changements de gouvernement, craignant de perdre sa place , et n'ayant plus l'espoir de réaliser ses vues d'ambition.

Dans le cours de i8i5 , mis à la demi^solde , il afficha beaucoup de mécontentement. Il semblait excité, parlait continuellement de ses campagnes avec un défaut de modestie qui n'était pas naturel , et qui frappa ses meilleurs amis. Il rentra en activité de service, mais ne put s'empêcher de blâmer tout ce qui se passait sous ses yeux, et s'attira une foule de désagréments ; l'intelligence s'éloignait de l'état physiologique.

En 1823 , l'aliénation devint évidente ; ce colonel prétendit être empereur, et voulut qu'on l'honorât comme tel; singulièrement exigeant, il entrait en fureur dès qu'on tardait à exécuter ses ordres. IN'ayant, disait-il, rien à ménager du côté de l'argent, il brisait ses meubles, et détruisait tout ce qui se trouvait à sa portée , comme étant au-dessous de la dignité impériale : il soignait encore sa personne, se promenait dans sa maison, et s'abstenait de violences, pourvu qu'on satisfit

tous ses caprices. Déjà la paralysie de la tangue se reconnaissait au bégaiement. Le malade escaladait des murs , courait avec une extrême rapidité , développait beaucoup de force musculaire ; mais dans certains instants il chancelait comme un homme ivre, et trébuchait à la moindre inégalité du sol.

Un an s'écoula sans changements notables ; l'usage des bains, les émissions sanguines répétées, n'avaient .procuré aucun soulagement ; la fureur éclata , et il fallut provoquer une étroite réclusion.

G... entra à Charenton au milieu de l'été, la respiration s'exécutait librement ; la langue était convenablement humectée, et l'appétit vif ; les digestions étaient faciles. L'embonpoint était bien conservé ; le malade, exempt de fièvre et de toute espèce de symptômes aigus , offrait les apparences de la santé. 11 se croyait encore empereur ; le délire était général (manie). Le désordre d'action n'avait point de bornes ; le sujet déchirait en quelques minutes les camisoles les plus fortes; il fallut l'attacher sur un fauteuil. Là , il vomissait d'horribles imprécations, poussait des cris qu'on pourrait comparer à des rugissements , et finissait par verser des torrents de pleurs, ne pouvant vaincre la résistance qu'on lui opposait. Quelquefois une lueur de calme permettait de restituer au malade la liberté du promenoir ; en suivant de l'œil tous les" mouvements , on remarquait les

symptÔQies de la paralysie générale incomplète que j'ai mentionnée pliis^liaut. Elle n'avait fait aucun progrès. On observait en même temps une particularité dont nous citerons plusieurs exemples dans le cours de cet écrit: G*** éprouvait un besoin insurmontable de se déchirer la figure ^ tantôt avec les ongles, tantôt en frottant les manches de sa blouse sur les joues. (Bains, émissions sanguines à plusieurs reprises , tisanes délayantes en abondance; plus tard un exutoire à la nuque.)

Cinq mois s'écoulent ; les emportements maniaques sont encore plus difficiles à réprimer que le premier jour ; la paralysie générale a augmenté à un tel point qu'on n'ose plus détacher l'aliéné ; à chaque pas ses jambes fléchissent , l'équilibre se perd et les chutes se multiplient. La prononciation est embarrassée au point que le malade ne se fait plus comprendre; la malpropreté est extrême; l'intelligence s'affaiblit de plus en plus ; la sensibilité n'est point éteinte ; Vœil voyait, ïoreille entendait, les odeurs restaient perçues, etc.

Dans le cours du sixième mois , les jambes refusèrent entièrement de soutenir le poids du corps; M. G*** resta à demeure sur son lit, ou sur son fauteuil. Les précautions qu'on prit pour prévenir les effets inévitables d'une longue pression , n'empêchèrent pas la peau de s'enflammer; de vastes foyers de suppuration s'établirent sur différentes régions du tronc, et le corps entier

commença à dépérir ; la mobilité des bras persistait.

La vie se prolongea pendant une partie du septième mois. Au moment de la mort , le corps , couvert d'eschares , exhalait une odeur insupportable. Depuis huit jours toutes les fonctions languissaient; l'individu était comme fl/?rw/t, et poussait encore des cris violents. Les perceptions paraissaient o/»fMses , les yrtmôe* n'avaient plus que des mouvements restreints; à peine si les bras jouissaient d'un reste de mobilité. Le langage nétait plus intelligible. On percevait des sons , mais les paroles n'étaient plus articulées.

Autopsie du corps.

Tête. La table interne des os du crâne n'a contracté aucune adhérence avec la dure-mère qui est fortement injectée. La boîte osseuse est rouge comme si elle eût macéré dans un vase rempli de sang. En essuyant , on s'aperçoit que la coloration a pénétré dans l'épaisseur des os ; si on enlève la rosée sanguinolente qui suinte de toutes paris , elle se reproduit instantanément.

On pénètre dans la grande cavité de l'arachnoïde , on renverse la faux du cerveau et les lambeaux de la dure-mère. Il s'écoule deux onces au plus de sérosité limpide.

J'opère l'extraction du cerveau ; et j'examine successivement la convexité , les régions anté-

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rîeure et postérieure des lobes. Le plan membraneux résultant de l'union de la pie-mère et de larachnoïde cérébrale , a acquis de l'épaisseur ; il n'est pas rouge. Je cherche à séparer le cerveau des membranes qui l'enveloppent ; je trouve des adhé* renées vers une infinité d'endroits. A la partie moyenne de chaque hémisphère, sur les côtés de la scissure interlobaire, la substance corticale se laisse arracher par plaques larges comme des pièces de cinq francs. A la partie antérieure de l'une et l'autre moitié de l'encéphale , et dans toute la longueur des scissures de Sylvius, les mêmes phénomènes se reproduisent. Dans toutes les places désignées , la substance grise manque de consistance et a pris une couleur violacée.

Je coupe avec un couteau à longue lame, et successivement , la substance corticale , que j'examine avec une grande attention. Partout elle est boursouflée, très foncée en couleur, comparable à de la lie de vin. La coloration est d'autant plus frappante qu'on s'éloigne moins de la superficie du cerveau. Les corps striés , les cornes d'Ammon, et généralement les régions où la substance grise se trouve accumulée font seules exception sous ce rapport.

La substance blanche et les différentes parties de l'organe qui se trouvent sur la hgne médiane, sont examinées avec soin. La substance blanche est en général sablée , imprégnée de sang , mais

elle n'est pas autrement affectée et l'on ne rencontre aucune altérations locale.

Il existe de la sérosité dans les ventricules latéraux. Il y en a deux onces dans chacun. On De voit sur la membrane , qui est en contact avec le liquide, aucune granulation sensible.

L'arachnoïde cérébelleuse ne présente rien de particulier ; le tissu du cervelet paraît sain. — Le pont de Varole est à l'état normal. — La moelle épinière n'offre pas de lésion appréciable.

Poitrine. Rien de remarquable. L'abdomen n'a pas été ouvert.

N" XXV. — PA.RALY5IE GÉNÉRALE kV TROISIEME DEGBÉ.

Démence ; paralysie moyenne de la langue, des bras et des jambes : par la suite, paralysie complète de ces mêmes parties; sensibilité presque nulle; mort. — Trois onces de sérosité entre les lames de l'arachnoïde ; épaississement de la mcningine et de la méningette ; substance grise adhérente; arracliement de cette substance; défaut de consistance ; un peu de coloration au pourtour du cerveau. — Substance blanche saine ; sérosité dans les ventricules , granulations sur leur membrane ; couleur foncée dans le cervelet (i).

Le nommé P***, gendarme à pied de la compagnie de la Seine , entra à Charenton, après avoir fait un mois de séjour à l'hôpital militaire du Valde-Gràce. Il était marié , n'avait que quarante ans , mais semblait beaucoup plus âgé. Ses cheveux étaient bruns, sa peau était décolorée , sa constitu-

(i) Service de M. Royer-Collard.

tion faible; son visage manquait totalement d'expression. Il eut été difficile de lui assigner un tempérament quelconque. 11 nous fût impossible d'avoir des détails circonstanciés sur sa vie antérieure. Nous ignorons entièrement les causes qui ont contribué à le rendre malade.

L'intelligence était rigoureusement effacée. Absence de mémoire et de jugement; pas le moindre vestige des facultés affectives. L'individu mangeait , conservait l'usage de tous les sens , mais les impressions paraissaient pour ainsi dire perdues pour la pensée. Il entendait les paroles qu'on lui adressait , mais il ne les comprenait pas, et n'avait plus qu'un reste d'existence végétative. Il marchait encore et parcourait une longueur de quelques toises , mais il était plié sur lui-même et faisait de grands efforts pour se soutenir. Les membres abdominaux féchissaient sous le poids du corps , la paralysie les avait manifestement atteints. Le sujet ne proférait plus que des paroles isolées, à moitié articulées j difficiles à comprendre. Il se ser- Tait des bras , cependant leurs mouvements s'opéraient lentement} on voyait que la maladie funeste qui avait rendu la progression à peu près impossible gagnait tout le S3'stème musculaire. La santé physique paraissait peu satisfaisante; on n'observait cependant pas de fièvre , de chaleur à la peau, ou de symptôme capable de faire soupçonner quelqu'affection aiguë du côté de la poitrine ou du

llS DE LA PARALYSIE,

TCntre. (On s'élonne de ce que ce gendarme a continué son-s^rvice jusque dans les derniers temps. Sa mort est jugée inévitable et peu éloignée. ) Ou établit un exutoire à la nuque.

Bientôt ce malheureux fut condamné à végéter sur le fauteuil destiné aux paralytiques. L'état moral ne semblait plus susceptible de s'aggraver , mais chaque jour V affaiblissement du système musculaire paraissait prendre de V accroissement. Les membres , saisis d'une espèce de rigidité , ne furent plus aptes à aucune espèce de mouvement. Le sujet gardait constamment la position dans laquelle on l'avait mis , et ne pouvait soulever ni la tête, ni les bras , ni les jambes. Il sentait quand on le pinçait , mais il fallait le torturer pour obtenir un signe de douleur ; le sens , l'odorat semblait en partie aboli. Cette espèce de mort partielle ne dura pas moins de quinze mois . et fut suivie d'une agonie de quinze jours pendant laquelle l'aliéné rendit, sans aucun effort de toux, une grande quantité de crachats épais , comme purulents , et fut tourmenté par un dévoiement opiniâtre ; il n'avalait plus que de la tisane et des loochs , et présentait les symptômes de la fièvre hectique*

Autopsie du corps.

Tête. Épaisseur du crâne moyenne. Os friables; dure-mère exempte d'altérations. Grande cavité de l'arachnoïde remplie par un liquide rougeâtre ,

dont la quantité s'élève à un demi-rerre à peu près.

L'épaisseur du feuillet membraneux qui résulte de la superposition du feuillet cérébral de l'arachnoïde et de la pic-mère est considérable; cependant ces membranes sont difQciles à enlever; elles refusent d'abandonner la substance corticale, sur la partie convexe des hémisphères , sur leur partie antérieure , sur leur partie moyenne , etc. , la substance grise se sépare de la masse encéphalique et reste attachée à rarachnoïde.

On renverse le cerveau , on examine les membranes qui recouvrent sa base; d^ins toute l'étendue de cette base , mais principalement le long des scissures de Sylvius , il existe des adhérences ; la substance corticale se détache avec les membranes, et les revêt comme une couche de bouillie.

Avant de porter la lame du scalpel sur le parenchyme du cerveau on veut examiner le corps calleux; l'œil ne peut arriver jusqu'au fond de la scissure interiobaire, en avant et en arrière surtout, les deux hémisphères sont pour ainsi dire soudés; on peut rompre le tissu ceikdaire qui leur sert de moyen d'union, mais on écorche la pulpe corticale.

Je coupe attentivement la substance grise, sur différents points de la circonférence de l'encéphale ; la couleur est telle qu'elle doit être; seulement dans les endroits où j'ai mentionné des adhérences ,

elle présente une teinte d'un rouge jaunâtre. Sa consistance est naturelle.

La substance blanche vue partout avec soin et coupée par larges tranches, est jugée saine.

Les ventricules latéraux contiennent en tout trois onces de sérosité ; la membrane qui tapisse leur surface est rouge , hérissée de villosités nombreuses , qui se propagent dans le ventricule moyen , et ne sont nulle part aussi saillantes que dans le Tentricule cérébelleux.

On examine le cervelet, ses pédoncules et la protubérance annulaire; la coloration de la substance grise tire sur le lilas.

Lacavité membraneuse qui sert d'étui à la moelle épinière contient de la sérosité ; les membranes se séparent sans difficulté du prolongement rachidien. La coloration ne laisse rien à désirer.

Poitrine. Le péricarde contient beaucoup de sérosité limpide; il n'adhère pas au cœur qui paraît sain.

Les poumons contiennent des tubercules nombreux ; en incisant les masses tuberculeuses on arrive dans des abcès remplis d'un pus infect.

L'estomac est à l'état physiologique : le duodénum semble exempt d'altérations. La membrane villeuse des intestins grêles est généralement injectée.

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