‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 30 sur 63 · N" XXVI. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU TBOISIEME DEGRE · texte numérisé non relu

N" XXVI. — PARALYSIE GÉNÉRALE AU TBOISIEME DEGRE

Démence; plus tard, agitation; paralysie de la langue et des membres abdominaux ; faiblesse des bras ; sensibilité douteuse ; mort. — Cinq onces de sérosité dans la cavité de rarachnoïde ; œdème de la méningine et de la méningelte; adhérence de la substance grise dont la couleur est rosée ; enlèvement de cette substance ; sérosité dans les ventricules; mollesse générale et coloration foncée du cervelet; moelle épinière saine (i).

M. D***, célibataire, âgé de quarante-cinq ans, commis des douanes , fut conduit dans l'établissement vers le milieu de septembre 1823. Son intelligence paraissait faible , et sa mémoire semblait abolie ; il avait l'habitude de se lever de grand matin , de faire un paquet de ses habits et de s'écrier, Je vais partir! Chaque jour c'était la même répétition; on aurait dit une machine dressée à ce genre de manège. Quand on le questionnait, il n'avait pas l'air de comprendre, et balbutiait au hasard quelques paroles incohérentes. Il n'était point agité, parlait généralement peu, mais quelquefois il laissait entendre des sons confus , étouffés entre les lèvres , n'exprimant aucune idée suivie. Souvent il errait dans la cour , dans l'escalier, sans savoir ce qu'il faisait. Il n'avait plus ni jugement ni déterminations ; son état appartenait à la démence. Il n'existait point encore de difficultés dans la prononciation ; l'ahéné , dont les mouvements étaient d'une lenteur extrême ,

(1) Service de M. Royer-Collard. i

marchait avec assez d'assurance, et d'une manière uniforme ; on ne pouvait même pas admettre un commencement de paralysie. Cependant on remarquait déjà une particularité qui se rencont-re principalement chez les sujets frappés de paralysie générale, le malade éprouvait le besoin de se gratter continuellement le visage , le déchirait avec les ongles et se couvrait les joues d'écorchures larges comme le bout du doigt.

Les parents nous apprirent que M. D*** avait reçu de l'éducation ; et que ses mœurs avaient été sévères ; son caractère primitif était doux et honnête; le malade, généralement exempt de passions , n'avait fait d'excès en aucun genre et s'était entièrement adonné aux travaux qu'exigeait sa profession.

L'aliénation n'avait que trois mois de date; elle paraissait avoir pour cause le chagrin qu'avait ressenti M. D*** de se voir devancé par un homme beaucoup plus jeune que lui : mais deux autres circonstances avaient concouru à la production de la maladie ; c'était, d'une part, un érysipèle à la jambe, qui avait disparu d'une manière brusque; et, d'une autre, des hémorrhoïdes dont l'écoulement avait cessé en deux heures de temps. Dans le principe, l'individu avait l'air stiipide, ne comprenant plus les choses les plus simples ; un peu plus tard, on avait remarqué du délire, de l'insomnie, un peu d'agitation.

Le pronostic fut à peu près désespéré, cependant on ordonna des bains , on prescrivit des applications de sangsues derrière les oreilles , et, plus tard, on eut soin d'établir derrière le cou un large foyer de suppuration. Point de résultat avantageux.

Pendant un espace de dix-huit mois, la démence resta stationnaire; M. D*** avait perdu l'habitude de sécorclier la figure , mais cette manie avait été remplacée par une autre, celle de se moucher avec fracas , depuis le moment où fl sortait du lit jusqu'au moment où il se couchait : les menaces ne l'intimidaient point , il lui restait à peine l'instinct, et il suivait son penchant. Jusqu'ici les fonctions digesiives n'avaient point été troublées, seulement l'individu toussait, et perdait peu à peu de son embonpoint. En montant l'escalier il lui arrivait de chanceler, quoique les muscles conservassent encore beaucoup de volume; c'était un premier symptôme de paralysie générale incomplète, qui, probablement , eût été saisi beaucoup plus tôt si le sujet eût pris plus d'exercice; mais, s'opiniâtrant à rester dans un coin , ne parlant jamais, on n'avait pu apprécier de bonne heure l'état de la langue et la solidité de la progression.

Du dix-neuvième mois de son entrée à Charenton au vingt et unième, époque du décès, M. D*** présenta tous les signes delà phthisie pulmonaire : maigreur, face livide, poitrine affaissée, toux continuelle , suivie d'une expectoration de crachats

purulents, et parfois teints de Stries sanguinolentes; selles fréquentes, également purulentes et sanguinolentes. L'excitation était survenue , l'aliéné parlait seul, et cherchait à sortir , mais les jambes soutenaient mal le poids du corps ; la paralysie avait marché d'une manière brusque. La langue se trouvait comp/èfem^nf paralysée; il était difficile de cojnpre?idre]es mots que le malade prononçait à moitié. La sensibilité était assez difficile à émouvoir , mais elle n'était pas éteinte.

Dans la dernière quinzaine , M. D*** ne quitta plus le lit ; il se servait des mains ; il imprimait des mouvements légers aux extrémités inférieures , mais il ne pouvait plus les soulever. 11 proférait encore des sons confus et inintelligibles. Un soir , une hémorrhagie se manifeste sur la membrane muqueuse du canal alimentaire, l'aHéné rejette quelques caillots de sang par la bouche, en rend avec les selles , et expire peu de temps après.

Autopsie du corps.

Tête. Les os se brisent facilement ; la dure-mère est libre d'adhérences ;la grande cavité de l'arachnoïde contient au moins cinq onces de sérosité qui est également répartie à droite et à gauche de la faux du cerveau.

Les deux feuillets de l'arachnoïde sont examinés successivement. Le feuillet cérébral seul mérite de l'attention ; il est séparé de la pie-mère par un amas

considérable de sérosité qui donne aux membranes un aspect gélatineux ; en cherchant à les séparer du cerveau, on voit que la pie-mère est infiltrée, et dans quelques points elle a contracté une union intime avec les circonvolutions cérébrales; la substance corticale s'enlève avec les méninges et reste attachée à leur surface.

Je coupe avec le bistouri , et d'abord à une légère profondeur , des portions de substance grise ; la couleur est légèrement rosée ; je pratique des coupes qui pénètrent jusqu'au fond des circonvolutions, je n'observe pas une coloration plus vive , au contraire la teinte rose devient jaunâtre. En général , la consistance de cette partie du cerveau est diminuée; mais sur aucun point il n'existe de ramollissement local.

La substance blanche est jugée saine; ses vaisseaux ne sont ni apparents, ni injectés; la consistance est telle qu'on la rencontre chez les sujets sains. Il n'existe aucune altération appréciable dans les corps striés , dans les couches optiques , les pédoncules du cerveau , la protubérance annulaire , le trigone cérébral , le septum médian , le mésolobe , etc.

La cavité des ventricules latéraux a une ampleur considérable , on évalue à deux onces la quantité de sérosité limpide que coiiticnt chacun d'eux.

L'arachnoïde cérébelleuse est mince , difficile à séparer du cervelet. Cet organe , coupé successive-

ment par tranches, présente unemollesse générale, mais il n'existe pas de ramollissement proprement dit. La substance grise des anfractuosités est foncée en couleur; la coloration est beaucoup plus prononcée que dans le cerveau.

Le canal membraneux qui sert d'étui au prolongement racliidien est distendu par un liquide séro-sanguinolent, de même nature que celui dont j'ai parléplus haut, mais rougi par quelques gouttes de sang qui s'échappent des vaisseaux qu'on a coupés. La moelle présente le degré de consistance qui convient à l'état sain ; elle est jugée à l'état normal.

Poitrine, Les deux poumons sont profondément affectes. Ils sont convertis en deux masses solides; lorsqu'on les incise on aperçoit tantôt de vastes foyers purulents , tantôt des tubercules blancs et lardacés, exempts de décomposition.

Le cœur n'est pas malade.

abdomen. L'estomac , ouvert dans toute son étendue, se trouve enduit à l'intérieur d'une couche mucoso-sanguinolente qu'on fait disparaître par des lavages répétés. La surface nmqueuse , mise à nu , est couverte de plaques rouges qu'on pourrait comparer à des ecchymoses.

Dans le duodénum , à l'insertion du conduit biliaire, il existe une ulcération de la largeur du pouce; la membrane est usée, détruite, et l'on aperçoit la tunique musculaire.

Les villosités ont un aspect noirâtre qui devient plus sensible à mesure qu'on s'avance dans l'intestin grêle ; la couleur brune est surtout évidente sur le bord libre des valvules.

Dans le caecum, beaucoup de cryptes sont malades: les uns sont gonflés, blanchâtres, et n'ont pas commencé à suppurer ; les autres commencent à s'ulcérer au sommet; plusieurs sont en partie détruits, et presque toute la membrane est trouée par des ulcérations qui n'auraient pas tardé à produire des perforations complètes.

Dans le cobfi , le désordre est moins profond; il existe de la rougeur seulement.

Les reins , la vessie , la rate , le pancréas , le foie sont jugés exempts d'altérations.

N* XXVII. PARALYSIE GÉNÉRALE AtJ TROISIEME DEGRE.

Affaiblissement de l'intelligence ; commencement de paralysie de la langue et des jambes : plus tard, délire général poussé jusqu'à la fureur; augmentation de la paralysie générale, au point que les jambes ne peuvent plus supporter le poids du corps, et que les bras agissent à peine; sensibilité obtuse; mort. — Sérosité entre les lames de l'arachnoïde ; œdème de la méningine et de la raéninn^ette; injection de leurs vaisseaux ; adhérence de la pie-mère; coloration rose de la substance corticale ; granulations dans les ventricules (1).

Un chef d'escadron , âgé de quarante-neuf ans , décoré de plusieurs ordres , fut conduit dans l'établissement le 16 août 1823. Ses études avaient été soignées ; depuis vingt-huit ans il servait dans

{\) Service de M. Royer-Collard.

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l'artillerie. Il nous fut iaipossible de savoir s'il avait eu des maladies vénériennes, et s'il avait pris du mercure; il avait commis des excès avec les femmes, et avait quelquefois abusé des liqueurs alcooliques. Sa constitution était détériorée, mais les traits conservaient beaucoup d'expression, et les proportions de la tête étaient on ne peut plus belles. La barbe et les cheveux avaient blanchi ; cependant on jugeait que le tempérament bilieux avait prédominé. La manifestation des accidents cérébraux ne se rattachait à aucune cause connue; le début ne remontait qu'à quelques mois.

L'abord du malade fut facile; l'aliénation s'annonçait avec l'aspect du calme et de la douceur : le vieil officier cherchait à satisfaire aux diverses questions qu'on lui adressait, mais sa mémoire le servait mal. 11 avait oublié les champs de bataille où il s'était trouvé; il n'était plus au courant des opérations militaires de son temps ; il ignorait jusqu'à son âge, sa profession, et répondait au hasard à tout ce qu'on lui demandait ; il se soignait encore, et n'était pas agité; il parlait seul , et s'imaginait procéder à la formation d'un camp d'artillerie : tous ces symptômes dénotaient un premier pas vers la démence. La prononciation n'était pas libre et dépourvue d'embarras; la plupart des sons n étaient qu'incomplètement articulés , et on avait de la peine à comprendre le langage. Le malade marchait , et se disait fort sur ses jambes ,

CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIENES. lag

mais on s'apercevait promptement du contraire; ses genoux pliaient ; il chancelait à chaque pas , et se hâtait de gagner un banc pour s'asseoir. (Des bains.) On se propose d'observer, avant d'appliquer un traitement plus énergique.

Au bout d'un mois , ce militaire devint malpropre ; il épiait le moment où les chambres des voisins étaient ouvertes pour voler leurs aliments, leur tabac , et jusqu'à leurs mouchoirs; il se mettait en colère quand on lui résistait , prétendant que jamais personne n'avait eu la hardiesse de s'opposer à ses volontés. Ce commencement de désordre fut le signe précurseur d'un délire des plus furieux , et qui ne s'éteignit qu'à la mort.

Pendant seize mois, le sommeil fut rare et court : toute la nuit on n'entendait qu'imprécations et jurements, comme si l'aliéné eût eu un accès de colère prolongé. A l'arrivée du jour, on le mai^itcnait à l'aide d'une forte camisole, et on le fixait sur un fauteuil; il n'}-^ avait que ce moyen pour contenir son emportement aveugle, et pour prévenir le désordre d'action auquel il se livrait lorsqu'on le laissait libre Sa figure élait animée, sa voix haute, son délire à peu près général. Des applications repétées de sangsues, des bains journaliers , un régime atténuant , parvinrent quelquefois à diminuer la violence des symptômes, mais ils reparaissaient presque aussitôt avec toute leur intensité première. La santé physique était

bonne, le pouls n'était point fébrile, les digestions ne manquaient pas d'activité, la paralysie générale n'empêchait pas les bras de s'agiter , les jambes de se porter en tout sens , seulement la progression était mal assurée , et la langue s'embarrassait en parlant.

Au commencement du dix-septième mois une circonstance particulière apporta tout-à-coup les plus grands changements dans l'état du malade : le canal digestif s'enflamma, les forces diminuèrent ; le sujet , abattu par la diète , le dévoiement , les applications de sangsues, devint moins agité, et cette rémiitence incomplète permit d'apprécier jusqu'où allait l'affaiblissement de l'intelligence ; l'aliéné n'avait plus d'idées pour s'exprimer ; la dé~ mence étaiit avancée. Dans un court délai , la phlegmasie intestinale parut se résoudre; et le malade put recommencer à manger : étant assez tranquille, il resta libre dans son corridor. L'embonpoint était sensiblement diminué , souvent les jambes s'embarrassaient , et le moindre choc occasionait des chutes; il était facile de voir que le dernier terme approchait.

Trente-cinq jours avant la mort , l'aliéné fut conduit à l'infirmerie des paralytiques. Excessive maigreur , diarrhée continuelle , accompagnée d'un mouvement fébrile , d'un peu de rougeur de la langue, avec augmentation de l'appétit; corps couvert d'eschares occupant les régions du coccyx et

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des lombes, les parties latérales des cuisses; espèce de roideur dans toute l'étendue du dos et qui s'oppose entièrement à la flexion ; bras encore mobiles, mais d'une mobilité restreinte; les extrémités pelviennes ne supportent plus le poids du corps, à peine si le malade peut leur faire exécuter quelques légers déplacements lorsqu'il repose sur son lit, et qu'on pince fortement la peau du mollet. La sensibilité est obtuse , mais non éteinte ; le sujet se détourne à l'approche d'une lumière vive; il donne des signes de mécontentement lorsqu'on lui fait sentir de l'ammoniaque; il entend ; il rend ses excréments sans paraître s'en apercevoir; il prononce quelques mots isolés, mais il n'a plus d'idées suivies. Il n'est point exempt de délire; ce délire ressemble à de la rêvasserie. Enfin ce malheureux expire, dans un état de dégradation physique qui le rend méconnaissable.

« Autopsie du corps.

Sérosité abondante dans la grande cavité de l'arachnoïde; infiltration considérable de la méningine et de la méningette ; injection de leurs vaisseaux ; adhérence de la pie-mère à la superficie des circonvolutions ; coloration rosée de la substance grise ; granulations dans les ventricules latéraux. Substance blanche à l'état normal. -

Rien de particulier dans le cervelet, dans la

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protubérance annulaire , la moelle alongée el la moelle épinière.

Les plèvres sont rouges, granulées dans certains endroits, couvertes de fausses membranes dans certains autres. Léger épanchement de sérosité sanguinolente dans la poitrine.

Dans certaines places la membrane interne de l'estomac est d'un rouge vif; la membrane villeuse intestinale est injectée jusque dans ses plus petits Taisseaux , et l'injection s'étend à toute la longueur du canal alimentaire.

Le péritoine est généralement rouge , et couvert de granulations.

N* XXVin. — PARALYSIE GÉNÉRALE ÂV DERNIER DEGRE.

Démence profonde ; prononciation obscure; progression impossible; mort. — Huit onces de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde; sérosité dans l'étui rachidien ; œdème de la piomère ; injection de son tissu ; adhérence de sa face interne avec les circonvolutions cérébrales; enlèvement de la substance grise; couleur violacée de cette même substance; dilatation des ventricules; substance grise de la moelle épinière foncée en couleur.

B***, âgé de trente-six ans, aliéné depuis trois ans, a été apporté il y a cinq mois dans la salle des paralytiques. // ne poiivail plus se soutenir^ et tombait à chaque pas. Sa prononciation était obscure, et r intelligence entièrement abolie ; il s'est formé aux deux talons, aux deux tubérosités sciatiqurs, sur le sacrum et sur les apophyses épineuses de plusieurs vertèbres, des foyers gangreneux qui ont

mis à nu les surfaces osseuses; il a séjourné au lit vingt-cinq jours et a succombé (i).

Autopsie du cadavre t

État général. Indépendamment des cschares gangreneuses, on remarque çà et là sur les pieds', ^ur les jambes , des espèces de taches scorbutiques, de couleur livide: en incisant, on donne issue à un sang noir et en partie concret logé entre les mailles du tissu lamelleux.

Tête. Les os du crâne se brisent sans difficulté. La dure-mère est saine.

La quantité de sérosité contenue dans la grande cavité de l'araclinoïde s'élève à près de huit onces; l'œdème de la méningine et de la méningette est poussé aussi loin que possible. Dans une infinité de points le liquide infiltré a séparé la pie-mère de l'arachnoïde cérébr^ile , ce qui donne aux membranes un aspect gélatineux , comme si la sérosité était coagulée ; la coloration des méninges est très vive , leurs vaisseaux se dessinent partout en grand nombre; l'injection est plus marquée du côté gauche que du côté droit.

La pie-mère est soudée aux circonvolutions cérébrales ; la substance grise supcrHcielle s'enlève avec la membrane, les plaques adhérentes ont une

(i) Je n'ai pa^ eu les mrilériau\ sufll-anls pour couplérer cette observation ; uiais la maladie avait eu la inaichc de la panilvtic générale.

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largeur et une épaisseur remarquable sur la partie la plus saillante des hémisphères cérébraux , en suivant la direction de la scissure interlobaire. La pulpe qui adhère aux méninges est violacée.

La substance grise des circonvolutions est foncée en couleur, la coloration est très intense là où existaient les adhérences.

Les cavités ventriculaires sont très dilatées , et contiennent de la sérosité; la glande pinéale contient de nombreux graviers , et les plexus choroïdes présentent dans leur épaisseur trois ou quatre hydatides du volume d'un gros pois.

La voûte à trois piliers semble mollasse et peu résistante, il n'y a pas ramollissement proprement dit de son tissu.

L'arachnoïde et la pie-mère cérébelleuse sont injectées, infiltrées de sérosité; le parenchyme du cervelet ne donne lieu à aucune remarque.

La moelle alongée et la protubérance annulaire paraissent saines.

Il s'écoule de la partie profonde du canal rachidien une once ou deux de sérosité trouble ; l'arachnoïde est injectée.

Au niveau des deux premières vertèbres cervicales , les faisceaux antérieurs de la moelle font hernie à travers sa membrane propre : on soupçonne l'existence de quelque désordre ; il ne s'en trouve aucun. En général la coloration de la substance grise est augmentée.

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Poitrine. Les deux poumons sont crépitants, exempts d'altération ; cœur à 1 état normal.

Abdomen. Les viscères abdominaux sont jugés sains.

N° XXIX. — - PABALYSIB GÉNÉRALE kV TROISIEME DEGRE.

Manie aiguë; guérison. Rechute; beaucoup d'agitation; commencement de paralysie de la langue : un peu plus tard , paralysie incomplète des jambes; démence ; paralysie très intense des quatre ipifrubres; sensibilité émoussée ; mort. — Cinq onces de sérosité dans la cavité de l'arachnoïde: œdème de la pie-mère; adhérences partielles de cette membrane avec la substance grise; couleur liede-vin de cette substance; injection des capillaires de la substance blanche; densité de la voûte veatriculaire ; couleur violette du cervelet (i).

M. B**, habitant de l'Auvergne, âgé de quarantesept ans , marié, corro3^eur de profession , a le tempérament sanguin, un caractère vif et emporté; il est d'une taille moyenne , d'une constitution assez forte; son visage est foncé en couleur, sa chevelure brune, son œil brillant et animé; sa mère et deux cousines du côté maternel sont mortes aliénées ; il a long-temps fait la guerre ; a eu à souffrir dans des climats humides, a abusé du vin et des alcooliques en général. Il travaillait beaucoup, et se mettait souvent en colère; depuis quelques années , il était sujet aux rhumes et aux ^hlegmasies intestinales ; mais habituellement les accidents n'avaient rieq de grave. Dans le prin-

(0 Service de M« Rojer<Collard.

l36 DE LA PARALYSIE,

temps de 1823, il fut forcé de s'aliter, et éprouva des symptômes alarmants : tous les signes propres aux inflammations de l'estomac et du duodénum se trouvaient réunis; on observait une teinte ictérique de la conjonctive et de la peau; les urines coloraient en jaune le papier, à la manière du curcuma. Le traitement fut mal dirigé, cependant la résolution parut s'opérer et l'individu reprit son travail. Il était incomplètement guéri et avait le dévoiement lorsqu'il fit une perte de fortune dont il s'affecta beaucoup. La raison ne tarda pas à s'égarer; le mois de juin commençait, l'agitalion devint grande ; l'individu fut conduit à Paris , et placé dans un établissement d'aliénés.

Au mois d'octobre de la même année , M. B*** étant beaucoup plus calme , voulut retourner au sein de sa famille. A peine arrivé, il boit avec excès , se livre à la joie et à la gaieté la plus tumultueuse : l'état moral devint moins satisfaisant. Le sujet ne délirait pas, mais il était bizarre, facile à mécontenter : il compromettait ses intérêts : on craignait cbaque jour une recbute. Elle eut lieu en 1824, et il fallut recourir de nouveau à la réclusion.

Le malade entra à Charenton au commencement du mois de mai. A la rigueur,, l'aliénation avait un an de date. Loquacité intarissable, \o\i haute, dont les éclats sont prolongés ; délire vague et étendu ù un grand nombre d'objets ; som-

CGNSIDÉRÉE CHEZ lES ALIÉNÉS. iZ"]

meil presque nul; menaces bruyantes; actions pleines de désordre, et qui nécessitent l'application de la camisole ; oubli de toute espèce de soin de propreté; langue un peu rouge, appétit conservé; point de fréquence dans le pouls, état général assez satisfaisant. Il existe un embarras sensible dans la prononciation , la mobilité des bras ; l'assurance avec laquelle se fait la progression contraste avec l'embarras de la langue. (Sangsues à plusieurs reprises; bains tous les jours, tisanes rafraîchissantes, régime peu nourrissant.) L'agitation persiste. Au bout d'un mois, on s'aperçoit qu'il existe un commencement de paralysie du côté des membres abdominaux; le malade chancelle, et parfois même tombe , dans les instants où l'agitation est moins vive.

Pendant sept mois, le délire maniaque se soutint presque toujours au même degré d'intensité; la paralysie générale lit peu de progrès sensibles, mais à différentes fois la face se colora , comme si le sang s'y fût accumulé en grande quantité ; le malade paraissait comme étourdi , chancelait d'une manière effrayante et ne pouvait prononcer aucune parole. Les saignées, les pédiluves , la diète, le repos, rétablissaient promptement l'équilibre.

Dans le cours du huitième mois, il s'opéra des changements qui éveillèrent l'attention ; M. B** maigrissait chaque jour; sa figure était singulière-

l33 DE £A PARALYSIE,

ment altérée et avait perdu la vivacité qu'elle avait dans le principe; l'aj^âtation maniaque se calmait; le pourtour des yeux était rouge, le regard dépourvu d'expression ; le sujet marchait à grands pas vers la démence; il rendait ses déjections dans ses vêtements, n'avait presque plus de déterminations calculées ; la langue et les lèvres ne se prêtaient plus aiix mouvements que nécessite la prononciation ; les membres inférieurs pliaient dès que l'aliéné essayait de prendre quelque exercice; s'il rencontrait un escalier il faisait des efforts pour le franchir, se cramponnait au mur pour ne pas perdre l'équilibre , et finissait par tomber à la renverse. L'appétit languissait, tous les organes semblaient souffrants.

B*** succomba vers le milieu de iSaS. Il présentait depuis quelque temps les signes d'une p/i'egmasie intestinale intense. Il y avait près de deux années qu'il était aliéné ; dix mois qu'il était à Charcnton , et que les premiers signes de la paralysie générale avaient été notés dans les mouvements de la langue. Les derniers jours , l'individu délirait encore, la démence avait jeté de profondes racines; les idées étaient rares, les passions affectives n'existaient plus. On continuait à lever le malade sur un fauteuil , pour diminuer l'inconvénient d'une pression toujours exercée sur le même point; cependant il s'était formé des eschares au siège , et les téguments étaient dénudés dans une grande

CONSIDÉRÉE CHEZ IE3 ALIÉNÉS. iZg

étendue. Une fois que le sujet était couché, les bras se portaient encore en dilïéreuts sens; mais les jambes se déplaçaient avec une extrême difficulté. Tous les sens paraissaient obtus, et leur énergie était diminuée.

Autopsie du corps.

Tête. La voûte du crâne enlevée, je détache la faux du cerveau, j'incise la dure-mère sur toute la longueur de rhémis{)hère , et je pénètre dans la grande cavité de rarachnoïde. Tout le cerveau se trouve baigné dans un amas de sérosité limpide, dont la quantité est évaluée à cinq onces. La sérosité écoulée , nous examinons l'arachnoïde cérébrale : elle est épaisse ; entre son tissu et celui de la pie-mère il existe de l'infiltration ; j'enlève les deux membranes réunies; le liquide qui les pénètre s'échappe goutte à goutte. En général, la pie-mère se sépare facilement de la substance grise superficielle ; on aperçoit cependant çà et là des places où la substance corticale s'enlève et reste intimement attachée à la membrape.La pulpe adhérente est de couleur lie-de-vin.

A la base du cerveau, sur la partie antérieure des hémisphères, à la superficie des circonvolutions comme dans leur profondeur, la substance grise est violacée, etc. Sa consistance ne donne lieu à aucune remarque.

La substance blanche ne présente rien de par-

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ticulier ; seulement les bouches des petits vaisseaux sont béantes, et fournissent des gouttelelles très ténues de sang.

Les ventricules latéraux ont une capacité qui n'est pas naturelle, on évalue à trois onces la sérosité qui s'écoule de leur intérieur. On ne voit aucune villosité sur la membrane qui les tapisse.

La substance blanche qui concourt à former les parois vcntriculaires et le corps calleux , nous paraît très consistante ; la substance blanche résiste à la pression, sans se ramollir et se déformer , et s'alonge sans se rompre.

La substance grise des cornes d'Ammon, et des corps striés, offrent au plus haut degré la coloration violacée, ou lie-de-vin.

Je parviens sans difficulté à dépouiller le cervelet de ses enveloppes, qui ne sont luillement adhérentes. Je coupe l'organe pur tranches; la substance grise est bleuâtre (violet intense), l'altération ressort davantage à mesure qu'on intéresse de nouvelles circonvolutions.

Protubérance .innulaire saine; pédoncules du cerveau, pédoncules du cervelet sains; moelle ah)ngée , prolongement rachiJien sans altération évidente.

Thorax. La plèvre du côté gauche refuse de se .séparer du poumon correspondant; le poumon est crépitant, mais la plèvre est rouge dans Inuic l'étendue de sa surface. Il n'existe rien de sembla-

CONSIDÉnÉE CHEZ LES ALIENES. l4l

ble dans la plèvre droite ; le poumon droit est perméable; le cœur n'est pas jugé malade.

uibdomen. L'estomac tst ouvert, débarrassé des liquides qu'il contient , et soumis à des lavages; sa membrane muqueuse n'est pas foncée en couleur, llien de particulier dans le duodénum. A des intervalles variables , nous notons dans les intestins grêles des rougeurs très vives, de cinq à six pouces d'étendue, et qui occupent toute l'épaisseur de la membrane villeuse.

Le cœcum est couleur de pourpre. Dans l'S iliaque du colon, la coloiation est intense, mais son reflet est moins vif. Nulle part les cryptes n'ont pris part à l'état inflammatoire , il n'existe pas d'ulcérations.

La rate, le pancréas, le foie, les reins, la vessie , etc. , n'ont rien présenté de remarquable.

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