‹ De la paralysie considérée chez les aliénésChapitre 52 sur 63 · PRONOSTIC ET TERMINAISON · texte numérisé non relu

PRONOSTIC ET TERMINAISON

Le pronostic de la paralysie générale est infiniment grave. M. Royer-Collard, dont les opinions étaient pleines de réserve, avait fini , dans les derniers temps de sa vie, par condamner sans retour tous les individus qui en présentaient les signes d'une manière franche. Pendant le cours d'une pratique de vingt années, dans un vaste établissement d'aliénés, il n'avait pas vu guérir solidement un seul malade atteint de paralysie générale, quelque longs et quelque variés qu'eussent été les efforts de traitement. M. Esquirol, dont l'autorité n'est pas moins respectable, regarde la paralysie générale comme au-dessus des ressources de la médecine, et n'hésite pas à la déclarer incurable; jusqu'ici son pronostic a presque toujours été confirmé par les résultats qui l'ont suivi (i). A Charenton, on est tellement habitué à voir séjourner dans les salles et à voir périr au bout de quelque temps les individus qui présentent les signes de' la lésion des mouvements qui nous occupe, qu'on aurait de la peine à persuader, même

(i) M. Esquirol cite trois exemples de guérison, mais il les cite comme autant d'exceptions.

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à ceux qui sont étrangers à l'art de guérir, qu'il existe des chances de guérison. Ce que j'ai observé confirme les différentes manières de voir qui précèdent. La mort a généralement suivi, à des distances variables, ra[)parition des premiers symptômes. Il est des sujets dont les conditions paraissent momentanément s'améliorer, dont la progression devient facile, la prononciation beaucoup plus libre : un médecin peu exercé se flatterait d'avoir obtenu une guérison presque complète; lorsqu'on ne perd pas les malades de vue , on voit récidiver les accidents, et bientôt on demeure convaincu que l'aliéné n'éprouvait qu'une rémission momentanée. Cependant, comme on doit tenir compte de tout, et principalement lorsqu'il s'agit de résultats qui peuvent donner quelque espoir de succès et encourager le traitement, je consignerai ici les deux faits suivants, auxquels je n'attache du reste qu'une médiocre importance.

'^° LXI. — PARALYSIE GENERALE Al' PREMIER DEGRE.

Accès de manie; après trois ans, guérison. Ivresse habituelle, étourdisscments; embarras dans la langue, symptômes de parolysie du côté des jambes ; démecce apparente ; au bout de dix mois , disparition des accidents.

M. M***, libraire,, âgé de cinquante-six ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament sanguin, ayant les capillaires de la face très injectés et l'intelligence peu développée, a une sœur aliénée.

Sa nièce s'est tuée ù la suite d'une légère contrariété.

En 1821 , ayant été sur le point de perdre *uno partie de sa fortune , il a éprouvé un accès de maniu dont la durée a été de dix mois. Il parlait beaucoup, donnait peu, menaçait les personnes qui l'entouraient, et offrait un extrême désordre dans les actes. L'aliénation disparut d'elle-même, sans qu'on provoquât l'isolement.

M. JVI***, aussitôt après sa convalescence, s'adonne à la boisson. Souvent, vers le soir, il est excité, se plaint de maiJX de tète et digère difficilement. En 1825, il marche plus vite qu'à l'ordinaire, la vue se trouble, il se sent étourdi et sur le point de tomber. Après quelques minutes de repos il rentre chez lui dans un véritable état de démence, le lendemain il est conduit à Charenton.

La prononciation est obscure, on a de la peine à comprendre les réponses du malade, dont la démarche est excessivement lente. Souvent il chancelle, et un léger effort le renverserait. Les bras sont libres ; la sensibilité est conservée ; la santé générale est bonne. L'intelligence parait affaiblie. Physionomie stupide, compréhension obtuse, idées rares; le sujet cherche long-temps ce qu'il veut dire; il est calme, ne parle presque jamais, mange lorsqu'on lui présente des aliments , semble n'avoir aucune espèce de sensations, urine

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quelquefois dans son lit. Son état semble désespéré. (Bains, tisane d'orge, sangsues à la base de la'mâchoire.

Au bout de quatre mois de traitement les signes de paralysie générale disparaissent en partie , et l'état moral devient beaucoup plus satisfaisant. L'individu se promène , marche avec une certaine assurance, parle sans bégayer, rend compte de ce qu'il éprouve , et s'occupe de sa famille.

Au bout de dix mois il est rendu à la société; il n'existe aucune trace sensible de paralysie générale , et l'intelligence, quoique peu étendue , est pour ainsi dire à l'état naturel.

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