‹ De la paralysie considérée chez les aliénés. Recherches faites dans le service de feu M. Royer-Collard et de M. EsquirolChapitre 90 sur 122 · CHAPITRE NL · texte numérisé non relu

CHAPITRE NL

ASPECT DE L'ATIÉNATION MENTALE PENDANT LE COURS DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE.

Ce serait faire preuve d’un mauvais esprit d'observation que de vouloir assigner une forme constante au délire des aliénés paralytiques, et d’entreprendre de le représenter chez tous avec les mê- | mes couleurs. En effet, il est. certain que l'aspect de la folie peut varier d’un individu à un autre, d’une période à la suivante, et qui plus est, du commencement à Ja fin de la même période, Gela étant, il nous semble conforme aux vues d’une saine raison d'adopter la marche analytique, si préconisée par MM. Pinel et Esquirol , et de:classer, d’après leurs principes , tous les désordres intellectuels qui compliquent la paralysie générale. Mais par malheur, ici, comme dans beaucoup d’autres cas, l’aliénation mentale ne se présente pas-toujours avec des caractères nets et isolés, Les signes propres à une espèce se trouvent souyent. confondus avec ceux d’une autre, et du mélange il résulte un ensemble qui quelquefois ne ressemble en rien aux descriptions. qui se trouvent dans les livres, et qu'on ne peut faire entrer dans aucune des divisions jusqu'ici reçues.

524 ONOUNDE LA PARALYSIES 1° DÉMENCE OU AFFAÏYBLISSEMENT DE L'INTELUIGENCE,

Presque tous les individus qui présentent des symptômes de paralysie générale laissent voir,

même au début de la maladie , un affaiblissement®

plus où moins marqué des facultés intellectuelles;

leur mémoire est infidèle ; ils n’ont plus l'apti-

tude nécessaire pour remplir les devoirs de leurs charges ou de leurs professions , ne peuvent plus s'élever aux combinaisons d'esprit les plus simples, n’attachent plus d'importance aux affaires les plus sérieuses , et sont hors d'état de comprendre une

conversation un peu élevée; leurs discours sont

pleins de diffusion et d’incohérence.

Quélquefois , depuis As de la première

période de la paralysie jusqu'à la mort, les ma- |

lades restent calmes et paisibles ; l'abolition de la pensée passe par tous les degrés , arrive à son plus

haut point, et le sujet succombe sans avoir été

agité un seul instant. Nous avons eu occasion d’ observer autrefois une femme qui avait commencé àbégayer sensiblement verssa cinquante-quatrième

année , et qui plus tard avait été condamnée à

vivre sur un fauteuil qu'elle ne quittait rigoureusement que pour se coucher; dans le principe elle mangeait encore seule, se soignait un peu ; s’occupait de ce qui se passait autour d'elle, com prenait les questions qu'on lui adressait, conservait un reste de mémoire et de gaieté; plus tard, la

CONSIDÉRÉE CHEZ LES ALIÉNÉS, 329 figure prit uné expression de stupidité qu’on.ne | rencontre guère que chez les idiots , maison aper-

cevait encore quelques vestiges de passions affectives. Il vint un temps où la malade ne distingua plus sa main droite de sa main gauche, son œil de son nez ; il fallut l’habiller, la coucher , la faire manger ; elle voyait, elle sentait , elle entendait, mais elle avait absolument perdu la faculté de penser; cétte espèce d’abolition de l’entendement s'opéra d’une manière lente et presque insensible ; il n’y eut pas un seul instant d’agitation. — Un militaire , recommandable par ses services, avait perdu la raison à la suite d'évènements politiques, et presque immédiatement après le début de la folie, avait offert tous les signes de la paralysie générale. Nous l’avons suivi pendant tout le cours de sa maladie : d’abord il mangeait beaucoup et dormait on ne peut mieux. Il se promenait seul, répondait par des monosyllabes aux demandes qu'on lui faisait, et se laissait conduire avec la plus grande douceur. Ïl vint une époque où il lui fut impossible de marcher. Il se salissait avec ses déjections ; il regardait d’un œil d'envie les faliments qui passaient devant lui, mais il ne parlait plus ; les facultés morales étaient anéanties. Les trente derniers jours de son existence il fallut lui enfoncer le bouillon et les potages très avant dans la bouche. Il ne lui restait même pas l'instinct. - La démence calme et paisible, exempte d’agita-

tion, et telle que nous venons de la SO sus

est raré ; presque constamment la démence,,se complique de symptômes qui lui sont étrangers,

et qu'il faut rapporter tantôt à la mOonomante ; tans

tôt à la manie.

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