DÉMENCE ET MONOMANIE RÉUNIES
Chez un très grand nombre d’aliénés paralytie | qués, l’affaiblissement de l'intelligence se trouvé |
masqué , s’il ést permis de s'exprimer ainsi , pa* un déliré exclusif infiniment remarquable !, et qui mérite d'autant plus d'attention, que très soûvant il à servi à diagnostiquer la paralysie généralé plusieurs moïs avant son apparition. Les sujets sont dominés par l’idée des grandeurs ; ls s'imaginent posséder dés millions ; des villes, des provinces , des empires ; des mondes. Enivrés de leur bonheur, ils s’abandonnent. aux idées flat: teuses qui les assièsent , laïssent percer leur joie dans tous leurs traits, dans tous leurs mouve-
ments, et rayonnent d’une gaieté tumultueuse d'autant plus pure, qu’ils croient que leur féli: :
cité est partagée par tous ceux qui les entourent,
parcequ'ils ont soin de léur promettre des pla= |
ces, des bijoux, des palais, des jardins. — Un homme qui avait été employé dans une administration de jeux , me disait en balbutiant et en se tenant d'une main à une table qui était auprés de lui :« Comme le plus puissant des empereurs , en
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CONSIDÉRÉE CHBZ LES ALIÉNÉS. 33 quatre heures de témps je bâtirai un nouveau Paris ; les rues seront pavéés avec de l'or; elles viendront se rendre à une place qui occupera le milieu, elles auront sur les côtés deux rangs de galeries, comme un bazar; partout on rencontrera des bronzes , des statues ; des colonnes de pierreries. Les lits des appartements seront én bois de rose; on remplacera les rideaux par des glaces qui éeront fixées aux quatre coins sur des quenouilles dé diamants. J'aurai un sérail, etc
Voici ce que je trouve dans une lettre indéchiffra-
ble où tout est confondu, embrouillé et bien propre à donner idée du désordre d'esprit de celui qui l'écrivait. « Mon cher frère, j'irai à la capitale au mois de janvier prochäin; fais-moi préparer un palais dans le voisinage de l'Opéra et des boulevaïds Italiens ; je te prie de m'acheter de magnifiques chevaux, des bérlines, des calèches , dés cabriolets à soufflet. Je voudrais uné-belle cravache ét une superbe culotte en peau de daim, Fais chercher un cocher bien bel homme, des valets bien beaux jeunes gens. Donne au cocher un fouet précieux et des habits galonnés d’or; je suis le prince le plus riche qui existe. » — Un militaire suisse voulait qu’on l’appelât l’empereur de France; ‘il se tenait droit et disait : « Tout ce que je possède est en or; dépuis ce matin je fais défiler des ca- -nons d’or; tous les chariots qui sont dans mon camp sont en or. Jamais persoñne ne se fera une
328 AUDE LA PARALYSIE, | | idée de ma fortune ; j'ai épuisé toutes les mines ; jé pourrais combler la Seine avec mon argent.» — Un douanier se disait amiral de France. — Un. Israélite prétendait régner sur le monde entier. Un trompette croyait avoir obtenu le grade de co=. lonel, mais surtout plusieurs décorations , etc. On trouvera des exemples analogues dans plusieurs des observations qui précèdent.
Ilest à remarquer que la monomanie des gran deurs et du luxe persiste rarement jusqu’à la dernière période de la paralysie générale; à cette époque il ya abolition complète de l’intelligences les idées fixes ont été anéanties comme les autres. |
Indépendamment de l'espèce de délire partiel. que nous venons de signaler, et dont le cachet est . si facile à retenir, on peut rencontrer des idées fixes d’une tout autre nature; déjà nous avons mentionné (n° XLVIII) l'observation d’une jeune. femme qui avait attenté à ses jours, à une époque où les membres étaient libres, et qui resta encore quelque temps lypémaniaque, après être devenue paralytique. Un vieillard qui avait abusé de toutes les jouissances de la vie, était triste et. porté à l'isolement; il parlait peu et paraissait préoccupé d'idées sinistrés. Cependant, nous avions déjà noté chez lui tous les signes de la paralysie générale, Nous citerons encore l'exemple d’un homme qui s'était signalé par les services nom-
Doux qu'il avait rendus pendant les orages de la
“révolution, et qui, après avoir employé toutes
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ses heures de loisir à composer des. élégies et des romances pleines de douceur et d'expression, * avait fini par devenir mélancolique. Il avait eu une
. espèce d'intervalle lucide, qu’on ne pouvait con-
. fondre avec une guérison parfaite; jusque là rien’ n'avait fait craindre la paralysie générale. Les
symptômes de l’aliénation semblèrent se déchaîner avec une nouvelle intensité au commencement
d’un hiver un peu rigoureux, mais la lypéma- * nie se compliquait de bégaiement et d'incertitude dans les mouvements; l’affection cérébrale eut
une marche assez rapide, et le sujet fut horriblement tourmenté jusqu’à la mort. Il était poursuivi par des odeurs imaginaires, qui émanaient de sa chemise, de ses draps, de ses couvertures; il s'était persuadé qu’on en voulait à ses jours, et il répétait continuellement: « Tuez-moi,tuez-moi, » Souvent
. il s’asseyait sur son lit, poussait des soupirs profonds et s’écriait : « Je vais mourir, je vais mourir; . mon pouls cesse de battre ; mes mains se refroi-
dissent.… Tenez, tenez, voilà que je rends le dernier souffle !.. » On avait beau lui représenter qu'il
n’avait aucun risque à courir au milieu de persannes
qui lui étaient entièrement dévouées ; il n'était pas assez calme pour écouter les raisonnements qu ‘on faisait , et la nuit comme le jour il sagitait de la manière Ja plus pénible pour les assistants.