‹ De la paralysie diphthériqueChapitre 22 sur 24 · PAR M. HENRY ROGER · texte numérisé non relu

PAR M. HENRY ROGER

l'iofcMeur agrégé de la Faculté , médecin de l'hôpital des £«fantti< (Lu h la Société médicale des hôpitaux. Séance du 20 juillet 1859. )

11 est une maladie sine materiâ, il est une paralysie que Fon peut, du moins provisoirement, appeler essentielle, qui, bien connue des praticiens voués spécialement à la pathologie infantile, l'est beaucoup moins de la généralité des médecins : il n'en est fait mention dans aucun de nos récents traités de pathologie, et elle est passée sous silence dans une thèse, très-bonne d'ailleurs, de M. Barnier sur les paralysies sans lésions organiques appi'éciablcs ; nous voulons parler de la paralysie consécutive à la diphthérie, sur laquelle M. Maingault vous a lu, dans la séance d'avril 1859, un mémoire à l'appui de sa candidature au titre de membre associé.

Historique. — Si cette paralysie diphthérique est encore peu connue, ce n'est point une maladie qu'on puisse rigoureusement dire nouvelle : ce n'est point une affection qui n'ait été observée que tout récemment. En eflet, dès 1749 , Chomel en parle dans sa dissertation sur le mal de gorge gangréneux. « Le maladp (dit-il à la fin de sa huitième observation) n'a commencé à être véritablement hors d'affaire que le quarante-cinquième jour de sa maladie , parlant du nez et ayant la luette traînante. » 11 s'agit seulement, dans ce cas, de la paralysie du voile du palais, qu'on a d'abord notée dans ces derniers temps, et qui a mis sur la voie de la découverte de la paralysie généralisée ; mais Chomel ajoute un nouveau

iSO F'ARALYSlli DirimiÉRIQUE.

trait important : « J'ai appris que M"» B..., dès le quarantième jour de la maladie, parlait beaucoup du nez, était devenue louche et contre/aile; en reprenant ses forces, elle a repris aussi, de jour en jour, son état naturel. »

Ozanam (nous empruntons celte citation à la thèse de M. Péry, maii859), Ozanam, mentionnant dans son Traité des épidémies, les angines malignes observées de 1820 à 1829 , avait dit : « Il restait souvent après la maladie un embarras dans le nez, avec une voix nasillarde, un affaiblissement de la vue et des membres inférieurs. »

En 1836, un de nos praticiens de province les plus distingués, M. Orillard, professeur à l'École de Poitiers, dans un remarquable Mémoire sur l'épidémie d'angine couenneuse qui a régné en 1834, 1835 et 1836 dans plusieurs communes du département de la Vienne, a donné un tableau exact de la maladie.

Mais ces précieux détails, enfouis dans un ouvrage devenu rare ou dans des recueils qui ne reçoivent point la publicité dont ils seraient souvent très-dignes, étaient perdus pour la science : il appartenait à M. Maingault qui, dans sa thèse inaugurale, avait, le premier, tracé Thistoire de la paralysie du pharynx consécutive à l'angine couenneuse, d'étendre ses premières études, de colliger les matériaux épars , d'y ajouter des faits nouveaux ( ce qui porte à cinquante le nombre des observations) et de décrire in extenso la maladie dénommée paralysie diphthéritique.

Abrégeant Vhistorique donné par M. Maingault ( qui n'oublie point de signaler les emprunts faits par lui aux auteurs contemporains, et principalement à MM. Trousseau, Bretonneau et Lasègue), j'arrive à l'analyse du mémoire qui vous a été présenté, et pour l'examen duquel vous avez nommé une commission composée de MM. Gillette , Legroux et Henri Roger, rapporteur.

Dans le présent travail, M. le docteur Maingault ne s'occupe de la paralysie du pharynx que d'une manière incidente : les recherches qu'il a soumises à l'appréciation de la Société, portent sur \?iparalijsie générale, deuxième manifestation d'une névropathie dont une paralysie locale a été le premier symptôme.

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Sympiomatologie. — Esquissons rapidement , avec l'auteur , le tableau de la maladie, nous réservant d'examiner ensuite chaque symptôme en particulier.

«C'est toujours à une époque assez éloignée de celle oij la fausse membrane a disparu ( dit M. le docteur Maingault ), deux ou trois semaines après la cessation de tout phénomène morbide du côté de la gorge , qu'on voit survenir les premiers signes de la paralysie. » La plupart du temps , les malades sont en pleine convalescence, quand se développent des accidents inattendus que l'on serait tenté de regarder comme le début d'une affection nouvelle et indépendante de l'affection primitive.

C'est la paralysie du voile du palais qui ouvre la série des phénomènes pathologiques, et qui , le plus souvent sinon toujours, précède les autres accidents de paralysie. Mais tantôt elle les devance à peine de quelques jours, tantôt elle a diminué ou même cessé quand se montrent d'autres désordres du côté de l'inervation. — Chez certains sujets, c'est un amaigrissement rapide, une faiblesse excessive, qui frappent tout d'abord l'attention du médecin , et qui vont aboutir à la paralysie généralisée.

Voici la marche ordinaire de l'affection : au lieu de se rétablir, les malades perdent peu à peu leurs forces ; tantôt ils ressentent des fourmillements dans les extrémités , d'abord dans les pieds et les jambes, des douleurs articulaires ou spinales; tantôt de l'engourdissement, de l'insensibilité, de l'analgésie j et enfin la progression devient impossible.

La paralysie gagne les membres supérieurs j assez souvent la vue s'affaiblit ou se perd complètement ; la langue est tremblante , la parole hésitante, la voix nasounéeet faible. — La paralysie peut envahir la vessie, le rectum et les organes génitaux.

Il y a généralement apyrexie, lenteur et faiblesse du pouls; on observe la plupart des caractères de l'anémie : la face est pâle , il y a tendance au refroidissement, etc.

L'appétit est conservé ; dans quelques cas , au contraire , il y a anorexie complète et refus obstiné des aliments ; ajoutons que, d'or-

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diuairc, les phénuiiièiies de la paralysie du pharynx persistent. — L'intelligence reste nette, mais elle est lente et paresseuse.

La paralysie, après une durée de quelques mois, diminue par degrés, et finit par guérir. Dans des cas exceptionnels , elle se termine par la mort, soit plus ou moins lentement par le progrès des phénomènes paralytiques et leurs eiïets consécutifs, soit subitement par asphyxie dépendante de la dysphagie.

En raison de l'intérêt qu'offre aux praticiens cette nouvelle espèce de paralysie générale, reprenons V examen analytique des symptômes.

i" Troubles de la sensibilité. — Ces troubles apparaissent souvent les premiers, et parfois la paralysie se borne là; ce sont d'abord des fourmillements des extrémités , une sensation anomale s'irradiant des orteils aux genoux et des doigts aux avant-bras. Dans certains cas, ces lésions assez légères de la sensibilité sont, avec la paralysie du voile du palais, les seuls troubles de l'inervation.

Le plus ordinairement , les désordres nerveux débutent par les membres inférieurs ; une seule fois M. Maingault a vu les fourmillements, l'insensibilité tactile et l'analgésie limités aux membres supérieurs.

La sensibilité tactile est obtuse, et peut même être complètement abolie ; les malades sentent mal ou ne sentent pas le sol que leurs pieds foulent ou les objets que leurs mains saisissent. 11 est rare de voir l'anesthésie s'étendre à presque toute la surface cutanée ; M. Maingault en a pourtant observé un exemple.

Il arrive parfois que la sensibilité n'est diminuée qu'aux extrémités , tandis que la continuité des membres n'esi le siège ni d'anesthésieni d'analgésie; parfois même un phénomène inverse se produit, et l'anesthésie des extrémités est accompagnée d'hypéresthésie des membres ou de la région spinale; et alors, en même temps que cette exaltation de la sensibilité, il existe souvent des douleurs articulaires.

11 était intéressant de savoir si l'irritabilité électrique persiste dans ces cas de paralysie; or, sur quatre malades observés à ce point do vue, M. Duchonno(dc Boulogne) a constaté trois fois l'intégrité de

HAPPORT DE M, H. ROGER. l'J'J

cette iiTitubilité ; une fois seulement les nerfs collatéraux des doigts n'étaient point excitables.

La vue peut aussi s'affaiblir ou se perdre temporairement ; et ces troubles de la vision sont même assez fréquents pour que Tamaurose diphthérique soit mentionnée dans 17 des 50 observations de M. Maingault. L'altération de la vue survient toujours dans la première période des accidents paralytiques, et semble servir de transition entre la paralysie du voile du palais et celle des membres. En * général passagère , l'amaurose diphthérique dure de six semaines à deux mois. Cependant on ne constate rien d'anomal dans l'organe de la vision ; l'iris se contracte bien ; c'est à peine si l'on observe parfois un peu de dilatation de la pupille; et l'ophthalmoscope ne fait reconnaître aucune altération dans les éléments anatomiques de l'œil.

2° Troubles de la moiilité. — La lésion du mouvement, que la paralysie du pharynx précède, peut porter sur tous les muscles du corps. La paralysie atteint les muscles des membres comme ceux du tronc , les muscles de l'œil comme ceux du voile du palais, du pharynx, de la vessie et du rectum, en d'autres termes, les muscles de la vie de relation. comme ceux de la vie organique, mais ces derniers à un degré moindre.

La paralysie ne se manifeste pas brusquement; le plus souvent elle suit une marche progressive avec tendance à se généraliser.

Dans quelques cas assez rares, il n'y a que de la paraplégie, qui consiste parfois en un peu de faiblesse des jambes, hésitation dans la marche et simple titubation, et qui peut, d'autres fois, aller jusqu'à l'impotence absolue. Cette paraplégie, ordinairement graduelle, s'est manifestée tout-à-coup chez un malade dont M. Maingault doit l'observation à M. le docteur Sellerier.

La paraplégie a, comme nous l'avons dit, une remarquable tendance à se généraliser; et l'on ne tarde pas à observer aux membres supérieurs des altérations de la motilité analogues à celles des extrémités inférieures. 11 y a d'abord du tremblement, avec défaut de précision dans les mouvements des membres thoraciquos, et le mal

'"^-t PAIULYSIE mi'lITUÉUiyiJIÎ.

peut s'arrêter. Chez d'autres sujets la force diminue^ elle est luoiudra (le moitié, ainsi qu'on l'a constaté au dynamomètre ; à son plus haut degré , la paralysie est complète et les bras soulevés retombent inertes le long du corps. — Une des observations les plus curieuses du mémoire de M. Maingault , est celle du docteur Bretignières, chez lequel la paralysie était telle que tout sentiment et tout mouvement avaient disparu dans les membres et dans le tronc , et que la pile ordinaire ne suffisait même plus à exciter l'irritabilité musculaire.

Lorsque les muscles du tronc et ceux du cou participent à l'affaiblissement général , les mouvements du corps peuvent être complètement abolis ; la tête vacille, et tantôt elle s'inlléchit sur la poitrine, tantôt elle est rejetée en arrière.

Chez plusieurs, on observe une constipation opiniâtre qui tient sans doute à l'atonie des plans musculaires de l'intestin; le besoin d'aller à la selle est nul, et il y a impossibilité d'expulsion des fécès, ou, au contraire, incontinence. — A la paralysie du rectum se joint parfois celle de la vessie ; il en fut ainsi pour un malade chez lequel ces accidents durèrent plus de trois mois. — 11 faut noter encore chez certains individus une anaphrodisie longtemps persistante.

Les muscles de la face n'échappent pas toujours à l'influence morbide, et ceux d'entre eux qui sont le plus fréquemment frappés sont les muscles de l'œil : on observe alors du strabisme et parfois de la diplopie, ou bien encore un abaissement de la paupière supérieure avec strabisme en dehors. Enfin , si les muscles de la face sont atteints dans leur ensemble , il y a une véritable paralysie faciale.

Nous venons de tracer assez longuement la symptomatologie de la paralysie diphthérique : si nous avons cru devoir insister autant sur les caractères extérieurs de la maladie , c'est qu'il s'agit d'un état morbide qu'il importe, avant tout, de bien faire connaître.

Étiologie. — Dans le chapitre qu'il a consacré aux causes, M. Maingault se demande s'il n'y aurait pas, dans le fait de la paralysie consécutive à la cliphthérie, une simple coïncidence ; mais il

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