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remarque juslement que les exemples en sont trop nombreux pour que cette opinion soit admissible. Si l'on considère que, dans toutes les observations citées , un même point de départ aboutit à des accidents paralytiques dont la forme et la marche sont à peu près identiques, on devra nécessairement conclure à une relation de cause à effet.
Ces faits de paralysie diphthérique semblent actuellement se multiplier : étaient -ils donc réellement plus rares autrefois, ou bien étaient-ils méconnus? S'il est évident que, naguères encore, la maladie passait le plus souvent inaperçue, les phénomènes paralytiques étant rapportés à des causes variées et la cause véritable n'ayant pas été trouvée, on peut également admettre que les exemples sont positivement plus nombreux, en raison des épidémies plus fortes et plus générales d'angine couenneuse et de croup, qui sévissent depuis quelques années ( à Paris du moins ). Peut-être aussi la diphthérie a-t-elle pris un caractère plus pernicieux sous l'influence du génie épidémique.
Etant admis que la paralysie dérive de la diphthérie , il reste à déterminer s'il existe une relation quelconque entre l'étendue des productions pseudo- membraneuses et l'apparition des accidents paralytiques , entre certaines formes de la diphthérie et la gravité de ces mêmes accidents.
M. Bretonneau avait d'abord pensé, d'après quelques faits, que les troubles de Tinervation sont souvent la conséquence du coryza couenneux devenu chronique. Mais s'il est vrai que l'extension des pseudo-membranes, du pharynx aux fausses nasales, indique, en général, une intoxication plus grande, et que la paralysie peut survenir à la suite , il est pareillement démontré , par des faits nombreux, que les troubles nerveux les plus graves peuvent se manifester sans que les fosses nasales aient été envahies, et alors que les pseudo-membranes sont restées « cantonnées » dans le pharynx ou limitées aux amygdales.
Ce n'est pas davantage la persistance des exsudations couenneuses qui rend raison de la paralysie; on a vu une paraplégie survenir à la
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suite d'une iingine coueiiiieuse qui n'avait duré que quatre jours, et une paralysie généralisée se montrer après une angine de même nature guérie en moins d'un septénaire. On peut voir, dans plusieurs des observations de M. Maingaull , que l'angine couenneuse même légère est encore assez souvent suivie d'accidents paraly liques.
On est en droit de conclure , avec l'auteur du présent mémoire , que la paralysie peut survenir à la suite de la diphthérie, lors même que celle-ci n'a eu aucun caractère de gravité, a duré peu de temps, et que les fausses membranes ont été peu abondantes et les symptômes généraux peu prononcés. De même qu'on voit, dans certains cas , une scarlatine légère , avec éruption mal accusée , être suivie de désordres cérébraux très-sérieux, ainsi une angine couenneuse en apparence bénigne peut entraîner des accidents nerveux trèsgraves.
Quelques auteurs ayante dans ces derniers temps , accordé une importance exagérée à la présence de l'albumine dans les urines d'individus atteints d'affections couenneuses; et ces auteurs ayant cru voir dans cette albuminurie ( qui ferait défaut dans les maladies pseudo-membraneuses simples ) , un caractère de la diphthérie avec intoxication, M. Maingault a recherché s'il y avait relation de causalité entre l'albuminurie et les accidents paralytiques. Mais d'abord, à la période assez avancée oii la paralysie commence, l'albumine a, d'ordinaire, disparu des urines, si tant est qu'elle s'y soit montrée ; seule, l'amaurose, qui survient plus tôt que les autres formes de la paralysie , peut coexister avec l'albuminurie ; mais le fait n'est pas commun, et, en outre, l'aflaiblissement de la vue persiste quelquefois, l'altération de l'urine, irrégulière dans son apparition et passagère dans sa durée, n'existant plus.
L'expérience, d'ailleurs, a prononcé; l'albuminurie n'est ni un signe indicateur, ni un phénomène concomitant de la paralysie, pas plus qu'elle n'est un caractère tant soit peu valable de la diphthérie septiquc. (Nous avons rapporté, il y a trois mois environ , à la Société, une observation de croup avec angine couenneuse fort bénin
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et guéri sans opération , bien que les urines eussent été très-all)umineuses. )
Ainsi, il y a d'une part de nombreux faits d'albuminurie sans paralysie, et, d'autre part, des faits pareillement nombreux de paralysie sans albuminurie.
Diagnostic. — On établira le diagnostic de la paralysie diphthérique en tenant compte de l'existence antécédente d'une aiïection pseudo-membraneuse, et surtout en examinant avec soin la suite des symptômes et l'ordre dans lequel ils ont paru. On devra se rappeler que la paralysie du voile du palais signale presque toujours le début des accidents; que les troubles de la vue, lorsqu'ils existent, se montrent avant l'inertie des muscles des membres ou du tronc ; que la faiblesse, les fourmillements commencent presque constamment parles extrémités inférieures, et que, enfin, la paralysie diphthérique a une marche progressive et n'atteint jamais d'emblée son maximum d'intensité.
L'ignorance ou l'oubli de ces données pratiques a fait commettre des erreurs qu'il est utile de signaler : ainsi , on a cru à une paralysie d'origine syphilitique dans un cas où , aux symptômes paralytiques, se joignait de la raucité de la voix ; — on a cru de même à une paralysie hystérique chez des femmes nerveuses qui présentaient simultanément quelques symptômes d'hysléricismc ; — on a diagnostiqué une idiotie chez un enfant dont la parole était lente, la voix nasonnée et la démarche incertaine. — Dans les cas où la faiblesse, l'hésitation dans la marche, sont accompagnées de bégaiement et de troubles de la vue, c'est à l'intégrité parfaite de l'intelligence qu'on distinguera l'affection qui nous occupe de la paralysie générale progressive. — Enfin , l'absence de fièvre , de céphalalgie et de phénomènes cérébraux empêchera qu'on ne croie à l'existence d'une méningite tuberculeuse, alors qu'on observerait, chez un enfant, de la faiblesse générale, de l'indolence, du strabisme ou de l'amaurose.
La terminaison la plus habituelle de la paralysie diphthérique est la guérison; il faut savoir pourtant que la mort peut, dans des cas
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heureiisenient lort rares, en être la conséquence plu» ou moins directe. Deux fois M. Trousseau a vu les malades succomber à la suite d'un véritable épuisement nerveux ; M. Blache , M. Bouvier ont été témoins de faits analogues. D'autres fois, le malade périt asphyxié, des matières alimentaires s'étant introduites dans les voies aériennes par suite de la paralysie du pharynx ; nous avons nous-même, cette année, observé un cas de ce genre.
Nature ; traitement . — Bien qu'on ignore la nature intime de la paralysie diphthérique, on est fondé à la considérer.comme une paralysie par atonie ; tout semble le prouver : la décoloration des tissus comme les bruits vasculaires, la faiblesse du pouls comme la langueur des fonctions digestives. La médication tonique est donc la seule qui soit indiquée et la seule aussi qu'on ait employée. On a mis en usage, avec un avantage marqué, les préparations de fer et celles de quinquina, les bains sulfureux et les bains salés, les allusions froides et les frictions stimulantes, etc. Dans plusieurs cas, les excitants spéciaux du système nerveux , la strychnine , la noix vomique, ont paru avoir une action salutaire; enfin , l'électricité a rendu de véritables services.
Quelle est la nature de la paralysie diphihérique ? Comment les affections pseudo-membraneuses peuvent-elles déterminer des accidents consécutifs si graves et si imprévus*?
On ne saurait^ pour la diphthérie comme pour le choléra, les fièvres graves et le typhus, à la suite desquels surviennent parfois des paralysies , arguer de souffrances prolongées, d'ébranlement nerveux considérable, de diète excessive, de pertes abondantes. Et, d'un autre côté , il est bien difficile de comprendre comment l'action locale de fausses membranes, quelquefois peu étendues et peu persistantes, serait susceptible de produire une paralysie. Aussi les explications hypothétiques n'ont point manqué.
Je passerai sous silence les hypothèses de ceux qui ont supposé une sécrétion couenneuse à l'intérieur des ventricules cérébraux, ou qui font cheminer l'inflammation spécifique, du pharynx aux enveloppes de la moelle et du cerveau , puis à ces organes eux -mi^mes.
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De telles suppositions ne sont guère scientifiques et, d'ailleurs, l'examen cadavérique les réfute sufiisarament. Deux autopsies faites avec le plus grand soin ont été négatives : on a trouvé Tencéphale et la moelle dans un état d'intégrité parfaite et présentant à peine un peu d'injection ; il n'existait aucun épanchement ventriculaire ; les méninges étaient saines, et rien n'expliquait anatomiquement les accidents paralytiques.
Jusqu'à ce que des recherches ultérieures en ait mieux fait connaître la nature, la paralysie diphthéritique peut être rangée parmi les paralysies essentielles.
A défaut de la lésion anatomique vainement cherchée, connaît-on, au moins, la cause prochaine de cette paralysie? Doit-on la voir dans l'asphyxie, par exemple? Mais cette paralysie n'est pas plus commune dans le croup, oii l'asphyxie est plus ou moins complète, que dans l'angine couenneuse,'où les phénomènes de suffocation sont beaucoup moins marqués; et, de plus, ce n'est pas à la période asphyxique de ces affections, c'est pendant la convalescence qu'on voit se développer les troubles de l'inervation.
L'anémie seule ne suffit pas davantage à expliquer la paralysie ; elle n'est , comme celle-ci , qu'un des effets de la diphthérite.
Il faut en dire autant de l'albuminurie qui , l'amaurose exceptée , n'a jamais, que nous sachions, déterminé de paralysies. Et, d'ailleurs, je le répète, l'albumine a manqué le plus souvent , et. dans des cas très-graves de paralysie diphthérique.
M. Bretonneau a cru devoir attribuer à la chronicité la cause des accidents paralytiques ; malheureusement , l'explication de l'illustre auteur du Traité de la diphthérite est loin de s'appliquer à tons les cas. ,d!jwij)i 'r,
M. Trousseau voit , dans la paralysie diphthérique , l'effet d'une intoxication de l'économie par le principe morbide qui donne lieu à la diphthérie elle-même, et il compare volontiers cette paralysie à celles qu'on observe chez les individus empoisonnés par des viandes accidentellement vénéneuses, ou par les émanations saturnines.
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En (lélmitive, ce qu'on peut dire seulement de la paralysie diplithf^i'ique, c'est qu'elle est une maladie sans altération des centres nerveux, actuellement appréciable; c'est qu'elle dérive certainement de l'aflection pseudo-membraneuse, sans qu'il soit possible encore de bien saisir le lien qui rattache la lésion primitive à l'accident consécutif j sans qu'il soit possible d'expliquer comment le poison de la diphthérie, après avoir, dans une première période, comme épuisé son action, devient momentanément latent, puis, dans une seconde phase , agissant pour ainsi dire à distance , fait de nouveau ressentir ses redoutables effets, soit sur un point isol'é de l'économie ( paralysie du pharynx ), soit sur presque tout l'organisme (paralysie générale ).
Messieurs, dans le i-apport que je viens de vous présenter, j'ai été historien beaucoup plus que critique; ayant observé à l'hôpital des Enfants, pendant les deux cruelles épidémies d'angine couenneuse de 1858 et 1859, un assez grand nombre de faits de paralysie, je puis témoigner de la fidélité de la description que M. Maingault a tracée de la paralysie diphthérique; et je me trouve d'accord avec lui sur tous les points principaux; aussi , ai-je dû me borner à donner une analyse exacte de ce consciencieux mémoire, et à mettre en lumière ce qu'il contient de plus neuf et de plus important.
Notre jeune confrère a eu la bonne fortune de donner, dans un premier travail , la description complète de la paralysie diphthérique du pharynx, signalée seulement avant lui, et de décrire pareillement ex-prof esso , dans un deuxième mémoire, une affection peu connue, la paralysie diphthérique généralisée. Dans ces deux travaux qui se tiennent, il a montré que la même maladie peut donner lieu à deux ordres d'accidents de paralysie secondaire, les uns, locaux , les autres^ généraux ; il n'y a pas là un fait pratique seulement, il y a un fait philosophique, qui permet de déterminer nosologiquement la nature d'une affection, la diphthérite, qu'à une certaine époque on a pu croire locale, et dans laquelle on doit voir désormais une maladie générale, de toute la substance, comme auraient dit les anciens.