‹ De la paralysie diphthériqueChapitre 5 sur 24 · SYMPTOMES, MARCHE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES, MARCHE

dront, par leur extension et leur durée , non moins graves que la maladie qui en a été la cause première.

La paralysie du voile du palais précède les symptômes de paralysie généralisée ; mais, tantôt elle les devance à peine de quelques jours, tandis que, d'autres fois, le nasonnement, la gêne de la déglutition ont déjà cessé, lorsque l'affaiblissement musculaire , les troubles de la sensibilité commencent à se faire sentir.

Chez certains malades, on remarque avec étonnement l'amaigrissement qui survient et qui n'est en rapport ni avec une alimentation souvent bien supportée ni avec l'époque déjà éloignée de la terminaison de l'angine. La convalescence ne s'établit pas franchement.

Chez les enfants , on observe de la tristesse, une irascibilité extrême, des colères fréquentes et sans cause.

Bientôt les accidents de paralysie se manifestent , attaquant simultanément ou séparément le mouvement et le sentiment.

La vue s'affaiblit , il peut survenir une cécité complète ; mais , en général , ces troubles de la vision se bornent à empêcher les malades de pouvoir lire les caractères d'imprimerie un peu fins; la diplopie ou l'ambliopie sont fréquentes, plus rarement on observe l'héméralopie ou la nyctalopie.

Peu à peu les forces diminuent , des fourmillements trèspénibles se font sentir dans les extrémités inférieures, accompagnés de douleurs articulaires, souvent fort vives ; en même temps , les jambes deviennent de plus en plus faibles, la marche de plus en plus difficile, jusqu'au moment où la station debout est impossible : la paraplégie est alors complète»

Les troubles de la sensibilité et de la motilité s'étendent aux membres supérieurs , les mouvements des bras et des doigts manquent de force et de précision.

16 PARALYSIE DIPIITHÉRIQUE.

La tête trop lourde s'infléchit sur la poitrine, ou se renverse en arrière ; les muscles du tronc ne peuvent supporter le poids du corps.

On observe du strabisme , la face devient grimaçante , les lèvres pendent et laissent la salive s'écouler au dehors ; il y a du tremblement de la langue , du bégaiement , la voix est faible ; enfin la vessie , le rectum , peuvent être paralysés , et dans quelques cas l'anaphrodisie est complète. • Outre les phénomènes si variés qui modifient la sensibilité soit cutanée , soit spéciale , ou la-motilité , il y a des troubles fonctionnels importants.

. La circulation est singulièrement modifiée, l'apyrexie complète ; le pouls petit , faible , peut descendre à 50 pulsations chez l'adulte ; les battements du cœur sont tumultueux; on constate dans les vaisseaux des bruits de souffle , bien en rap^ çort avec l'état d'appauvrissement du sang, quelquefois un peu d'œdème , rarement d'anasarque.

La peau est pâle et terreuse ; il existe une tendance au refroidissement , limitée aux extrémités inférieures , ainsi que le mentionne M. le docteur Orillard, ou s'étendant à tout le corps , comme l'a vu M. Trousseau , abaissement de température dont on ne triomphe que difficilement.

Plusieurs malades toussent, expectorent des mucosités filantes, fétides ; chez quelques-uns, l'expulsion des crachats est laborieuse et nécessite des efforts singuliers qui tiennent à la paralysie du pharynx.

Souvent l'appétit est conservé, les digestions faciles; mais quelquefois au contraire l'anorexie est complète, on est obligé .d'employer la force pour obtenir l'alimentation; la constipation est fréquente.

Au milieu de ces désordres, l'intelligence reste intacte, mais lente et paresseuse.

SYMPTOMES, MABCHE. 17

La maladie peut faire des progrès incessants et la mort être la conséquence de ces accidents ; si la terminaison doit être heureuse , les forces reviennent peu à peu , et la guérison s'achève après un temps qui' varie de deux à huit mois.

La paralysie diphthérique peut affecter la sensibilité et la motilité , tantôt limitée aux membres inférieurs et donnant lieu à une véritable paraplégie ; tantôt , au contraire , et ci^est ce qui arrive le plus fréquemment , s'étendant à prèsque tous les muscles du tronc, et affectant la forme généralisée.

. Les deux côtés du corps sont le plus souvent inégalement paralysés.

Lorsque la giiérison survient , les parties affectées en dernier lieu se dégagent les premières.

Il y a exception toutefois pour la paralysie du voile du palais et du pharynx.

L'observation suivante , recueillie par la malade ellemême , complétera l'esquisse rapide que nous avons donnée des accidents paralytiques. Les symptômes y sont analysés avec une vérité, une exactitude et un talent remarquables.

■ Observation IV (1), — Je ne suis resiée au lit, dit M"'"' H..., quependant huit jonrs (du 28 novembre au 7 décembre ), je ne souffrais pas beaucoup, j'avais peu de fièvre et plus mal aux reins qu'à la gorge. Quelques jours après, je repris mes habitudes de travail; la force m'était revenue, j'avais à peine maigri et je n'avais pas le visage par trop défait ; mais je souffrais d'un point très-douloureux sous la langue, à la base de J'arcade où est placée l'amygdale ; je n'a-

(1) Cette observation nous a été veimse par un de nos maîtres, médècin (tes h(.pitaux, qui avait donné ses soins à la malade.

1^ paiulvsiiî; iiii'iiruÉHiQUii.

valais qu'uvec peine; Ijoire ou manger était un véritable supplice ; après avoir pris quelques cuillerées de potage la douleur s'irradiait et s'emparait de toute ma tête. Vers la fin de décembre, il y avait un mois que la maladie avait commencé, les douleurs s'apaisèrent, mais c'est alors que se produisirent toutes ces bizarreries qui m'ont été plus à charge que la douleur elle-même.

Je nasillai tout-à-coup d'une façon particulière qui n'avait rien de l'enchifrènement; je ne pouvais pas souffler une bougie, et lorsque je voulais me moucher, Tair, au lieu de passer dans le nez, frappait ma joue gauche et la gonfl,ait sans vouloir prendre la direction que je cherchais à lui imprimer.

La luette me balayait la langue et c'était un mal de cœur perpétuel. Le nasillement s'accrut , l'articulation des mots me devint presque impossible, les sons me vibraient dans le nez et après la seconde phrase, au lieu d'un mot il s'échappait un bruit sans nom qui se produisait malgré moi. J'avais peur de devenir aboyeuse.

Chaque fois que j'essayais de boire, je faisais entendre une espèce de râle sonore, comme un cheval qui renâcle, et cette boisson que j'avalais de travers me ressortait par le, nez; j'avais au palais comme un écrou serré qui me le paralysait, ma bouche me semblait tapissée d'un parchemin, j'avais des fourmis dans la langue et un cheveu perpétuel que je cherchais toujours à ôter.

Les solides, que jusqu'à présent j'avais avalés plus facilement que les liquides, s'arrêtaient dans la gorge d'oi!i bien souvent ils s'échappaient. Une heure après le repas. je mouchais encore des mies de pain et de la viande.

Je souffrais dans les reins et dans la nuque. La sensibilité devenue très-obtuse sur certaines parties du corps s'exaspérait ailleurs au point de me faire soufl'rir du plus léger attouchement; la faculté d'avaler revint peu à peu. mais d'autres accidents se présentèrent.

Je ressentis au bout des doigts un fourmillement pareil à celui qu j'éprouvais dans la langue et qui bientôt monta jusqu'aux poignets; les mêmes symptômes se produisirent au bout des pieds et gagnèrent jusqu'aux genoux, mes jambes fléchirent.

SYMPTOMES, 5IARCHE. 19

Les reins et la nuque étaient plus embarrassés que jamais; une petite brûlure quej'avais eue il y a dix ans, brûlure produite par une ventouse et qui à Tépoque même avait séché rapidement, s'était rouverte et formait une plaie qui ne s'est cicatrisée que beaucoup plus tard.

Toutes les fonctions qui, dans l'état normal, sont instinctives, exigèrent un acte formel de la volonté > il me fallait pour marcher vouloir mettre le pied gauche devant le droit et ainsi de suite.

Pour écrire j'étais forcée de commander à ma main de former telle ou telle lettre, ou sans, cela j'écrivais un mot pour un autre, puis lies organes refusèrent d'obéir.

Ma vue peu à peu se brouilla complètement, il me semblait avoir devant moi un verre cannelé qu'on agitait sans cesse; j'essayai de lunettes, je ne vis pas davantage; le désespoir me vint. Au bout de trois semaines la belladone me rendit les yeux. Je partis pour la .campagne , le courage me fut encore bien nécessaire , mes mains étaient plus fourmillantes que jamais, j'avais sans cesse mes doigts dans la bouche ou dans l'eau froide pour atténuer cette impression abominable, que je dissimulais de toutes mes forces. Je me tenais à peine sur mes jambes , on souffrait en me regardant marcher, en m'entendant parler.

Le soleil est enfin revenu et je me sens presque tout-à-Cail bien, le mieux réel ne s'est fait sentir que depuis à peu près huit jours, plus de quatre »wo/s. après le début de la maladie, et je n'ai pas encore retrouvé ni le sommeil ni l'appétit. . ■

J'écris toujours avec difficulté, la main se roidit, elle est rétive et je suis bienheureuse que mon caractère n'ait pas suivi cette fâcheuse voie.

Je parle à peu près comme tout le monde et je n'ai presque plus de fourmis dans les mains, elles me reviennent aux pieds dès que je marche, mais elles sont moins mauvaises; je n'ai pas ma force ordinaire et il me reste un certain embarras dans la nuque et dans les reins." — 8 avril 1858.

rARALYSIE DIPIITIIÈRIQUE.

J'examinerai maintenant chacun des symptômes en particulier, en commençant par les altérations de la sensibilité.

Les troubles de la sensibilité apparaissent souvent les premiers de tous, ils peuvent exister seuls, sans que lamotilité soit atteinte.

Les malades ressentent d'abord des fourmillements extrêmement marqués dans les extrémités; aux membres inférieurs les fourmillements se font sentir depuis les orteils jusqu'aux genoux; aux membres supérieurs, ils s'étendent des doigts aux coudes et aux bras.

Ce symptôme persiste fort longtemps; quelquefois il existeencore, alors que l'affaiblissement musculaire a disparu.

Dans certains cas, les fourmillements sont les seuls phénomènes morbides qu'on puisse constater, sauf la paralysie palatine qui les accompagne.

Observation V. — Une jeune fille de 24 ans vient consulter M. le professeur Gosselin pour une paralysie du voile du palais, survenue à la suite d'une angine couenneuse, datant de 3 mois ; la gêne de la voix était surtout extrêmement marquée et causait un préjudice notable à cette fdle ; le voile du palais était entièrement paralysé; la malade ressentait des fourmillements fort incommodes, mais sans diminution appréciable des forces. L'état général était bon.

M. Gosselin conseilla un régime fortifiant, et traita la paralysie palatine par l'électricité, à l'aide de deux aiguilles appliquées sur le voile. Après quatorze séances, faites dans l'espace de six semaines, le nasonnement avait disparu, la déglutition des liquides était redevenue facile , la malade ne ressentait plus de fourmillements.

Observation VI. — Un garçon de 12 ans, de bonne santé habi-

tuelle^ demeurant à Sablonville, place du Marché, 2, fut atteint, dans les premiers jours d'avril, d'une angine couenneuse, avec fièvre violente, engorgement ganglionnaire, qui dura une diz'aine de jours, ,et céda à des cautérisations répétées. Quelques jours après, il éprouva tous les symptômes de la paralysie palatine, gêne de la déglutition, nasonnement, puis la vue se troubla; le malade avait constamment un brouillard épais devant les yeux, il lui était impossible de lire. Au bout d'un mois, survinrent des fourmillements de plus en plus pénibles, s'étendant des orteils jusqu'aux genoux; les membres thoraciques ne furent point atteints; le malade ressentait en outre des douleurs articulaires, surtout marquées aux genoux. Lorsque je vis cet enfant , ces symptômes existaient à un haut degré ; il y avait alors deux mois que son angine était guérie ; il avait encore un peu de nasonnement, mais la déglutition se faisait facilement; le voile du palais se contractait, et la sensibilité était diminuée, mais manifeste. Aux membres inférieurs, les fourmillements persistaient, la sensibilité était singulièrement obtuse, l'anesthésie, l'analgésie presque complètes, mais les forces étaient conservées; la marche et la station debout n'occasionnaient pas de fatigue ; l'état général était assez satisfaisant, l'appétit conservé; pas de souffle dans les carotides; les urines ne contenaient point d'albumine. Je conseillai les bains sulfureux tous les deux jours, du vin de quinquina, une alimentation fortifiante; un mois après, cet enfant était complètement guéri.

Le cousin de ce garçon, qui fait le sujet de l'observation XXY, avait €u aussi une angine couenneuse, mais, chez lui, les symptômes paralytiques acquirent une grande intensité; dans la même maison, un enfant était mort du croup à la même époque.

Les troubles de rinervation, paralysie du sentiment ou du mouvement, débutent le plus ordinairement par les membres inférieurs : dans une observation qui m'a été communiquée ^par M. le docteur Duchenne (de Boulogne) , les lésions de la .sensibilité se firent sentir tout d'abord aux mains et aux

^ PARALYSIE DlPJniIÉRKjL'E.

bras ; les membres abdominaux ne furent point atteints.

Observation VU. — Une femme de 30 ans, bien portante habituellement, eut, dans la convalescence d'une angine coùennéuse, une paralysie du voile du palais 5 nasonnement, rejet des liquides, etc. Cette paralysie locale guérit après trois semaines de durée, sous l'influence de rdectricité.

Dans les derniers jours du traitement, cette femme commença ù ressentir des fourmillements dans les mains; bientôt ces fourmillements s'étendirent aux bras, dans toute leur longueur; en même temps, il survint de l'insensibilité tactile et de l'analgésie; la malade ne pouvait plus se servir de ses mains 5 les membres inférieurs étaient libres, la raiarcbe et la station debout aussi faciles que d'habitude j îa vue était considérablement affaiblie. En un mois, sous l'influence d'un traitement fortifiant et de l'électricité, il se produisit une améiioration notable; la guérison était presque complète, lorsque cette femme cessa de venir voir M. Duchenne.

La sensibilité tactile est obtuse et peut être même complètement abolie ; les malades ne sentent pas le sol sotis iéui's pjeds. Lorsque M. le docteur Bretignières parvint à sortir dé son lit et posa les pieds à terre pour la première fois ,. il lui semblait que ses pieds ne lui appartenaient pas, que c'étaient de véritables corps étrangers ( Obs. XXII ) . \^ ; ^ ^ i

Dans la deuxième observation du mémoire de M. Bretonheau (1), on Ut : « Trois mois plus tard, le jeune Saint-B..., suivait sa mère à Paris. Au moment de son départ, il m'avait été amené marchant seul , mais regardant à ses pieds pour savoir s'ils touchaient le sol ; après trois mois ses pieds restaient encore si dépourvus de sens tactile , qu'il lui semblait marcher dans l'air. » Cette insensibilité tactile est notée^dans plusieurs observations.

(l) Loc. cit. p. 278.

Aux membres thoraciqiies , même insensibilité tactile, les malades n'ont pas conscience des objets qu'ils tiennent dans leurs mains ou qu'ils veulent saisir, la sensation est nulle et confuse. L'anesthésie peut s'étendre aux bras, dans toute leur longueur ; l'impression des corps froids n'est pas perçue, le chatouillement ne produit aucun effet.

Cette diminution de la sensibilité peut s'étendre à presque tonte la surface cutanée. Ainsi, chez un petit malade que j'ai vu avec M. le docteur Fleurtiaux , et qui fait le sujet de l'observation suivante , l'anesthésie et l'analgésie occupèrent d'abord les membres inférieurs, puis gagnèrent successivement les membres supérieurs et le tronc ; à la face seulement, la sensibilité resta intacte. Ces troubles coïncidaient avec un affaiblissement de la motilité presque général.

Observation YIII. — Un enfant de k ans, demeurant chez ses parents, rue de Bretagne, 15, de bonne constitution, grand et bien développé pour son âge, et n'ayant jamais eu de maladie sérieuse, est pris de fièvre intense avec extrême difficulté d'avaler, le 1" août 1858.

Le troisième jour, on constate la présence de fausses membranes sur les amygdales; il y a un peu d'engorgement ganglionnaire, la lièvre persiste. On touche les points malades avec une solution d'azotate d'argent; les cautérisations sont répétées plusieurs fois par jour; pendant cinq jours, les fausses membranes persistent. Le sixième jour, la gorge est entièrement dégagée; il n'y a aucun écoulement par le nez. On n'a employé ni sangsues ni vésicatoires. L'enfant entre en convalescence.

Quelques jours se passent sans rien de particulier à noter, lorsque surviennent tout-à-coup du nasonncment et le rejet des liquides par le nez; les aliments solides sont avalés sans difficulté. Malgré cette complication , le petit malade reprend ses forces , il a de l'appétit, les digestions se font bien ; peu k peu le nasonnement est de-

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venu moins marqué, la dôglulilion des liquides est plus facile, mais, malgré un régime Corliliant et des soius bien dirigés, et quoique depuis quinze jours environ la guérison de l'angine soit complète , on s'aperçoit que l'enfant est de plus en plus faible sur ses jambes , il tombe fréquemment, la niarcbc est cliancelanle. Celle faiblesse augmente dejour en jour,bionlùl l'enfant ne peut faire quelques pas qu'en se soutenant aux meubles; il y a de la pâleur et de l'amaigrissement.

Le 7 septembre, jour où je vois le petit malade pour la première fois, la faiblesse est telle que la station verticale est devenue complètement impossible; si on essaye démettre l'enfant debout sans le soutenir, il s'affaisse immédiatement; assis ou couché, il ne peut Temuer ses jambes qu'avec une grande difficulté. Les chairs sont flasques , l'anesthésie et l'analgésie sont telles qu'on peut chatouiller et piquer les membres inférieurs sans que l'enfant en ait conscience. Partout ailleurs la sensibilité est normale; l'enfant remue facilement les bras; pas de strabisme ; la face est pâle, un peu bouffie; l'appétit diminué, la déglutition assez facile; ce n'est qu'à de rares intervalles que les liquides sortent encore par le nez; le voile du palais se contracte bien ; constipation opiniâtre ; pouls à 60 , faible , dépressible; pas de souffle dans les vaisseaux, du cou; l'urine ne contient pas d'albumine. (Fer réduit à 0,40 centigr.; une-cuillerée à bouche de vin de quinquina, avant les deux principaux repas ; frictions avec une flanelle imprégnée de vapeurs de benjoin ; un bain sulfureux tous les deux jours. )

Le 16. Aux membres inférieurs, les troubles de la sensibilité et de la motilité senties mêmes que ceux constatés plus haut, mais les mains et les bras paraissent participer à l'affaiblissement des jambes; il y a un peu de tremblement; la sensibilité est diminuée. — Continuer le traitement prescrit , qui du reste a été parfaitement exécuté.

Le 22. Les jambes sont toujours aussi faibles, mais la faiblesse des bras a beaucoup augmenté; ce n'est qu'avec peine que l'enfant lève les bras vers la tète, il ne se sert de ses mains qu'avec répugnance; il ne veut pas jouer, et, s'il prend les jouets, ils lui échappent aussitôt.

il ne peut manger seul ; la tête est penchée sur la poitrine, ne se redresse que péniblement et pour retomber aussitôt; aux bras, au dos , à la poitrine, il y a insensibilité des plus prononcée; le chatouillement , les piqûres , ne déterminent aucun effet appréciable ; rien à la face, pas de strabisme, la vue ne paraît point affaiblie; peu d'appétit; constipation toujours opiniâtre.

Le 2 octobre. L'état du petit malade s'est un peu amélioré , les membres inférieurs sont moins faibles, l'enfant peut se tenir debout et faire quelques pas seul, il se sert plus facilement de ses mains , la sensibilité est toujours nulle.

Le 40. Les forces reviennent, l'enfant peut rester longtemps sur les jambes, mais la marche est toujours traînante, les pieds quittent â peine le sol, les bras ont recouvré leur action, l'enfant peut se servir de la cuiller et manger presque seul, la tête se soutient assez bien, mais l'insensibilité persiste.

A partir de cette époque, les accidents allèrent en diminuant d'intensité; mais, pour hâter la guérison, on essaya d'employer l'électricité, et le 27 octobre, on mena l'enfant chez M. Duchennc (de Boulogne ). La sensibilité est un peu obtuse , la contractilité est normale; la frayeur du petit malade fut telle qu'on dut renoncer à continuer l'emploi de l'électricité; du reste, la maladie est en voie de guérison, les forces reviennent, la marche est assurée, mais la maigreur persiste, l'appétit est peu développé; le pouls est toujours lent et faible, à 50 ; pas de soufOe dans les vaisseaux du cou.

Le 24. novembre. La sensibilité est encore obtuse aux pieds et aux mains; l'enfant peut faire d'assez longues promenades à pied.

J'ai revu, pour la dernière fois, cet enfant au mois de mars : la pâleur persiste, et l'embonpoint n'est pas encore revenu tel qu'il était avant l'apparition de l'angine diphthérique ; l'appétit est ca- ■pricieux, l'enfant se fatigue facilement, mais il n'existe plus aucun symptôme de paralysie.

Parfois la sensibilité, au lieu d'être diminuée, est augmen-

26 PARALYSIE DIPIITIIÉRIQUE.

tée ; l'ancsthésie des extrémités est accompagnée d'hyperesthésie des membres, du tronc ou de la région spinale.

Une malade dont j'ai recueilli l'observation dans le service de M. Gubler, à Beaujon, offre un exemple de cette exaltation de la sensibilité ; il y avait chez cette femme une paralysie généralisée du mouvement, avec hyperesthésie des membres inférieurs , une rachialgie extrêmement vivo , et qui persistait encore alors que tous les troubles paralytiques avaient cessé depuis un certain temps.

Observation IX. — Tanche (Sophie), 32 ans, née à Louvain, et demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, enlre à l'hôpital Beaujon le .6 juin 1858. C'est une femme blonde, d'un tempérament lymphatique , mais de bonne constitution ; elle n'a jamais eu de maladie ^rave avant celle dont les suites l'amènent à l'hôpital. Habituellement bien réglée, elle vit dans des conditions d'hygiène convenables.

Le 6 avril 1858 , elle est prise tout-àrcoup d'un mal de gorge assez violent, accompagné de frissons, de fièvre et de céphalalgie ; elle n'emploie, pour combattre ces accidents, que la diète et des tisanes.

Le 8, la lièvre persistant et la douleur de gorge étant toujours très-vive , elle fait venir un médecin, qui, trouvant une violente inflammation locale, pratique, à l'aide d'un bistouri, plusieurs scarifications ; le lendemain , il constate la présence de fausses membranes qui se sont développées depuis la veille ; il annonce à la ma^ lade qu'elle est atteinte d'angine couenneuse, et prescrit un vomitif; ce vomitif amène le rejet d'une assez, grande quantité de fausses membranes fort épaisses, au dire de cette femme; en même temps^ elle ressent une douleur des plus aiguë dans l'oreille droite.

Le lendemain, peu de douleur en avalant, la douleur d'oreilles est moindre, la fièvre continue , mais cependant, lui dit le médecin qui la soigne , heureusement elle est modérée; le nez n'est le siège d'aucun écoulement, et elle n'a mouché ni sang ni fausses mein-

branes. On touche la gorge avec un liquide dont elle ignore la composition; on ne fit ni saignée ni application de sangsues.

Pendant quatre jours on lui toucha la gorge deux fois par jour.

Pendant une huitaine de jours, le médecin vint la visiter chaque jour, puis il lui annonça qu'elle était guérie. Cette femme se croyait complètement rétablie, lorsqu'au quinzième jour de la maladie ellecommença à rendre les liquides par ,]e nez ; elle éprouvait une extrême difficulté à boire; les aliments solides passaient , mais avec peine; la voix devint nasonnée.

Vers le vingtième jour, elle vomit plusieurs fois dans la journée r ces vomissements contiennent des fausses membranes longues et épaisses ; la voix n'est plus nasonnée, elle est éteinte. Les jours sui~ vants, elle rend encore quelques fausses membranes, la voix est eneor& voilée, toujours de la gêne dans la déglutition. ■

Le 4 mai, elle quitte Louvain pour venir à Paris, et supporte bien le voyage, quoique déjà elle eût fait la remarque que ses forces diminuaient, malgré une alimentation suffisante; la déglutition des solides se faisait bien, quoique les liquides continuassent à être rejetés au dehors.

Le II, elle se trouve souffrante, éprouve des nausées ; un médecin qu'elle fait appeler prescrit un vomitif, et le surlendemain un purgatif; les nausées et le malaise disparaissent, mais les forces diminuent rapidement; elle ressent au bout des doigts et à l'extrémité des orteils des fourmillements continuels sans soubresauts ni contractures; elle ressent en même temps une douleur assez vive à la région spinale.

La faiblesse fait toujours de nouveaux progrès; d'abord elle peut se tenir sur les jambes, mais ne peut remonter seule dans son lit; puis bientôt la marche, la station debout, deviennent presque impossibles; les fourmillements et les douleurs du dos persistent; la voix est redevenue nasonnée, les liquides sont toujours rejetés par le nez.

En même temps, les troubles paralytiques s'étendent aux bras; elle ne peut les remuer qu'avec une extrême difficulté, on est obligé <le la faire manger.

28 PARALYSIE dipiitiii':rioue.

Le 6 juin , on l'amène à l'hôpital Heaujon en voiture , et on la porte clans la salle et à son lit ; elle ne peut ni marcher ni se servir de ses bras; si Ton soulève ses membres et qu'on les abandonne, ils retombent de tout leur poids ; elle ne se remue dans son lit qu'avec peine; la sensibilité est conservée à droite ; à gauche , il y a une hypereslhésie très-marquée ; k douleur du dos est très-vive, et dans toute la longueur de la colonne vertébrale la pression sur les apophyses épineuses est presque insupportable.

Le voile du palais se contracte mal , il y a insensibilité complète ; la malade ne boit qu'avec une grande difficulté, les liquides ressortent presque constamment par le nez , la succion est impossible; la malade ne peut gonfler les joues, souffler une bougie; la voix est nasonnée. Pas de strabisme, la vue est intacte; l'appétit est conservé, mais peu développé ; il n'y a plus de vomissements; constipation légère. Cette femme dit avoir beaucoup maigri, mais elle a cependant conservé un peu d'embonpoint. Pouls faible , 72 ; bruit de souffle continu dans les vaisseaux du cou; les urines ne contiennent point d'albumine. — Quinquina, fer; 3 bains sulfureux par semaine.

Dans les premiers jours de juillet, on constate une amélioration notable; la malade peut se servir de ses bras et manger seule; quoiqu'elle ait encore de la faiblesse et ne puisse serrer un peu fortement avec les mains, les fourmillements persistent avec insensibilité tactile à la pulpe des doigts. Cette insensibilité existe aussi aux orteils et à la plante des pieds, et contraste avec une hypéresthésie très-marquée qui, d'abord limitée au côté gauche, existe maintenant sur presque tout le corps; la douleur du dos persiste.

La malade remue facilement dans son lit: elle peut remuer, croiser les jambes, et commence à pouvoir faire quelques pas en se tenant à une chaise. La face est moins pâle , le bruit du souffle anémique est toujours des plus manifeste.

Le 16 juillet. Les bras ont recouvré presque toute leur force, la faiblesse des jambes a diminué; la malade marche seule et peut se promener dans la salle, mais la marche est toujours titubante ; les

fourmillements persistent aux pieds et aux mains. On constate aussi Fh)T)éresthésie ; la rachialgie est moindre.

Le 18. Les règles , qui n'avaient point paru depuis le 23 avril, et qui n'avaient duré que deux jours, au lieu de quatre à cinq, durée habituelle, ont paru hier soirj l'écoulement est peu abondant; pas de douleurs de reins ni de coliques.

Le 24. Les règles ont duré quatre jours, mais l'écoulement a été presque insignifiant, surtout pendant les deux derniers jours. La malade a pu descendre hier au jardin et se promener un peu , la inarche est plus assurée. La sensibilité est normale partout, excepté dans toute la longueur de la colonne vertébrale, où il existe toujours une douleur spontanée assez vive..

Quelques jours après, cette femme quitta l'hôpital , et j'allai la voir chez elle ; les forces revenaient assez rapidement, mais la douleur spinale persistait. Des onctions avec une pommade chloroformée soulagèrent momentanément; mais ce fut seulement sous l'influence de ventouses sèches appliquées à plusieurs reprises , que la rachialgie finit par disparaître complètement.

La guérison ne fut assurée qu'à la fin du mois de septembre,, époque à laquelle cette femme put reprendre ses occupations habituelles sans fatigue.

Dans l'observation XV, la paralysie ne portait que sur le mouvement, la sensibilité était intacte sur tous les points; aux pieds, aux mains, l'hypéresthésie était telle que le moindre attouchement causait des douleurs réelles.

En même temps que l'exaltation de la sensibilité , oa constate souvent des douleurs articulaires ; enfin deux fois M. le docteur Sellerier a noté une constriction très-douloureuse à la base de la poitrine et dans tout son contour, avec irradiation de la douleur dans le bras gauche, simulant la douleur de l'angine de poitrine.

Chez trois malades atteints de paralysie diphthérique gé^ néralisée, M. Duchenne (de Boulogne) a pu constater l'inté-

30 PARALYSIE DIPimiÉRIQUE.

grité tle l'irritabilité électrique ; dans le fait suivant que je dois à l'obligeance de cet honorable confrère, les nerfs collaféraiix des doigts n'étaient point excitables.

OiiSEiiYATioN X. — Un homme de 30 ans, de bonne constitution, est atteint d'une angine couenneusc bénigne qui guérit rapidement par les cautérisations avec l'azotate d'argent et l'emploi du chlorate de potasse.

Quelques jours après, survient une paralysie du voile du palais, pour laquelle il veut réclamer les soins de M. Duchenne.

La voix était nasonnée , la déglutition des liquides presque impossible , le côté gauche du Voile du palais était plus fortement atteint que le côté droit. En dix ou douze jours, après vingt décharges à intermittence lente, la paralysie locale disparut; mais, pendant ce temps, cet homme commença à ressentir des fourmillements dans les pieds et dans les mains; la sensibilité tactde était nulle ; anesthésie, analgésie complète aux extrémités; la vue était trèsaffaiblie; les nerfs collatéraux des doigts n'étaient pas excitables. A l'aide du dynamomètre, M. Duchenne constate l'intégrité de la puissance musculaire. Après un mois , sous l'influence de l'électricité et d'un régime approprié, l'analgésie dispariU peu à peu ; mais la sensibilité tactile resta nulle pendant un temps encore fort long.

' ,Cè fait rentre dans la classe de ceux qui ont fait le sujet du mémoire de M. Duchenne sur l'ataxie locomotrice progressive. La force musculaire était normale. Cet homme marchait avec peine ; lès objéts qu'il tenait dans les mains lui échappaient lorsqu'il ne regardait pas.

■ Dans l'observation XLII, l'insensibilité était telle à la faradisation cutannée qu'on pouvait tirer des étincelles à la plante des pieds, sans que la malade en eût conscience, la contractilité musculaire était intacte.

• Dans l'observation XXXIV, la pile de Breton frères n'a-

vait aucune action et on fut obligé d'avoir recours à une machine plus puissante.

Je vais maintenant étudier un symptôme qui offre un grand intérêt : c'est Vamaurose qu'on observe à la suite de la diphthérie.

On comprend l'inquiétude des malades chez lesquels survient l'affaiblissement ou la perte de la vue, et celle du médecin qui se trouve en présence d'un accident aussi grave, et qu'on ne trouve signalé comme conséquence de l'angine couenneuse dans aucun des traités de pathologie. Dans l'observation I, extraite du mémoire de M. le docteur Guimier, il y avait une diminution dans la faculté de distinguer les objets.

M. le docteur Orillard mentionne aussi cette variété d'amaurose et s'exprime ainsi à ce siyet : « Certains malades restent frappés de surdité ou d'amaurose à la suite de l'angine couenneuse; ces divers accidents ne sont ordinairement que passagers et cessent par le rétablissement complet des forces. »

M. le docteur Loyauté, dans sa thèse (1), dit qu'il a vu six malades atteints de cécité, dans l'épidémie qu'il a observée : tous ont guéri après un temps variable. Il rapporte deux observations d'angine couenneuse et grangréneuse ; dans la convalescence de cette affection, les malades perdirent complètement la vue.

L'aman rose diphthérique se rencontre très-fréquemment ; M. Trousseau, M. Blaclie, en ont vu de nombreux exemples, et nous la trouvons mentionnée dans 39 observations de ce

(1) Loc. cit.

32 PARALYSIE DIPHTHÉRIQUE.

mémoire (observ. 1, IV, VII, X, XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XLII, e'c, etc.). Cet accident est en général passager, il dure de quelques jours à six semaines ou deux mois. Il survient toujours dès le début des troubles paralytiques et marque la transition entre la paralysie du voile du palais et la paralysie des membres ; le plus souvent, il est accompagné ou suivi de phénomènes de paralysie généralisée , mais dans quelques cas , on l'observe avec la paralysie du voile du palais seulement ; les troubles de l'inervation ne s'étendent pas aux extrémités.

Ces troubles de la vision sont caractérisés par un affaiblissement qui varie depuis la difficulté ou l'impossibilité qu'éprouvent les malades à lire les caractères d'imprimerie un peu fins jusqu'à la cécité complète. Chez un enfant que M. Trousseau avait adressé à M. le docteur Follin pour qu'il fit l'examen des yeux à l'aide de l'opthalmoscope, M. Follin constata que le petit malade ne pouvait lire le n» 10 de

Jaeger (c'est-à-dire le sous-titre du Moniteur des Hôpitaux). Dans l'observation XV, IVL V..., pendant plus de vingt jours, ne pouvait déchiffrer l'entête du journal le Constitutionnel.

On remarque aussi une presbytie excessive ; les malades ne peuvent distinguer les objets qu'en les plaçant à une distance considérable. Ce symptôme est presque constant. Parfois à la presbytie succède une myopie non moins marquée, la diplopie est fréquente, plus rarement on observe l'héméralopie ou la nyctalopie . a 1 1 ^ j > i i i ; • .

L'inspection de l'œil ne laisse rien apercevoir d'anormal ; les pupilles se contractent bien, il y a rarement un peu de dilatation pupillaire ; les parties constituantes de l'organe ne décèlent aucune altération appréciable.

L'examen à l'aide de l'ophtalmoscope prouve qu'il n'existe

aucune altération matérielle anatomique ; cet examen, fait par MM. Sichel, Follin, a toujours fourni les mêmes résultats. M. Follin, dont le nom et les travaux font autorité dans cette question, dans une note qu'il m'a remise à ce sujet, s'exprime ainsi : «L'examen ophtbalraoscopique n'a montré aucune altération de la choroïde ni de la rétine, la pupille était seulement un peu confuse sur les bords , comme cela s'observe souvent chez les anémiques; les milieux de l'œil sont sains. On est donc porté à penser que les amauroses diphthériques existent sme materia. »

Dans les deux observations suivantes , qui sont extraites de la thèse de M. le docteur Loyauté (1), la cécité fut complète, mais il n'y eut aucun symptôme de paralysie des membres.

Observation XI. — La fille Poiizieux, âgée de 17 ans, demeurant iiu bourg Laiïerrière (Deux-Sèvres), est prise, le l*»" juin, de céphalalgie très-vive, avec fièvre et mal de gorge. Le second jour, les amygdales sont couvertes d'eschares, les accidents persistent pendant sept jours en diminuant graduellement d'intensité sous Tinfluence de cautérisations énergiques. Cette fille entre en convalescence , elle conserve de la gêne dans la déglutition. Quinze ou vingt jours après, la jeune malade se plaignit de ne pas voir clair; Tinspection de Fœil n'offrait rien de particulier, l'iris conservait toute sa contractilité. Trois jours après , cécité complète. Les parents laissent la malade pendant huit jours sans aucun traitement j mais, la vue ne revenant pas, ils se décidèrent à demander conseil. (Séton à la nuque, pédiluve sinapisé chaque jour, régime fortifiant. ) Deux mois à peine ont suffi pour amener à bien une terminaison qui avait paru d'abord devoir être si funeste. A dater de celte époque, la malade a recouvré la vue.

(1) Loco citato.

34 PARALYSIE DIPHTHÉRIQUE.

Dans cette o])servation , il est à remarquer qu'il n'y eut que de la gêne dans la déglutition, sans aucun syniptAme de paralysie; dans l'observation suivante, il n'existe même pas de signes de paralysie palatine.

Obseuvation XII. — Le jeune Moreau, âgé de 16 ans, tombe malade dans les deux derniers jours de juin ; pouls plein , fréquent ; «iouleurs dans la gorge. Dans l'arrière-bouche , escliares gangréneuseS;, face altérée, moral abattu. Gargarisme au quinquina, attouchement avec l'acide chlorliydrique; toniques à l'intérieur. Le troisième jour, accablement et agitation, refus de nourriture; pouls petit, lent. Ces symptômes alarmants se continuent jusqu'au neuvième jour. Ce jour-là, il y a une amélioration notable; le pouls est meilleur, l'abattement moindre, la gorge se nettoie, ( Bouillons^ vin coupé, boissons légèrement excitantes. ) Bientôt le malade prend des potages et des soupes , et il est en pleine voie de guérison , lorsque douze ou quinze jours après, la vue diminue tout-à-coup; au bout de trois jours, la cécité est complète. ( Séton à la nuque , vésicatoire au bras. ) La guérison a été complète, mais s'est faite lentement; elle n'est survenue qu'après deux mois passés.

. Dans les deux observations qui suivent, l'amaurose n'était aussi accompagnée d'aucun symptôme de paralysie généralisée ; il y avait seulement une paralysie du voile du palais.

Observation XllL — Au mois de janvier 1858, on vint consulter M. Blache pour une petite iille de 9 ans, atteinte d'affaiblissement de la vue et de troubles de la déglutition. Voici les renseignements -fournis par le médecin qui avait donné ses soins.

M"*" H..., âgée de 9 ans, de bonne santé habituellement, a été ■atteinte il y a six semaines, d'une angine couenneuse bénigne qui dura une huitaine de jours. On a été obligé de renoncer à l'emploi de la cautérisation , l'enfant n'ayant point voulu s'y soumettre. Une douzaine de jours après la guérison de l'angine , l'enfant paraissait

parfaitement rétablie lorsqu'on commença à remarquer un nasonnement des plus prononcés, avec gêne de la déglutition et rejet des liquides par le nez. Ces symptômes existaient à un haut degré depuis quelques jours, lorsque M"'' H... se plaignit d'avoir la vue troublée, il lui était impossible de lire dans un livre qu'elle avait habituellement entre les mains.

M. Blache constata une paralysie palatine, un affaiblissement notable de la vue ; la petite malade distinguait mal les personnes qui l'entouraient, elle ne pouvait lire dans un livre imprimé en gros earactères. Les pupilles étaient normales et contractiles ; il n'y avait point de strabisme, aucun trouble de la sensibilité et de la motilité des parties éloignées.

M. Blache prescrivit un régime tonique : fer, quinquina, des bains sulfureux,;. il n'a pas revu la malade depuis cette époque.

L'observation XIV m'a été remise par M. le docteur Cré- -^uy, alors interne à l'hôpital Sainte-Eugénie.

Observation XIV. — Walter (Pauline), 12 ans 1/2, salle Sainte- IVIalhilde, n° 30, service de M. Barthez, entrée le 20 décembre 1858. . Constitution vigoureuse, bien développée pour son âge; elle n'a Çamais fait de maladie sérieuse.

11 y a cinq semaines, d'après son dire et celui de ses parents , elle lut prise d'une angine qualifiée de couenneuse par le médecin qui Ta vit à cette époque. Elle rendit des peaux blanches épaisses ; on la cautérisa avec la pierre infernale. Une amélioration rapide suivit *ette médication.

Quelques jours après la guérison de son angine , sa voix prit un timbre nasillard, la déglutition devint difficile; les aliments solides étaient avalés avec peine, les liquides revenaient par le nez. Au bout d'un certain temps, la vue s'affaiblit notablement. Ces symptômes déterminèrent ses parents à la mènera l'hôpital. Voici l'état dans lequel nous la trouvons : l'embonpoint est conservé, mais il y a de la' pâleur, sans cependant que les lèvres soient décolorées; il existe un

36 PARALYSIE DIPIITIIÉRIQUE.

léger bruit de souffle à la base du cœur, et un souffle à double courant dans les vaisseaux du cou; pouls faible, déprcssiblc, à 72j les urines ne contiennent pas d'albumine. L'examen de la gorge ne révèle rien de particulier, le voile du palais est seulement un peu moins mobile qu'il ne devrait l'être; la voix est nasonnée , et il y a une gêne de la déglutition très-marquée et portant principalement sur les liquides, qui sont en partie rejetés par les fosses nasales.

La vue est notablement affaiblie : Pauline ne peut distinguer que les gros caractères d'imprimerie, et seulement lorsque le livre est placé à une distance fort éloignée; elle répète, chaque fois qu'on l'interroge, qu'elle ne voit mal que depuis son angine.

L'examen fait à l'aide de l'ophtalmoscope n'a rien révélé.

Dès son entrée à l'hôpital, M. Barthez prescrivit un régime tonique.

On électrisa le voile du palais quatre fois, en plaçant un pôle sur le voile , et l'autre sur la nuque.

Les symptômes diminuèrent rapidement d'intensité : lors de la sortie de l'hôpital qui eut lieu le 15 janvier, la déglutition est facile, il reste seulement un peu de nasonnement; la vue est presque redevenue normale.

Dans les quatre observations qui précèdent , l'amaurose n'est pas accompagnée de phénomènes paralytiques généralisés. Dans l'observation ci-dessous, que M. le docteur Arnal a bien voulu me remettre, il y eut d'abord paralysie palatine, puis amaurose , et enfin une paralysie générale, qui momentanément condamna le malheureux patient à une immobilité absolue.

Observation XV. — M. Y..., âgé de 40 ans, d'un tempérament nerveux, fort et bien constitué, fut pris, à sa campagne, le 24 octobre 1857, d'un mal de gorge qui, dès le début, s'accompagna d'un engorgement douloureux des ganglions du cou; il y avait en même temps une fièvre intense , de la céphalalgie, etc.

Le médecin de la localité, mandé près du malade, le rassura et

prescrivit quelques moyens locaux; le lendemain, la gorge était plus douloureuse, la fièvre avait augmenté. M. V... se fit conduire àPa- Tis, et se rendit chez moi, à la descente du chemin de fer.

A rinspection de la gorge, je constatai une fausse membrane épaisse sur l'amygdale gauche et sur le pilier antérieur du même côté; toute la portion mobile du voile du palais était en même temps tapissée d'une couche blanche, et la luette, triplée de volume, ressemblait à un bout de doigt ganté.

Le côté droit était un peu moins malade; mais l'amygdale et les piliers étaient rouges , luisants, œdématiés, et tout annonçait qu'ils ne tarderaient pas à être envahis à leur tour : c'est en effet ce qui eut lieu le lendemain.

Quelques jours après , la diphthérie s'étendit au pharynx : un peu plus tard, lorsque, ces divers points étant dégagés, nous commencions à nous féliciter d'une guérison qui paraissait presque certaine, le mal gagna les fosses nasales et le sinus maxillaire. Cette dernière invasion nous paraît péremptoirement démontrée par la sensation douloureuse existant au niveau des deux pommettes, et l'écoulement d'un liquide sanieux et abondant par les narines, lorsque le malade penchait la tête en avant en l'inclinant de côté.

A cette nouvelle invasion , nous opposâmes les premiers moyens qui nous avaient réussi , et dont nous parlerons plus loin; le coryza spécifique céda promptement.

Cette fois au moins, nous pensions bien être définitivement maître du mal ; mais nous avions compté sans les perfidies habituelles de la diphthérie, et trois jours après, au milieu des apparences les plus rassurantes , le malade perdit la voix et se prit à tousser. Evidemment les voies respiratoires étaient elles-mêmes envahies; la respiration était en effet précipitée, incomplète, laryngée. La toux fréquente, sèche et plutôt sibilante que croupale; l'auscultation ne décela rien de particulier au poumon gauche; mais, dans presque toute l'étendue du poumon droit, la respiration était sèche et presque râpeuse ; à la percussion , la résonnance était normale des deux côtés.

38 PARALYSIE DIPHTIIÉRIQUE.

En pFi'sence d'accidents aussi efl'rayants, nous croyions bien notre malade perdu; mais^ comme si tout devait être extraordinaire dans cette singulière alVection , ces symptômes si graves du côté des organes respiratoires s'amendèrent promptement, et du désespoir nous passâmes encore une fois à l'espérance. Bientôt, en effet, la voix reprit son timbre normal, la respiration devint moins précipitée; la toux moins fatigante, plus humide: elle persista encore un mois.

Un peu plus tard, la déglutition, qui était redevenue facile, devint plus pénible que jamais elle ne l'avait été; les boissons et les aliments refluèrent par les fosses nasales, et le malade fut pris en même temps de vomissements répétés de mucosités sanguinolentes , sur lesquelles surnageaient çà et là quelques débris pseudo-membraneux. Ces symptômes disparurent promptement, et nous touchâmes au terme d'une lutte de tous les instants qui n'avait pas duré moins d'un mois et demi.

Toutefois notre rôle n'était pas complètement terminé; il nous restait à combattre les tristes reliquats d'une affection qui , par sa longueur même et son étrange généralisation , avait pour ainsi dire tari les sources de la vie en épuisant les forces vives des centres nerveux. Il reste à parler encore de la paralysie consécutive qui a frappé la majeure partie du corps de notre malade.

Comme l'affection primitive elle-même, cette paralysie n'a envahi les organes que les uns après les autres et par périodes.

La paralysie du voile du palais parut en premier, puis survint l'amaurose, qui fit des progrès lents; jamais elle ne fut complète, et le malade put toujours distinguer le jour de la nuit ; mais à un moment, et pendant plus de vingt jours, M. Y... était incapable de pouvoir lire les grosses lettres de l'entête du journal le Consiituiionnel, les yeux n'offraient rien d'anormal à l'inspection. Cet affaiblissement de la vue se dissipa lentement, sans autre traitement que la médication générale.

Lorsque l'amaurose était à son maximum d'intensité, la paralysie commença à envahir les membres, attaquant d'abord les membres inférieurs pour s'étendre aux membres supérieurs ; les muscles du

tronc étaient aussi affectés, si bien qu'à une époque de la maladie, M. V... était condamné à une immohililé absolue, et n'avait conservé de libres que les muscles de la face et ceux de la vie végétative proprement dite; les fonctions digestives et les fonctions des voies uf inaires se sont en eflet maintenues dans leur état normal.

La paralysie ne portait que sur le mouvement , la sensibilité persistait sur toute l'étendue de la peau et des membranes muqueuses accessibles au toucher; il existait même quelques points, aux pieds et aux mains par exemple, où elle était notablement exagérée ; il y avait une liypereslhésie telle que le moindre attouchement causait des douleurs réelles.

■ Le goût et l'ouïe n'ont nullement été modifiés; l'odorat lui- Bnême s'est maintenu dans toute son intégrité, voire même pendant la présence des fausses membranes dans le narines et les sinus maxillaires.

Bien que ce fut la première fois que j'eusse occasion d'observer de semblables désordres à la suite de la diphthérie, comme je n'avais constaté aucun symptôme qui pût me faire soupçonner une lésion matérielle des centres nerveux, comme d'autre part j'avais trouvé au cœur et sur le trajet des vaisseaux du cou des bruits anormaux , je pensai que ces symptômes nerveux étaient moins graves que les apparences pouvaient le faire supposer, et qu'avec les toniques aidés d'un régime fortement réparateur, j'en aurais assez promptement raison.

Toutefois les choses ne se passèrent pas aussi bien que je l'avais espéré ; car, un mois après le début des accidenls paralytiques, bien que l'état du malade fut très-notablement amélioré, M. Y... ne pouvait cependant se tenir debout qu'à grand'peine , jet s'affaissait sur lui-même dès qu'il voulait essayer de faire quelques pas en avant ; les bras eux-mêmes n'avaient recouvré qu'une faible partie de leurs fonctions.

Dans ces circonstances, et pour relever mon courage, qui, comme celui du malade , commençait à faiblir, je fis appel à la grande et incontestable expérience de M. Trousseau. L'éminent professeur me

40 PARALYSIE DIPIITHÉRIQUE.

cita ù ce propos l'obsorvatioii d'une jeune dame anglaise chez laquelle la diphlliérie avait été suivie de symptômes nerveux à peu près identiques, et qui n'en avait été quitte qu'après un temps fort long; il conseilla d'insister sur le traitement tonique en y joignant la strychnine à doses modérées.

La strychnine fatiguant l'estomac , je fus bientôt forcé d'en suspendre l'emploi , et de revenir aux préparations de fer , au vin de quinquina, etc.

Le malade n'a complètement recouvré l'usage de ses membres que vers la fin de mars, c'est-à-dire cinq mois environ après le début cle son affreuse maladie.

Peu partisan de la cautérisation dans les angines couenneuses , je m'en suis abstenu, et me suis contenté, dès le début, d'administrer un alcoolé de quinine à doses progressives, le borate de soude AU lieu de potasse , des boissons toniques , et de loin en loin de l'éniétique en lavage. Ce dernier médicament a été donné à doses vomitives lors de l'invasion des voies aériennes.

Le fait suivant, dans lequel la malade eut une double amaurose, est emprunté aux leçons faites par M. Trousseau; c'est celui dont il est question dans l'observation précédente.

Observation XYI. — Une jeune personne de 16 ans fut atteinte d'une diphthérie d'une horrible gravité, qui envahit la gorge, le nez, la face interne des paupières. Elle guérit après un traitement d'une •énergie sauvage.

Pendant un mois, elle resta dans un état de refroidissement étrange, ne voulant presque rien manger; on fut obligé d'employer la violence pour l'alimenter. Elle sortit de là avec une double amau- Tose, une paralysie du voile du palais, une paralysie complète des extrémités supérieures et inférieures, une paralysie du rectum et de la vessie. La maladie dura huit mois.

■ Le mémoire de M. Mangiii (1) sur l'albuminurie considérée comme symptôme de la diphthérie contient une observation d'amaurose incomplète survenue à la suite d'une affection coueniieuse ; nous donnons un extrait de cette observalion.

Observatiox XVII. — Colique saturnine légère; angine diphthéritique; albuminurie ; phlébite de la saphène interne gauche; paralysie du voile du palais ; awaurose incomplète. — L. .. (Auguste), âgé de 13 ans et demi, apprenti peintre en voitures, est entré salle Saint-Joseph , n° 19,1e 16 septembre 1858 , pour quelques douleurs abdominales avec cnnstipation. 11 devait sortir le 22 septembre, quand il se plaignit le malin d'une douleur de gorge. Deux taches blanches existaient sur les piliers postérieurs du voile du palais ; les amygdales étaient à peine tuméfiées. — Cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent.

Le 24- septembre , 3« jour. La fièvre a disparu , mais les fausses membranes ont envahi les piliers antérieurs : depuis la veille , il existe de l'alhuniine dans l'urine.

7"= jour. L'état de la gorge ne se modifie pas ; il s'écoule des narines un liquide séreux très-âcre ; albumine , 6 dixièmes ; aucune trace d'œdèmej pas de douleur rénale.

10' jour. Le pilier antérieur n'est plus recouvert de fausses membranes; albumine, 8 dixièmes. Le chlorate de potasse, qu'on a "donné la veille pour la première fois, est continué à la dose de 5 grammes.

U'' jour. La veine saphène interne est douloureuse dans la partie supérieure de son trajet, elle roule sous le doigt pas de pseudomembranes dans la gorge ; la respiration se fait par le nez ; la voix est cependant nasonnée ; fièvrej pouls à lOi ; albumine.

20« jour. La cuisse est encore un peu tuméfiée , mais sans douleur j la voix est nasonnée j la luette ne se relève pas quand on la

(1) Des éruptions qui compliquent la diphthérie cl de l'albumine considérée comme symptômes de cette maladie, par M. A. Maugin, interne des hôpitaux.

42 PARALYSIE DIPHTIl/îRIQUE.

touche avec le doigt ou avec un pinceau trempé dans l'acide chlorhydrique étendu : ces différentes excitations ne provoquent pas de nausées. L.. peut éteindre une bougie en soufflant avec force, mais une certaine quantité d'air passe par le nez; albumine, 2 dixièmes.

28" jour. Le nasonnement est plus marqué. Electrisation : un pôle est placé sur la lèvre supérieure, l'autre sur la luettej la luette ne se contracte pas, les boissons passent par le nez; albumine, 1 dixième.

SS*^ jour. Aucun changement dans l'état du voile du palais; mais on s'aperçoit par hasard que la vue de l'enfant est devenue extrêmement faible; il ne distingue plus même les gros caractères d'imprimerie ; les pupilles sont très-contractiles, également contractées; pas de lésion appréciable ; aucune autre paralysie de la sensibilité et du mouvement; albumine, i dixième.

35« jour. L'enfant engraisse et ne perd pas ses forces, mais sa vue est toujours aussi faible; le courant électrique commence à provoquer quelques nausées ; pour la première fois, pas d'albumine.

4.0e jour. La voix est toujours nasonnée; la déglutition est facile; la vue ne s'est pas améliorée. M. Bergeron, redoutant l'influence du séjour à l'hôpital, envoie l'enfant à la campagne. L'albumine n'a point reparu.

J'ai appris depuis par M. Bergeron que, pendant son séjour à la Maison de convalescence, cet enfant avait été atteint de paralysie des membres.

Je discuterai plus loin, dans le cours de ce mémoire, quelle est rinflence de l'albuminerie sur les troubles de la vue , influence qui , je dois le dire de suite, me paraît complètement nulle , l'amaurose pouvant survenir alors même que l'albumine n'a jamais existé.

Les troubles de la motilité offrent un vaste champ d'études, tous les muscles du corps peuvent être atteints ^ muscles des membres et du tronc, muscles de l'œil, du voile du palais, du pharynx, de la vessie et du rectum, muscles de la vie organique, et muscles de la vie de relation, tous peuvent être frappés; le plus souvent la paralysie suit une marche progressive et tend à se généraliser, mais dans quel- ,ques cas plus rares, les symptômes sont bornés aux membres inférieurs; il y a paraplégie, la paralysie peut même ne frapper qu'un seul membre.

En voici un exemple, observé par M. Duchenne (de Boulogne ) .

Observation XYIII. — Un enfant de 10 ans, à la suite d'une angine couenneuse grave, est atteint de paralysie du voile du palais qui iguérit rapidement par l'influence de rélectricilé ; puis à quelques jours d'intervalle, il commence à ressentir des fourmillements, mais ces fourmillements sont limités au pied et à la jambe du côté droit; tout le membre de ce côté, jusqu'au genou, oflreune insensibilité presque absolue; le malade éprouve une extrême difficulté à le faire mouvoir, il ne peut s'appuyer sur le pied droit seul sans que la jambe fléchisse; en marchant elle traîne, el il boîte d'une manière très-prononcée. A l'aide de l'électricité il guérit en quelques semaines.

La paraplégie peut être incomplète, il y a un peu de faiblesse des membres abdominaux, la station debout ne peut être prolongée, la faiblesse se remarque surtout lorsqu'il s'agit de monter un escalier, ou d'en descendre les marches,, le moindre obstacle occassionne des chutes , les malades marchent comme des gens ivres; là peuvent s'arrêter ces accidents.

44 PARALYSIE DIPIITirÉniQUE.

Obseuvation XIX. — Le 3 octobre 1856, un jeune enfant de trois ans et demi, fort, bien constitué, est pris tout-à-coup en pleine santé de fièvre violente avec angine caractérisée par de la rougeur, du gonflement des amygdales et une grande difficulté à avaler; le deuxième jour la lièvre continue et on aperçoit sur chaque amygdale une plaque diplitliérique peu étendue j il n'y a aucune trace d'éruption scarlatineusc. M. Blache et M. Guersant qui donnèrent leurs soins au petit malade, que je vis aussi, cautérisèrent énergiquement. On fit prendre du chlorate de potasse à la dose de quatre grammes par jour dans une potion; la fièvre tomba rapidement, et sous l'influence du traitement , le cinquième jour, la gorge était complètement dégagée; le septième jour, un point diphthérique reparut sur i'amygdale droite ; nouvelle cautérisation et guérison définitive. — Il n'y eut rien aux fosses nasales qui furent examinées avec le plus grand soin. Au bout d'une dizaine de jours, apparurent quelques symptômes de paralysie, caractérisée par un peu de nasonnement, le jejet fréquent des liquides par le nez et l'insensibilité du voile. — Peu après on s'aperçut que l'enfant tombait fréquemment pour le moindre obstacle, la marche était vacillante, l'enfant ne pouvait ni monter ni descendre un escalier. Léger strabisme. Rien d'appréciable aux membres supérieurs. Sous l'influence d'un régime tonique tout accident avait disparu deux mois après.

Le plus souvent ces symptômes de faiblesse augmentent d'intensité, et font place à une paralysie complète. D'abord, la marche devient de plus en plus hésitante, les malades jettent la jambe avec force en avant, mais le pied pose mal sur le sol, puis graduellement ils ne font quelques pas qu'en se soutenant aux meubles environnants ,-enfîn, peu à peu, la marche devient complètement impossible , il ne peuvent inème se soutenir sur les membres qui fléchissent; assis ou couchés, il ne peuvent ni croiser les jambes ni les soulever : la résolution est complète.

PAKAPLÉGIE.

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