‹ De la paralysie diphthériqueChapitre 9 sur 24 · ANAPHRODISIE · texte numérisé non relu

ANAPHRODISIE

été fort grave^ Ta retenu sept semaines au lit, la convalescence a eu lieu sans accidents.

Le 28 mars il a été pris tout-cà-coup de frissons , de mal da gorge; le lendemain il fit venir un médecin qui constata la présence de peaux dans la gorge, et lui dit qu'il avait une angine couenneuse (circonstance à noter, son cousin eut la même maladie, et des troubles de la sensibilité générale en furent la conséquence ( Observation VI ). Un enfant qui habitait la même maison qu'eux mourut du croup qui sévissait à la même époque à Sablonville avec une extrême intensité , des cautérisations avec la pierre infernale turent faits matin et soir; bientôt il rendit de Thumeur en abondance par le nez, sa voix devint très enrouée, il avait de la peine à respirer, et il nous assura avoir rendu des peaux longues comme le. doigt.

On continua les cautérisations, on lui donna à deux reprises un vomitif, au bout de huit jours, il se fit transporter à l'hôpital Saint-Louis. On constata qu'il avait encore des peaux dans la gorge;' cependant il allait de mieux en mieux, et quatre jours après, se sentant bien et s'ennuyant à l'hôpital, il en sortit. '

Peu de temps après sa sortie, il commença à avoir tous les symptômes de la paralysie palatine. Il fut voir son médecin qui lui prescrivit un gargarisme; mais il ne put s'en servir, tout lui tombait dans la gorge, les solides passaient assez bien, l'appétit étant conservé, et d'après les recommandations de son médecin, il fit usage' d'une nourriture fortifiante.

Dans les derniers jours d'avril, sa vue se troubla et s'affaiblit progressivement, au point qu'il n'y voyait presque plus; en même temps, quoiqu'il eût de l'appétit, il s'aperçut que ses forces diminuaient de jour en jour et qu'il maigrissait; les symptômes augmen-'' tèrent peu à peu, et le 5 juin il se fit transporter à Beaujon en voi-» ture.

B... est un homme de haute taille, peau brune, cheveux noirs.' Son état de maigreur est très-prononcé , on remarque un peu de strabisme, la vue est meilleure, il peut lire; mais sa vue se fatigue

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facilement; il se plaint de fourmillements dans les extrémités, ne sent pas le sol sous ses pieds; à l'examen on trouve une anesthésie presque absolue, qui existe aussi aux membres supérieurs, il a de la peine à prendre les objets ; les mains tremblent et serrent mal. A peine cet homme peut-il se tenir sur ses jambes et faire quelques pas, il ne peut monter seul dans son lit, la langue est tremblottaute et se lire difficilement, la parole est embarrassée, il a un bégaiement qui l'inquiète beaucoup. Il se plaint aussi, sur la demande qui lui est faite, de n'avoir aucune érection depuis sa maladie, il urine facilement; constipation; le pouls est faible à 72; souffle dans les vaisseaux. Les urines ne contiennent pas d'albumine. Sous l'influence d'un régime tonique et du temps , les forces revinrent peu à peu; bientôt le malade put descendre au jardin. Mais les fourmillements persistent, et la sensibilité est toujours obtuse; Terabonpoint reparaît.

Le 10 juillet, B... quitte l'hôpital, l'amélioration est notable. J'ai continué à suivre ce malade de loin en loin, les forces revenaient assez rapidement, mais les troubles de la sensibilité persistaient, les érections à la fin du mois d'aoiit étaient nulles. Au mois d'octobre, je vis cet homme pour la dernière fois, toutes traces de maladie avaient disparu , l'impuissance avait cessé ; je dois noter que les bains sulfureux pris tous les deux jours parurent avoir une action salutaire, et que ce fut surtout après avoir pris quelques-uns de ces bains que la guérison eut une marche assez rapide.

Les muscles de la face n'échappent pas à l'influence morbide qu'ont ressentie les autres muscles du corps. Parmi ces muscles, ceux qui sont le plus fréquemment atteints sont les muscles de l'œil. Ghomel avait noté le strabisme, il existait dans un grand nombre des observations que nous avons recueillies.

L'observation suivante, recueillie par M. le docteur Millard, en offre un exemple.

Observation XXVIIL — Hélène Boucher, âgée de sept ans, entre

dans le service de M. Blache le 22 juin 1858. Deux mois auparavant^ elle avait eu une angine couenneuse qui l'avait retenue pendant quinze jours au lit^ et pour laquelle elle avait reçu les soins de M. le docteur Yaulet; la gorge avait été cautérisée à l'aide du nitrate d'argent.

Depuis cette époque^ elle a perdu sa fraîcheur et son embonpoint; elle est pâle, bouffie, sa voix est extrêmement nasonnée, elle avale difficilement, elle est triste, faible. Sa tête est inclinée sur sa poitrine, la faiblesse des membres est très-marquée, elle a depuis quelque temps du strabisme, la vue est affaiblie.

Le nasonnement de la voix, le strabisme, l'incertitude de la démarche, donnent au premier abord à l'enfant l'aspect d'une idiote; mais quand on l'interroge, on est frappé de la netteté des réponses.

Elle tousse depuis un mois; on constate à l'ausculttion des râles sonores de bronchite. Lorsque l'enfant a toussé, l'expulsion des crachats est laborieuse , et nécessite des efforts irès-singuliers qui doivent être attribués à la paralysie du pharynx. Le voile du palais est flasque, peu contractile j les boissons reviennent par le nez ; pas d'albumine dans les urines.

L'enfant fut immédiatement soumise au régime suivant : fer réduit 0, 15 cent. Café avec extrait mou de quinquina , 2 gram.; I bains sulfureux.

L'amélioration fut assez rapide, et après un mois de séjour, l'en- I fant sortit complètement guérie.

Dans l'observation suivante, on note un strabisme con- I vergent :

Observation XXIX. — Un garçon de huit ans entre le 25 juin,

I salle St.-Jean, service de M. Bouvier. ■ Trois semaines avant son entrée , cet enfant fut atteint d'angine diphthérique, l affection disparut à l'aide du tannin et de l'alun; la convalescence est établie ; l'enfant reprend ses forces , quand huit jours après il commence à parler du nez , à avaler difficilement et

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h rejeter des liquides par le nez ; sa marche devient chancelante, il marche la tête fléchie.

Cet enfant , de taille et de force ordinaire , est pâle, n'a pas de. fièvre, pas d'appétit; faiblesse générale plus marquée aux membres inférieurs qu'aux membres supérieurs; la pointe du pied est traînante, les genoux se heurtent à chaqne instant; les bras sont aussi notablement affaiblis.

■ Le malade ne peut, à cause de sa faiblesse, tenir sa tête droite, les muscles trapèzes, notamment, sont affaiblis, la parole est lente, l'articulation des sons difficile ; le malade ne prononce pas les con- •sonnes labiales; pas de trouble du côté de la vue, mais les yeux paraissent saillants; il semble qu'il y ait un peu d'exophthalmie.

Le voile du palais est insensible; ce n'est qu'après des attouchements nombreux qu'on parvient à lui faire exécuter quelques mouvements.

La voix est nasonnée, le malade rend de temps en temps les bois- -'sons par le nez. Bains sulfureux.

Huit jours après son entrée, le malade dans un de ses repas est :sur le point de s'asphyxier; on est obligé de débarrasser le pharynx des matières alimentaires qui l'encombrent; il se produit un peu de ■strabisme convergent.

^- Les symptômes paralytiques vont diminuant depuis le 10 juillet, et le 25 , jour de sa sortie , le malade avale bien, parle à peine du •nez, a bon appétit , il peut redresser la tête ; le strabisme est maintenant insignifiant. (Peraté, Thèse^ page 34.)

Enfin, chez un petit malade que j'ai vu dans le service de M. Barthez, le strabisme était seulement accompagné d'une paralysie du voile du palais, il y avait strabisme convergent de l'œil droit. La vue n'était pas affaiblie, il y avait deladiploplie causée par le défaut de parallélisme des rayons lumineux. L'enfant un peu amaigri , n'éprouvait cependant aucun afi'aiblissement musculaire, il n'y avait aucun fourmillement ni aux pieds ni aux mains.

Un régime tonique amena assez rapidement une amélio- Tationdans l'état de l'enfant; après un certain temps il quitta Tliôpital en louchant à peine.

• Dans l'observation suivante, que je dois à l'obligeance de ■M. le docteur Jadelot, il y eut paralysie du nerf moteur oculaire commun , caractérisée par la chute de la paupière supérieure gauche avec strabisme externe, paraplégie complète, et paralysie des muscles du tronc et du cou, à la suite d'une angine couenneuse, avec extension des fausses membranes au larynx.

Observation XXX. — Un enfant de vingt-neuf mois, fort bien constitué, n'ayant jamais été malade, et dont la dentition complètement terminée n'a donné lieu à aucun accident nerveux, est pris le .l*rmars de malaise et de fièvre, sans rien de déterminé; le 4 la toux ;devient rauque , la voix Un peu voilée, la gorge est rouge, pas d'enigorgenient ganglionnaire, la fièvre n'a pas cessé. On prescrit un vojjiitif, poudre et sirop d'ipécacuanha. Deux vomissements glaireux.

5. La toux est toujours rauque, la voix enrouée; fièvre, malaise, •agitation , rien à la gorge. On fait prendre de nouveau à l'enfant trois cuillerées à café de sirop d'ipéca, additionné qui amènent le jejet de quelques mucosités épaisses. Le soir, l'enfant est plus op- •pressé, on donne la poudre d'ipéca, avec 0, OS cent, de tartre slibié, •et un vésicatoire est appliqué au devant du cou. Dans la soirée, plusieurs vomissements; à minuit on lève le vésicatoire. . 6. Le matin, M. Jadelot constate dans les vomissements des fragrments de fausses membranes, qui sont aussi reconnus par M. Gillette, appelé en consultation; l'enfant prendra de demi en demiheure, alternativement, une cuillerée à bouche de :

1° sulfate de cuivre, 0,20 centigr.

eau sucrée, dOO grain.

2* chlorate de potasse, 4 gram.

julep gommeux, 425 gram.

Le soir, des pseudo-membranes apparaissent sur les amygdales ;

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insufllations d'alun. Dans lu nuit, des vomissements, rejets de fausses membranes épaisses.

7 mars. MM. Gillette et Jadelot se réunissent de nouveau; il y a de la fièvre, pouls à ilO; de l'oppression, un léger engorgement gan-

. glionnaire. La toux est toujours rauque, la voix enrouée. Les amygdales sont tapissées de pseudo-membranes. Continuer le traitement prescrit la veille, en ajoutant 10 centigr. de sulfate de cuivre. Bouillon de poulet, tisane; insufflations d'alun.

8 mars. La nuit a été bonne; l'enfant a dormi plusieurs heures. Il y a eu deux vomissements et deux gardes-robes. La respiration est libre, le pouls à 96. dOO, la toux plus grasse, la voix moins enrouée. Les fausses membranes paraissent se détacher. Chlorate de potasse, bouillon de poulet, cesser le sulfate de cuivre.

Dans la journée l'enfant a plusieurs vomissements.

9 mars. Il y a un mieux notable; pouls 84, peau fraîche, respiration facile ; toux grasse ; voix toujours voilée. La gorge est rouge, l'amygdale droite est libre. La fausse membrane de l'amygdale gauche a diminué d'étendue, mais l'état du vésicatoire attire l'attention, la diplîthérie y est manifeste. Pansement avec poudre de quinquina ; on continuera le chlorate de potasse.

10 mars. Vomissements dans la nuit; pouls 92, toux grasse; voix enrouée , encore une petite plaque sur l'amygdale. Le soir, la respiration est gênée, la toux laryngée, pas de râles dans la poitrine, poudre d'ipéca., vomissements sans pseudo-membranes.

11 mars. Respiration libre, toux meilleure, voix faible, pouls 92, le vésicatoire est très-enflammé , le derrière des oreilles est couvert d'une fausse membrane peu épaisse; poudre d'alun, chlorate de potasse , bouillon de poulet.

12. Amélioration notable dans l'état général et dans l'état local; l'enfant est gai, joue, la voix toujours très-faible. Potages, sirop de quinquina.

Du 12 au 19 mars. Le mieux continue , la diphthérie cutanée a disparu, on augmente l'alimentation qui est bien supportée; la voix est toujours très-voilée, à peine distingue-t-on les paroles.

Du 20 mars au 26 mars. Sorties en voitures^ convalescence confirmée; l'enfant marche seul, est gai, le vésicatoire est entièrement guéri, la voix est plus forte et plus nette.

5 avril. Depuis quelques jours, l'enfant paraît fatigué, son carac- : tère est irritable, les nuits sont agitées; les yeux sont cernés, la face pâle; cependant l'appétit est. conservé. II y a de la gêne dans la déglutition ; les liquides sont quelquefois rejetés par le nez.

9 avril. L'œil gauche est à demi fermé ; léger strabisme externe ; l'enfant ne peut pas rester sur ses jambes, et demande à être constamment sur les bras ; il est gai, s'amuse, mais extrêmement irritable.

10 avril. Nuit agitée; l'œil gauche est presque entièrement couvert par la paupière. L'enfant remue à peine les jambes, la jambe gauche est complètement immobile; ni convulsions, ni contractures; intelligence nette, pouls 76.

•12 avril. La motilité est presque nulle aux membres inférieurs^ le petit malade ne peut se remuer dans son lit , le tronc et la tête sont immobiles, les mains seules sont libres. La paupière est toujours abaissée , le strabisme prononcé.

44 avril. L'enfant agite un peu ses jambes; assis ou couché, il essaie de les lever et ne peut y parvenir; la tête penche vers le côté droit, l'œil est plus fermé qu'il y a deux jours, le strabisme persiste, la voix est légèrement nasonnée , la déglutition est assez facile. Le petit malade prend un peu de bouillon de poulet, quelques cuillerées de potage. On continue les frictions excitantes sur les jambes, les cuisses, les reins. Bain gélatino-alcalin , sinapismes à la nuque pendant cinq minutes.

17 avril. L'œil est un peu plus ouvert, les membres inférieurs sont dans le même état, les muscles du tronc et du cou toujours ' aussi faibles; l'enfant essaie de souffler une bougie sans pouvoir y parvenir.

18. Le strabisme est plus marqué que les jours précédents, il est survenu un peu de diarrhée.

20. Lorsque l'enfant est assis ou sur les bras et les jambes pen-

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danles, il les remue un peu; couché, il lève les pieds, ce qu'il ne pouvait faire jusque-là. L'intelligence est toujours parfaitement nette , mais il ne veut pas parler; à peine prononce-t-il quatre ou cinq mots.

21. Couché, il remue les jambes; si on les lui replie, il les étend ensuite; lorsqu'elles sont étendues, il les fléchit, mais avec beaucoup de difficulté; lorsque les membres inférieurs sont pendants, il les agite assez facilement. Couché sur le dos , il se cramponne avec les mains à son berceau , et arrive à s'asseoir, mais avec la plus grande peine; la tête est toujours penchée.

25. L'enfant louche de plus en plus, il soulève les draps avec les pieds, et se retourne dans son lit; en le soutenant sous les bras, il essaie de marcher.

30. L'enfant se traîne à quatre pattes, très-diflicilement, il peut rester assis dans son fauteuil , l'œil est presque entièrement ouvert ; mais le strabisme n'a pas diminué.

6 mai. Le petit malade se tient debout en s'appuyant à un fauteuil; strabisme moins prononcé.

10 mai. Il peut faire quelques pas seul; mais on remarque que le strabisme a augmenté, la paupière se relève bien, l'œil n'est plus couvert.

25 mai. Il marche seul , et fait quelques pas aux Tuileries; mais la marche est vacillante. On l'emmène à la campagne.

20 juin. Amélioration notable. Sa figure est pleine, le corps potelé; la marche est cependant toujours un peu hésitante, les jambes sont raides, il louche encore, mais c'est peu de chose. A dater de ce moment, l'état de l'enfant devient de plus en plus satisfaisant. On continue les frictions excitantes ; on donna alternativement des bains sulfureux et des bains alcalins. Ce ne fut guère que vers la fin de septembre que toute trace de ce terrible accident disparut , et que l'enfant eut recouvré entièrement ses forces.

Parfois, aussi, les muscles de la face peuvent être atteints dans leur ensemble, il y a une véritable paralysie faciale, le

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