‹ De la paralysie du moteur oculaire externe avec déviation conjugée [electronic resource]Chapitre 5 sur 11 · DU DROIT INTERNE · texte numérisé non relu

DU DROIT INTERNE

«Lorsqu'on regarde en haut, dit le professeur Bérard (1) l'élévateur de l'œil (droit supérieur) se contracte pen-i dant que l'abaisseur se relâche, et, si l'on regarde en bas?! l'inverse a lieu ; dans les deux cas un seul nerf agit, h troisième paire. Alors, à la vérité, le même nerf préside. à deux mouvements antagonistes ; mais ces mouvements' se passent dans le même œil. Supposez au contraire que l'on regarde avec les deux yeux un objet situé £i

(1) Répertoire des sciences médicales, t. XXI, p. 333.

droite ; dans ce mouvement, l'abducteur (droit externe) du côté droit se contracte, ainsi que l'adducteur (droit interne) de l'œil gauche, tandis que l'adducteur droit et l'abducteur gauche sont dans le relâchement. Il y a, par conséquent, alors un double antagonisme : non-seulement les muscles opposés du même œil sont dans un état inverse, mais les muscles d'un œil sont en antagonisme avec les mêmes muscles de l'autre œil. Or, évidemment, la même paire de nerfs n'aurait pu produire, un mouvement aussi compliqué ; il fallait qu'un des muscles adducteur ou abducteur reçût un nerf spécial ; et voici pourquoi ce devait être plutôt l'externe que l'in terne : le champ de la vision, qui est assez limité en haut et en bas, est surtout très-borné , en dedans, et au contraire très-étendue en dehors ; c'est par le côté externe que l'œil embrasse le plus d'objets, par là qu'il est le plus dégagé de l'orbite, par là qu'arrive toujours la première vue d'un danger qui menace. Il en résulte que l'abduction de l'œil devait être plus libre, plus indépendant que tout autre mouvement. » f

M. Foville, dans les commentaires dont il fait suivre l'observation qu'il a présentée à la Société anatomique (voy. obs. I, de notre mémoire, p. 11), ne peut se contenter de cette explication et il ne trouve pas la conclusion de Bérard « évidemment la même paire de nerf n'aurait pu produire un mouvement si compliqué, » si évidente et si rigoureuse ; il pense au contraire, que les muscles abducteur et adducteur sont animés par le même nerf; il est vrai de dire que ce sont les muscles abducteurs et adducteurs de l'un et l'autre œil, et non

(1) Foville. Bull, Soc. anat. Loco citato.

les muscles abducteurs et adducteurs du même œil qu'il rapproche ainsi. Cette interprétation permet d'expliquer, parle fait d'an origine commune de l'influx nerveux, la précision avec laquelle des muscles anatomiquement antagonistes, animés par des nerfs différents, coopérant à un même acte, la vision à gauche ou à droite.

« La nature emploierait ici, pour porter en même temps, les deux yeux dans une même direction, un moyen analogue à celui que l'homme a su trouver lorsque, devant conduire deux chevaux attelés ensemble, il sait réunir dans chacune de ses mains les rênes qui, par un seul mouvement, les entraînent tous les deux à la fois vers la droite ou vers la gauche.

« De même, chaque côté de la protubérance annulaire donnant naissance à des fibres nerveuses dont les unes vont animer le muscle droit externe, du même côté, tandis que les autres font contracter le muscle droit interne de l'autre côté, présiderait aux mouvements, antagonistes en apparence, qui assurent la vision à droite ou à gauche. »

Pour expliquer pourquoi ces fibres synergiques ne sont pas réunies en un tronc commun, ce qui pourrait paraître singulier au premier abord, M. A. Foville fait remarquer, que nulle part, dans le système de la vie de relation, on ne voit un tronc nerveux, une fois sorti de la cavité céphalo-rachidienne, traverser la ligne médiane pour passer du côté opposé, ni y envoyer un de ses filets. Il fallait que ce passage , cet entrecroisement , se fît dans les centres eux-mêmes, et voilà pourquoi des fibres nées du même côté de la protubérance, les unes destinées au droit externe (abducteur) de ce côté, en émergent par une racine directe, et les autres destinées au droit

interne (adducteur) de l'autre côté, s'entrecroisent sur la ligne médiane; là elle s'accolent à celles qui sont destinées aux autres muscles de l'œil pour constituer avec elles le nerf de la troisième paire. Le double antagonisme signalé par Bérard ne persiste plus qu'en apparence, et l'on conçoit ainsi qu'un même point des centres nerveux puisse régler des mouvements complexes qui assurent un acte physiologique simple et unique : la vision d'un même côté à l'aide des deux yeux.

Nous avons déjà vu dans la partie historique que M. Gubler avait, dans un mémoire publié la même année, adopté entièrement les vues ingénieuses développées par M. Foville ; mais il a en même temps complété la théorie de cet auteur par des considérations très-intéressantes sur le rôle que la rétine et le nerf optique jouent comme point de départ et conducteur des excitations qui doivent produire les mouvements coordonnés des yeux.

« Il est permis d'admettre, ajoute M. Gubler (1), un agencement semblable pour les nerfs optiques, formés chacun comme on sait, mi-partie par les fibres issues de l'hémisphère correspondant, et mi-partie par les fibres venues du côté opposé. Les mêmes besoins fonctionnels rendaient peut-être nécessaires les mêmes modifications des deux appareils sensitif et locomoteur. En effet, par suite de la disposition des rayons lumineux, les images, différentes dans la moitié externe et dans la moitié interne de chaque oeil, sont identiques, au contraire, dans les moitiés gauches ou dans les moitiés droites des deux yeux. De sorte qu'au point de vue de la fonction le segment externe de l'œil gauche, par exemple, est l'homo-

(1) Gaz. heb. Mémoire cité.

Graux. ^

logue du segment interne de l'œil droit et réciproquement.

« Par conséquent, il fallait que les parties correspondantes des rétines fussent congénères sous le rapport anatomique ; il fallait qu'elles fussent l'épanouissement du même cordon nerveux, et qu'elles aboutissent au même point central pour garantir l'unité de la sensation. Le même raisonnement s'applique aux muscles droits internes et externes.

« On voit du reste que pour les nerfs optiques comme pour les filets moteurs des muscles droits internes, il existerait deux entrecroisements successifs s'annihilant l'un l'autre, si bien que le filet moteur du droit interne gauche, par exemple, proviendrait réellement de l'hémisphère gauche et n'arriverait à sa destination qu'après avoir franchi deux fois la ligne médiane en sens inverse, pour obéir à la loi générale de l'entrecroisement. Il est probable, en effet, que chaque nerf optique, considéré avant le chiasma provient de l'hémisphère opposé, et a subi déjà un entrecroisement sur la ligne médiane du côté des tubercules bi-jumeaux. Dans ce qu'elle a d'essentiel, cette opinion, sur la formation de la rétine, a été • émise pour la première fois par "Wollaston, puis corro— borée par les observations anatomiques de M. le professeur Serres. »

La théorie de la vision binoculaire normale, proposée? par M. Gubler, est bien près de celle que l'on admet aujourd'hui, et on verra plus loin que nous y apporteronspeu de modifications. Seul le centre d'où part la double excitation destinée aux deux muscles congénères de; l'œil est à déplacer et à reporter de l'écorce grise et des* ganglions du cerveau, où M. Gubler le suppose situé,, dans la protubérance, au niveau du noyau de la 6e paire.

Nous n'avons également rien à changera l'interprétation de MM Foville et Gubler. Nos observations IV et VI montrent que leurs prévisions étaient fondées; et les lésions trouvées à l'autopsie dans ces deux cas confirment complètement leurs ingénieuses explications.

Ainsi il est bien évident qu'on ne peut expliquer la paralysie du droit interne d'un œil et du droit externe de l'œil, produite par une lésion unique située au niveau du noyau de la 6° paire, qu'en admettant l'existence d'une disposition anatomique spéciale. Il faut qu'il y ait une communication entre la 6e paire d'un côté et la 3° paire de l'autre.

Or non-seulement l'anatomie descriptive nous enseigne que cette communication ne se fait pas entre les deux nerfs après leur origine apparente, et que, par conséquent, c'est dans la protubérance, qu'il faut la chercher; mais la pathologie elle-même nous montre que c'est au niveau du noyau de la 6e paire qu'elle doit prendre naissance (voir les obs. IX et X, p. 57 et 60, où une lésion située sur le trajet de la 6e paire, très-près du noyau, n'a produit qu'une paralysie simple du muscle droit externe correspondant). Nous arrivons ainsi à formuler cette hypothèse nécessaire.

lre hypothèse : La 6° paire d'un côté innerve le muscle droit interne de Vautre œil. Le filet nerveux destiné à ce muscle ne vient pas du nerf, mais du noyau de la 6° paire.

Mais jusqu'ici nous voyons que les auteurs n'ont cherché à expliquer que les mouvements de latéralité des yeuxd'uncôté àl'autre, et qu'ils ont imaginé les combinaisons nerveuses qui pouvaient lier dans leurs contractions le muscle droit externe d'un œil et le muscle droit

interne de l'autre œil. Or, là ne se bornent pas les mouvements de latéralité des yeux : les axes optiques ne conservent pas toujours les mêmes rapports, ils ont besoin d'être plus ou moins convergents, ou plus ou moins parallèles selon la distance des objets sur lesquels le regard se porte, et il est certain que ce double mouvement en dedans des deux axes optiques ne peut s'obtenir que par la contraction simultanée des deux muscles droits internes. Mais si ce que nous avons dit est vrai, si les droits internes sont animés par le filet que leur envoie la 6e paire, il est bien évident que ces muscles se trouvant chacun sous la même influence nerveuse que les; droits externes, une même excitation qui serait destinée' à provoquer la contraction simultanée des deux droits; internes se ferait ressentir avec une égale intensité surles deux droits externes, de sorte qu'il en résulterait lail contraction simultanée des quatre muscles latéraux de l'œil. Il arriverait là, si l'on nous permet de revenir unii instant à l'ingénieuse comparaison de M. Foville, ce quii) se produirait si pour amener les deux têtes des chevaux: en dedans on tirait sur les deux rênes à la fois; il esttï bien évident qu'il est impossible d'obtenir ce mouve-j ment dans l'attelage qui nous sert de comparaison.

Et si cependant ce double mouvement d'adductioni se produit dans les yeux, c'est qu'il doity avoir une autre source d'innervation.

C'est encore la pathologie qui, avec la finesse d'analyse dont elle est seule susceptible, a posé ce nouveau il problème : nous allons voir dans quelles conditions.

Dans les obs. IV et VI de ce mémoire, nous avons faittj remarquer que la paralysie du muscle droit interne n'é— I ait pas absolue. Tandis que ce muscle refusait d'agir

si l'on provoquait sa contraction en même temps que celle du droit externe du côté opposé, il retrouvait son action, si on le faisait contracter seul ou avec son homoh nyme, le droit interne de l'autre œil.

« Il semble donc, dit M. Féréol, que le muscle droit interne a une double source d'innervation ; quand il agit sjnergiquement avec le muscle droit externe de l'œil opposé, il puiserait son excitation dans la sixième paire, quand il agit indépendamment de toute synergie avec le muscle droit externe de l'œil opposé, il recevrait de la | troisième paire son incitation. »

Ces réflexions, qui étaient inspirées à M. Féréol par son premier malade (obs. IV), ont été confirmées par le nouveau fait observé à Lariboisière en 1877 (obs VI).

Dans ce cas où la paralysie des muscles droit interne et droit externe synergiques n'était pas complète, mais s'accompagnait de nystagmus,la différence dans les contractions du droit interne, qui tantôt étaient saccadées, tantôt complètement régulières, faisait encore mieux ressortir la nécessité d'une double innervation. #

C'est ainsi que la clinique nous oblige à formulerc ette seconde hypothèse.

2e hypothèse. Le muscle droit interne de chaque œil reçoit son innervation de deux sources différentes, de la 3e paire et de ta 6e paire.

Ce sont ces deux hypothèses que nous allons contrôler par des recherches anatomiques et physiologiques.

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