RESUME ET CONCLUSIONS
Notre mémoire est divisé en deux parties : une partie clinique, une partie de recherches anatomiques et physiologiques.
Dans la première partie, nous avons établi :
1" Qu'il existe sur le plancher du quatrième ventricule une région très-limitée (eminentia teres, noyau de la sixième paire) dont les altérations pathologiques se traduisent par un symptôme caractéristique : la paralysie du muscle droit externe d'un œil avec inaction conjuguée du muscle droit interne de l'autre œil, symptôme que nous avons dénommé : paralysie delà sixième paire avec déviation conjuguée de l'œil du côté opposé à la paralysie, qu plus simplement : déviation conjuguée des yeux (forme paralytique).
2" Que cette paralysie du muscle droit interne n'est pas dans certains cas, absolue ; qu'elle apparaît ou disparaît selon le muscle de l'autre œil avec lequel ce droit interne paralysé entre en synergie; qu'ainsi, le muscle droit interne est paralysé dans la vision binoculaire à distance, parce que dans ce cas il agit avec son congénère le droit externe, lui-même paralysé ; qu'au contraire ce muscle droit interne retrouve son action si on le fait se contracter avec son homonyme le droit interne de l'autre œil qui estsain(vision binoculaire de près). (Obs. IV et VI.)
3° Et réciproquement, au point de vue du diagnostic : nous avons montré que la présence de ce symptôme permettait d'affirmer, de la façon la plus précise, que le noyau de la sixième paire était intéressé (voy. obs. IV, V et VI).
4° Que jamais la paralysie du droit interne de l'œil sain ne s'observe dans les paralysies périphériques de la sixième paire, si près que la lésion soit du noyau.
5° Qu'il est possible de mettre en opposition la forme que nous décrivons {paralysie centrale de la 6* paire) et la forme ordinairement décrite [paralysie périphérique de la 6^ paire) en disant que la déviation secondaire de Vœil sain consiste dans le premier cas en un strabisme externe, dans le second en un strabisme interne.
Dans la seconde partie consacrée à la physiologie pathologique, nous avons cherché à expliquer les faits établis par la clinique. L'interprétation de ces faits, nous a conduit à émettre les hypothèses anatomiques et physiologiques suivantes :
1° Le noyau d'origine de la sixième paire ne fournit pas seulement le nerf moteur oculaire externe destiné au muscle droit externe du même côté, il fournit encore un filet au muscle droit interne de l'œil du côté opposé.
2° Le muscle droit interne n'est pas seulement innervé par le filet fourni parla sixième paire, il est de plus sous l'influence de la troisième paire.
Nous avons alors demandé à l'anatomie et à la physiologie la confirmation de ces hypothèses.
Voici les conclusions auxquelles nous sommes arrivé : 4" Au point de vue anatomique : Il existe un faisceau de fibres nerveuses longitudinales, étendues sous le plancher du quatrième ventricule, du noyau de la sixième paire d'un côté au noyau de la 3" paire du côté opposé. (Ce faisceau nous ne l'avons bien constaté que chez le chat, nos préparations sur l'homme n'ont pas été assez heureuses pour nous permettre d'être affirmatifs sur ce
point, cependant, par analogie, on peut en considérer l'existence comme très-probable chez l'homme.)
2" Au point de vue physiologique : les mouvements de latéralité des yeux doivent être décomposés en :
(A) Mouvements de déplacement d'un côté à l'autre : mouvements sans accommodation (par exemple le regard étant porté à l'infini), destinés à porter le regard dans la direction de l'objet. Dans cette sorte de mouvements de latéralité, la solidarité des deux yeux est assurée par la synergie du muscle droit interne d'un côté et du muscle droit externe de l'autre. C'est le noyau de la sixième paire de chaque côté qui est le centre d'où part cette double innervation simultanée.
(B) Mouvements d'accommodation des axes optiques, concordant avec l'accommodation des milieux réfringents de l'œil : mouvements destinés à porter le regard sur l'objet, relativement à sa distance. Dans ces mouvements qui sont produits par les deux droits internes, la synergie de ces deux muscles et l'accommodation intra-oculaire sont produites par la même excitation nerveuse venue du noyau de la troisième paire.
Enfin, tout à fait incidemment, nos expériences nous ont poussé à substituer à la théorie de Prévost sur la déviation conjuguée, une hypothèse plus physiologique à savoir que dans les lésions cérébrales à ictus, le déviation conjuguée, serait produite par un retentissement à distance sur le noyau de la sixième paire. (Soit au moyen du mécanisme signalé par M. Duret : compression par le liquide sous-arachnoïdien et ventriculaire, soit au moyen d'une action directe sur les centres sensitivo-moteurs, écorce et tubercules quadrijumeaux supérieurs, etc.)