‹ De la paralysie du nerf radialChapitre 1 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Définition. — But. — DiTision.

Dans tout travail scientifique, quel qu'il soit, il importe, avant de chercher à résoudre une question, de la formuler nettement. C'est ce que nous allons essayer de faire en nous demandant de suite : Qu'est-ce que la paralysie du nerf radial? La réponse paraît facile : elle l'est moins qu'on ne peut le supposer au premier abord. Pour éviter toute équivoque, voyons ce que, dans l'état actuel de la science, on entend : 1" par paralysie ; 2° par paralysie d'un nerf.

Le mot paralysie (îrapà, vicieusement; luaiç^ faiblesse) dans son acception la plus étendue signifie : abolition complète ou diminution notable du mouvement ou du sentiment. Mais, si l'on se contente d'une définition si générale, on s'expose à de nombreuses confusions et à de grossières erreurs. Rien n'empêche, par exemple, de

considérer comme identiques, la perte du mouvement suite d'ankylose et celle qui résuite de la section d'un nerf. Et pourtant, que de difierences entre ces deux cas ! Aussi, les auteurs ont-ils senti la nécessité de donner un sens rigoureux à l'expression dont il s'agit. On admet aujourd'hui qu'il y a paralysie « toutes les fois que les fibres musculaires ont perdu la faculté de se raccourcir sous l'influence des excitants ordinaires de leur contraction, excitants qui sont : ou l'impulsion de la volonté ou une impression sensitive donnant lieu à un mouvement réflexe ou enfin une action spontanée des centres moteurs (mouvements involontaires non réflexes) (1).»

De là deux grandes classes de paralysies, ayant pour cause une lésion organique ou fonctionnelle siégeant soit dans les muscles, soit dans le système nerveux central ou périphérique.

En procédant par voie d'élimination, nous rejetterons de notre cadre toutes les paralysies musculaires, ou du moins considérées comme telles, car leur existence n'est pas encore prouvée d'une manière irréfutable. Qu'elles soient dues à une ischémie locale ; à l'action d'un poison (plomb, sulfure de carbone, etc.) ; à une dyscrasie suite d'inanition, de maladies débilitantes, etc.; ou à des causes traumatiques ; nous les laissons de côté, sans nous inquiéter de savoir si la fibre musculaire est la première atteinte; si, au contraire, les houppes nerveuses sont d'abord altérées ; ou, si muscles et nerfs sont afîectés en même temps. Ce n'est pas notre sujet et nous n'avons ni assez de science ni assez d'autorité pour résoudre ce problème.

Parmi les paralysies d'origine nerveuse, les unes ont leur point de départ dans la moelle ou dans l'encéphale : elles ne nous concernent pas; les autres proviennent

(1) Axenteld. Elém. de path. de Requin, 1863. t. IV. p. 423.

d'une lésion des nerfs; c'est à ce groupe qu'appartient • l'akinésie du radial. — D'après ce qui précède, nous pouvons dire d'une façon générale : La paralysie d'un nerf est l'abolition plus ou moins complète et durable du sentiment ou du mouvement dans sa sphère d'action, alors que la cause n'a agi que sur le nerf lui-même, dans toute sa longueur ou sur un point quelconque de son trajet et en produisant des lésions appréciables ou non. — En ajoutant cette dernière considération, nous nous tenons dans une sage réserve, sans rien préjuger sur la nature des paralysies. Mais nous verrons que les nerfs qui en sont le siège présentent, dans l'immense majorité des cas, des modifications apparentes : c'est du reste, ce que les études microscopiques tendent à prouver. En démontrant les altérations produites par le froid, cette grande cause des paralysies essentielles, elles ont restreint considérablement la classe de ces affections, dont le mode de production si longtemps ignoré, plus compréhensible aujourd'hui, est pourtant encore entouré de bien des ténèbres.

Le radial est souvent paralysé en même temps que le cubital ou le médian, ou que ces deux nerfs à la fois. Ces derniers seuls se réparent-ils promptement ? on est encore en droit de désigner l'affection sous le nom d'akinésie radiale^ smon on se trouve en présence d'une paralysie du membre supérieur. Nous ne prétendons pas la faire entrer dans notre plan.

Nous avons ainsi limité notre travail : nous savons ce qu'il faut entendre par paralysie du nerf radial. Cette maladie, très curieuse au point de vue de ses symptômes, de son diagnostic et de son étiologie, offre un vaste champ aux considérations anatomo - physiologiques. Aussi, quoique étudiée depuis peu, a-t-elle attiré l'attention de bien des cliniciens et suscité les travaux d'habiles expérimentateurs. Mais chacun d'eux n'a envisagé qu'une

face spéciale de la question : aucun n'a songé à faire un ouvrage d'ensemble. On ne trouve, à ce propos, que des notions éparses dans les différents ouvrages. Les quelques thèses qui ont trait à notre sujet, n'en ont également présenté qu'une partie. Il est oublié ou à peine mentionné dans les livres classiques les plus récents.

Eassembler ce qui a été dit d'important jusqu'à ce jour touchant la maladie qui nous occupe, — en donner une description complète, — établir une classification aussi exacte que possible des causes qui peuvent la produire , — étudier certains phénomènes intéressants dont l'explication est encore controversée, et, tout en signalant les desiderata de la science, — chercher dans quelle opinion des auteurs peut se trouver la vérité ; — faire, en un mot, la synthèse de la paralysie du nerf radial : tel a été notre but. Pour l'atteindre, nous avons fait tous nos efïbrts; mais des difficultés nombreuses nous auraient arrêté, si nous n'avions rencontré, pour nous aider à les vaincre, les savants conseils et les encouragements bienveillants de M. le docteur A. Ollivier, professeur agrégé à la Faculté de Paris, à qui nous devons l'idée de ces recherches. Nous sommes heureux de lui témoigner publiquement notre absolu dévouement et notre inaltérable reconnaissance.

M. le professeur Vulpian nous a ouvert son laboratoire et nous a guidé dans nos expériences avec une bonté égale à sa science. Qu'il nous permette de le remercier de l'honneur qu'il nous a fait en acceptant la présidence de notre thèse. •

Nous avons soutenu quelquefois des idées contraires à celles qu'ont émises des médecins éminents de notre époque. Notre sincérité fera excuser notre hardiesse. Du reste, nous pensons avoir apporté dans la discussion toute la courtoisie qui sied aux controverses médicales et

tout le respect dont l'élève ne doit jamais se départir visà-vis de ses maîtres.

Après avoir exposé l'historique de l'affection, nous présenterons d'abord quelques considérations indispensables d'anatomie et de physiologie normales du radial ; ensuite Fétiologie; puis, successivement, la symptômatologie, le diagnostic, la durée, les terminaisons et le pronostic; enfin, les divers modes de traitement. Nous avons préféré, pour plus de clarté et pour éviter les redites, rappeler en temps et lieu ce qui a rapport aux nerfs mixtes en général, plutôt que d'en faire un chapitre à part.

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