‹ De la paralysie du nerf radialChapitre 2 sur 12 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Les anciens connaissaient les paralysies partielles. Nous lisons, en effet, dans Hippocrate : « tô ■^'v^pô-n ttoUiuov osnoialv,

oSoOct, ue-ofjoiuvD, èyy.îfàlw^ voiTiaiw ^juisIm' tÔ Sé dsp[ji.ov toysXf^ov (1).

Celse dit d'une manière encore plus explicite : « Per imbres longœ febres, alvi dejectiones, angina, cancri, raorbi comitiales, resolutio nervorum quam Grœci nxpaliicTiv nominant (2), » et ailleurs : « At resolutio nervorum frequens ubique est : ea interdùm partes infestât (3). » Nous pouvons remarquer de suite que l'action du froid avait attiré leur attention. Ils avaient aussi observé que le traumatisme peut produire des paralysies locales. Quelques-uns font remonter jusqu'à l'illustre médecin de Cos les premières relations de paralysie suite de luxations. D'autres, et Galien principalement, bs attribuent à Erasistrate. Ce dernier, au dire de Rufus d'Ephèse, aurait soupçonné l'existence d'une distinction entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. On sait que plus tard Galien, dans un cas resté mémorable (paralysie du nerf cubital), exposa, devant ses confrères étonnés, cette même opinion que Magendie, en 1822, devait élever à la hauteur d'une démonstration rigoureuse par des expériences justement admirées.

(1) Œuvres complètes, éd. Littrë, t. IV, p. 539, § 18,

(2) Lib. Il, préface, ch. i.

(3) Lib. III, Ch. xxvn.

D'après cela, on pourrait croire que la paralysie du nerf radial a été de tout temps connue et étudiée. Jusqu'à notre siècle cependant nous n'en découvrons aucune trace. A quoi peut-on attribuer ce silence? La connaissance de l'anatomie et de la physiologie était grossière assurément, mais, comme nous venons de le voir, elle était suffisante. Du reste, il n'était pas plus difficile alors de reconnaître une paralysie du radial qu'une paralysie du cubital, pourvu toutefois que la cause fût traumatique.

En conséquence, à moins d'admettre qu'aucun cas de ce genre ne se soit offert aux médecins des temps passés, ce qui ne se conçoit pas, ou bien de faire à ceux-ci le reproche non fondé d'avoir mal vu et mal observé, nous avouons notre incompétence à trouver la raison de cette lacune dans leurs ouvrages.

Nous avons fait une réserve à propos des akinésies du radial de cause peu apparente (froid, etc). On a très bien pu les confondre autrefois avec les paralysies saturnines des extenseurs, dont l'histoire remonte à Nicandre et à Dioscoride. Galien, Arètèe, Paul d'Jîgine, Paracelse, Boerhaave, Avicenne, Fernel, Huxham et d'autres, cités par Tanquerel des Planches, écrivent sur cet épiphénomène de l'empoisonnement saturnin sans rechercher si d'autres causes que le plomb peuvent produire un accident semblable. Si l'on songe aux faibles moyens dont ils disposaient pour arriver à reconnaître une maladie, on doit regarder leur erreur comme à peu près inévitable en présence de la sérieuse difficulté que soulève le diagnostic étiologique de la paralysie radiale.

Celle-ci demeurait donc inconnue, tandis que les autres étaient indiquées avec soin et que leurs causes étaient activement recherchées. Nous n'en voulons pour preuve que les passages suivants : « La paralysie survient aussi à la langue, œsophague , vessie, verge, yeux, bref à

toutes les parties... » « Car paralysie se fait, ou estant le nerf coupé, comme aux grandes plaies : ou estant le passage d'iceluy bouché comme en l'apoplexie : ou estant sa substance abreuvée et mollifiée de quelque humeur subtile ou par quelque grande intempèrature, tellement offensée, qu'elle ne peut recevoir l'affluence et la vertu de l'esprit animal. » (1)

Nous avons interrogé, presque en vain, la bibliographie de J. Franck (2), car nous n'en avons retiré que cette courte citation :

« J'ai vu un homme qui, dans un état d'ivresse, ayant passé la nuit dans un profond sommeil, la tête recouverte du bras' et de la main droite, se réveilla avec la paralysie de ces parties (3). »

Desault, à la tin du siècle dernier, parle, après Swieten, des paralysies du bras consécutives aux luxations, mais n'en limite aucune au domaine du radial (4).

Les essais de Bell sur le rôle des paires nerveuses ouvraient une ère nouvelle pour l'étude des paralysies partielles : on se contenta d'étudier mieux celles que l'on connaissait déjà.

Ce n'est qu'en 1828 que parut la première observation de paralysie du nerf radial : elle est due à Alph. Ménard (5).

Quoique incomplète à beaucoup d'égards, elle avait cependant le grand mérite d'éveiller l'attention sur un fait non encore signalé! Mais elle passa presque inaperçue dans un moment où les grandes questions de nosographie médicale absorbaient les esprits.

Quelque temps après, Dupuytren observait un cas de paralysie du poignet à la suite de compression par les bé-

(1) Œuvres d'A. Paré. lO'' éd., Cl. Prost-Lyon, p. 213-228.

(2) Path. 1838-1845.

(3) Craftman 1758. déc. V. Hamb. Mag. 22 B. 2 st. n. 3.

(4) Clinique, t. I, p. 153-154, 1798. — Journal de chirurgie, t. IV.

(5) Gaz. de santé.

quilles (1), et Tecvan, un autre cas clù à l'excision du radial (2).

A l'article Contusion (3) Ollivier et Marjolin se contententent de dire que le radial, dans tout son trajet le long du bras est exposé à la contusion. Le Compendium de médecine (1836) après avoir signalé les akinésies du facial, des nerfs de l'œil et aussi du grand dentelé, ne mentionne même pas la maladie en question. Astley Cooper admettait qu'un seul nerf pouvait être blessé dans la luxation et que sa lésion amenait parfois l'engourdissement (4) . Tanquerel des Planches dit avoir vu une paralysie simulant celle que produit le plomb, avec anestliésie des parties paralysées. C'était chez un tailleur qui, enivré, s'était couché sur l'herbe, à l'ombre, jusqu'à dix heures du soir au mois dejuillet.« Ason réveil, il s'aperçut qu'il ne pouvait étendre son poignet et ses doigts (5) ».

A propos de la paralysie des extrémités supérieures, Joseph Franck nous donne quelques détails. Il dit que parfois « l'avant-bras ne peut être étendu, porté en supination, en pronation : ... les doigts ne peuvent être étendus : ... il en est ainsi du pouce, de l'indicateur et de l'auriculaire (6) ». Mentionnons en passant les exemples rapportés par Pigeolet, Jobert de Lamballe (7) et par Cazeaux (8). Dans le premier, il s'agit d'un individu qui, ayant dormi en vt^agon, la tête sur l'avant-bras, se réveille avec une paralysie des extenseurs et des supinateurs ; dans le second, le cubital était légèrement atteint et la cause probable était le froid ; dans le troisième, il y avait paralysie des deux

(1) Lancette française, 1832.

(2) Lancet., 1832-1834.

(3) Dictionnaire en 30 vol., 1830-1834.

(4) Œuvres chirurg. comp., trad. de Chassaignac et Richelot. 1837, p. 1 et 80.

f'5) Traite des maladies de plomb, 1839. T. II, p. 70.

(6) Loc. cit. T. III, p. 390.

(7) Oaz. des hôpitaux, 1846.

(8) Revue me'dicale, 1848.

avant-bras. Cazeaux, Sandras, Grisolle, en discutent la cause sans rien conclure. Nélaton (1) n'effleure même pas notre sujet. Enfin, en 1849, paraît une observation importante due à M. Bouillaud (2). Elle porte ce titre : Paralysie partielle idiopathique. Un homme, à la suite d'un mouvement de colère et d'un refroidissement du bras, avait perdu l'extension et la supination de l' avant-bras. Le fléchisseur sublime était un peu atteint. Aucun antécédent, pas de douleur. — Il est à regretter que l'illustre professeur n'ait pas donné son opinion sur l'étiologie de cet accident. Le commentateur de l'observation n'ose émettre son avis sur ce cas obscur.

A partir de ce moment, la paralysie du nerf radial va devenir l'objet de travaux importants. Les idées de Graves et les expériences de Magendie, de Longet, de M. Claude Bernard, de M. Vulpian, etc., vont faciliter et rendre attrayante son étude.

De 1848 jusqu'à ce jour, un savant infatigable, M. Duchenne (de Boulogne) publie, soit dans les Archives, soit dans le Bulletin de l'Académie de médecine une foule de notes qui nous intéressent à plus d'un titre. Mais, ce que nous devons surtout indiquer, c'est la description si exacte de la variété a frigore qu'il traçait, en 1853, dans son Traité de rélectrisation localisée. Malgaigne regarde la paralysie des extenseurs à la suite de luxations comme plus fréquente que celle des fléchisseurs. «J'ai réduit au quarantedeuxième jour, dit-il, une luxation sous-claviculaire compliquée de paralysie incomplète du bras. Les extenseurs étaient surtout très affaiblis ; mais il y avait eu avant moi de nombreuses tentatives (3). » Deux ans après, Paget (4) apporte sa contribution à l'étude des variétés de paralysie

(1) Path. chirurg.. 1847-48.

(2) Gaz. des hôp.

(3) Traité des fractures et des luxations, 1855, p. 553.

(4) Lectures on surgical Pathology, London, 1857.

radiale par traumatisme. Jobert de Lamballe (1) cite un cas de paralysie causée par la compression des béquilles et dit que ce n'est pas le premier de ce genre que l'on observe. Nous résumerons en temps et lieu un exemple de paralysie radiale parfaitement caractérisée , dû à Lecoq (2).

Krafft, de Mulhouse, en mentionne un autre (3), mais il ne parle ni de la contractilité, ni delà sensibilité, ni même des antécédents. Valleix (4), malgré ses études approfondies sur les névralgies, ne nous fournit aucun renseignement. Grisolle, qui avait imité d'abord ce silence, fait cependant, dans une nouvelle édition de son livre (5), un résumé succinct de la description de M. Duchenne. On trouve alors dans les journaux une observation de Chassagne (6) et une étude fort curieuse sur la paralysie des porteurs d'eau de Rennes (7). M. Axenfeld publie son Traité des névroses (8) et se contente de renvoyer le lecteur au livre de M. Duchenne. Michon, le 8 août 1865, fait un rapport sur un cas de paralysie radiale duo à la compression d'un cal vicieux, dont M. Ollier avait su vaincre la fâcheuse influence. M. Hérard mentionne alors une paralysie des extenseurs par les béquilles (9).

M. Demarquay, à l'article Avant-bras (10), parle de la paralysie de ce segment de membre tout entier et recommande la lecture du Traitéde V Electrisalion localisée pour tout ce qui regarde la paralysie du radial, dont il signale pourtant deux exemples. MM. Voillemier, Laugier, S. Sa-

(1) Gaz. des hôp., 1856.

(2) Gaz. des hôp., 24 octobre 1857.

(3) Union médicale, 17 septembre 1861.

(4) Guide du médecin praticien, 1861.

(5) Pathologie interne, 8" éd., 1862.

(6) Gaz. des hôp., 17 mars 1863.

(7) Bachon. — France médicale, 1, 4, 8, juia 1864.

(8) Loc. cit.

(9) Gaz. des hôp., 1865, p. 381.

(10) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiqu/es, 1866, t. IV.

razin la passent sous silence clans leurs articles : Avantbras, Commotion, Compression (1). M. A. Ollivier s'en occupe à plusieurs reprises dans son travail sur les atrophies musculaires (2). Follin observe que « les extenseurs des doigts et de la maïn sont souvent frappés et plus sérieusement affectés que tous les autres muscles, quand la paralysie est étendue à tout le membre supérieur (3). » Depuis cette époque et pendant un espace de quatre ans, nous ne trouvons dans les feuilles médicales que deux observations intéressantes. La paralysie, qui était a frigore^ aurait été suivie de perte de connaissance (4).

Nous devons à présent attirer l'attention sur un mémoire important que présenta M. Panas à l'Académie de médecine, le 21 novembre 1871 (5). Il est intitulé : De la •paralysie réputée rhumatismale du nerf radial. Nous reviendrons plus d'une fois sur les opinions avancées par l'auteur de cette publication.

En feuilletant la Gazette des hôpitaux, nous trouvons deux paralysies radiales amenées par les béquilles ; l'une est citée par M. Hérard (6), l'autre par M. Lannelongue (7). Cette dernière a donné lieu à une clinique intéressante sur la sensibilité récurrente. L'ouvrage de MM. Onimuset Legros (1872) contient des exemples nombreux de l'action du froid dans la paralysie radiale.

M. Vulpian, en 1873, communiquait à la Société de biologie des considérations fort curieuses sur le diagnostic de la cause dans les akinésies des nerfs mixtes. Nous donnerons plus loin son observation (8). La savante préface que cet éminent professeur a écrite en tète du livre de

(1) Ibid., 1867-68.

(2) Th. d'agrég., 1869.

(3) Path. ext. t. III, p. 267-268.

(4) Revillout. Gaz. aes hôp., 1870.

(5) Archives générales, en juin 1873.

(8) Gazette ynédicale., 1873, p. 83.

M. Mitchell (1) nous sera de la plus grande utilité pour aborder certaines questions. L'ouvrage que nous venons de désigner nous procurera fréquemment les matériaux les plus précieux. Celui de Letiévant (2) renferme également des faits curieux pour nous.

Nous ne citerons pas ici tous les travaux que nous avons consultés, nous les indiquerons au fur et à mesure ; mais, nous donnons l'index bibliographique des thèses de Paris et des principaux livres parus récemment à l'étranger, ayant un rapport assez direct avec le sujet que nous traitons.

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