‹ De la pathogénie de l'inflammation et de son application à la thérapeutique de cette maladieChapitre 4 sur 5 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

APPLICATION DE LA PATHOGÉNIE DE L’INFLAMMATION A LA THÉRAPEUTIQUE DE CET ÉTAT MORBIDE.

Le vice que nous avons reproché à la théorie des anciens et des modernes sur l'inflammation , retentit . par une nécessité logique , sur les méthodes de traitement , respectivement invoquées , aux deux époques de la science.

Nous devons donc retrouver les anciens donnant, dans leur pratique , le premier rang à l’indication qui se formule par l’état général des forces du système ; tandis que les modernes, négligeant ce point de vue, s’adressent de préférence au désordre local qui constitue , à leurs yeux, toute la maladie.

Pour les anciens, un principe doué d’activité, dont les actes instinctifs semblent participer de l’intelligence , entretient l’harmonie des fonctions et la rétablit, dans son type normal , lorsqu’elle a été accidentellement

troublée. Les maladies ne leur apparaissent que comme des efforts médicateurs de ce principe contre l’action des causes morbifères. Leurs méthodes de traitement sont naturelles , c’est-à-dire qu’elles se bornent à venir en aideaux tendances de la nature, à maintenir ses efforts dans des limites convenables , à suppléer à son insuffisance : indications pratiques qu’HirpocRATE résumait dans cet aphorisme si connu : « Quo natura vergit, » eô ducendum. »

Aussi voyons-nous la médecine ancienne se complaire dans l’expectation qui n’est point , comme on l’a prétendu, une contemplation passive, mais une surveillance attentive, épiant la marche delà nature et se tenant prête à intervenir activement au premier signe de détresse ou d’impuissance : prédilection trop marquée toutefois et qui justifiait, jusqu’à un certain point , le reproche que lui adressait la critique de n’être qu’une méditation sur la mort.

La doctrine des crises , qui constitue le fond de la pathologie des anciens , n’est que la formule synthétique de leurs observations sur le pouvoir médicateur de la nature. Les lenteurs de leur thérapeutique les ont bien servis pour étudier les lois des solutions critiques qu’il fallait favoriser dans leurs tendances heureuses , réprimer dans leurs écarts ou maintenir dans de justes bornes, quand le moyen menaçait de dépasser le but.

La thérapeutique de l'inflammation , chez les anciens . relève des mêmes principes.

Dans cet état morbide, comme dans tous les autres , deux ordres d’indications se présentent : l’indication principale et l’indication accessoire.

La première suggère la direction que l’art doit suivre pour attaquer le mal dans sa nature : or, celle-ci n’est point lÿ résultante d’un ou de deux caractères isolés de la maladie , comme on le croit trop généralement aujourd’hui , mais bien de toutes les données qui s’y rattachent, et dont les rapports, sainement appréciés, ont fourni les éléments du véritable diagnostic.

L’indication accessoire ou symptomatique n’obtient que le second rang , sans doute , dans le problème thérapeutique ; mais l’imperfection de la science et l’insuffisance de nos moyens d’observation la rendent souvent seule accessible ; parfois même elle domine l’indication fondamentale , si celle-ci peut être saisie , lorsqu’il s'agit de conjurer des épiphénomènes menaçants qui compromettraient prochainement la vie et n’admettent aucun retard. Ces principes ne demandent point à être expliqués ; ils sont de notion vulgaire dans cette Ecole.

Les anciens déduisent l’indication fondamentale de la détermination de l’état actuel des forces du système, de la nature de la viciation qu’elles ont subie. Dans le cas particulier qui nous occupe, l’état phlogistique général

obtient le premier rang dans les préoccupations de l’art; c’est en l’attaquant que les anciens prétendent arrêter le mouvement fluxionnaire qui s’est localisé sur une partie , mais qui n’en est pas moins resté sous sa dépendance. Leur attention se porte toujours de préférence vers les mouvements généraux du système. Us épient avec sollicitude les signes avant-coureurs d’une diaphorèse prochaine , et s’empressent d’en favoriser la conclusion ; ils constatent les indices d’un molimen hémorrhagique qui va éliminer, avec le sang , la cause prochaine de l’inflammation , et ils se gardent de le troubler par une intervention inopportune ; ils surveillent la direction de la dépuration critique sur l’organe externe. Si c’est à l’intérieur que s’opère la concentration fluxionnaire , ils s’occupent surtout de maintenir le bon état des forces, pour laisser à la nature les moyens d’expulser, par divers émonctoires , le produit de la coction humorale qui doit juger la maladie.

S’ils recourent à la saignée, c’est en vue d’éteindre l 'affection inflammatoire , convaincus que la fluxion locale, quand elle existe, cédera du même coup.

Mais, quand ils versent le sang, c’est dans la période de crudité , alors que l’orgasme sanguin ou la turgescence générale doivent être réprimés, pour permettre les actes de coction qui caractérisent la seconde période. Aussi vous les voyez prescrire de fortes saignées géné-

raies qu’ils adressent à l’état inflammatoire essentiel , dont les localisations subséquentes révèlent , à leurs yeux, un effort critique qu’il faudra pour ainsi dire respecter, quand on n'aura point à craindre de le voir dépasser les limites incompatibles avec la vie.

Nous n’avons pas besoin de montrer tout ce qu’il y a de faux dans cet optimisme exclusif à l’égard de la localisation organique ; ce qu’il y a d’exagéré dans cette confiance presque aveugle qui livre la maladie à la merci de la nature.

On ne s’étonnera plus , après cela , qu’HippocRATE , Galien et son Ecole ne nous aient transmis , sur le traitement des fluxions inflammatoires, que des préceptes insuffisants , dont la réunion ne forme point , tant s’en faut , un corps de doctrine unitaire. Epars çà et là dans leurs livres , ils semblent répondre plutôt aux exigences de quelques cas particuliers de leur pratique. Mais on demanderait en vain à ces maîtres de la science des règles précises sur ce sujet ; celles qu’ils ont tracées sont vagues et confuses. Le choix de la saignée , dans les divers états inflammatoires , reste à peu près indéterminé (1).

Hippocrate et Galien paraissent d’accord , il est vrai , pour recommander la saignée révulsive quand la

(t) Bakthez, Traitement mélhod. des fluxions, passim.

fluxion est aux premiers temps de l’invasion, et la saignée dérivative quand elle est parvenue à la période d'état ou définitivement fixée sur un point : principe important que la science actuelle a soigneusement conservé. Mais tout cela est encore incomplet, plutôt instinctivement compris que pratiquement résolu. Les fluxions locales sont, en un mot, trop dominées, dans les doctrines anciennes , par la fluxion générale , pour que leur traitement ne doive pas, par une conséquence logique, céder le pas à l’indication réputée fondamentale.

De Haen , dont l’indépendance fléchit trop souvent devant la lettre des principes d’HippocRATE , imite ses errements pratiques revêtus , à ses yeux , du double mérite de leur simplicité et de leurs avantages. Lors même qu’il semble s’écarter du texte de son évangile médical , il défend son orthodoxie dans l’interprétation qu’il donne du dogme.

L'affection inflammatoire n’est pour lui qu’un état morbide essentiel , où il retrouve les périodes obligées de toute maladie. De là , sa patience à surveiller les crises , à soutenir les forces nécessaires à la coction , et sa sollicitude pour régler , dans ce sens , tout ce qui concerne son malade.

Grimaud , nourri de la lecture des anciens et doué d’un esprit un peu trop spéculatif , donne un nouveau

gage d’adhésion à ces vues pratiques , lorsqu’il calque son traitement de la pneumonie inflammatoire sur celui de la fièvre inflammatoire elle-même (1). Il reconnaît bien sans doute, nous devons l’avouer , dans le rapprochement qu’il opère entre ces deux ordres de faits pathologiques, des différences relatives à l’application des topiques ; mais il se préoccupe surtout , à l’égard de la pneumonie, qu’il appelle une fièvre inflammatoire particulière (2) , des moyens propres à soutenir les évacuations critiques qui s’opèrent par l’expectoration. Il est, à ce sujet , très-explicite , et voici à peu près dans quels termes il s’exprime :

La coction est , selon lui , le but final et vraiment curateur de l'affection phlogislique ; mais cette opération de la nature échappe complètement à notre art. Pour ne gêner en rien son libre développement et la spontanéité de ses actes , l’indication générale qui s’offre au praticien , consiste à soutenir les mouvements de la fièvre dans un degré d'activité convenable et assorti à l’œuvre de guérison qu’elle provoque.

Nous ne prétendons pas que Grimaud, dont nous examinons ici les principes dans ce qu’ils ont de commun avec ceux des anciens, néglige d’une manière absolue

(1) Cours de fièvres , T. II , pag. 77.

(2) Ibid. , pag. 24.

la médication topique. Mais il est évident, pour qui veut le comprendre , qu’elle n’occupe qu’un rang secondaire dans son plan de traitement. Ainsi , dans la première période , il conseille les relâchants , les débilitants , les émollients , pour tempérer l’intensité de l’état phlogistique ; plus tard , à la faiblesse qui provient soit de la violence des symptômes , soit de l’effet des remèdes , il oppose l’administration méthodique des excitants destinés â ranimer l’effort curateur qui languit.

Grant considère l’inflammation locale comme l’aboutissant des actes critiques de la nature ; il fait seulement remarquer que l’importance de l’organe vers lequel s’est portée la fluxion générale, intéresse de très-près le pronostic. Un dépôt cutané est une crise heureuse ; un phlegmon interne entraîne des dangers.

Les idées des anciens sur le traitement de l’inflammation ont été étrangement dénaturées par quelquesuns de leurs successeurs.

Au xvie siècle , Botal ; au xvne , Gui Patin ; au ïviii®, Silva, Chirac , Bosquillon ont versé le sang â outrance contre les maladies inflammatoires; et si quelques succès dont la nature a fait les frais , en dépit du remède , ont paru amnistier ces monstruosités médicales , le jugement déflnitif de la science les a condamnés sans appel.

Gui Patin qui recommandait la lecture du livre de Botal , dans lequel il trouvait « de bons secrets du métier (1) », est arrivé , en ce genre , à d’incomparables aberrations. Il parle dans ses lettres d’un malade atteint de fièvre continue, qu’il fit saigner trente-deux fois et qui guérit; et certes, l’idée systématique tenait dans l’esprit de Gu; Patin la place d’une conviction bien profonde , puisqu’il n’hésita pas , dans un cas pareil , à pratiquer, sur son propre fils , « 20 bonnes saignées des «bras et des pieds, avec, pour le moins, une douzaine «de bonnes médecipes de casse, de séné et de sirop de «roses pâles (2). »

On a peine à comprendre que le savant médecin dont nous parlons , nourri , comme dirait Montaigne , de la moelle des anciens , ait pu oublier à ce point leurs principes et multiplier, dans sa pratique , de pareilles extravagances (3). Certes , on conçoit qu’un traitement aussi violent ait supprimé les symptômes inflammatoires ; mais on s’étonne qu’il n’ait point, en même temps, supprimé le malade. De tels succès, si l’on peut leur

(1) Leltr. de Gui Patin du 27 mars 165a , T. I, p. 266. Edit. Réveillé Parise. — Le Botallus, comme dit Gui Patin, est intitulé: Botalli de curatione per sanguinis missionem. Lugduni , 1577.

(2) Lettr. cit., T. I, pag. 16ü.

(3) Les faits du même genre reparaissent fréquemment dans ses lettres.

donner ce nom , sont réprouvés par une saine médecine. Ils inspireraient, pour l’intervention de l’art , une méfiance très-voisine du scepticisme , s’ils n’étaient un nouveau témoignage de la résistance vitale de la nature qui sort victorieuse de ces rudes assauts.

Et Gui Patin , qui procède , dans sa pratique , de la meilleure foi du monde, ne laisse pas échapper une occasion de rappeler les médecins de son temps aux principes Hippocratiques; et il a, pour tous les progrès de l’art contemporain, une horreur insurmontable qui se traduit, malheureusement pour sa mémoire , en diatribes virulentes contre l’antimoine et le quinquina. Ce n’est pas la seule occasion où l’on voie la théorie et la pratique se donner un démenti formel , et la conduite du médecin offrir , au lit du malade , une contradiction complète avec ses doctrines. La pratique de Broussais en a fourni , de nos jours , de nombreux exemples : seulement , à l’inverse de Gui Patin , cette contradiction a été souvent heureuse (1).

(t) La passion de Gui Patin pour la saignée tient de la inonnruanie. 11 se vante, comme d’une heureuse inspiration , d’avoir fait saigner un enfant de deux mois et un autre de trois jours , pour « un érysipèle à la gorge. « A l’en croire , il ne se passe pas de jour qu’il ne fasse saigner , à Paris , plusieurs enfants à la mamelle. La véracité de l’auteur serait-elle ici un peu aventurée? Sa rude franchise est cependant proverbiale.

Les anciens , nous l’avons dit ailleurs , n’ont eu que des notions fort obscures sur les inflammations lentes ou chroniques ; aussi ils ont traité comme purement nerveuses ou essentielles, des maladies dont la nature inflammatoire échappait à leur observation. La fièvre hectique avait presque toujours pour eux une existence indépendante , et ils ignoraient qu’elle fût subordonnée , dans l’immense majorité des cas, à des phlegmasies lentes qui entraînent la mort par l’augmentation progressive de l’altération organique. On conçoit ce que leur thérapeutique devait perdre à ces fausses idées. Traiter la fièvre hectique sans s’occuper de la lésion profonde dont elle émane , c’est ne laisser à l’art aucune chance heureuse. Des crises imprévues , telles que l’expectoration d’une vomique; l’expulsion, par les urines, du pus d’un rein suppuré ; les adhérences consécutives d’une péritonite, pouvaient, dans des cas rares, amener une guérison inattendue. Mais certainement on avait donné une importance trop générale à de telles exceptions.

Les inflammations spéciales n’ont point été inconnues aux anciens. Hippocrate a mentionné des pneumonies guéries par les purgatifs et les émétiques seuls , et aggravées par les saignées. Galien a noté le môme fait. Mais tous ces points de vue sont encore peu précis; il faut laisser passer plusieurs siècles pour que ce mode de

traitement, contre certaines pneumonies, devienne un dogme de la science. Il est vrai qu’une doctrine rétrograde , au nom du progrès , s’est efforcée de rayer ce fait incommode. Mais nous citerons plus tard des observations qui apporteront avec elles la démonstration la plus complète, aux yeux de ceux qui conserveraient encore quelques doutes.

Il est un ordre d’inflammations aiguës qui se rapprochent , par leur obscurité , des inflammations chroniques : nous voulons parler de ces pneumonies latentes signalées par Baglivi et autres , de ces entérites promptement gangréneuses notées par Morgagni, Fouquet, Stoll, etc., qui ne se révèlent par aucun signe externe et dont la nécropsie découvre, seule, les altérations.

Les anciens n’avaient point à leur disposition les deux instruments dont le secours a éclairé de si vives lumières cette question obscure de médecine : nous voulons dire l’anatomie pathologique et les moyens d’exploration physique de la poitrine. Ce point de vue pratique devait donc échapper à leur observation. Hippocrate , dans les cas d’épanchement , avait bien eu l’idée d’imprimer une succussion au malade pour percevoir la fluctuation du liquide épanché. De là , à l’auscultation immédiate il n’y avait qu’un pas : Laennec seul devait le franchir, après plus de deux mille ans d’intervalle.

Enfin , dans le traitement des inflammations spécifiques, les anciens, privés de la plupart des remèdes empiriques qui les combattent directement , ont été réduits à les attaquer parla méthode commune. Chirac, que nous plaçons à côté des anciens, malgré les fréquentes infidélités qu’il leur a faites , voulait habituer la petite-vérole à la saignée. On sait comment la petitevéroie a fait justice de cette fanfaronnade, en s’obstinant à emporter les varioleux indistinctement traités par cette méthode.

Le tableau de la thérapeutique de l’inflammation chez les modernes , forme un contraste complet avec celui de l’art chez les anciens.

Ici le point de vue local absorbe l’attention , au préjudice de l’acte vital qui constitue l’affection phlogis-

tique. De ce côté convergent tous les efforts de l’art.

Les expressions vie , nature , ont été détournées par Broussais de leur sens direct. Le cri de l’organe souffrant appelle de prompts secours. Vous ne retrouvez plus ici les lenteurs calculées de l’expectation ; une action vigoureuse et rapide la remplace ; une confiance absolue dans les pouvoirs de l’art, comparés à ceux de la nature, éclate dans cette thérapeutique turbulente qui se passe des délais de la réflexion.

Ne parlez plus de force médicatrice , de crudité , de coction , de crises : ce langage suranné est proscrit du Dictionnaire médical, comme ne représentant que des préjugés éclos dans le cerveau des anciens. N’invoquez plus ces grandes périodes qui divisent la durée des maladies et qui tracent des règles particulières à leur thérapeutique, üne pneumonie a bien trois degrés tranchés et parfaitement caractérisés par les altérations successives de l’organe pulmonaire. Des noms divers les spéciGent : c’est l’engouement, l’hépatisation rouge et grise. Mais ces trois modes d’altération ne sont que des degrés de plus en plus élevés d’un même état morbide , et indiquent de rigueur le même mode de traitement. L’inflammation est identique à elie-même, depuis sa naissance jusqu’à son dernier moment.

L’arsenal anti-phlogistique est dirigé, sans hésiter et avec énergie . sur le siège de la congestion. Les émissions sanguines locales , les applications topiques émollientes sont mises en œuvre avec une profusion significative. Si la poitrine se remplit de pus , on pratique i’empyème. La fièvre n’étant que le retentissement sympathique de l’irritation locale sur l’organe central de la circulation , on va jusqu’à couvrir de sangsues la région précordiale pour calmer l’irritation du cœur, et avec elle le désordre circulatoire qu’elle provoque.

La médecine physiologique , dans le traitement de

l’inflammation , se borne à panser l’organe qui souffre. Elle fait de la chirurgie interne , suivant l’expression de M. le professeur Forget. Les inflammations spontanées sont confondues avec celles que suscite la réaction de l’organisme intéressé par les causes externes. Broussais est très-aflirmatif sur ce point. Les inflammations de la surface sont identiques à celles qui éclatent dans l’intérieur de l’économie ; c’est-à-dire que , dans les faits médicaux proprement dits , l’étal morbide général relève de la lésion organique locale comme dans les faits de chirurgie, et se confond tout entier avec les actes réactifs dont cette lésion est , en quelque sorte , le foyer générateur.

D’après ces données d’une médecine assurément plus fantastique que celle qu’il prétendait retirer de l’ornière ontologique, Broussais ne voit dans les maladies que des affections d’organes qu’il faut s’empresser de dissiper sans hésitation et sans retard (1). Le temps et les forces médicatrices n’ont rien à réclamer. « Les crises sont «des efforts violents et souvent dangereux que la nature » déploie pour soustraire l’économie à un grand dan- » ger ; il est donc utile de les prévenir et imprudent de les attendre (2). »

(!) Examen, etc. , propos. 570.

(2) Ibid. T. Ier , propos. 265.

Ne lui parlez pas de méthodes naturelles de traitement. Ce qu’il y a de naturel , vous dirait-il , en jouant ironiquement sur le mot , c’est de calmer une irritation le plus tôt possible par les moyens les plus propres à produire cet effet. Avec de tels principes, vous vous hâtez de supprimer l’irritation goutteuse qui s'est portée sur une articulation , en dégageant le viscère envahi par la métastase. Vous combattez énergiquement une fièvre d’incubation , accompagnée de mouvements convulsifs , signes avant-coureurs d’une éruption prochaine. Enfin, vous supprimez, sans retard et indistinctement, toutes les maladies, sans daigner vous arrêter à l’opinion de ce rêveur qui a fait un livre sur les maladies qu’il est dangereux de guérir.

La lancette , les sangsues , les cataplasmes et l’eau de gomme triomphent seuls de ce fantôme de l’irritation , toujours le même sous ses formes les plus diverses.

Une seule règle fixe le choix des saignées à employer. Les engorgements sanguins des parenchymes qui se font avec rapidité, sous l’influence de l’irritation , réclament la saignée des gros vaisseaux. Dans tous les autres cas, la saignée des capillaires , le plus près possible du point principal d’irritation, doit être préférée, si la maladie est encore récente. Ces préceptes ne s’accommodent guère avec les exigences pratiques du traitement méthodique des fluxions ; mais qu’importe que Barthez

ait rédigé le code qui régit les grands principes de ce point capital de la thérapeutique î

En refusant ainsi de reconnaître les besoins du système et l’utilité incontestable de beaucoup de maladies; en traitant de chimère cette succession régulière des actes morbides qui préparent sûrement la résolution , on érige en principe la méthode jugulante , inaugurée par Galien avec plus de bonheur que de prudence. On accorde , mais dans un autre but , un bill d’indemnité à la pratique brutale des Botal de tous les temps. On imite avec assurance ces témérités d’artistes qui engagent de si près la vie humaine. Et c’est ainsi que bien des maladies régulières qu’on aurait pu sans danger livrer à elles-mêmes , deviennent graves et mortelles sous les coups d’un traitement impatient qui a stupéfié le système , arrêté l’élan de la nature , et troublé l’harmonie de ses actes synergiques. Bon nombre de fièvres typhoïdes , inscrites dans les tableaux statistiques de certains médecins en renom . n’ont pas , selon nous , une autre origine.

Mais il existe des irritations substitutives . c’est-Adire des actions médicamenteuses qui, par un procédé d 'excitation spécial , modifient la nature de l’irritation morbide dans le sens d’une heureuse solution.

Ce fait clinique est trop connu pour que Broussais ait pu l’omettre. Il n’a pas voulu se priver d’un moyen

puissant do guérison , et c’est à ce propos qu’il distingue formellement des irritations morbides et des irritations médicamenteuses qui les combattent : véritable non-sens dans sa doctrine , puisque l’identité constante de l’irritation en est le dogme capital. 11 fout donc concevoir qu’une irritation en détruise une autre en s’y ajoutant , et on se trouve en présence de ce singulier résultat arithmétique qu’une addition aboutit à une soustraction.

Nous n’ignorons pas que Broussais , poussé dans ses derniers retranchements et pressé de prendre parti pour ou contre le quinquina, a démenti, d’un seul mot, toute sa doctrine de l’irritation , en affublant l’action fébrifuge du nom d 'irritation dénaturée. On doit se féliciter , sans doute, d’un accommodement qui permet au chef du physiologisme de formuler, au lit du malade, la prescription du quinquina ou du mercure. La vie de l’homme est plus précieuse que toute la logique des systèmes. Mais il n’en est pas moins vrai que cette thérapeutique était profondément erronée , puisqu’elle repoussait la médication spécifique , et laissait ainsi , dans l’ombre, parmi les faits qui sont de sa compétence, ceux dont la valeur brille au-dessus de tous les autres.

Deux mots des inflammations chroniques , le plus beau et peut-être le seul titre de gloire de Broussais.

Ici ii laissera des traces durables dans la science. S’il n’a point été , comme il tenait à le faire croire , le premier à appeler l'attention sur ce point , il a plus nettement formulé les données de ce problème , il en a plus patiemment sondé les profondeurs et éclairé les obscurités.

Bien des affections réputées incurables, faute de pouvoir remonter à leur nature inconnue et à leur siège ignoré , sont devenues , grâce à lui , moins rebelles à l’art. Des maladies dites nerveuses, et qui , sous ce titre menteur, justifiaient, en quelque sorte, l’inaction du médecin ou les variations de sa thérapeutique , ont repris leur véritable caractère et cédé à un traitement dirigé , avec assurance , sur l’altération locale qui tenait sous sa dépendance l’appareil symptomatique.

La fièvre hectique, que Broussais, aux jours de sa jeunesse médicale , avait présentée comme pouvant être indépendante de toute lésion organique, est devenue, après ses recherches ultérieures, ce qu’elle est en effet , au moins dans beaucoup de cas, une source d’indicalious secondaires , dominée par l’importance du foyer local qui l’allume. Nous aimons à faire ici à Bnoussais la juste part qui lui revient dans ce progrès de la science contemporaine , dont il a été le plus habile et le plus ardent promoteur.

Mais nos éloges doivent se taire devant une thérapeutique qui n’a voulu faire aucun cas des inflammations par cause spéciale , et qui a dédaigné de se traîner à la remorque de la pratique traditionnelle des maîtres.

« Enlever des colites commençantes par des applications de sangsues au lieu convenable, c’est, dit «BRoussais, anéantir les épidémies de dysenterie (1).

» Les symptômes bilieux , muqueux et autres , dits «d’embarras gastrique , guérissent plus promptement et «plus sûrement par les sangsues placées à l’épigastre, ou «par l’abstinence et par l’eau que par les émétiques (2).

» Les vésicatoires exaspèrent le plus souvent les inflam- » mations des différents tissus des poumons, soit aigues , «soit chroniques lorsqu’on les applique avant le traite- » ment anti-phlogistique ; mais après les saignées répétées «ils opèrent très-eflicacement la révulsion (3). »

Nos réflexions n’ajouteraient rien à l’erreur de ces hérésies pratiques. Nous en avons emprunté l’expression textuelle à l’auteur, non seulement pour être bien sûr

(4) Examen, propos. 276.

(2) Ibid., propos. 278.

(5) Ibid. , propos. 289. Broussais fait une règle impérieuse de la saignée préalable pour obtenir de bons effets du vésicatoire ; mais on connaît l’efficacité de ce moyen dans des pneumonies catarrhales où on n’a nullement besoin de recourir aux émissions sanguines.

de ne pas dénaturer son langage , mais encore pour lui laisser la responsabilité tout entière de ses affirmations anti-médicales.

Que vouliez-vous que fît Broussais en présence des irritations spécifiques , si profondément antipathiques à ses principes? Le quinquina et le mercure ont réclamé leur rang dans la méthode par l’organe de l’observation clinique. Mais Broussais , avant d’avoir pris son parti sur cette intrusion exotique, avait écrit les lignes suivantes :

«Les fièvres intermittentes dites pernicieuses doivent être traitées comme celles auxquelles cette épithéte «n’est pas donnée, si ce n’est qu’il faut agir avec plus »de promptitude (1).»

Or, il vient de dire que les irritations intermittentes cèdent aux saignées et au froid appliqué , avant la période de chaleur et au printemps, lorsque le sujet est robuste et pléthorique; et dans ce cas, le lieu d’élection, pour l’application des sangsues, est la partie la plus rapprochée du principal point d’irritation.

Nous ne demanderons pas comment Broussais détermine ce point d’irritation quand il est impossible d’en constater la présence ; mais nous ferons remarquer à

(4) Examen, etc. , propos. 390

quelle thérapeutique désastreuse entraînerait une pareille méthode appliquée aux fièvres pernicieuses.

Un sujet pléthorique et robuste , atteint au printemps d’une de ces fièvres et saigné avant la période de chaleur, ne serait-il pas mortellement frappé au deuxième accès?

Un sait , enfin, que la thérapeutique de la syphilis par les anti-phlogistiques fut d’abord adoptée sous les auspices de la doctrine. On se rappelle aussi qu’une nation voisine se crut obligée d’interdire le traitement de cette maladie par une méthode exclusive dont il était urgent de limiter les ravages. Broussais avait donc fini par revenir à la vieille tradition empirique et à l’emploi du mercure ; non sans uu secret dépit qui perce dans la rédaction naïve de la proposition suivante :

«L’irritation syphilitique invétérée cède aux anti- » phlogistiques et à l’abstinence ; mais , comme la cure » est pénible, on préfère le mercuie et les sudorifiques (1).»

Ajoutons que l’efficacité anti-vénérienne du mercure n’a pu cadrer avec la doctrine que sous l’égide d’une subtilité nouvelle. Broussais y voit je ne sais quelle révulsion vague qui s’opère sur les capillaires dépurateurs.

(1) Ouv. cit. , propos. 406.

Un mot seulement sur les idées thérapeutiques de Rasori au sujet de l’inflammation.

Nous avons vu que ce médecin faisait dépendre cet état morbide d’un excès de stimulation générale dont l’expression était pour lui une diathèse de stimulus. Sous ce rapport , sans doute, ses principes thérapeutiques se rapprochent de ceux des anciens et s’éloignent de ceux de Broussais. Aussi Rasori oppose-t-il à l’affection inflammatoire des agents médicamenteux qui procèdent directement, selon lui, par un mode spécial de contre-stimulation , et que l’expérience de leurs effets lui fait admettre comme de véritables spécifiques.

On connaît les modifications fondamentales que Rasori a fait subir, d’après ces vues , aux classifications des médicaments généralement adoptées, en les décorant, sur la foi d’une expérimentation plus que douteuse, de propriétés stimulantes ou contre -stimulantes. Il faut lire, pour se faire une idée de ce qu’il y a de vraiment personnel dans sa manière de comprendre l’action de cerlaines substances , les histoires de maladies supposées inflammatoires qu’il a guéries par des remèdes stimu lants prescrits à très-hautes doses. L’opium , par exemple, qu’il range dans cette classe, à l’instar de Brown , y figure à la dose d’un ou deux grammes par

jour (1). L’auteur n’arrive à ces quantités énormes qu’après s’être assuré d’abord de la véritable nature de la diathèse , par les bons effets de quelques faibles doses administrées ainsi à la manière des réactifs. Nous n’avons pas besoin de dire que ce mode de tâtonnement qui n’est pas sans inconvénient pour le malade , doit céder le pas , selon nous , à l’étude directement analytique de toutes les circonstances qui se rattachent à la maladie qu’on traite. La méthode connue dans les écoles sous le titre à juvanlibus et lœdentibus , et qui recherche la nature des maladies d’après le seul effet des remèdes, n’est un pis-aller acceptable qu’â défaut de données plus scientifiques, et on ne peut l’ériger en loi générale.

Il ne s’agit ici , pour nous , que de jeter un coup* d’œil sur le traitement institué par Rasori contre les maladies inflammatoires. Or, il l’a fondé sur ce principe que certains agents ont la propriété de combattre directement la fluxion inflammatoire fixée sur certains organes , en vertu d’une véritable spécificité , ou, comme aurait dit Venel, d’une approvrialion spéciale. Ainsi , le ta. tre stibié serait le spécifique du poumon et de la pneumonie , la gomme-gutte celui du gros intestin et de la dysenterie , etc.

Mais comme la pneumonie et la dysenterie sont loin

(1) Voir l’appendice ajouté au traité de la phlogose, T. Il , pag. 187.

d’être des maladies simples, toujours identiques ; que ces affections se présentent avec une combinaison d’éléments dont les prédominances respectives modifient les vues de la thérapeutique; on ne peut reconnaître, d’une manière aussi absolue , aux prétendus spécifiques . la vertu de combattre directement et en bloc des états morbides présentant des indications très-diverses suivant le genre de leurs complications et les différences de leur nature. Il y a cependant un côté vrai dans les errements pratiques de Rasori. Sa formule rend tous les jours de grands services entre les mains des praticiens qui ne dédaignent rien , parce que le traitement des maladies, quels qu’en soient les agents , a la valeur que lui donne une opportunité bien comprise. Mais les cas où elle est utile doivent être spécifiés avec soin , et dégagés de la généralisation exclusive que Rasori leur a vicieusement assignée.

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Enfin, l’Ecole anatomique a en son tour dans la question qui nous occupe , et l’a envisagée du point de vue particulier qui domine ses travaux. Ici il n’y a plus ni irritation , ni excitation, facultés qui remontent en définitive à la vie elle-même. Tout se réduit , è peu près , dans le phénomène inflammatoire , à des modifications matérielles dans les tissus, habilement constatées et poursuivies dans les solides et les liquides. On fait appel aux

lumières de la chimie qui apporte le contingent de ses méthodes fort dépaysées au sein des actes de la vie; on explore avec son aide le fluide sanguin, et on arrive, sur ses affirmations, à considérer l’excès relatif de la fibrine comme un signe pathognomonique de l’existence d’une inflammation.

Nous ne parlerons point des travaux hématologiques de M* Andral , qui , dans sa collaboration avec un savant physicien , a laissé trop absorber , selon nous , sa spécialité médicale. Nous n’insisterons pas non plus sur les amplifications que MM. Becquerel et Rodier ont fait subir à ces recherches , et qui leur ont fourni l’occasion de confirmer bien des assertions de leurs prédécesseurs et d’en modifier beaucoup d’autres.

Ce qui manque à ces travaux utiles , qui ont pour but d’élargir l’horizon de la médecine, ce sont précisément les applications médicales. Nous ne voudrions pas être accusé d’exiger, pour les premiers pas d’une science qui naît à peine, la vigueur de l’âge adulte; mais nous ne pouvons pourtant nous taire sur les conséquences à déduire de l’état actuel de ce point d'observation.

L”excès relatif de fibrine suffit-il , comme on le prétend , pour diagnostiquer l’existence du mode inflammatoire, en l’absence de tout autre signe caractéristique? Le vieil adage : Unum signurn v/ullum signum , doit-il se taire lorsque les réactifs ont parlé ? Le rhumatisme est-il

inflammatoire par cela seul que le sang des rhumatisants est riche en fibrine? Enfin , les inflammations les mieux caractérisées , par une analyse médicale complète , doivent-elles être dépossédées de leur titre , si la fibrine en excès n’apporte point le contrôle de sa présence ?

Avec de pareilles idées, la thérapeutique de l’inflammation se réduit à l’emploi de moyens propres à débarrasser les tissus et les liquides du trop plein qui les engorge. La méthode est déplétive , et la mesure de son action se règle sur le degré de l’engorgement à résoudre.

On ne remonte point aux antécédents du malade; on ne s’enquiert point surtout des prédispositions internes qui ont pu favoriser l’explosion de la maladie. On s’arrête aux causes externes vulnérantes, et encore dans cette étude on insiste surtout sur celles qui ont agi par une nécessité physique ou chimique, et on ne songe même pas à celles qui marquent l’inflammation du cachet de leurs vertus spécifiques.

Ce n’est point ainsi sans doute que procèdent tous les anatomo-pathologistes. Il en est, nous le savons, qui oublient, au sortir de leur cabinet, leurs prédilections théoriques , pour invoquer, auprès de leurs malades, les véritables lois de la nature humaine; mais ils deviennent alors infidèles à leurs principes, qui, pratiqués A la lettre et avec une religieuse orthodoxie, conduisent irrésistiblement à ces conséquences thérapeutiques.

En présence de ce chaos d’opinions si discordantes sur la thérapeutique de l’inflammation, que doit faire le praticien qui n’a pas d’engagement avec les systèmes, et qui veut apporter, au service de la question , l’ensemble des données qui la constituent ? Voici notre réponse.

Les deux ordres d’indications qui se retrouvent dans toute phlegmasie, doivent être acceptés au même titre : c’est dire qu’il faut également tenir compte de celles qui sont relatives à l’état général du système , et de celles qui relèvent de l’état local de la partie atteinte.

Mais ces deux classes d’indications n’appellent pas toujours au même degré l’intervention de l’art. Leur ordre de succession et leurs rapports de prépondérance décident de la conduite du médecin , qui les remplit dans le même ordre ou collectivement , suivant le caractère de ces rapports.

Nous avons présenté , dans notre première partie , un aperçu des divers assortiments de l’état local et de l’état général ; de leur combinaison dans certains cas et aux diverses périodes de la maladie.

Les méthodes de traitement et le choix des moyens curatifs doivent être assortis à la nature de ces relations, sous peine de ne voir qu’une partie du problème pratique et de subordonner l’action curative à des vues étroites.

L’Ecole de Montpellier admet , comme on sait , sous

le patronage de Barthez , trois sortes de méthodes de traitement, séparément applicables , selon les cas, à la curation des maladies , mais pouvant aussi se combiner et concourir ensemble au résultat final de la thérapeutique.

Nous nous contenterons de nommer ces méthodes pour éviter de reproduire ici des développements devenus familiers parmi nous. Barthez les a désignées sous les noms de méthodes naturelles, analytiques et empiriques .

Nous n’adresserons point à cette classification , dont JBarthez a tiré un si grand parti dans son beau Traité des maladies goutteuses , le reproche de n’avoir pas une base unique. L’une est fondée, en effet, sur les ■indications , et comprend les méthodes naturelles et analytiques ; l’autre repose sur Yaction des médicaments empiriquement connue et employée.

Il nous suffit ici de rechercher rapidement quelle est , dans le traitement de l’inflammation pure , l’importance relative de ces méthodes.

La méthode naturelle est indiquée dans le cas suivant : L’acte morbide est peu intense ; il siège sur un organe peu important par ses fonctions publiques ; aucun obstacle ne menace de compromettre la solution naturelle ; les divers éléments qui entrent dans la constitution de la maladie, n’offrent aucune prédominance isolée qui appelle plus spécialement l’effort du remède.

L’usage des tempérants , des émollients , des boissons délayantes , quelques résolutifs légers si l’affection est localisée sur un point accessible . sont les seuls moyens dont l’emploi soit indiqué.

Si l’affection inflammatoire paraît tendre à se résoudre par une crise, comme serait par exemple une diaphorèse abondante, une hémorrhagie, etc., le médecin doit surveiller ces mouvements spontanés , en régler la direction, la favoriser par quelques médications prudentes. Dans le premier cas, des boissons chaudes et sudorifiques; dans le second , des attractifs doux, disposés suivant la tendance présumée de l’effort hémorrhagique vers un point déterminé , pourraient rendre des services. Dans tous ces actes , le médecin qui a réuni , pour former son diagnostic , toutes les données relatives au passé et au présent du malade , doit toujours faire marcher de front les deux ordres d’indications dont nous avons parlé , et les pondérer impartialement pour n’en point remplir une seale au détriment de l’autre.

Mais si la fièvre , l’irritation , la fluxion , la douleur offrent par groupes ou isolément une prédominance relative, les méthodes analytiques prescrivent de décomposer l’acte morbide et de le combattre en détail , en attaquant successivement , dans l’ordre de leur prépondérance, les éléments qui entrent dans sa formation.

Les saignées générales et locales s’adressent avec

succès à l'élément fébrile général , ou à la fièvre locale entretenue par l’excès de l’irritation. C’est une des indications les plus fréquentes dans le traitement de l’inflammation.

L’administration des anodins et de l’opium, entre autres, contre-indiquée généralement par l’état inflammatoire , en devient , au contraire , le correctif le plus puissant , lorsque l’élément douloureux présente une exaltation exagérée. M. le professeur Lordat a vu, avec un de ses collègues, une ophlhalmie inflammatoire trèsintense qui résista à l’emploi énergique des antiphlogistiques et des révulsifs , et fut guérie par l’usage interne et externe de l’opium qui put seul calmer les douleurs atroces , avec accidents nerveux . dont s’accompagnait cette maladie.

Enfin , l'élément fluxionnaire local réclame , par sa prédominance , l’emploi méthodique de certains moyens destinés à enrayer son activité, à détourner sa direction , à le fixer sur un point dont l’importance dans le système soit de beaucoup inférieure à celle du point menacé ou envahi. Pour ce qui est de cotte dernière indication et des règles qui doivent présider, selon les divers états de la fluxion, à l’emploi des révulsifs et des dérivatifs, nous nous contenterons de renvoyer aux mémoires de Barthez , qui sont certainement le dernier mot de la science sur ce sujet.

Reconnaissons ici que si Barthez , Dumas , Bérard , et pour parler plus juste, I’Ecole de Montpellier, ont formulé les règles de l’analyse pathologique ; s'ils ont appris à employer méthodiquement ce puissant instrument d’observation pratique, les bons esprits s’en étaient servis de tout temps et avaient fait de l’analyse sans le savoir et d’instinct : réflexion qui n’enlève rien au mérite de notre Ecole qui a eu la gloire d'en généraliser l’application et de la rendre plus directement fructueuse.

Enfin , les méthodes empiriques peuvent aussi trouver leur place dans le traitement de l’inflammation pure, quoique , à vrai dire , elles brillent surtout par leur emploi contre les inflammations spécifiques. C’est à une des divisions de ces méthodes , la méthode perturbatrice, que l’on peut rapporter la médication substitutive dont nous avons eu occasion de parler , et les bons effets des agents irritants sur les surfaces enflammées. On sait la vogue dont jouit aujourd’hui la solution aqueuse d’azotate d’argent, et les effets remarquables qu’elle produit dans des cas rebelles aux médications les plus rationnelles.

xVIais , quelle que soit la méthode qu’on emploie , il ne faut jamais perdre de vue que l’inflammation représente un fait complexe, et que, pour en établir le traitement sur ses véritables bases, il faut réunir, dans une vue d’ensemble , les deux motifs d’action trop exclusivement désunis par les anciens et par les modernes.

Eclaircissons cette pensée en la concrétant par un exemple. Nous choisissons V encéphalite .

Dans cette maladie il est une classe d’indications qui se déduit de l’état de la fièvre et de l’énergie du mouvement fluxionnaire.

L’irritation locale du cerveau et la congestion qui l’envahit sont, à leur tour, la source d’indications de la plus haute importance.

Les indications relatives au mouvement fluxionnaire, à son intensité générale et à ses tendances vers l’encéphale, doivent marcher de front à travers les diverses périodes de la maladie.

Dans la période initiale , si la fluxion est encore vague et ne se porte sur le cerveau que par secousses, pour ainsi dire , la saignée générale est alors indiquée; elle modère puissamment l’intensité du mouvement fébrile ; mais elle doit être alors pratiquée dans un point éloigné de l’organe vers lequel se portent les mouvements fluxionnaires. Pour opérer cette révulsion , il faut préférer l’ouverture de la saphène à celle de la basilique.

Lorsque la fluxion est parvenue à sa période d’état et s’est définitivement concentrée sur le cerveau , les dérivatifs ont alors leur tour; des sangsues ou des ventouses scarifiées derrière les oreilles ou sur le trajet des jugulaires , l’application d’un vésicatoire à la nuque , sont un puissant moyen de dégorgement local.

On provoque concurremment une révulsion sur le tube intestinal, au moyen du mercure doux, dont l’action semble spécialement appropriée à ces cas particuliers.

A travers ces médications diverses , la fièvre doit être entretenue dans un certain degré, en vue des efforts résolutifs dont elle est l'instrument le plus efficace.

A une période plus avancée de la maladie, si sa marche n’a pu être enrayée , le cerveau est devenu le siège d’un travail morbide qui menace l’intégrité de sa substance. L’inflammation locale est montée au rang de fait prédominant et constitue l’indication fondamentale. On recourt alors avec succès aux applications topiques , on applique de la glace sur la tête , on passe un séton à la nuque, on pose sur le crâne, préalablement rasé , un large vésicatoire qui en couvre la surface.

Pendant ce traitement on n’oublie pas un seul moment les conditions individuelles du malade -, l’état relatif des forces est apprécié avec sollicitude , parce qu’il est trèsurgent de les soutenir et de laisser à la nature les moyens de mettre à profit la résolution locale qu’on provoque par les remèdes. L’application méthodique de sinapismes ou de vésicatoires volants , sur divers points du corps , remplit utilement cette indication.

C’est ainsi qu’en tenant compte de tous les éléments du problème pathologique qu’il s’agit de résoudre , en n’en négligeant aucun, en faisant à chacun d’eux, séparés

ou réunis, la part qui leur revient, on met de son côté ou , pour mieux dire, du côté du malade, le plus grand nombre de chances favorables.

Mais l’inflammation , nous l’avons dit dans notre première partie , n’est pas toujours pure ou légitime; elle se présente souvent avec un cortège de symptômes qui démontrent qu’elle a changé de nature. Elle est devenue alors ce que nous avons appelé une inflammation spéciale: c’est dire qu’elle exige une méthode de traitement assortie aux modifications qu’elle a subies.

Au point de vue pathologique, nous avons prouvé que les fluxions inflammatoires revêtent, sous l’influence de certains états individuels préexistants, des caractères particuliers qui les frappent du cachet des prédispositions internes au sein desquelles elles éclatent.

Ce fait d’observation qui ressort des traits particuliers qu’offre le tableau de ces inflammations spéciales , trouve une confirmation nouvelle dans les données de leur thérapeutique et dans les différences essentielles des médications appropriées au génie particulier dont elles dépendent.

C’est surtout sous l’empire des constitutions médicales ou épidémiques bien dessinées, que ces observations si importantes brillent de tout leur éclat; elles reçoivent ainsi, du rapprochement des faits identiques, opéré sur une vaste échelle , une irrécusable sanction qu’elles

n’auraient point obtenue d’un petit nombre de cas isolés dont l’interprétation laisse toujours quelque prise au doute.

On voit, sous ces influences, l’état inflammatoire local se subordonner le plus souvent à l’état affectif bilieux , catarrhal et nerveux , et céder merveilleusement à la médication qui combat l’élément qui le domine.

Dans les pneumonies qui présentent ce caractère de spécialité phlegmasique , le diagnostic qui ne se formulerait que d’après les données du stéthoscope, s’aheurterait le plus souvent à un simple épiphénomène, et laisserait en dehors l’indication vraiment fondamentale , celle qui consiste à combattre l’état général d’où dépend la localisation pulmonaire. N’oublions pourtant pas nos principes, et conservons, à la fluxion locale, la part qui peut lui revenir dans la composition de la maladie et dans les vues du traitement.

Dans la pneumonie bilieuse , par exemple , si la congestion des poumons menace cet organe d’altérations profondes et bientôt irrémédiables ; si l’analyse des signes généraux présentés par le malade concorde avec le langage de l’auscultation et conclut dans le même sens, la fluxion locale devient le sujet d’une indication pressante ; la saignée est indispensable. L’état général , débarrassé de cette grave complication , cède ensuite , comme par enchantement, à l’emploi des évacuants.

Mais qu’est-il besoin d’insister sur ees principes éternels de l’art dont la pratique des Maîtres nous révèle tous les secrets? Bornons-nous à leur emprunter quelques faits, qui mettront en relief, bien mieux que tout ce que nous pourrions en dire , ces règles fondamentales , dont l’oubli rendrait la thérapeutique impuissante ou désastreuse.

Stoll , qui est , à notre avis , le plus grand praticien des temps modernes , a épuisé , pour ainsi dire , ce point de vue si important de la science. On connaît l’admirable sagacité avec laquelle il a su démêler l’affection bilieuse souslemasquedela forme inflammatoire. Lisez l’ Histoire des Constitutions de 1776, 1777 et de 1778, si fécondes, à Vienne, en pleurésies , en péripneumonie s et en frénésies bilieuses , ou , comme on dirait aujourd’hui, en méningites , et vous constaterez l’heureux usage qu’il a fait de l’émétique, dès le début, et par quelle profonde analyse il a pu , à coup sûr, en préciser l’indication.

On a reproché à ce grand homme une complaisante prédilection pour la méthode évacuante. Cette préoccupation aurait, dit-on, égaré parfois ses déterminations pratiques. Si cela était, il faudrait excuser ces erreurs du génie. Mais , nous n’hésitons pas à le dire , avant d’en remontrer à Stoll en matière de diagnostic , il faul y regarder à deux fois.

Aux bons effets de l’émétique, le médecin de Vienne oppose toujours les funestes effets de la saignée. Il a vu très-souvent les pleurésies bilieuses , très-simples dans l’origine, devenir malignes entre les mains des médecins de son temps qui n’avaient pas su saisir la véritable indication , et s’étaient bornés aux émissions sanguines, sur les simples apparences de l’état inflammatoire. l a faiblesse et la dépressibilité soudaine du pouls, l’apparition du délire et la résolution des forces suivaient de très-près cette médication intempestive. Il fallait alors jrecourir au quinquina combiné avec le camphre , et appliquer des vésicatoires à titre d’excitants (1). Cet insuccès constant des saignées , comparé aux heureux effets des émétiques dans les pleurésies et les pneumonies véritablement bilieuses , reparaît à tout moment dans ces magnifiques tableaux , l’honneur de notre science et la gloire de leur auteur.

Tissot avait déjà décrit . sous le titre de pleurésies et de péripneumonies fausses ou bilieuses , trois épidémies qui ont régné dans le canton de Lausanne , en 1753, 1765 et 1766 (2).

Dans la première , la saignée . pratiquée avec ménagement, se montrait utile : c’est qu’ici le mode inflam-

(1) Stoll, Méd.-prat., lre partie, p. 16; trad.

(2) Lettres à Zimmermann. Lausanne 1765 et 1768.

matoire jouait un rôle important dans la constitution de la maladie et devenait source d’indication.

Dans les deux autres, la saignée était inutile ou dangereuse. L’état bilieux tenait le premier rang. L’administration d’un émétique , dès le début , enlevait , du même coup , le point de côté et la fièvre. Dans les cas rares où les symptômes offraient plus de résistance , on recourait aux vésicatoires et à l’usage de quelques diaphorétiques et de doux laxatifs destinés à favoriser les évacuations critiques qui jugeaient la maladie.

Les mêmes faits n'ont point échappé à l’observation de Baillou , qui reproche rudement aux médecins de son temps de les méconnaître. Sydenham , malgré sa prédilection pour les anti-phlogistiques, leur a donné la même interprétation. Ramazzini , Huxham , Zimmermann, Finke les ont inscrits dans leurs livres, sous la dictée de leur expérience. Geidetti a publié, au commencement du xvme siècle , une dissertation sur le même sujet. On y voit les malades , traités par la saignée. mourir presque constamment le 5e jour, et guérir, au contraire, rapidement par l’usage des évacuants.

M. Ghomel , que nous aimons à citer parce qu’il écrit in aere Lutetiano , comme aurait dit Baglivi , distingue fort bien la pneumonie bilieuse proprement dite, de la pneumonie qui n’est que compliquée de phénomènes bilieux. Dans la première, dit-il avec raison ,

l’inflammation du poumon et l’étal bilieux ne forment qu’un tout qui cède à la même médication ; dans la seconde , la pneumonie réclame les unti-phlogistiques dès qu’elle a été débarrassée de la complication bilieuse (1).

Cette distinction, familière à notre E^ole, est essentiellement pratique.

Rappelons ici une difficulté sérieuse qui vient parfois obscurcir ie diagnostic de la pneumonie et jeter des doutes sur sa nature.

Stoll a mentionné des pneumonies très-violentes et évidemment inflammatoires qui présentent tous les traits de l’état bilieux : les malades ont le visage très-pâle , les yeux jaunes , la surface de la peau verdâtre.

D’un autre côté, il a vérifié l’observation de Baillou, qui avait vu les malades atteints de surcharges saburrales des premières voies , sans aucune espèce d’inflammation , avoir le teint rouge et les yeux injectés.

Comme on doit le penser, c’est à l’analyse clinique que Stoll demande des lumières pour éclairer ces cas embarrassants (2).

M. Martin Solon prétend fournir des données utiles en traitant l’urine et le sérum du sang par l’acide azotique. Si l’emploi de ce réactif fait apparaître une

(1) Leçons cliniques, rédig. par Sestier , T. II! , p.552 et suiv.

(2) Ouv. cit. , lre part., p. 51.

couleur verte , elle est , selon lui , l’indice de la présence de la bile dans ces humeurs , et peut servir à fixer le diagnostic incertain (1).

Mais dirons-nous , avec l’auteur, que l’absence de ce signe , coïncidant avec toutes les apparences d’un état bilieux , suffit pour contre-indiquer l’emploi des évacuants et prescrire la méthode anti-phlogistique ?

Nous pourrons admettre une pareille prétention lorsqu’on nous aura démontré que le diagnostic d’une maladie repose sur un seul signe , fût-il des plus importants, et n’est point la résultante synthétique du rapprochement de toutes les données qui s’y rattachent. Comme nous sommes encore fort éloigné de réduire à cette simplicité imaginaire le problème diagnostique, nous laissons à M. Martin Solon toute la responsabilité de son assertion.

Nous ne saurions oublier d’ailleurs que, dans ces recherches chimiques, le langage des réactifs est obscur, infidèle , variable suivant la voix qui l’interroge ; et nous avons un grave motif de plus de ne pas subordonner une question clinique de cette importance à des présomptions aussi incertaines.

Souvent l’affection catarrhale emprunte la livrée de

(t) Traité de l’albuminurie , 3e part., p. 438. — 1858.

la pneumonie inflammatoire, et conserve, sous ce déguisement, sa nature primitive, source capitale d’indication.

Fouquet, qui a si bien conquis sa place dans les rangs des maîtres de l’art , a fait à ce sujet des observations intéressantes. En décrivant la constitution médicale des six premiers mois de l’an Y, qui fut , comme il le dit, humide et pituiteuse , il note la rareté relative des fluxions de poitrine inflammatoires. Celles qui se montraient les plus communes n’étaient que de fausses fluxions de poitrine, indiquant très-rarement l’emploi modéré des émissions sanguines, et cédant, au contraire, aisément à l’usage des vésicatoires et des laxatifs. Fouquet rapproche les résultats heureux de sa pratique, de ceux qu’il voyait obtenir dans le même hôpital , aux premières années de ses études , « par un autre Botal »qui faisait indistinctement saigner jusqu’au blanc tous «les malades atteints de fluxions de poitrine catar- «rhales (1). » La mortalité était effrayante.

Fodéré a traité aux Martigues, en 1806, une épidémie de fluxions de poitrine présentant tous les caractères de véritables inflammations du poumon. Les médicastres du pays avaient hardiment joué de ia lancette et tué un grand nombre de malades. Fodéré

(1) Sanguineam reddebanl animarn , dit Fouquet. Voir la const. de l’an V, passim.

arrive, remonte, par une analyse habile, à la nature catarrhale et gastrique de l’affection, et sauve les malades le plus gravement atteints , par l’application des vésicatoires combinée avec l’administration des émétocathartiques. Le succès de ce traitement est une belle page de la vie médicale de ce savant praticien (1).

Les inflammations du poumon sont assez souvent sous la dépendance d’un état nerveux ou malin , et constituent alors les pneumonies cacohetes , ainsi nommées par Baillou. Stoll , entre autres , en a cité des exemples. Elles se montrent fréquemment pendant l’automne et chez les sujets profondément énervés par des excès de'tout genre. La saignée qu’on leur oppose peut être mortelle. L’indication principale prescrit de relever les forces profondément atteintes et de régulariser les désordres de l’action nerveuse. Les toniques , et au premier rang le quinquina , les excitants anti- spasmodiques , tels que le musc et le camphre , sont les ressources les plus efficaces de leur thérapeutique.

Sarcone a eu à traiter des pleurésies malignes qui régnaient, à Naples, en même temps que des pleurésies purement phlogistiques. Il les guérissait, pourvu que le traitement fût entrepris à temps , par l’application de larges vésicatoires sur la poitrine et de ventouses scari-

(1) Leçons sur les épidém., T. III , p. 189 et suiv.

fiées sur le dos. Si les forces se relevaient , il faisait une légère saignée de deux ou trois onces , et donnait le musc, le camphre , du bon vin et l’extrait de quinquina (1).

C’est ainsi que Joseph Franck a traité les mêmes maladies (2) , et nous assistons journellement , à l’hôpital Saint-Eloi , au succès de cette pratique.

Dans les inflammations des poumons à caractère profondément asthénique, et dans lesquelles la douleur se présentait comme élément prédominant , Huxham se trouvait très-bien d’administrer l’opium (3). Cette pratique était aussi celle de De Haen , dans les cas analogues (4).

Sarcone a écrit de belles pages sur les pleurésies asthéniques accompagnées d’états spasmodiques trèsdouloureux ; il remarque que l’administration de l’opium doit être prescrite de bonne heure pour éviter la fluxion consécutive que l’intensité de la douleur ne manquerait pas d’attirer sur le poumon, et il joint l’exemple au précepte (5).

(1) Malad. obs. à Naples, T. Ier, p 173etsuiv.

(2) Obs. med. clin, instit.

(5) Huxham , oper. T. Il , pag. 228.

(4) Rat. med. , T. Ier , pag. 24.

(5) Ouvr. cit. , T. 1er , pag. 126 etsuiv.

Baillou confesse qu’il perdit un de ses malades pour l’avoir saigné dans une péripneumonie asthénique (1).

Nous n’avons point à insister ici sur Pimporlance du rôle que jouent les constitutions médicales ou épidémiques , dans les modifications profondes de nature que subissent les inflammations spéciales. Elles sont la boussole du praticien, qui ne craint plus d’égarer sa marche quand il en a bien déterminé le génie.

Nous retrouvons dans les inflammations intestinales la même mobilité de nature.

Quand la dysenterie est véritablement inflammatoire, la saignée réitérée produit réellement des merveilles , si la fréquence des selles n’a point trop altéré les forces. Des évacuants gastriques ou intestinaux seraient nuisibles ; les narcotiques, les astringents seraient également funestes (2'.

Mais la nature de la dysenterie est loin d’être toujours inflammatoire , comme l’a prétendu l’Ecole physiologique. Dans l’épidémie de 1765 décrite par Zimmermann , ce médecin considéra toutes les attaques sérieuses comme subordonnées à une fièvre bilieuse et putride, et il avoue qu’il se serait étrangement fourvoyé s’il n’y avait

(1) Oper ., T. 1er, pag. 16.

(2 ) Zimmermann , Trait, de la dysenterie, pag. 27.

vu qu’un état inflammatoire, et qu’au lieu d’administrer un vomitif suivi de purgatifs , il eût recouru à la phlébotomie. Et cependant , la méprise était facile pour un esprit moins pénétrant que le sien , puisque les médecins du district de Thurgau firent largement usage de la saignée , soit parce qu’ils accordèrent , dans l’étiologie de la maladie , trop d’importance à l’abus des liqueurs alcooliques familier aux habitants de ce district, soit encore parce que leurs idées théoriques les portèrent à trop généraliser l’existence de l’inflammation chez leurs malades (1).

Il est donc très-important de ne pas faire fausse route et de bien déterminer d’avance, sans parti pris, la nature inflammatoire, bilieuse ou catarrhale de la dysenterie.

Dans une épidémie qu'il observa en Lorraine , Marqukt . malgré sa conviction sur sa nature franchement inflammatoire , s’abstint des émissions sanguines , et prescrivit la rhubarbe , le diascordium et des tisanes fortement astringentes. Zimmermann remarqué fort bien è ce sujet que , si ce traitement a réussi , Marquet s'est laissé tromper par les apparences , en croyant avoir affaire à une dysenterie inflammatoire. Si, au contraire , le diagnostic était juste , il explique parfaite-

(1) ZlMMERMAMH , OUVf. Cit. , püg. 218.

ment les ravages , comme pestilentiels , que fit cette dysenterie exaspérée par un pareil traitement (1).

Il est une maladie dont la dénomination semble impliquer la nature franchement phlogistique , tout en faisant allusion à la circonstance de son développement chez les femmes en couches : nous voulons parler de la métro-péritonite ou péritonite puerpérale.

On se ferait de cette affection une bien fausse idée si l’on n’y voyait toujours qu’une fièvre symptomatique d’une inflammation du péritoine. L’acte de l’accouchement a placé le système organique et vital de la femme dans des conditions spéciales qui favorisent le développement d’une affection fébrile générale , formant un genre à part dans la classe des fièvres , et méritant , à bon droit , de porter le nom de fièvre puerpérale.

Cette fièvre , comme toutes les autres , reçoit l’empreinte des constitutions médicales ; phlogistique eu hiver, bilieuse en été , elle peut être maligne ou typhoïde sous l’influence des constitutions automnales.

L’étude de ces differentes épidémies prouve que leur nature n’a point été constamment inflammatoire et qu’elles ne se sont point prêtées à un traitement uniforme. Il est certain que l’administration des vomitifs, et

(1) Ouvr. cil. . pag. 274.

notamment de l’ipécacuanha , a produit souvent les plus heureux effets, alors que l’emploi des anti-phlogistiques était suivi de la mort.

Doulckt administrait l’ipéeacuanha dès l’invasion , sans se préoccuper de la prétendue localisation inflammatoire, et il réitérait une ou deux fois cette médication, lorsque la première n’avait point amené d’amendement notable. 11 donna, en 1782, une grande vogue à cette méthode.

Nos principes ne nous permettent pas de la généraliser d'une manière aussi absolue. Nous croyons qu’il faut bien se garder de négliger la congestion locale fixée sut la matrice ou le péritoine lorsqu’elle est appréciable , ce qui n’a pas toujours lieu , et quelle que soit d’ailleurs la nature spéciale de la fièvre concomitante.

Mais on ne peut nier que l’indication des vomitifs ne se présente fréquemment ; ce qui semble subordonner, dans bien des cas , la péritonite ou , pour mieux dire , la fièvre puerpérale, à l’existence d’un état bilieux : d’où le précepte , assez généralement admis parles accoucheurs, de prescrire aux femmes , parvenues au terme de lent grossesse , l’usage des purgatifs , pour débarrasser les premières voies des matières saburrales dont la présence pourrait plus tard provoquer l’affection puerpérale, sous l’influence des conditions nouvelles réalisées par l’accouchement.

Hufelako regardait les émétiques comme le seul remède capable de remplir, d’un seul coup, toutes les indications. En France , cette méthode est très-connue. A Paris MM. Récamier , Dubois et Trousseau la recommandent, d’après les succès de leur pratique. M. Trousseau est même très-explicite sur ce point : « Malgré »l'affeclion locale, dit-il, administrez l’ipécacuanha et «les évacuants , et vous disposerez toujours l’organisme »à une réaction salutaire.»

Terminons notre travail par quelques mots sur la thérapeutique de l’inflammation , lorsqu’elle est sous la dépendance d’une cause spécifique. Nous aurons à l’envisager dans ses rapports avec l’état aigu ou chronique.

Parmi les inflammations spécifiques qui affectent l’état aigu, nous mettrons, en première ligne, celles qui s’offrent à l’observation avec tous les caractères d’une périodicité manifeste. La congestion inflammatoire porte indifféremment sur toutes les parties du corps. Mais la combinaison de ses symptômes avec ceux d’une fièvre intermittente démontre, par une analyse attentive, la nature illégitime de cette inflammation et sa subordination au génie périodique.

On voit, en effet, assez fréquemment, des pneumonies intermittentes, et il est du plus haut intérêt, dans la pratique , de déterminer les rapports respectifs qui lient

l’état local à l’état général , c’est-à-dire la fluxion pulmonaire à l’élément intermittent associé.

Si l’état fluxionnaire local témoigne par son énergie de sa prépondérance, il faut l’attaquer hardiment; il n'est qu’une véritable complication qui entraverait l’action du fébrifuge; le tour du quinquina n’arrive q ;’au second rang.

Mais si le génie de la Gèvre concomitante est pernicieux et que la fluxion pneumonique ne soit qu’une forme sous laquelle il se masque , l’administration prompte et largâ manu de l’anti-périodique offre alors le seul moyen de salut. On sait de quelles vives lumières l’illustre Torti a éclairé ce problème difficile , et avec quelle habileté il a mis en pratique les préceptes qu’il a si nettement formulés.

Dans ces cas, ne serait-ce point par un véritable abus de langage qu’on s’obstinerait à désigner ces maladies sous le nom d 'inflammations périodiques du poumon , et à les ranger, sauf les différences introduites par la périodicité , dans la classe des pneumonies franchement inflammatoires ?

Outre que la continuité est un des caractères les plus saillants de l’inflammation pure , comment expliquerait-on l’efficacité vraiment merveilleuse d’un traitement qui serait éminemment contre-indiqué dans l’hypothèse que nous repoussons , et qui n’emprunte son

infaillibilité qu’au caractère profondément spécifique de la fluxion qui n’a , de l’inflammation vraie , que la forme?

Pendant les premiers temps de l’occupation française en Algérie , nos soldats étaient atteints de fièvres trèsgraves , à type intermittent rarement bien dessiné et le plus souvent sub-intrant. Les accès déterminaient le raptus fluxionnaire sur le cerveau et produisaient ainsi des fièvres comateuses , apoplectiques , délirantes.

Si la congestion se portait de préférence sur le bas ventre , on observait des flux cholériques , hépatiques , dysentériques.

Aux yeux d’une observation superficielle, ces maladies présentaient tous les caractères de véritables inflammations , et les médecins militaires , encore sous l’influence des idées de Broussais , se laissèrent prendre à ces apparences. Ils crurent n’avoir affaire qu’à des gastro-entérites rayonnant par sympathie , et selon les cas , sur les méninges, le cerveau ou le foie. Le nom collectif de yastro-entéro-encéphalite qu’ils leur donnaient , renfermait leur théorie et impliquait leur méthode curative.

Les saignées et les sangsues en firent la base ; et le résultat de celte pratique donna une mortalité de 1 sur 9 en 1832 , et 1 sur 4 environ en 1833. Si quel-; ques circonstances hygiéniques , qui ont été plus tard améliorées , entrent , pour leur part , dans cette effrayante statistique , la plus grande , de beaucoup ,

revient , sans aucun doute , à la désastreuse influence du traitement.

M. Maillot , médecin militaire distingué , arrive à Alger, et revenant , par une heureuse inspiration , à des idées plus saines , il recourt à la médication fébrifuge. La mortalité est aussitôt réduite des 2/3 ou des 4/5. En moyenne elle n’est plus que de 1 sur 27. Ce fait parlait déjà bien haut ; M. Maillot le complète par une preuve péremptoire. Il rapproche les résultats obtenus dans deux divisions de fiévreux dont le service était confié à deux de ses confrères dirigeant leur thérapeutique dans un sens opposé : d’un côté médication anti-phlogistique , de l’autre prescription du quinquina.

Dans la première division , la mortalité est de 1 sur 12 ; dans la seconde , elle n’est plus que de 1 sur 25. De pareils chiffres se passent de commentaires (1).

Avait-on affaire ici , nous le demandons, à de véritables irritations cérébro-spinales ou gastro-entériques , et peut-on sans inconvénient leur conserver ce titre , même en sous-entendant les modifications de nature qu’elles ont subies? N’oublions point l’influence des mots sur les idées. Méfions-nous-en surtout en médecine , où une erreur de langage peut mettre en jeu la vie humaine.

(1) Vog. dans la Gaz. méd. de Paris, T. II , 1847, p. 65, les nouvelles remarques sur les lièvres pseudo-continues ,

par M. Maillot.

Dans les maladies décrites par M. Maillot les émissions sanguines ont dû intervenir aussi pour combattre quelques épiphénomènes menaçants , qui présentaient , pendant les accès , des formes réellement phlogistiques. Nous admettons leur utilité sans doute ; mais nous ne pouvons consentir, avec cet honorable confrère , à leur attribuer une part de moitié, dans les résultats avantageux de sa thérapeutique. L’indication fondamentale portait incontestablement sur l’élément périodique , et c’est à l’emploi de la médication anti-fébrile que doit revenir surtout , selon nous , l’honneur de la cure.

Que l’emploi des anti-phlogistiques soit indiqué lorsque l’affection principale se charge d’un élément inflammatoire accidentellement prépondérant, c’est ce que nous nous garderons bien de mettre en doute ; mais prétendre résoudre l’affection fébrile par les émissions sanguines générales on topiques , comme le tentaient les prédécesseurs de M. Maillot, c’est élever une indication secondaire au rang d’indication fondamentale; c’est prendre la forme pour le fond; c’est oublier, en un mot, qu’une môme affection morbide peut revêtir des expressions diverses, et qu’il faut l’attaquer hardiment sous le masque qui la couvre.

Les inflammations chroniques sont très-fréquemment

sous la dépendance de causes spécifiques qui se sont ,

en quelque sorte , identifiées avec le système , et qui ne peuvent céder qu’à la médication qui les combat par une action directe dont l’efficacité a été empiriquement reconnue.

Sous ce rapport , on trouve des inflammations chro-

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niques qui, dans les sièges divers qu’elles occupent, se rattachent à l’influence des diathèses vénérienne, psorique , herpétique , scorbutique , goutteuse , scrophuleuse , etc.

La phthisie pulmonaire peut dépendre de l’une ou l’autre de ces causes , selon les prédispositions héréditaires ou acquises des sujets. Il est très-important qu’un diagnostic habile découvre cette influence cachée , à une époque peu avancée du mal , pour laisser de meilleures chances à la thérapeutique. L’étude des antécédents du malade, embrassée dans les circonstances qui lui sont personnelles , et dans celles qui concernent ses parents, peut fournir d’utiles lumières. Dans le doute, l’essai prudemment dirigé , d’un traitement spécifique , révèle, d’une manière inattendue, la nature delà maladie par les amendements évidents qne l’on constate.

Baumes cite l’observation d’un enfant qui , sous l’influence d’une syphilis héréditaire , fut atteint , dès l’âge de quatre ans, de tous les symptômes d’une phthisie pulmonaire commençante. Un traitement de treize mois , emprunté à des moyens généraux qui n’avaient aucun

rapport avec la nature vénérienne de l’affection, n’améliora en rien l’état du jeune malade qui tendit rapidement au marasme.

Quelques confidences du père mirent Baumes sur la voie. L’usage de la tisane de Vigarous et des fumigations de cinabre, fut suivi d’un prompt amendement. Ce traitement, commencé dans les premiers jours d’avril , eut un plein succès au mois de juillet suivant (1).

La syphilis se cache souvent aussi sous la forme de cette inflammation consomptive du larynx , connue sous le nom de phthisie laryngée. La voix s’altère peu à peu , le mal de gorge devient permanent, la difficulté d’avaler augmente , le teint jaunit , le malade expectore des mucosités puriformes , il maigrit rapidement et semble s’acheminer vers la tombe. Une heureuse inspiration , suggérée par quelque renseignement significatif, ou , en désespoir de cause , par l’impuissance des médications déjà essayées , fait recourir à l’administration des préparations mercurielles , qui arrêtent la marche de la maladie et en provoquent la guérison complète. MM. Trousseau et Belloc , en ont inséré deux observations remarquables dans leur mémoire couronné sur la phthisie laryngée (2). On en retrouve fréquemment d’analogues dans la pratique.

(1) Baumes, de la phthisie pulmonaire, T. I , p. 428.

(2) Mém. de l’Acad. de médecine, T. VI, p. 74-81.

Les deux maladies que nous venons de nommer dépendent souvent de l’action latente des principes psorique , herpétique, scrofuleux ou scorbutique. Reconnaître ce fait, c’est tracer ù la thérapeutique la marche qu’elle doit suivre pour attaquer le mal dans sa racine.

Si l’on soupçonne comme origine des désordres morbides , la répercussion imprudemment provoquée de quelque éruption dartreuse ou psorique (et l’on sait qu’il n’est pas de forme symptomatique qui n’en puisse être la conséquence) , la règle est de chercher à la rappeler sur son premier siège , quitte à lui opposer alors un traitement plus méthodique. L’application momentanée ou permanente des exutoires remplit parfaitement cette indication.

Aux attractifs cutanés qui ont pour but de rappeler au dehors la fluxion spécifique vicieusement établie à l’intérieur, on associe les agents pharmaceutiques dont l’action passe pour être plus spécialement appropriée aux exigences de ce traitement. Les sulfureux sont au premier rang et le méritent par les services qu’ils rendent.

Dans des cas graves et rebelles, l’inoculation de la gale a même été conseillée. On trouve , dans les auteurs, des faits nombreux qui concluent en faveur de cette pratique.

Nous nous croyons dispensé de réfuter ici l’opinion de certains médecins du jour sur l’innocuité des réper*

eussions de gale ou de dartres. Il est des esprits remuants qui aiment à remettre en question les vérités les mieux acquises. Quand on connaît le prix du temps , on n’a garde de le perdre dans de pareilles discussions.

La préexistence de certains signes de scorbut indique parfois la nature scorbutique d’une phthisie pulmonaire; c’est alors dans la classe des agents décorés du titre d’anti-scorbutiques, qu’il faut aller chercher les moyens curatifs.

On connaît , à cet égard , l’efficacité vraiment spécifique des plantes de la famille des crucifères, et les bons effets qu’on peut attendre de l’usage des fruits acidulés. Nous n’avons pas besoin d’ajouter que le régime et les conditions hygiéniques sont peut-être , dans cette maladie , d’un intérêt plus pressant que dans tout autre. Sous ce rapport, la science moderne peut revendiquer d’immenses progrès qui ont heureusement réagi sur la fréquence et la gravité des affections scorbutiques , naguère encore si communes et si redoutables.

L’affection scrofuleuse est souvent la cause de certaines inflammations chroniques qui se compliquent à la longue de productions tuberculeuses. Au début de cette affection , dans les divers sièges qu’elle affecte , l’inflammation spécifique offre parfois de si grands traits de ressemblance symptomatique avec l’inflammation pure ou légitime , qu’il est à peu près impossible d’éta-

blir une démarcation bien tranchée. On ne peut souvent s’éclairer que de l’inefficacité des moyens anti-phlogisliques, de quelques soupçons sur l’hérédité possible de la maladie et du caractère des symptômes développés dans une période plus avancée. La réunion de ces divers signes amène à conclure l’existence d’une diathèse scrofuleuse qu’il faut attaquer directement , pour prévenir les altérations dont ses localisations internes menacent les organes (1). C’est souvent sur les yeux que porte l’effort de cette diathèse, et elle fait naître, si on ne peut l’arrêter en temps opportun , des ophthalmies des plus graves qui peuvent se terminer par la fonte purulente des globes oculaires. Le carreau des enfants se rattache aussi, comme on sait, à cette diathèse qui se dissimule , surtout au début , sous les apparences d’une irritation abdominale à symptômes obscurs et à marche lente.

L’arsenal médicamenteux , destiné à combattre l’affection scrofuleuse , est d’une richesse bien voisine de l’indigence , dans certains cas invétérés. Cependant il est des substances qui ont fait leurs preuves comme antiscrofuleuses. L’iode et ses préparations , l’or et ses composés , le chlorydrate de baryte , les mercuriaux , et enfin , l’huile de foie de morue , semblent doués d’une

(1) Thomson , Traité de l’inflammation , trad. de Jourdan , p. 124. - 1827.

efficacité réelle qui emprunte ses meilleures chances à l’opportunité de leur application , dans des cas bien déterminés. L’insolation et l’exercice en plein air sont des ressources que l’hygiène associe avec avantage au traitement pharmaceutique. N’oublions pas les bains de mer qui réalisent , dans quelques cas très-graves , de merveilleux effets.

En résumé, la thérapeutique de l’inflammation, chez les anciens et les modernes , ne pouvait être que la conséquence directe de l’idée incomplète qu’ils se sont faits de cet état morbide : elle mérite donc les mêmes reproches que leur pathogénie.

Tenir compte à la fois de l’état général et de l’état local, apprécier leurs rapports et leurs degrés respectifs de prédominance : telles sont les véritables bases d’une thérapeutique complète de l’inflammation.

Mais l’inflammation n’est pas toujours légitime ; elle dépend souvent de causes spéciales ou spécifiques. La thérapeutique doit s’assortir aux modifications diverses qui en résultent.

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