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De la pathogénie des hémorrhagies

Tout progrès en médecine ouvre une voie encore inexplorée, tout perfectionnement découvre des aperçus nouveaux, apporte aux recherches une tâche nouvelle. Bornée d’abord à l’observation [pure des phénomènes morbides, la médecine eût du se restreindre à la constatation empirique des causes, elle pouvait en faire une étude abstraite et souvent elle l’a lait avec une certaine grandeur; elle ne pouvait saisir le mode d’action de ces causes, le procédé par lequel elles engendrent la maladie en produisant la circonstance qui va faire éclater les premiers symptômes, en réalisant enfin ce qu’on a appelé la cause immédiate des maladies.

Cette étude plus intime qui nous fait connaître le conflit des causes morbifiques avec l’organisme sain et qui nous révèle ainsi la genèse des maladies, c’est la pathogènie, c’est cette partie de la physiologie pathologique, qui s’arrête au moment où la maladie éclate, pour reparaître ensuite dans le détail, quand il s’agit d’interpréter l’apparition des symp-

tômcs cl le mode de production des accidents morbides successifs.

A la constatation des causes, succède ainsi, dans un ordre logique, la recherche du mode d’action de ces causes. A l’étiologie empiriquement établie, vient s’ajouter la pathogénie qui systématise les causes, en donne la théorie et introduit dans la pathologie, à côté de l’observation et au-dessus d’elle, la conception scientifique de la genèse des maladies. Mais cette systématisation, pour être réellement scientifique, pour s’élever à la hauteur d’une notion positive, ne peut être faite que si l’on possède au préalable d’autres notions précises relatives à la constitution intime et au fonctionnement normaux de l’organisme, ainsi qu’aux changements anatomiques et fonctionnels qui accompagnent la maladie. Anatomie et physiologie normales, anatomie et physiologie pathologiques, telles sont donc les connaissances préalables sans lesquelles l’interprétation des données fournies par l’étiologie, ne peut être qu’hypothétique, sans lesquelles on ne peut faire qu’une pathogénie imaginaire.

Est-ce à dire, qu’avant d’aborder les recherches de pathogénie, il faille attendre que ces autres branches de la science soient parfaites, et qu’il ne reste plus de doute sur aucun point de l’anatomie ou de la physiologie normales, que l’anatomie ou la physiologie pathologiques ne gardent plus d’obscurité? Une semblable réserve qui retarderait éternellement l’avènement de la pathogénie, ne saurait être imposée à des iînpatiences lort légitimes et ne pourrait l’être, en tout cas, qu’au grand préjudice des malades et de la science ellemême. Car la distinction de l’étiologie et de la pathogénie n’est pas une pure division scholastique, elle a son application pratique immédiate. C’est sur l’étiologie que se fonde la prophylaxie ; c’est de la pathogénie que dérivera la thérapeutique scientifique. Mais si l’on ne peut attendre l’avénement de

cette science parfaite, dont le terme s’éloigne toujours à mesure que nous avançons, on est en droit d’exiger au moins des théories patliogéniques, qui ont la prétention de n’êtrepas purement hypothétiques, qu’elles soient basées sur des notions scientifiques spéciales sufiisantes et telles que, pour l’objet déterminé, aucune autre supposition ne puisse être faite qui n’ait été expérimentalement démontrée fausse. C’est là montrer une grande exigence et introduire beaucoup de rigueur dans le programme ; mais, avec les notions positives, il n’est point d’accommodement. Aussi on doit reconnaître, et il est bon de dire, que telle notion-qui usurpe le titre de scientifique, n’est qu’une hypothèse vraisemblable, la plus vraisemblable peut-être, pour une époque déterminée et parfaitement légitime, pourvu qu’elle ne soit contradictoire avec aucune des notions que l’on possède sur son objet. On se laisse facilement abuser par les mots, aussi ne faut-il pas hésiter à inscrire le mot hypothèse — hypothèse légitime si l’on veut — sur bien des théories qui sont réputées positives.

Le temps n’est pas encore très-éloigné où les connaissances scientifiques préalables étaient insuffisantes pour qu’on pût arriver, en pathogénie , à la certitude ou même à l’hypothèse légitime; et, pour grandes que sont les conquêtes de la science moderne, avouons qu’au jour d'hui encore nous ne sommes pas en mesure de formuler des théories rigoureuses, je ne dirai pas de toutes les maladies, mais même de la plupart d’entre elles. La médecine, sans doute, est entrée dans sa période scientifique, mais nous ne sommes qu’à une époque de transition. « Patience et longueur de temps » , tel devrait être le mot d’ordre de la médecine moderne, mot d’ordre qui irrite ces ardeurs impatientes dont les témérités, risquent de compromettre les doctrines mêmes qu’elles prétendent servir.

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