CHAPITRE h
tépéeàla main. On peut défendre sans égorger, et rien ne prouve que les citoyens aient exigé la peine de mort comme la seule peine tutélaire.
Tous les raisonnements, quelque forme qu'ils aient, se réduisent à dire : La société doit garantir, protéger, défendre: Le principe est incontestable ; mais en tire-t-on une consér quence bien juste?
Pour mieux faire apercevoir combien cette opinion est err renée, il suffit de la présenter sous la forme de syllogisme. Garantir le citoyen est le devpir de la société : or, on ne peut garantir les citoyens sans donner la mort aux coupables : donc le devoir de la société est de donnef la mort aux coupables.
Je ne conçois pa« l'exagération de Rousseau quand il dit : «la conservation de Tétat est incompatible avec celle ducrir minel; il faut qu'un des deux périsse.» -Quoi! l'état ne se con? servera plus quand on le servira par des travaux utiles, au lieu d'expirer sur un échafaud! Il aurait fallu dire : «c Le repos de l'état est incompatible avec la liberté du cfiminel : que le criminel perde la liberté, n Mais la conclusion, plus vraie, auroit été peu favorablç à la peine de mort; et on vouloit en justifier l'usage.
Ne diroit-on pas d'ailleurs qu'il s'agit de rendre le coupable à la société, de le consei*ver dç manière qu'il puisse encore être nuisible , tandis qu'il s'agit de le conserver utile et enchaîné ?
Rousseau ajoute : «c Quand on fait mourir le coupable, cest moins comme citoyen que comme ennemi, j» Et quelques lignes plus bas: «C'est alors que le droit de la guerre est de tuer le vaincu. » Le droit de la guerre .' et c'est un grand philosophe qui parle, un philosophe qui naguères disait {Contrat social y l. i, c. 4) • « Le prétendu droit de tuer les
Yaincus ne résulte en aucune manière de Tétat de guerre cela seul que les hommes , vivant dans leur primitive i pendance, n'ont point entr'eux de rapport assez constant,e
Voilà les vrais principes : les voici encore : <( On n'ég pas le vaincu quand on peut l'enchaîner, et l'empêche nuire. » Rousseau dit lui*même , dans le chapitre que ] avons cité : «t On n'a de droit de tuer l'ennemi que quan ne peut le faire esclave, n Ce captif n'est pas coupable, sais ; ifiais ce n'est point parce qu'il est ou n'est pas crin qu'on respecte sa vie , c'est parce qu'il ne peut plus être sible.
En accusant les autres d'avoir mal posé la question , teur du Contrat social la pose lui-même d'une manière insidieuse ; il dit : « Tout homme a droit de risquer sapr vie pour la conserver! » « Qui veut conserver sa vie aux dé des autres , doit la donner aussi pour eux quand il le fa « C'est pour n'être pas la victime d'un assasin qu'on consc mourir si on le devient. » «La vie est un don conditions l'état. )) « Qui veut la fin veut les moyens. )> On pourroi server qu'il n'est pas facile de comprendre ce qu'est un i de risquer sa vie : qu'on ne veut pas conserver sa vie dépens des autres , mais empêcher que les autres ne < mettent un crime à nos dépens : qu'on n'a ni consenti pu consentir à la mort : que la maxime que la vie es don conditionnel de tétat est une maxime efirayante , digne d'un tyran que d'un philosophe : que pour gari ma vie ce n'est pas le moyen le plus court qu'il faut prer mais le moyen le plus sûr ; et que s'il est vrai de dire qui veut la fin veut le moyen, il n'est pas vrai qu< moyen soit nécessairement la peine de mort.
En voilà trop peut-être sur une question purement r physique. Il faut sans nous an'êter plus long-temps à ex