‹ De la peine de mortChapitre 13 sur 163 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le sophisme étant dans le mot droite qu on lui substitue le tM devoir 9 qu'on repi^nne ensuite le raisonnement, et on en sentira toute la foiblesse.

Filangieri insiste, « Si j'ai, dit-il, le droit de tuer l'agresseur, il a perdu le droit de vivre ; car il serait contradictoire que deux droits opposés existassent en même temps » .

D'abord , le prétendu droit de tuer est beaucoup plus dépendant de l'homnle que le prétendu droit de vivre ; et on est, pour ainsi dire, plus maître d'arracher la vie des auti^es que de prolonger la sienne. Ensuite ces prétendus droits , pour l'un, de fiier, pour l'autre, de vivre, ne sont pas, comme on l'aifirme, des droits opposés et contradictoires. La contradiction seroit dans l'exercice du droit ; elle n'est pas dans son essence : ce droit non exercé n'est qu'une abstraction métaphysique.

On fait de perpétuelles équivoques. En admettant même le mot droit , nous avons celui de nous défendre et non pas celui d'infliger une peine, comme nous l'avons déjà dit, puisque le pouvoir ou la faculté de punir suffit au droit de se conserver soi-même et de se conserver dans sa femme et dans ses enfants. La punition de l'agresseur sera dans le suc« ces des justes efforts de la personne attaquée. Et ici, on ne doit point oublier le grand principe de la loi naturelle, qui est aussi le grand principe de l'humanité : toutes deux repoussant l'homicide au lieu de le commander et ne permettant de tuer que pour se défendre, l'offensé deviendrait coupable à leurs yeux s'il ôtait la vie à son agresseur, quand il aurait eu d'autres moyens d'échapper à ses coups.

« J'ai droit d'assister ceux qu'on attaque et de concourir à leur défense. » Abus de mots encore. J'y suis entraîné par un instinct puissant ; un sentiment naturel me le commande ; peut-être le désir et le besoin de ma propre conservation

m^inspirent-ils secrètement dans le mouvement qui m^ pousse à secourir, à défendre, à conserver les autres; mam il n'y a, dans tout cela, l'exercice d'aucun droit.

Je vais plus loin , et je suppose à présent , que dans l'éts de nature, nous eussions effectivement le droit de mort coi> tre celui qui attente à notre vie ; il ne s'ensuivrait pas qui la société eût reçu de nous le même droit.

Un homme m'attaque ; je ne peux me défendre qu'en le tuant; je le tue. Pour que la société fasse de même, il faut aussi qu'elle ne puisse pas se défendre autrement. Mais la société ne cède point, comme l'homme qu'on attaque, à l'impétuosité d'un premier mouvement et d'une défense nécessaire ; elle ne se venge pas , elle punit, après une mûre et libre réflexion. L'agresseur m'attaque, moi tout entier; c'est le combat d'un seul contre un seul , et je n'ai pas trop de toutes mes forces et de tous les moyens pour me défendre ; mais la société attaquée dans un de ses membres , n'est pas attaquée tout entière; elle' a' la force de tous contre un seul. Je supplie qu'on pèse cette observation; car un des sophismes les plus communs et les plus dangereux dans k question que j'agite , est de raisonner de la société entière à un seul citoyen , comme on raisonneroit d'un individu à un individu.

« Mais, n dit Mably, u les citoyens ont exigé que le législateur veillât à leur sûreté, et que l'épée à la main , il écartât les dangers dont ils sont menacés , et les défendît contre un ennemi domestique qui voudroit les perdre. »

Les citoyens ont exigé que le législateur veillât à leur sûreté : cela est vrai. Ils ont exigé qu'on écartât d'eux les dangers ; cela est vrai aussi : ils ont exigé qu'on les défendît contre un ennemi domestique qui voudrait les perdre : cela est encore vrai ; mais le sophisme est à y joindre ces mots :

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