‹ De la peine de mortChapitre 35 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cond rignominie ; mais le résultat matériel et définitif est le même ; — et que serait-ce si le coupable mettait une espèce de gloire , de vanité à commettre son crime ?

Je Tavoue cependant ; ils sont rares ces êtres exaltés qui aspirent à la mort comme au triomphe ; ils sont rares ces philosophes qui l'envisagent sans sourciller , et ne voient en elle que la fin d'un jour plus ou moins prospèrerl'homme dans tous lesi rangs , dans toutes les situations , est toujours plus ou moins attaché à l'existence : il sait , il est vrai , qu'il faut quitter une fois tout ce^ qui le lie à ce monde , mais cette pensée lui pèse ; il la repousse , il l'ou" blie et s'endort tous les jours avec la confiance de voir le lendemain.

Mais si l'homme répugne à Tidée de sa destruction , ce n*est souvent que parce qu'à cette idée se joint celle de privations bien plus pénibles encore. L'amour de la liberté le dévore ; il exposerait mille vies pour la conserver ou pour la récupérer s'il l'avait perdue : le besoin de lestime ou de Tadmiration de ses semblables, une soumission aveugle aux arrêts et même aux caprices de l'opinion , tour-à-tour l'élè- Tent aux actions les plus éclatantes ou le plongent dans l'égarement le plus déplorable ; rien ne l'arrête , il sait tout braver lorsqu'il entend ou croit entendre la voix de Thonneur : s'agit-il de le défendre? c'est dans le sang qu'il lave l'injure ; le meurtre même d'un ami est excusable à ses yeux : Fa-t-il perdu? la vie n'est plus qu'un fardeau pour lui dont il se débarrasse souvent par le suicide (3) , et qu'il livrerait également au bourreau si l'ignominie ne se présentait encore à lui sous un aspect doublement hideux sur l'échafaud. Qu'on n'en doute pas ; sans l'idée de l'opprobre

qui se joint toujours à celle du supplice capital, sans cette idée qui semble poursuivre le coupable au-delà du terme de sa pénible existence , qui semble rejaillir sur les étre$ malheureux qu'il laisse après lui et dont il fut un jour le guide et le soutien, la mort, sanctionnée dans les lois, n aio* rait pas même une apparence de pénalité ; si elle conserve encore aujourd'hui son caractère de châtiment , ce nest que parce qu'avec elle périt la liberté et toutes les jouissances qu'elle procure, ce n'est que parce qu'avec elle souvent périt l'honneur. Indiquer la nature actuelle du supplice capital , c'est peut-éter déjà indiquer tout à la fois son inuti* lité et les principaux mobiles qui pourraient le remplacer. ]

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