CHAPITRE IV
voyez - les lorsqu'ils marchent de victoire en victoire à la conquête de l'univers ; quel était chez eux l'empire du supplice capital ? Que leur aurait fait la mort , eux qui la bravaient tous les jours avec une sorte d'allégresse ? Voyez ces mêmes Romains courbés sous la tyrannie de leurs empe* reurs ; craintifs , avilis , déshérités même de leUrs glorieu?^ souvenirs , ce n'est plus la voix de l'honneur , c'est désormais la hache des bourreaux qui les guide et les punit ; esclaves , on leur impose les peines d'abord réservées aux esclaves. — Voyez ces peuples du nord, ces Germains , ces Francs, ces Saxons, s'élançant libres et fiers de leurs forêts pour envahir des contrées civilisées et amollies ; étaitce par la crainte de la mort que leurs législateurs avaient cru pouvoir les retenir ? Leurs lois extraordinaires sur les compensations ( "Vîtœ estimationes ) sont assez connues ( i } . Voyee ces mêmes nations soumises à leur tour au régime féodal ; chez elles chaque seigneur , chaque petit tyran se hâte de dresser des échafauds et des gibets. Jetez enfin les yeux sur tous les peuples gouvernés despotiquement ; partout on rencontre le même mépris pour l'existence; partout les mêmes moyens atroces , partout des bourreaux et des victimes : arrêtez vos regards au contraire sur les peuples libres ; toujours ils sont agréablement réjouis par le tableau de la paix et de la sécurité , de l'égale protection accordée qux individus et aux propriétés; rarement un spectacle sanglant vient les attrister. — Que condore de ces faits incontestables , de ces rapports frap pans ? Que plus une nation marche franchement à la lil)erté, plus elle s'élève par ses institutions et son indus- [trie , plus elle cultive son intelligence , plus elle devient
morale , et plus aussi elle doit être capable de repousser un supplice barbare ^ qui ne fut imaginé que pour opprimer et châtier des hommes ignorans , des esclaves craintifs.
Si , comme je le crois , nous sommes enfin parvenus à à ce point de perfectionnement moral et politique , où les anciens mobiles doivent commencer à perdre leur efficacité, où de nouveaux moyens plus justes , plus humains, deviennent indispensables , voici comment je raisonne : la vérité a généralement pris le dessus sur les préjugés ; la liberté a relevé l'âme des mortels ; la raison a porté son flambeau dans leurs cœurs , et leur a appris à envisager avec fermeté Tévénement des nécessités humaines : comment donc la mort pourrait -elle être une peine de nos jours? qu'est-elle pour Iç coupable? ce qu'elle est pour l'homme vertueux ; l'exécution d une loi impérieuse de la nature, hâtée peut-être de quelqnes iastans : quelle différence y a-t-il entre l'assassin menacé de lechafaud et le malade sur son lit de douleur ? La mort les menace tons les deux , et combien n'est-elle pas souvent plus horrible pour ce dernier? Combien de fois même n'a-t-on pas entendu dire aux scélérats frappés de cette analogie , que la mort n'était qu'un mauvais quart-d*heure, que l'échafaud : n'était qu'un accident de plus dans leur état (a) ? Etrange inconséquence! cette mort, on la présente également au soldat qui va combattre pour sa patrie, et au malheureux ^ qui la trahie ; à Tun , il est vrai , comme un but glorieux, , à l'autre comme une peine infamante ; mais sur quoi re- j, pose la différence? sur une distinction métaphysique ; on |^ parle au premier le langage de l'honneur , on offre ^u ae* .