CHAPITRE IV
de la société , gémisse encore au milieu des privations de toute espèce ; je le demande, que pourrait contre eux une loi de sang? Serait-elle plus efficace pour réduire l'instinct des besoins les plus impérieux , que l'égarement produit par les grandes passions ? Serait-ce par la menace d'une mort douteuse , éloignée qu'elle parviendrait à détourner d^un crime excité par la nécessité d'échapper à une mort certaine , présente , aussi terrible que douloureuse? Et de quoi priverait-elle d'ailleurs ces êtres qui n'ont rien à perdre , pour lesquels tous les biens qui attachent à la vie sont inconnus? d^ quelques souffrances peut-être, et rien de plus.
11 y a quelque chose dans la nature de l'homme qui ne peut être terrifié : les lois auront beau accumuler tous les moyens d'atrocité possibles , elles ne réprimeront jamais efficacement les crimes excités par les passions violentes et l'instinct aveugle du besoin : je dis même plus ; qu'on laisse impunis certains forfaits, tels que le parricide, l'infanticide et certes ils ne deviendront pas par- là même plus fréquents (7). — On doit le reconnaître; la confiance ^'on a ici dans la peine de mort, ne peut être quelaconse'quence d'une erreur pernicieuse ; jon a cru pouvoir se ' prendre soi-même pour juge de Peffet du châtiment sur les grands criminels, et l'on n'a pas songé que cet effet devait nécessairement varier à l'infini, qu'il était presque toujours inappréciable , et qu'un scélérat lui-même serait incapable de le déterminer par rapport aux autres scélérats. L'o])ération de ces désordres moraux et les moyens de les anéantir, resteront peut-être toujours le secret de la nature : mais que cette triste vérité ne nous décourage
pas : si Ton ne peut absolument tarir la source des grands crimes , on peut au moins travaiUer à la diminuer, i la détourner, à lui donner même une direction utile et généreuse. Ce ne sont pas tant les passions qui font lescou- })ables, que les circonstances qui les dëveloppent , qui les aigrissent , qui les exaspèrent : c est à écarter ces circonstances, c'est à prévenir les tentations qu'elles excitent, qne le législateur doit surtout s'attacber : qu'il inculque à ses peuples des principes vertueux ; qu'il élève leurs aines; qu'il les unisse comme des frères; qu'il soit juste et bumain enveirs tous , et la vengeance, la baine, l'inimitié, la jalousie , n auront plus d'objet ; qu'il les attache au travail et à l'industrie ; qu'il prévienne leurs besoins ; qu'il leur tende toujours une main secourable; qu'il soit leur père , leur appui, et la misère n'excitera plus le désespoir; qu'il gouverne avec douceur ; qu'il s'appuie sur l'estime et l'amour de ses sujets ; qu'il les rende libres et heureux , et la révolte perdra bientôt tout prétexte , lambitiou tout espoir de succès ; qu'il protège également tous les cultes , toutes les croyances , et le fanatisme , toujours si dangereux, périra faute d aliments. — Il peut être assuré alors que Topinion toute puissante marchera de concert avec lui pour perfectionner son ouvrage : et que ne devrait*on pas espérer de la nation qui rassemble' rait ainsi toutes ses forces pour se vaincre elle-même ? Je le sais , les combats qu'elle aurait à livrer seraient longs et pénibles^ mais elle triompherait un jour, et son triomphe serait d'autant plus glorieux qu'il aurait été jAuS difficile à pblenir.
Je crois l'avoir prouvé ; la peine de mort, bien loin d'être