CHAPITRE IV
fluence sur les individus. Les progrès intellectuels, la diffusion de Tëducation et de la morale, le concours de plusieurs autres causes ont certainement pu diminuer leur intensité ; mais leurs germes sont restés dans le cœur des hommes , et dès lors une étincelle peut suffire pour les réchauffer , pour les exciter , pour les faire sévir avec une force illimitée.
Ce sont ces passions qui font encore la plupart des grands criminels contre lesquels nos codes épuisent toujours en vain et leurs menaces et leurs supplices ; ce sont elles qui font les parricides , les infanticides , les assassins de toute espèce ; et Ton espère balancer leur action terrible parla crainte de la mort! Quelle ignorance du cœur hu- Qïain ne décèle pas cette présomption aveugle ! En effet ^ si les hommes , même de sang-froid , ne voient la fin de leur existence que dans un éloignement enveloppé de ténèbres , comment peut-on supposer que cette idée puisse toucher le furieux égaré par Tinstinct de la vengeance, par Tanimosité , par le désespoir? Comment peut -on supposer que le fils dénaturé , prêt à porter le coup mortel à son père , s'arrête à la seule idée de la peine de mort sanctionnée contre le parricide ? Comment peut*on supposer que la fille séduite, placée entre le déshonneur et le crime , sourde à la voix de la nature , se détermine soudain à conserver sa vie time par la seule crainte d'un supplice dou teu x ?
Mais je veux encore que l'égarement de ces êtres forcenés leur laisse la faculté de peser froidement les suites de leurs crimes : que verront-ils dans la mort qu'on leur présente comme l'extrême des peines ? Rien qu'un motif déplus peut-être pour s'endurcir contre le dernier cri de lliumanité , un refuge , un moyen d'échapper pour tou-
jours , s'ils sou t découverts , à la malédiction des hommes , à Topprobre et aux reproches de leur conscience : aussi voyons-nous que , revenus à la raison , ils devancent souvent Tarrét trop tardif de la justice , que le suicide est leur ressource ordinaire pour se délivrer plus promptement de ces maux intolérables (5).
Je ne parle pas de ces brigands de profession dont nous entretiennent nos anciennes traditions, et qui, habitués dès Tcnfance aux plus grands crimes, finissent par les commettre sans nécessité comme sans remords : s'il pouvait encore exister quelques-uns de ces êtres féroces auxquels on devrait refuser le nom d'hommes, les annales des tribunaux nous ont appris qu'incapables de honte,ils se fesaient une sorte de gloire de marcher au supplice , et savaient braver la mort même en recevant le coup fatal (6).
Je ne parle pas non plus de cescrimes enfantés parla misère la plus afireuse, de ces crimes excités par la cruelle insouciance de la société sur le sort de quelques-uns de ses membres , de ces crimes enfin dont la peine devrait retomber sur lautorîté qui les tolère , qui les perpétue en quelque sorte par ses fausses mesures ou sa négligence coudan;inable. LHiumanité active des peuples et des gouvernemens actuels, les refuges nombreux ouverts à Tindigence, l'extension donnée à l'industrie, l'établissement de dépôts et de colonies pour Textirpation de la mendicité , ont enfin affranchi la plupart des états civilisés de ce fléau , source intarissable de maux et de for^ faits. — Et supposons même un instant, que le paupérisme existe encore aujourd'hui dans toute son abjection , que toute une classe de malheureux rejetés en quelque sorte