CHAPITRE IV
Mais entrons dans Texamen approfondi de eette importante question.
Le scélérat auquel on suppose la réflexion et la faculté de calculer les chances de son crime, peut envisager la peine de mort collectivement ou séparément , sous quatre diflërents rapports :
i** Comme la privation des biens et des jouissances qu'il espère se procurer par son crime , 2io Comme un supplice infamant, 3® Comme la perte de l'existence,
4^ Comme le commencement d'une éternité incertaine.
Recherchons successivement quelle influence elle peut,
sous ces quatre rapports , exercer sur la détermination de
rhomme pervers , et si cette influence ne pourrait pas
être plus sûrement opérée par d'autres moyens.
I . Ce n'est jamais pour commettre un forfait inutile que rhomme dépouille quelquefois tout sentiment de vertu , d'honneur et d'humanité ; il a toujours un but en* vue, et ce but, lorsqu'il n'est pas la satisfaction d une pasion haineuse ou l'anéantissement d'une cause de désesir , consiste ordinairement dans l'acquisition de certains iens , de certaines jouissances qu'il ne peut espérer de l'approprier d une autre manière.
Je suppose maintenant Tavare ou le cupide, méditant l'assassinat qui doit le conduire à la possession de l'objet 'il convoite. Si l'idée du supplice vient se placer à côté ses plans, quel sera son premier calcul, son premier ^sonnement? — Il mettra d'un côté les privations qu'il fndnre, les tourmens que lui font éprouver des désirs impérieux; de l'autre, tous les avantages qu'il peut espérer
de son crime ; les richesses , la considération , les jouissances, les honneurs qui doivent en être les conséquences , avec la chance néanmoins d'être découvert et d*étre dépouillé par-]à même de ce qui lui coûta tant à obtenir. — Sa détermination dépendra absolument ici de sa situation actuelle et de l'intensité de ses désirs ; plus il sera malheureux ou plus il sera avide , et plus aussi la certitude d un grand bien présent remportera peut-être sur l'incertitude d'une privation future.
Mais je suppose que l'idée du supplice capital , en entourant de doutes la jouissance paisible du fruit de son forfait , vienne ordinairement renverser ses desseins : ne pourrait-on pas espérer le même résultat de toute autre peine tendant au même but ? Je dis plus ; qu'on le menace d'une prison sévère , et l'idée des privations et des maux de toute espèce , de la solitude et de l'aban* don , l'idée surtout d'être le témoin du partage et de la dissipation de ses biens , agira bien plus fortement sur son ■ esprit que la perspective de la mort , qui , tout en lui enlevant ses trésors , l'enlèverait aussi au regret amer de les avoir perdus.
2^. Peut-on également espérer quelque chose ici de l'op- ' probre attaché au supplice capital ? Ce serait supposer que celui dont l'ame lâche et dépravée a su froidement méditer l'assassinat pour satisfaire ses désirs les plus bas , peut encore être susceptible de honte : et si même il pouvait encore connaître l'ignominie , serait-ce en le menaçant du coup mortel qui l'y arracherait , plutôt qu'ea lui présentant une peine qui la perpétuerait , qu'on, pourrait peut-être opérer efficacement sur sa résolution T