‹ De la peine de mortChapitre 44 sur 163 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

3^. Autant on désespère absolument du ressort de Top-probre sur Tame du scélérat, que la pensée seule du forfait a déjà plus avili que ne pourrait le faire la plus terrible condamnation, autant , par contre , on se repose avec confiance sur la menace de la privation d'une existence qui , après la consommation du crime, ne peut plus être pour le coupable que la complication des maux les plus insupportables.

Je ne Tignore pas ; plus l'bomme se dégrade , plus il devient incapable de sentimens nobles et généreux, plu5 il endurcit son ame contre l'impulsion de la nature , plus enfin il s'attacbe exclusivement aux biens matériels de ce monde, et plus aussi la vie animale peut lui devenir chère. Entraînez cet bomme devant unécbafaud, fixez ses yeux sur le spectacle terrible de Tagonie d'un criminel prêt à recevoir le coup fatal ; nul doute que s'il médite alors quelqu'assassinat , sa résolution faillira ; lâche en présence du danger , il redoutera la possibilité de s'y exposer. Mais n'espérez pas que cette impression , i moins qu'elle ne soit souvent répétée ^ laisse des traces profondes et ineffaçables dans son esprit : semblable au convalescent qui oublie bientôt la maladie qui Va conduit aux portes du tombeau , le temps calmera ses craintes et finira'par effacer le tableau hideux qui frappa sesregardsfg).

Et quelle supposition impossible d^ailleurs ! pourquoi celui qui médite l'assassinat irait-il voir égorger l'assassin? Remettra-t-il l'exécution de son crime pour attendre l'occasion de juger de leffet que fera sur lui l'infliction delà peine? Fera-t-il plusieurs lieues, traversera-t-il plusieurs provinces pour faire cette singulière expé-

rience , ou le basard seul rëussirait-il toujours à lui montrer un écliafaucl sanglant entre l'instant du projet et l'instant de Texécution de son forfait ?

L'exemple physique sera donc presque toujours ou plutôt toujours nul pour lui(i).

L'exemple moral sera-t-il plus efficace ? J'en doute, et voici mes raisons :

Le scélérat qui médite une mauvaise action , pèse le pour et le contre avec une scrupuleuse exactitude ; il considère d'une part toutes les chances de succès , tous les moyens d'échapper aux recherches , même aux soupçons ; de Tautre , tous les dangers et l'incertitude de son entreprise,toutes les possibilités de détection et de châtiment : si les sujets do craindre l'emportent sur les sujets d'espérer , il abandonne son entreprise ; si , au contraire , l'espoir de réussir l'emporte sur la crainte de succomber , il s y affermit : tout dans son calcul dépend du plus ou du moins de certitude du châtiment dont on le menace. Qu'où lui présente un supplice certain, prompt, et sa résolution faillit ; qu'on lui présente au contraire un supplice douteux , éloigné , et sa résolution se fortifie. La mort est uue chose eflr£^yante pour la plupart des hommes, elle l'est sur tout poUr le lâche assassin; mais c'est la mort actuelle y c'est celle dont on n'est séparé que de quelques instans , c'est celle qu'on ne peut éviter : jamais elle ne se présente ainsi aux yeux de ce dernier ; elle n'agit sur lui que

(i) Peut-être est-il inutile de dire que j'entends ici par exemple phrsicfue celui qui opère immédiatement sur les spectateurs du supplice, et par exemple moral celui qui agit sur Tesprit du peuple en général.

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