‹ De la peine de mortChapitre 86 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

révoltante ; l'idée d un seul meurtre judiciaire survivra à «lie de mille punitions méritées. Les Dubeaux, les Calas, es Sirven, les Monbailly, les Danglade , les Lebrun (3) , rappent encore nos oreilles de leurs gémissemens^ ils. semblent avoir franchi les années , s'être arrachés de la* tombe pour nous rappeler nos erreurs. .... Et que faisonsnous? Nous continuons a porter nos arrêts comme des hommes faibles et ignorans , et nous les exécutons comme des êtres supérieurs et infaillibles (4)*

La grande raison des défenseurs du supplice capital est, comme nous Tavons déjà dit , l'intérêt public ; avec elle ils repoussent toute idée d'humanité , de clémence. Pro* pose-t-on les moyens de réformer les criminels au lieu de ks égorger? Us objectent l'intérêt public qui veut leur mort; cet intérêt absorbe chez eux tous les intérêts particuliers ^ celui des offensés, celui des coupables^ celui de leurs familles. — Sans cherchera discuter cette prééminence, je ci*ois cependant que l'opération de tout bon système pénal doit tendre à concilier autant que possible ces intérêts divers. Qu'on prouve que la société ne peut ob* tenir de sécurité que par la mort de certains coupables, et lès-lors on ne parlera plus de leur réformation ; mais en attendant cette preuve , il est permis d'élever la voix en Paveur de ces malheureux que la misère , le manque d eincation et de principes religieux , la passion ou l'égarement ont entraînés au crime.

C'est calomnier la nature humaine , que de supposer ^existence d'êtres absolument corrompus , chez lesquels la vertu , la conscience et le sentiment de l'honneur ont perdu pour toujours leur influence salutaire : « Il n'est

» pas de méchant, n dit Rousseau, « qu'on ne pui » dre bon à quelque chose. » Si nous pouvions so coeurs des plus grands criminels , nous y trouver! core, fen suis certain , des germes salutaires que ne put étoufler : un mouvement de colère, un accî sespoir peu vent exciter un individu à l'assassinat, pendant dégrader ou abrutir son ame ; rignoran< natisme peuvent égarer l'esprit sans gâter le cœi dis-je ? les lois en frappant le £eiit matériel sans avo àTintention, n^atteignent-elles jamais l'homme v lui-même? et la mort égalise tout sous son nivea novice et le criminel endurci , et celui qui sans ce voqué par un ennemi acharné lui porta dans son ment un coup mortel, et l'assassin féroce qui méc guement son forfait; chez tous elle voit le même c culpabilité , de corruption ; chez tous elle désesj moyens d'amendement !

Je l'avoue cependant ; le droit de grâce vient i quefois s'opposera une injustice sanglante ; raaisi il pas aussi occasionner une nouvelle injustice , ei sant qu'un choix trop souvent déterminé par de

. > •• ■ . présomptions , par une faveur arbitra ire ? C'est au

teur que je voudrais voir confier ce privilège de l'ii té ; je voudrais qu'il Tétendlt i tous les criminels ,

1^ , désespérât jamais de leur repentir : à l'iniitation <

juste et miséricordieux , qu'il parle à leurs cœurs , réveille le remords , et avec lui le sentiment de la père des peuples, qu41 n'enfona* jamais le for sein desesenfans; lorsqu'ils auront enfreint la loi, punisse , mais qu'il leur montre aussi dans la pei:

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