‹ De la peine de mortChapitre 88 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de ia part des juges, quelques indices de plus, une coïncidence fatale avec les rapports des témoins dans chacun de ces cas , et Ion commettait des meurtres judiciaires !

NOTE II

Sir Samuel Romilly, dans une note ajoutée au célèbre dis* cours sur la réformation des lois criminelles , qu*il prononça le 9 février 1810 à la chambre des communes d'Angleterre , réfute victorieusement le docteur Paley qui conteste cette maxime approuvée par BUckstone et par tous les amis de la justice et de l'humanité 9 quHl vaut mieux que dix coupables échappent à la peine que defcdre souffrir un innocent, — « L'action des tribunaux, dit le D^. Paley (i) 9 ne doit pas être » eQtrayée par chaque soupçon de danger , par la possibilité » deconfondre l'innocent avec le coupable; que les juges se rasn surent en réfléchissaiit que celui qui tombe victime d'une » erreur judiciaire , peut être considéré comme une victime » dévouée au bien être dç sa patrie, puisqu'il souffire par To- » pération même de ces lois qui tendent directement à assui^er » et à maintenir la sécurité de la société ». — u Rien , répond sir Samuel Romilly , n'est plus aisé que de philosopher et (l'affecter ainsi du patriotisme pour autrui , de nous aimer de motifs de consolation et de raisons pour soui&ir avec grandeur d'âme des maux auxquels , non pas nous-mêmes , mais d autres sont exposés. Je doute cependant beaucoup que ces albumens admirables soient capables de produire des effets salutaires. Au lieu de s'efforcer ainsi à atténuer et à concilier avec la conscience de ceux qui sont appelés à juger leurs semblables , une calamité aussi terrible qu'une méprise judi-

(i) Princ. of mor. and pol. pkii., y. a.

claire au détriment de l'innocent , il aurait certainement été plus sage et plus utile de retracer à leurs yeux , avec des couleurs fortes et vraies , toutes les conséquences d'une en'eur aussi fatale ; de leur représenter que de tous les maux qui peuvent accabler l'homme vertueux , le plus grand est d'être condamné et de souffrir le châtiment public sanctionné con-

tre le scélérat ; de voir ses espérances les plus chères cruelle- î ment frustrées, tous les projets qui l'occupaient, tous les j plans sur lesquels il fondait peut-être le bonheur de ceux qui lui sont plus chers que l'existence , soudain anéantis ; d'être arraché du milieu de sa famille , d'être témoin de son affliction j et d'avoir le pressentiment du désespoir bien plus terrible encore qui l'attend ; de n'avoir pas m^me la triste consolation d'être plaint, de se voir flétri de l'opprobre public; de laisser après lui un nom qui n'excitera que l'horreur et le dégoût , de songer que ses enfans , eu se rappelant le souvenir de leur père , devront courber la tête sous le poids de la honte; de savoir que si même quelque jour il an'ive que la vérité soit reconnue , et que l'on réhabilite sa mémoire , son sang aura toujours été inutilement versé pour sa patrie , et que son histoire affligeante ne servira qu'à semer l'alarme dans le sein des meilleurs membres de la société , qu'à fortifier pour le scélérat , Tespoir d'échapper au châtiment.

» Qu'on se repx'ésente les juges qui condamnèrent Calas à la mort , faisant l'apologie de leur conduite à l'aide du raisonnement de Paley ; admettant que cette condamnation fataTe à l'individu, ne l'était nullement au public, et que même cette infortune devait être très-allégée pour le condamné lui-même, par la réflexion que son exemple tendrait à détounner les parens de se souiller à l'avenir du sang de leurs enfans.... Une telle justification ne ferait-elle pas frémir d'horreur et de dégoût , tout homme juste et humain ! — Lorsque l'on pèse le

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