‹ De la peine de mortChapitre 89 sur 163 · CHAPITRE Vî · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vî

mal produit par la condamnation d un innocent , avec celui résultant de l'impunité de dix coupables. Ton doit réfléchir que presque toujours les souffrances de Finnocent sont inséparables de l'évasion du criminel. Il est vrai qu'il y eut des cas , comme celui du procès de Calas , où Ton sacrifia des infortunés à des lois qui n'avaient pas été violées , où les tribunaux commirent la double méprise de supposer un crime qui n'avait pas été commis et de trouver un criminel là où il ne pouvait y en exister ; mais ces sortes d'erreurs judiciaires sont fautant plus rares qu'elles sont plus impardonnables. Dans la plupart des cas , l'existence du délit est certaine, on ne doit jue découvrir son auteur ; et dans chacun de ces cas , si l'on porte une sentence injuste , on occasioilne un double mal , l'impunité du coupable et le supplice de l'innocent. Peut- ^tre , au milieu de la foule curieuse qui entoure le criminel mpposé , marchant à Téchafaud , se trouve le véritable meurtrier , qui , tout en contemplant le sort du malheureux qui expire devant lui , réfléchit avec mépris sur Fimbécillité de la loi, et puise de nouvelles forces et une confiance nouvelle pour poursuivre la carrière dangereuse dans laquelle il s'est engagé )» .

NOTE III

Qu'on joigne à ces noms , celui du malhem*eux François . Pourré, condamné à être rompu vif comme convaincu de vol avec effraction ; ceux de son père et de son frère , condamnés aux galères à perpétuité , comme complices du même crime. Bientôt l'arrestation d'une bande de voleurs jax avaient exécuté ce vol, prouva la fatale erreur qu'on avait commise. Le roi ordonna la révision du procès de ces inforunés. Un arrêt du 4 novembre 1 766 proclama leur innocence ; es témoins convaincus d'avoir inconsidérément et par un es-

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prit de prévention déposé contre la vérité , furent condamnés à faire amende honorable , pieds nus , la corde au cou et au bannissement à perpétuité . hors de l'étendue de la

province Mais François Fourré avait expiré sur la

roue , et son père et son frère portaient la marque de Im- . famie...! (i)

On connaît le célèbre procès de la fille Salmon (a) : on sait que cette infortunée, poursuivie par la haine acharnée d'infâmes persécuteurs , fut près d'être victime d'un plan secrètement formé de l'immoler pour sauver des coupables. G)iidamnée le i8 avril 1^82 à subir la question ordinaire et extraordinaire, pour avoir révélation de ses prétendus complices, à faire publiquement amende honorable en chemise, à genoux et la corde au cou , tenant en ses mains une torche de cire ardente , à se déclarer coupable du crime qu'on lai imputait, à être attachée à un poteau avec une chaîne de fer, à être brûlée vive ; cette terrible sentence fiit confirmée par' le parlement de Rouen. — Déjà le jour de l'exécotioD était indiqué, le lieu destiné au supplice avait reçu les funestes apprêts , la chambre de la question allait s'ouvrir ;..•• un miracle pouvait seul arrêter le plus hoVrible des assassinats : la fille Salmon simula une grossesse; le bruit de son infortune parvint jusqu'au trône ; l'ordre de surseoir à l'exécution fut expédié : le jourmême où les soldats , les huissiers, Tescortef l'exécuteur , les instrumens et les apprêts du supplice , où tout était en mouvement , où les persécuteurs s'apprêtaient pour la seconde fois à jouir de l'agonie de leiu* victime, le sursis du monarque est annoncé...» Un moment plus tard et tout était consonuné... Quelques mois après l'innocence de la fille

(1) Recueil des Causes célèbres, par M. Me'jc^n, t. 4» p* 34 1. (a)Iil.,t. 5.

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