‹ De la pellagre sporadique [electronic resource]Chapitre 13 sur 73 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Femme de 68 ans, née et ayant toujours demeuré dans le département de la Marne ; constitution moyenne , bonne santé habituelle , bonne hygiène habitation des plus saines, excellente alimentation; /amaù de mau^Ménopause à 54 ans.

Environ un an après, c'est-à-dire vers l'âge de 5S ans, Mme X. , qui n'avait jamais été malade, se plaignit de dartres qui se montrèrent vers le mois d'Avril d'abord aux mains et ensuite aux pieds, sans autre dérangement appréciable de la santé.

Vivement contrariée de voir ces dartres redoubler chaque année au printemps et laisser, même l'hiver, des traces qui ne lui permettaient pas de quitter ses gants, Mme X. consulta plusieurs fois et appliqua, sans le moindre succès différents topiques.

Appelé pour la première fois en Janvier 1856 pour des syncopes qui, depuis quelque temps, survenaient sans cause appréciable , je constatai un bruit de soufflet systol.que. avec œdème des extrémités inférieures, et, comme je remarquais en examinant les malléoles, une couleur brunâtre des pieds qui contrastait avec la blancheur des jambes , la madade me dit que c'étaient des dartres qu'elle avait depuis son changement, et qui disparaissaient presque entièrement d'elles-mêmes tous les ans.

Les mains étaient soigneusement gantées et MmeX. ne pariant d'aucune autre souffrance, j'avais complètement négligé et oublié cet éi ylhème des pieds pour ne m occuper que de la débilitalion générale, lorsque, deux ans après, le 10 Juin la malade m'ayant fait appeler au sujet d'une syncope qu'elle avait eue la veille en iiii-

OBSERVATIONS

sant dcsvisiles, me dcraantla si je ne pourrais rien lui conseiller pour d'anciennes dartres qu'elle avait aux mains et qui, depuis le retour du printemps, lui causaient des chaleurs insupportables, surtout vers les articulations des doigts.

Je constatai facilement les signes les plus évidents de l'érythème pellagreux, cl me rappelant aussitôt l'œdème des membres inférieurs, les syncopes, l'anorexie et la débilité que j'avais attribués à la cliloro-anémie seule, je regrettai vivement de n'avoir pas connu plus tôt l'état des mains qui, avec l'érythème des pieds et tous les symptômes généraux, constituait une pellagre parfaitement caractérisée.

Eflectivcment, en interrogeant davantage, je sus que l'affaiblissement avait suivi de près l'apparition première de l'érythème ; que les syncopes, dont la malade s'était souvent plainte, avaient toujours paru au printemps ou en été, jamais en hiver; qu'elle était devenue infiniment triste et impressionnable ; que sa mémoire diminuait tous les jours, et que ses domestiques la regardaient comme tombant en enfance.

L'appétit était très-faible, les digestions pénibles, les selles régulières.

La malade se refusant à prendre des bains artificiels de Labassère , je me bornai à insister sur un régime fortifiant et sur les toniques, fer, huile de foie de morue, phospholèine, quinquina, élixlr de Garus.

L'amélioration déjà marquée de la santé générale continua, et l'œdème des extrémités Unit par disparaître entièrement.

Je n'avais pas revu Mme X. depuis trois mois, lorsque le 2G Avril dernier, je fus appelé pour une faiblesse qu'elle avait eue dans la matinée.

Elle avait très-bien passé tout l'hiver, mais se sentait anéantie, aûaiblie, sans appétit depuis une quinzaine de jours.

Depuis cette époque aussi, ses mains sont plus raides et ses dartres plus prononcées.

La face dorsale des mains est brune, rugueuse et crevassée presque jusqu'au poignet. L'épiderme est sec et se détache par le simple frottement des mains sous forme de petites écailles, très-épaisses sur les articulations phalangiennes.

La face palmaire présente le même aspect, mais à un moindre degré et surtout vers les doigts.

La malade me voyant prêt à prendre des notes, refuse absolument de me laisser voir ses pieds, en me disant qu'il y a dix ans qu'ils sont malades sans la faire souffrir, et que loin de guéi'ir ses dartres, il vaudrait mieux les augmenter pour empêcher SCS faiblesses de reparaître.

OBSERVATIONS. 29

L'appétit est meilleur que l'an (Ici nier, les fonctions digestivcs se font sans trouble et sans diarrhée; la débilité, quoique irès-nolable encore, est manifesteiuent moindre.

La tristesse et le désespoir surviennent sous rinlluence des moindres causes Aime X. qm, malgré son âge, aimait beaucoup sortir et recevoir, recherche Ja so litude.

Il n'y a pas trace d'autres manies, et bien que l'intelligence paraisse trèsaûaibhe. les domesUques assurent qu'elle est cependant plus saine qu'il y a deux ans.

OBSERVATION X

ACCIDENTS CUTANÉS, DIGESTIFS ET NERVEUX, d'uNE DURÉE INCONNUE;

MORT

Homme de 72 ans, charretier, né à Reims et n'ayant jamais quitté le département de la Marne, si ce n'est pour passer trois mois en Belgique.

Bonne santé jusqu'à l'âge de 50 ans. Depuis cette époquef fatigues, privation.. alFaiblissement de la constitution.

Détenu à la maison centrale de Loos, le 22 Décembre 1858 , il y a vécu dans la tristesse et dans un complet isolement volontaire jusqu'au 30 Novembre 1859 jour de son entrée à l'inOrmerie.

T^, on constate (d'après les renseignements envoyés à M. Landouzv par M. le docteur Feraisse) un affaiblissement général , une prostration ext'rême «ne diarrhée opiniâtre, de l'œdème aux extrémités, et un érylhème terreux aux mains, au front et aux oreilles.

A toutes les questions qu'on lui adresse, le malade fait l'unique et invariable réponse : Vous êtes bien bon, M. le docteur.

Libéré de sa peine le 3 Mars 1860, il part seul pour revenir chez lui, et arrivé a la gare de Reims, il se trouve dans un tel état de faiblesse, qu'on est obli-é de le transporter à l'Hôtcl-Dieu où il est placé à la clinique de M. Landouzy.

Erjthème sur le dos des mains, rouge foncé en certains points, gris terreux en d autres; taches ccchymotiqucs d'un à quatre centimètres sur les avant-bras au-dessus du poignet. '

OllSEnVATIONS.

Eryllième de même nature à la face, au cou et aux pieds. Amaigrissement et affaiDlissement consid(5rable ; tristesse extrême hésitation î parler; réponses difficiles, lentes, et seulement après des questions Irès-réitérées. Anorexie ; diarrliée légère.

Briut de soufflet systolique. Œdème de la face, des avant-bras et des jambes, sans albumine.

DIAGNOSTIC. - Pellagre.

PRONOSTIC. - Mort prochaine.

Les jom-s suivants, l'érythème augmente aux mains, l'amaigrissement fait des progrès rapides.

La diarrhée cesse le 1" Avril.

Mort, le 5 Avril.

AUTOPSIE. — Cerveau et moelle de consistance normale ; épanchement séropurulent dans la plèvre gauche; muqueuse intestinale ramollie ; rate hypertrophiée (26 centimètres sur 15).

En présence de ce splénocèle considérable et en l'absence de cette lésion dans les autres nécropsies de pellagres, M. le professeur Landouzy nous fait remarquer que, probablement, il y a eu complication de leucocythémie, ce que tendraient aussi à indiquer les suffusions séreuses de la plèvre, du péritoine et du tissu cellulaire.

FxvAMASfT, interne. (Extrait).

OBSERVATION XI

ACCIDENTS CDTANÉS, DIGESTIFS ET NERVEUX DEPUIS 12 ANS; PREMIER ACCÈS DE FOLIE AU PRINTEMPS de 1860.

Homme de 64 ans, de Reims, journalier, ayant toujours été assez bien nourri et n'ayant jamais mangé de maïs, entre à la clinique le 20 Juillet 1859, pour un érylhème douloureux des mains et des pieds, qui a paru en Mars dernier , a diminué au bout d'un mois, et a reparu vers le 15 Juin.

Outre l'éryihème pellagreux des mains, des pieds et de la face, on constate un léger œdème aux exlrcniités, sans albumine.

OBSEUYATIONS. 3|

Depuis il ans, cet érythèinc levient à choque printemps avec boulimie et tendance à la (lian héc.

En fiiit (le symptômes nerveux, on n'a jamais remarqué qu'une grande tristesse, quelques absences momentanées, perte de la mémoire, sans manie, sans idée de suicide, sans divagation, sans titubation.

Le malade prend des bains sulfureux, une alimentation fortifiante, et sort de l'hôpital le 7 Août, en bon état.

Il passe, comme depuis 12 ans, l'hiver au coin du feu, en aidant sa fille à quelcpies soins de ménage.

Le 8 Mai 1860, cet homme rentre à l'Hôtel-Dieu, et raconte qu'il y a 3 semaines environ , ses mains sont devenues rouges et que, depuis, cette rougeur n'a fait qu'augmenter.

Aujourd'hiù, l'érythème, ou plutôt l'érysipèle, paraît avoir atteint son maximum d'intensité. Il occupe toute la face dorsale de la mam; il est parfaitement limité au poignet. La pression, si légère qu'elle puisse être, est extrêmement douloureuse.

Rien de particuUer aux pieds, si ce n'est un certain épaississement de la peau.

Le malade n'accorde pas la moindre attention aux personnes qui l'entourent, reste indifférent à tout ce qui se passe autour de lui, et ne répond que par oui et non aux questions qu'on lui adresse.

Le seul trouble des fonctions digestives que nous ayons à noter est un appétit vorace que rien ne peut rassasier.

M. Landouzy, que nous avions fait prévenir dès le maUn, s'empresse de venir voir le malade; il en fait un examen approfondi et confirme tout ce que nous avons constaté, insistant sur l'intérêt particulier de ce cas qu'il nous a déjà fait i-emarquer l'an dernier, loi-sque l'érythème était en voie de desquamation, et que nous pouvons observer cette fois, presqu'au début de l'exacerbalion vernale.

Vers une heure du malin, X... se lève sans motifs, et se promène dans toute la salle. On l'engage à se coucher, il s'y refuse en disant qu'il a vu quelqu'un dans son lit. Il continue sa promenade , et ne se décide à prendre du repos qu'une demi-heure plus tard.

Les 9 et 10, diminution de l'exanthème ; soulèvement de l'épiderme sous forme de peiiics écailles en différents points; douleur moindre à la pression; paresse et nonchalance habituelles; faim toujours dévorante.

32 OBSERVATIONS

Le 11, la rougeur des mains est encore moins accusée que la veille ; Téry thème devient de plus en plus terne. L'exfoliation continue.

L'intelligence diminue de jour en jour. Le soir, notre malade est en proie à un délire violent. On est obligé de l'enfermer dans une salle spéciale et de lui mettre la camisole de force.

Le lendemain il est plus calme, quoique tourmenté pendant la journée. Il a des hallucinations incessantes, il croit voir des souris en grand nombre sur son lit, il lui semble apercevoir des cheveux en quantité sur le parquet, il croit entendre se produire des bruits elTrayants dans les salles voisines. Il est extrêmement abattu , paraît plongé dans la tristesse la plus profonde, et dit hautement qu'il ne tardera pas à mourir. L'un des aumôniers passant dans la salle, il l'appelle et lui demande s'il sait quel jour doit avoir lieu son enterrement.

Vers midi, il se lève, et rencontrant la religieuse de service, il lui déclare qu'il va la quitter pour retourner à son hôtel. Plus tard enfin, il se décide à se coucher. Le délire cesse alors (5 heures du soir). Il avait commencé la veille à la même heure à peu près, et ne reparut pas depuis.

Rien de particulier du 12 au 25 Mai. Le malade est triste, taciturne et recherche l'isolement.

L'épiderme a continué à se détacher , laissant à nu une surface d*un beau rose. L'appétit est toujours le même.

Les 26 et 27, on observe de l'œdème aux extrémités inférieures, sans albumine dans les urines.

Le 5 Juin le malade sort de l'hôpital et retourne à pied à Bétheny, où il demeure depuis deux ans.

Le 1^1, M. Landouzy, qui est allé l'y visiter, l'a trouvé dans les champs, cachant ses mains sous sa blouse et se plaignant que le soleil le pique comme des épingles. La peau qui était rosée au moment du départ de l'hôpital , est redevenue tout à fait rouge et érysipélateuse depuis plusieurs jours.

Depuis plusieurs jours aussi, il y a de la diarrhée.

Il n'existe cependant pas d'affaiblissement notable, et l'appétit est encore poussé jusqu'à la voracité.

Flamant, interne de la clinique. (Extrait.)

OBSERVATIONS. 33

OBSERVATION XII

EÎIYTHÈME PELLAGREUX DANS LE COURS d'uNE FIÈVRE TYPHOÏDE.

Le 19 Mai 1860, me trouvant en consultation dans le département de l'Aisne, M. le docteur Vidalain me montra, à Blanzy, une femme de 30 ans, au UQ" jour d'une fièvre typhoïde ataxo-adynamique en voie d'amélioration, et qui offrait le plus beau type d'érythème pellagreux qu'il soit possible d'observer.

Mains comme enveloppées, jusqu'au poignet, d'un gant de parchemin écaillé.

Larges squames d'un ou deux centimètres, s'enlevant sans se rompre et mettant à nu une peau fine et rosée.

Epidémie infiniment plus épais au niveau des articulations phalangiennes.

Erylhème semblable à la face palmaire , mais moins prononcé qu'à la face dorsale.

Erythème également très-notable au dos des pieds, mais beaucoup moins qu'aux mains.

La date de l'érythème des pieds est incertaine , celle de l'érythème des mains remonte au milieu de la maladie.

Les souvenirs de la malade et de ceux qui l'entourent ne sont pas assez précis pour permettre de reconstituer, avec détails, l'observation dans son ensemble ; mais l'aspect de l'érythème rappelle les types que j'avais fait conserver pour les collections ; celui-ci, toutefois, est encore plus corné.

Le docteur Vidalain m'assure avoir vu assez souvent cet érythème squameux dans les fièvres continues de sa contrée, et sur mon observation qu'aucun clinicien, ni aucun auteur n'a noté ce fait, et que nous ne le voyons jamais dans les hôpitaux oii abondent cependant les fièvres typhoïdes, il maintient que le fait n'est pas rare dans sa clieîitèle, et qu'il est convaincu que ses confrères voisins en ont observé comme lui.

OKSEllVATIONS.

OnSKRVATlON XIII.

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