‹ De la pellagre sporadique [electronic resource]Chapitre 2 sur 73 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

Quelques observations recueillies à Paris , ea dehors des influences endémiques, par MM. Gibert , Roussel, Rayer, Willemin (1), elc, auraient dû éveiller l'attention du monde médical sur ce sujet important, mais elles sont restées presque sans écho.

Moi-même, en présentant, il y a huit ans, à l'Académie de Médecine les pièces anatomiques du premier cas de pellagre constaté dans la Champagne , j'avais tout particulièrement insisté sur les probabilités de sa fréquence dans le centre de la France, et j'ajoutais : « Il » en sera de la pellagre sporadique comme de la morve, comme de » l'albuminurie, comme de la phlhisie larvée, etc., qui n'ont paru » plus fréquentes que depuis qu'elles ont été mieux définies (2). »

Les faits ont confirmé ce jugement, et il ne s'est pas passé d'année où mes élèves et mes confrères n'aient vu à la clinique de Reims les pellagres les mieux caractérisées.

De nouveau, en 1858, j'appelai sur ce point l'étude des pathologistes en signalant à l'Académie (3) deux cas graves réunis dans mes salles, et que pouvaient, comme M, Baillarger , venir visiter les aliénistes, les dermatologistes et tous les médecins qu'intéressent les grandes questions pratiques 'a élucider.

Depuis ce temps, des exemples analogues se sont, à chaque printemps, reproduits à l'Hôtel-Dieu. Plusieurs même ont passé sans être recueillis, car les élèves, habitués aujourd'hui 'a les reconnaître facilement, avaient cessé d'y attacher autant d'importance qu'au commencement.

Croyant, d'ailleurs , l'existence de la pellagre sporadique hors de

(1) Archiv. gén. de Méd. 1847. — Excellent Mémoire basé sur quatre observations recueillies à la Cliarité.

(2) Séance de l'Académie impériale de Médecine du 27 Avril 1852.

(3) Séance du 31 Août 1858.

linUEUU GÉiN'Ér.ALE SUIi LA CAUSE DU MAL.

doute pour les méclecius, je me bornais à indiquer à nos internes ce sujet de thèse inaugurale, et je ne songeais plus a faire personnellement profiter la science des documents fournis par l'hôpital, lorsque parut le rapport au comité consultatif d'hygiène de France avec les conclusions suivantes :

« La commission considère comme actuellement établi qu'il existe » une corrélation constante entre le maïs et la pellagre.

» Si quelques faits exceptionnels, dont V origine et surtout la na- » ture ne sont pas à Vabri de toute contestation, ont été établis, il » n'en est pas moins certain que la pellagre n'existe que dans des » pays à maïs, et qu'elle ne sévit que sur des individus qui s en » nourrissent principalement (1). »

Etonné de ces affirmations si catégoriques; effrayé des conséquences qu'elles pouvaient avoir sur la science et sur la pratique , si elles étaient fausses 5 désireux de modifier publiquement mon ancienne opinion, si elles étaient vraies, je relus avec la plus grande attention mes observations personnelles 5 je relus celles des pays à maïs 5 j'étudiai avec le plus grand soin trois pellagreux en ce moment sous mes yeux, et quoique n'ayant pas trouvé de diflerence entre les faits décrits dans le Milanais, dans la Gironde, dans les Asturies , et les faits recueillis dans la Champagne (2), je voulus vérifier au foyer même de

[i] Costaîlat, ctiologie et prophylaxie de la pellagre, page /.3, rapport de -U. H. Tardtm.

(i)^ Une partie de la Champagne ressemblant à une partie des Landes, pour la stérilité du sol, on pourrait, au premier abord, attribuer nos peUagres à une sorte d'endémie. Il me suffira de faire remarquer qu'aucun des faits que j'ai observés à Reims ne se rapporte à cette région déshéritée du département de la Marne.

PKOLKGOMÈNES.

l'endémie celle didërence capitale annoncée par le rapport officiel.

Déjà, du reste, dans ma première communication , j'avais signalé la fâcheuse influence d'un ouvrage excellent au point de vue historique, mais qui, par ses doctrines de causalité exclusive, devait empêcher les médecins du centre de la France de diagnostiquer la pellagre (1).

« // n'y a, dit, en effet, M. Th. Roussel, au milieu des conditions )) si diverses dans lesquelles on rencontre les pellagreux, que deux » faits constants et communs à tous les individus sans exception : » 1° Valimentation à peu près exclusive avec le mais, surtout pen- » danl la saison froide ; 2" la misère qui condamne à cette alimen- « talion et au genre de vie affaiblissant qui donne à celle-ci toute son » efficacité morbifique (2). »

Cet axiome rigoureux d'un traité devenu classique, rapproché d'un rapport qui doit faire autorité et par la science éprouvée du rappor-

(1) « Le talent remarquable avec lequel M. Roussel a soutenu certaines hypothèses étiologiques, et la fidélité avec laquelle les traités de pathologie les ont reproduites, ont heaucoup nui à la notion de la maladie. »

« Aux yeux d'un grand nombre de praticiens, en effet, la pellagre doit passer inaperçue par cela seul que les malades qui s'offrent à eux ne se trouvent pas dans les conditions de causalité formulées dans les livres. Et comme il est toujours possible de classer l'affection, selon ses phénomènes prédominants, soit parmi les dermatoses dartreuses, soit parmi les entérites chroniques, soit parmi les affections mentales, soit parmi les paralysies progressives, etc. , la pellagre passe pour une maladie des plus rares à l'état sporadiquC; tandis qu'en réalité on en remarque assez souvent des exemples. »

Landouzi. LeUrc à l'Académie de Médecine. (•2) Th. Roiisscl, de la pellagre, page 171.

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