EUUEUR GÉNÉRALE SUR LA CAUSE DU MAL
tour et par la haute compétence de ceux qui en ont admis les données, ne permettait désormais aux médecins aucune hésitation.
Il ne pouvait y avoir de pellagre que là où il y a du maïs !
Or, comme toutes les pellagres de Reims, sans exception, se sont développées en dehors du maïs, et comme plusieurs même se sont développées en dehors de la misère, il fallait nécessairement, avant de combattre les affirmations de deux auteurs si justement estimés, vériOer de visu si notre pellagre sporadique était bien semblable a celle qui avait servi de type à l'ouvrage de M. Th. Roussel et aux conclusions de M. Tardieu.
Ajoutons que le rapport du comité consultatif de France ne venait lui-même qu'après de nombreuses enquêtes, dirigées par les conseils d'hygiène des départements méridionaux et demandées par le ministre, a la sollicitation répétée d'un médecin distingué de Bagnères, M. Costallat, qui entreprend, a l'exemple de Balardini, d'extirper, par de simples précautions hygiéniques, le fléau qui détruit ou abâtardit toute la population agricole des contrées pyrénéennes.
De nombreuses statistiques patiemment analysées, M. Costallat infère que le maïs altéré cause seul la pellagre. Mais, alors même que les faits invoqués eussent prouvé l'influence du maïs altéré sur la production de la pellagre, ils ne pouvaient prouver que cette inflaence fût constante, soit partout où l'on fait usage du maïs altéré, soit partout où existe la pellagre; et alors même que ces faits eussent démontré cette constance, on ne pouvait en induire qu'elle fût exclusive.
Conclure de la constance d'un efl-et à l'unicité d'une cause , ce serait en médecine comme en physique une erreur capitale.
De ce que l'alimentation par les moules altérées produise constamment l'urticaire, s'en suit-il que l'urtica, que les bains, que les émo-
l'ROLIÎlGOMKNES.
lions morales, de, ne la luoduiscnt pas aussi et avec des caractères idcnliqucs?
De ce que les miasmes paludéens produisent invariablement la fièvre intermittente, s'en suit-il que d'autres causes ne la produisent pas également?
Or, le travail de M. Costallat se termine textuellement par ces conclusions :
« 1° La pellagre est un empoisonnement lent par le verdet{miis ') altéré);
» 2° La pellagre disparaîtra quand toute la farine de mais sera » convenablement préparée ;
» 3" En attendant^ il ne faut plus parler de cas existants ou ayant » existé de pellagre sans maïs, il faut en montrer (1). »
£n montrer n'était pas difficile, et les faits recueillis à Paris par MM. Gibert, Roussel, Devergie, Barth, Becquerel, Marotte, Willemin, Brierre de Boismont, Rayer etc.; à Montluçon, par M. Brugières; à Ste-Gemmes, par M. Billod ; à Maréville, par MM. Mérier, Auzouy et Teilleux; à Beine, par M. Collard-, à Reims, par mes élèves, constituaient un ensemble de preuves suffisantes pour faire tomber toutes ces hypothèses d'étiologie exclusive.
Mais en présence de pareilles affirmations, émanées d'hommes si convaincus et si compétents, l'authenticité des faits sporadiques ne suffisait plus , quelle que fût la compétence de ceux qui les avaient consignés. Il fallait que le même observateur eût pu comparer de visu les deux ordres d'observations.
Je partis donc, aussitôt le printemps, pour les Landes, sans opinion préconçue, je n'ai pas besoin de le dire : car, outre qu'il m'eût été
(1) Costallat, loc. cit., page 42.