MAÏS ALTÉRÉ
Les médecins italiens, après avoir attribué d'abord la pellagre à l'alimentation par le maïs en général, ont eux-mêmes abandonné
MAÏS ALTÉIUC
celle opinion exclusive, pour la reslreindrc au maïs altéré (I), et celle doctrine, soutenue avec autant de talent que de conviction par MM. Thouvencl, Balardini, Roussel, Coslaliat (2), a trouvé tout récemnaent une sanction puissante dans le rapport de M. Tardieu an comité consultatif d'hygiène publique.
(1) « L'altération du maïs, connue sous le nom de verdet, est l'unique cause
» de la pellagre Des travaux récents font présumer que le verdet consiste
» dans la réunion de plusieurs champignons microscopiques dont le plus 5) constant et le plus nuisible est encore à déterminer. Quant à la manière s dont les germes du champignon pénètrent dans la plante du maïs, c'est un » point de physiologie, hérissé de difficultés, que les recherches do M. Jules > Kuhn n'ont pas entièrement élucidé ; mais le médecin praticien n'a pas be- » soin d'entrer dans ces détails, il lui suffira de savoir que :
» 1° Le verdet est l'unique cause de la pellagre ;
» 2» Le verdet n'attaque jamais le maïs qui a été passé au foux au moment ^ de la récolte. »
Costallat. Etiologie et prophylaxie de la pellagre. Paris 1860, p. i.
(2; On aura, par l'extrait suivant, une idée du principe qui domine l'école de Balardini et du véritable talent avec lequel cette doctrine séduisante est exposée par M. Costallat :
« Au point de vue du docteur Balardini, la misère la plus complète, les infractions les plus graves aux lois de l'hygiène , la privation de toute liqueur fermentée, peuvent affaiblir le sujet le mieux constitué et le conduire plus ou moins rapidement au tombeau ; mais la pellagre ne se montrera qu'avec le verdet. Cette maladie fera des progrès, restera stationnaire, ou diminuera d'intensité, suivant que l'entophyte vénéneux se trouvera en plus ou moins grande quantité dans l'aliment de chaque jour, elle cessera même tout à fait, un certain temps après la disparition complète du verdet.
» Avec cette formule tout s'explique aisément, l'étude et l'interprétation des faits particuliers et généraux observés impartialement, froidement, sont faciles et fécondes en résultats. Prenons un exemple. La grande épidémie de 1857, qui a donné l'éveil, est incomparablement la plus forte qui se soit jamais montrée dans les Pyrénées; qu'on veuille bien jeter les yeux sur le tableau que j'ai dressé des prix du froment, du seigle et du maïs depuis 18ii, jusqu'à ce
ÉTIOLOGIE.
Les nombreux cas sporadiqucs que j'ai réunis plus haut, rapprochés (les faits signalés chez les aliénés, prouvent déjà d'une façon péremploirc que, si le verdet était une cause efficiente de pellagre, ce n'en serait pas, toutefois, une cause exclusive, puisqu'un seul des quatre-vingt-quinze malades observés a Reims, à Paris et a Sainte- Gemmes, a fait usage de maïs.
Mais l'étude des pays endémiques eux-mêmes proteste contre cette hypothèse.
D'une part, la pellagre règne dans des contrées où le maïs est inconnu.
jour, d'après le registre des mercuriales da marché de Bagnères. Bien que 1857 y figure en première ligne comme année disetteuse, la pellagre n'aurait pas sévi plus qu'elle n'avait fait jusqu'alors, si l'énorme déficit, indiqué par la hausse extraordinaire des prix , avait pu être comblé par une autre céréale que le maïs.
» Mais nos paysans ne peuvent se passer de leur pasfet (houiUie de maïs) qu'ils prétendent être plus économique que la soupe au pain de seigle et de froment, même lorsque le maïs se paye 29 fr. oO l'hectolitre, le seigle ne coûtant que 25 fr., et le froment 37 fr. 60, c'est-à-dire bien moins eu égard à la diflerence des qualités nutritives. Avec le maïs étranger, provenant des provinces danubiennes, s'introduisit une quantité de verdet hors de toute proportion avec tout ce qu'on avait pu voir jusqu'alors ; de là aussi les effets désastreux sur la santé publique.
» L'année 1858 a été la contre-partie de 1857; la récolte a été bonne et abondante, et comme il n'y a pas eu de déficit à combler, le maïs u'a pas séjourné dans les navires, d ,ns les magasins et n'a pas présenté plus de verdet que dans les années ordinaires ; aussi y a-t-il eu bien moins de cas de pellagre, ce qui implique nécessairement qu'uQ certain nombre de pellagreux ont guéri spontanément; peut-on trouver un enchaînement de faits et de déductions plus simple, plus naturel? »
Co.slallal. Lof. rit., p. 2!}.