CHAPITRE X
Traitement.
Quoique la thérapeutique de la pellagre doive évidemment se ressentir de l'ignorance où nous sommes de la cause spécifique du mal et de son essence intime, il est cependant possible de la baser sur quelques données précises, en attendant une médication spécifique.
Le mal étant de nature éminemment dépressive et adynamique, on mettra au premier rang des indications générales l'usage des modificateurs généraux, un régime tonique, une alimentation réparatrice, une hygiène favorable.
Certaines indications spéciales résultent en outre des accidents spéciaux.
L'enveloppe cutanée étant devenue impuissante à réagir contre des causes qui ne l'altèrent pas ordinairement, il faut, d'une part, la soustraire à ces causes, et, d'une autre part, la mettre à même d'y réaisler.
TIUITUMENT.
Dès la Ou de l'iiiver, puisque la dermatose survient quelquefois avant les premiers jours du printemps, on devra donc insister près des pellagreux sur la nécessité de ne jamais s'exposer au soleil sans avoir les pieds et les mains parfaitement protégés, de fermer complètement les vêtements jusqu'au cou, et de se couvrir la tête d'une coiffure à très-larges bords.
Ces précautions seront continuées pendant l'été, puisqu'il n'est pas rare de voir l'érythème récidiver plusieurs fois, et l'on n'hésitera pas, dans certains cas exceptionnels, à les continuer plus longtemps encore chez les malades à peau très-impressionnable, puisqu'on l'a observé même l'hiver.
Au nombre des moyens les plus propres a augmenter l'activité de la peau, il faut placer en première ligne les frictions énergiques sur le corps entier, les bains de mer naturels ou artificiels, les bains alcalins, les bains sulfureux, la plupart des eaux fortement minéralisées, les bains de vapeur, les douches, et tous les procédés rationnels de l'hydrothérapie.
A Milan, les bains, joints à une bonne nourriture, constituent la seule médication de la pellagre.
Cette cure (cura balnearia) consiste uniquement en un bain chaud d'une heure, tous les deux jours, pendaia toute la belle saison (1) ; mais il faut attribuer peut-être au régime alimentaire et aux précautions hygiéniques qui accompagnent les bains, plus d'efficacité qu'à l'hydrothérapie proprement dite.
(1) Sous l'influence de ce traitement et d'après les statistiques de M. Caldélini, moitié environ des malades est complètement guérie, c'est-à-dire sans trace appréciable des désordres cutanés, gastriques ou nerveux, dont ils étaient atteints. Un quart voit disparaître les désordres cutanés et diminuer les symptômes généraux ; tandis que le dernier quart n'éprouve aucune amélioration.
TUAITEMENÏ.
Les louctions tligeslives étant altérées tantôt par une suractivité gastrique, tantôt par une diminution fonctionnelle, tantôt même par une entérhorrhagie ou par une entérliorrhée passive , il y aura lieu de recourir tantôt h la valériane, à l'oxyde de zinc, à la codéine; tantôt à la diète lactée, a l'eau de Vichy, de Bussang, d'Alet , de Condillac, etc.; tantôt h la pepsine, à la noix vomique; tantôt au sousnitrate de bismuth , au charbon, au ratanhia, au diascordium ; tantôt, enfin, aux principaux modificateurs : huile de foie de morue, iodure de potassium, préparations arsenicales, etc.
Les formes dépressives de l'aliénation mentale étant les plus communes dans la pellagre, et les accès aigus ne se montrant qu'à de rares intervalles, il y a lieu de recourir principalement à tout ce qui peut réveiller l'action du système cérébro-spinal. '
L'éloignement de toutes les causes morales ou physiques capables d'affaiblir l'innervation , les distractions de corps et d'esprit , les voyages, le changement d'habitudes, sont, sans contredit, les moyens les plus propres à prévenir ou à diminuer la lypémanie.
La manie aiguë sera combattue par les bains prolongés, les affusions, les révulsifs cutanés ou intestinaux, les sédatifs intérieurs et tous les autres agents ordinairement employés dans le traitement des paroxysmes de la folie.
Quant a la paralysie , à la rachialgie, au scorbut, qui suivent ou compliquent la pellagre, on leur opposera les moyens spéciaux qu'ils réclament en général.
Une indication toute spéciale ressort du retour constant ou de l'exacerbation presque constante de la maladie au printemps 5 aussi devra-t-on, chez les pellagreux, recourir au quinquina dès la dernière période de l'hiver.
TiurriîMiiNï.
Je conseille donc le vin de quinquina pendant le mois de Février, et 20 ou 30 centigrammes de sulfate de quinine, en deux doses, au début des deux principaux repas, tous les deux ou trois jours, en Mars, Avril et Mai, de manière a ce que les malades soient presque constamment sous cette influence anti-périodique, sans que cependant l'estomac puisse en soulîrir.
Les moyens que nous venons de proposer répondent, on le voit, aux indications générales et aux indications spéciales. Mais , selon M. Verdoux et quelques autres médecins des Pyrénées , il existerait un agent spéciflque, un véritable antidote de la pellagre, l'eau de Labassère ou de Cauterets.
Je doute fort que l'usage des eaux sulfureuses constitue un remède aussi héroïque ; mais, comme dans une maladie aussi grave on ne saurait négliger aucun des moyens proclamés favorables , nous nous sommes empressés , a défaut d'eau naturelle, d'employer l'eau de Labassère artificielle a la dose d'un demi-litre par jour, et nous aurons désormais préférableraent recours à l'eau naturelle , d'après la formule de M. Yerdoux (1).
( 1 ) « M. Verdoux fait prendre l'eau sulfureuse de Labassère ou de Cauterets, » le matin, sans mélange, froide ou légèrement réchauffée, à la dose d'un demi" » litre par jour pendant quinze jours, après quoi le malade se repose pendant » une semaine ; puis il recommence encore pendant quinze jours, et tout est » dit. Il est bon toutefois d'insister plus longtemps si la maladie paraît réfrac- » taire, et de recommencer au printemps suivant dans un but prophylactique. »
D'après M. Cazalas, un litre d'eau de Labassère contient :
Silicate de chaux 0,0477
— d'alumine O.OÛOaS
Sulfure de sodium 0,0401)
— de fer des traces
Chlorure de sodium. .
— de potassium Carbonate de soude. .
( de soude . .
Sulfate I de potasse. .
(de chaux. . .
o.oodsa
. \ traces.
— de magnésie .... 0,0080
Iode traces.
Matière organisée 0, 1650
Hameau fils, loc. cit., p. 50.
TllAITEMENT
Si, comme il est a craindre, l'avenir ne justifie pas à l'égard de l'eau de Labassère les promesses du présent, toujours est-il que c'est la un de ces moyens inoffensifs qui peuvent être utiles sans jamais nuire, et qu'on doit , par conséquent, essayer jusqu'à expérimentation suffisante.