‹ De la pellagre sporadique [electronic resource]Chapitre 67 sur 73 · CONCLUSIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS GÉNÉRALES

La pellagre sporadique cessera d'être considérée comme une maladie rare, dès qu'elle aura été catégoriquement signalée aux praticiens et débarrassée des hypothèses qui en obscurcissent la notion.

La pellagre sporadique existe, comme la pellagre endémique, dans des localités où le mais est tout à fait inconnu, et elle sévit à tous les degrés sur des individus qui n'en ont jamais mangé.

Elle existe également en dehors de l'alimentation par les céréales altérées, en dehors de l'influence de la misère, et en dehors de l'influence directe du soleil.

La pellagre sporadique, la pellagre endémique et la folie pellagreuse, sont des affections identiques.

Les différences qu'on a voulu établir entre la pellagre des pays à maïs, la pellagre du centre de la France et la pellagre des aliénés, ne constituent que de simples nuances observées , d'ailleurs , dans les autres états morbides, selon qu'ils sont sporadiques, endémiques, épidémiques, héréditaires, produits par des agents toxiques ou compliqués par d'autres affections.

Les altérations anatomiques le plus généralement signalées, sont les lésions de l'estomac et des intestins, et le ramollissement de la moelle.

La cause intime de la pellagre est inconnue. Sa principale cause occasionnelle est l'insolation.

CONCLUSIONS GKNi'iRALES.

Ses principales causes prédisposantes sont l'hérédité, la misère , l'usage d'une alimentation mauvaise, les passions tristes, l'aliénation et particulièrement la démence et la lypémanie.

Le diagnostic repose principalement sur la périodicité \ernale de trois ordres d'accidents spéciaux le plus souvent réunis, faciles k reconnaître même dans leur isolement , et impossibles à méconnaître dans leur simultanéité pathognomonique.

iO.

Le pronostic doit être réservé, malgré la bénignité, la gravité ou la nature des accidents, certaines pellagres de tout type ayant été promptement suivies de mort, quoiqu'elles fussent légères au début, et d'autres ayant été suivies de guérison confirmée, quoiqu'elles fussent en apparence des plus graves.

Le traitement aura pour base, outre la médecine des symptômes spéciaux et la proscription de toute médication débilitante, une bonne hygiène, une alimentation fortifiante, les grands bains et les modificateurs généraux.

Dès la fin de l'hiver, on insistera particulièrement sur le régime , sur les préparations de quinquina et sur les précautions contre le soleil.

APPENDICE

La leçon suivante formant une sorte de résumé général des principaux points relatifs à la pellagre, et contenant, d'ailleurs, la relation de deux cas nouveaux qui ne se trouvent pas mentionnés dans mon travail, j'ai cru devoir la consigner ici, quoiqu'elle ait déjà été publiée par mes élèves dans la Gazelle des Hôpilaux et dans l'Union Médicale.

Je joins également à cet appendice une lettre adressée, il y a six mois, h M. Rayer, pour consacrer le souvenir du docteur Hameau, dont le génie d'observation a le premier signalé l'existence de la pellagre endémique en France.

Leçon sur la pellagre, précédée de r examen de sept pellagrenx réunis à la clinique,

Par M. le professeur Landouzy.

(RecueilHepar MM. Palle et Destrez, internes à l'Hôtel-Dieu.)

Messieurs,

Les sept cas de pellagre sporadique que vous venez d'examiner avec moi, retracent de la manière la plus frappante l'histoire complète de la maladie.

Quelques mots d'abord sur chacun de ces pellagreux, avant de résumer les phases principales de cette redoutable affection, h peine mentionnée dans vos livres.

Le premier malade, atteint depuis douze ans, et sans causes appréciables, de troubles cutanés, digestifs et nerveux , s'est présenté à la clinique l'été dernier, avec une lypémanie manifeste, un appétit insatiable, une diarrhée rebelle et un érythème du dos des mains et des pieds, qui avait paru en Mars et qui reparaissait en Juin.

AI'I'RNDICK.

Celte année, il est revenu, le 8 Mai, avec le même éryllièmc, la même voracité, la même lypémanie, assez sain d'esprit, d'ailleurs, quoique lent et hésitant dans ses réponses.

Quelques jours après son entrée ii l'hôpital se déclaraient des visions, des hallucinations et enûn un accès de folie aiguë qui obligea de lui mettre la camisole de force , et qui dura seulement quarante-huit heures. Sorti en convalescence, il y a six semaines, il nous revient aujourd'hui après une récidive de l'érythème survenue sous l'influence du soleil.

Au début de l'exanthème, vous avez constaté chez ce malade la couleur rouge de la peau , c'est-à-dire l'érysipèle en pleine acuité; peu après , la couleur rosée , c'est-a-dire l'épiderme de nouvelle formation, mince et d'aspect pelure d'oignon; aujourd'hui vous avez remarqué cette limitation nette de l'érythème borné au dos des mains, et arrêté au poignet comme par un bracelet d'écaillés épidermiques. Vous avez été frappés surtout par un symptôme que seul il présente des rugosités considérables vers le métacarpe et de profondes crevasses qui donnent lieu a une certaine ressemblance avec la lèpre.

Ainsi donc, chez ce premier malade, pas de doute possible : pellagre confirmée en voie de progression et caractérisée par la simultanéité de troubles cutanés, digestifs et nerveux, s'exaspérant depuis douze ans à chaque printemps.

Le deuxième a été, au printemps de l'an dernier, et après plusieurs années de chagrins domestiques, atteint d'anorexie et de dyspepsie avec lypémanie, affaiblissement général , hésitation dans la marche, chutes sur le sol, etc. Tous ces symptômes avaient considérablement diminué l'hiver, lorsqu'au printemps de cette année, ils reprirent une nouvelle intensité en s'accompagnant, cette fois, d'un érythème caractéristique du dos des mains, qui diminua au bout d'un mois, se reproduisit de nouveau il y a quinze jours, et que vous voyez aujourd'hui en pleine desquamation.

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