‹ De la pellagre sporadique [electronic resource]Chapitre 68 sur 73 · LEÇON CLINIQUE SUR LA PELLAGRE · texte numérisé non relu

LEÇON CLINIQUE SUR LA PELLAGRE

Vous avez remarqué chez ce malade la leiileiir des paroles , la difticulté a comprendre, la perle de la mémoire , la vacillation de la démarche, la physionomie profondément triste.

C'est donc lîi aussi un type de pellagre confirmée et caractérisée par des troubles nerveux , digestifs et cutanés, en voie de progression.

Le troisième vous a offert un exemple frappant de pellagre qu'on pourrait appeler foudroyante, et dont je n'ai vu d'exemple dans aucun auteur.

Cet homme, d'une constitution athlétique et très - robuste encore , comme vous le voyez, malgré ses 13 ans de maladie, toujours trèsbien nourri , bien logé , très à l'aise, a consenti , comme le précédent, à venir passer une heure à l'hôpital pour votre instruction.

Il y a treize ans, il se rend, en parfaite santé morale et physique, à la procession de la Fête-Dieu. La procession s'arrête un instant au soleil, et le voilà qui, tout à coup, prononce des paroles incohérentes, et veut s'élancer pour tuer le prêtre qui, dit-il, lui a jeté un sort. Délire furieux pendant quelques jours, érythème, lypémanie, idées de suicide, diarrhée, puis retour complet a la santé depuis l'automne jusqu'au printemps.

M. le docteur Pichancourt, mon ancien interne, qui avait vu nos pellagreux de Reims, diagnostique facilement le mal, et, sachant l'intérêt que je prends à cette question, m'amène le malade.

Depuis 13 ans, au printemps, retour des mêmes accidents nerveux, digestifs et cutanés ; mais chaque année avec une diminution notable d'intensité.

Cette année, comme les autres, l'érythème est venu ; vous le voyez aujourd'hui à l'état de desquamation.

iO.

APPENDICE

Vous remarquez en même temps un phénomène que les deux premiers malades ne vous ont pas présenté, c'est-a-dire une coloration noire de la peau, qui atteint non-seulement les régions affectées par l'exanthème peilagreux, mais l'abdomen, le dos et le haut des cuisses ; nous y reviendrons tout a l'heure.

Tci encore réunion complète et presque simultanée des trois ordres d'accidents spéciaux ; nerveux, cutanés et digestifs.

Le quatrième malade entré, hier même, a la clinique, sort de l'hôpital d'un département voisin, où l'affection a été complètement méconnue. Comme il insistait près du médecin de cet hôpital sur la douleur que lui causait l'inflammation des mains, on lui répondait que c'était un simple coup de soleil-, mais, ajoutait-il 'a ceux d'entre vous qui l'interrogeaient tout à l'heure, je voyais bien que ce n était pas seulement un coup de soleil, car cela dure depuis plusieurs mois. Voilà quatre ans que je souffre , et je suis si ennuyé, que je me périrai un jour. Effectivement, vous avez appris par sa sœur que plusieurs fois il a voulu se pendre ou s'étrangler.

Chez cet homme vous avez remarqué, en l'absence de toute coloration noire des mains , une teinte bronzée des plus prononcées aux ongles. La racine seule en est exempte, évidemment parce qu'elle est de nouvelle formation, ettous les joursvous verrez cettesurface blanche s'accroître aux dépens de la surface noire, parce que dans la pellagre, la coloration noire diminue, en général, comme l'érythème , a mesure que s'éloigne le printemps.

L'érythème est, d'ailleurs, chez ce malade aussi marqué aux pieds qu'aux mains. Il est survenu tardivement et ses caractères sont encore tellement tranchés, qu'après la leçon il sera photographié pour l'atlas d'anatomie pathologique du professeur Lebert, de Zurich.

Encore ici, pas d'hésitation possible : érythème squameux borné au dos des mains et des pieds , lypémanie suicide , troubles digestifs, rachialgie persistante.

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Le cinquième, âgé de 74 ans, ancien frère des écoles chrétiennes et garçon déforme depuis 20 ans, est tombé dans une profonde lypémanie depuis longtemps.

Vous avez appris par son ancien maître, que cet homme était constamment triste et taciturne, qu'il avait de fréquentes hallucinations, notamment h chaque printemps où il donnait des signes évidents de folie, et qu'il avait, depuis quelques années, une telle voracité que rien ne pouvait le rassasier.

Chaque année, au printemps, ses mains devenaient rouges et on ne peut faire remonter la teinte noire de la peau à plus de 4 ans.

Au premier abord, vous l'avez tous cru atteint du mal d'Addisson car son corps ressemble a une véritable statue de bronze qui a perd.i son vernis. Mais en l'observant de plus près, vous avez remarqué que cette peau noire est couverte de squames desséchées ; vous avez su qu au printemps dernier il a éprouvé, comme de coutume, une vive douleur au dos des mains; vous voyez encore à cette région le caractère del erythème pellagreux, la peau rosée, le mal de la rosa, qui tranche singulièrement avec la peau noire environnante, et entre la pellagre et la maladie d'Addisson vous ne pouvez guère hésiter.

Dans le mal d'Addisson, en effet, il n'existe aucune desquamation tandis qu'elle est ici des plus marquées. Dans le mal d'Addisson il y a progression des accidents, et depuis quinze jours que ce malade e.t a 1 hôpital , vous voyez au contraire une diminution marquée de la teinte noire de la peau, une diminution de la lypémanie et un retour graduel de l'appétit et des fonctions digestives.

Y aurait-il ici pellagre compliquée de maladie bronzée, ou maladie bronzée compliquée de pellagre .p Cela est possible, sans contredit; mais les études que j'ai faites avec vous sur ce point ignoré de la science, me portent h penser que la modification pigmentaire accompagne souvent, dans la pellagre, la modiHcation épidermi.pic.

APPENDICE

Gardez-vous siirloui de regarder la leinte bronzée comme une complication par le scorbut, par la cachexie ou par une des formes dépressives de la folie, car des trois malades qui vous présentent celte peau noire un seul, âgé de 74 ans, est affaibli ; les deux, autres sont, au contraire, encore vigoureux, et l'un d'eux même est celui dont vous avez remarqué la constitution herculéenne.

Le sixième malade constitue, comme vous l'avez vu, une exception à la règle sur l'apparition de la dermatose, car, chez lui, c'est en hiver qu'elle se montre, chaque année, avec le plus d'intensité.

C'est un petit marchand ambulant, âgé de 68 ans, né a Suippes.

Il est d'une constitution encore robuste, assure n'avoir jamais fait d'excès, avoir toujours eu une nourriture suffisante et n'avoir jamais mangé de maïs.

Depuis un grand nombre d'années, et sans qu'il lui soit possible de fixer le début, survient, vers le mois de Décembre, une vive rougeur de la face dorsale des mains, bientôt suivie de gonflement et de douleur. Ces symptômes diminuent peu à peu, et dès le printemps l'épiderme se détache en larges squames pour faire place a cette coloration rose que vous venez de remarquer, et qui se limite au poignet par une zone de peau bronzée d'où se détachent encore aujourd'hui des lamelles furfuracées.

Les pieds ont toujours été exempts d'érythème. Jusqu'alors aucun désordre nerveux ne s'est manifesté. La diarrhée est le seul trouble digestif qui se soit encore produit ici-, elle a déjà paru plusieurs fois avec intensité et notamment au printemps dernier où elle a duré trois mois.

Vous vous rappellerez, Messieurs, cette rare exception, afin de ne pas attacher, dans le diagnostic de la pellagre, une idée trop exclusive a l'époque d'apparition de la dermatose.

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