‹ De La Percée Des Dents Chez Les NourrissonsChapitre 14 sur 21 · OI · texte numérisé non relu

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enfants mis d'emblée à l'allaitement artificiel, si les mères ne sont pas guidées, des modifications surviennent du côté des selles qui augmentent en nombre, deviennent plus liquides, présentent souvent une coloration verte et deviennent odorantes : tout rentre dans l’ordre lorsque la dent est percée.

Lorsque les enfants n'avaient pas échappé à la surveillance,même quand ils étaient à l'allaitement artificiel d'emblée, nous n'avons que rarement constaté de diarrhée. Quelquefois alors, les mères avouaient que la ration de lait donnée «ne suffisait pas à leurs enfants », qu’elles étaientobligées d’en acheter, etc.

Le plus souvent chez les enfants qui prennent du lait de vache, il existe au contraire une tendance à la constipation durantles quelques jours où se prépare et s'effectue la sortie de la dent. Cela s’observe surtout lorsque, par mesure de prudence on donne aux enfants une alimentation à peine suffisante, de peur de la donner excessive : c’est là une démonstration éclatante que la diarrhée est le fait d’une alimentation vicieusement donnée. La constipation, chez les enfants hypo-nourris, si l’on peut dire, c’est une véritable preuve par 9.

La diarrhée survenant chez quelques enfants exclusivement nourris au sein est facile à expliquer. L’enfant, en travailde dentition — nous le disons par avance — est « méchant » comme disent les mères... il crié.. et comme les mères sont toujours enclines à penser que l'enfant « crie la faim », comme elles savent qu’en donnant le sein à leur enfant, même s’il n’a

pas faim, elles calmeront ses cris, momentanément du moins, elles lui donnent le sein à chaque instant; le mari, d’ailleurs, a bien aussi sa part de responsabilité ; l'enfant est ainsi suralimenté, l’eczéma qu’on observe souvent chez ces enfants le montre bien, et la diarrhée de suralimentation ne tarde pas à apparaître. Ici, comme chez l'enfant au biberon, la sortie de la dent ne fait que révéler un état défectueux des voies digestives.

Que cette diarrhée de dentition soit plus fréquente l'été que l'hiver, rien que de très naturel, car le lait de vache, nous le savons, se corrompt infiniment plus vite dans la saison chaude, et d'autre part la suralimentation est accrue d'autant plus qu'il fait plus chaud, comme l’ont bien montré les expériences de M. E. Maurel.

Ce qui est très facilement explicable pour ces enfants dont nous venons de parler l’est encore plus aisément pour les enfants dont l'alimentation n’est pas exclusivement lactée où même ne l'est plus... Il est bien probable que dans le midi de Pamard, si les enfants ne prenaient que du lait, au lieu d’être alimentés d'une façon trop substantielle pour leur âge, «tout enfant » qui fait ses dents dans la saison chaude ne serait pas € fatalement condamné ». Le défaut de cette réglementation minutieuse dont l’importance capilale a été bien miseen lumière par notre Maitre, M. le professeur Budin, et auquel n'avaient songé ni Trousseau, ni Charpentier, ni Peter ent Blachez, ni tous les autres, suffit à expliquer la fré-

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quence des diarrhées qu'ils constataient ; il est done très facile de réfuter en particulier l'explication, toute théorique et imaginative d’ailleurs, de Blachez, sans quil soit nécessaire le moins du monde de « forcer les faits ».

Quant à l'explication de Vogel, il faut lui reconnaître le mérite de l'originalité, de l'ingéniosité : cette auto-purgation a malheureusement contre elle indépendamment de l'explication que nous donnons de la diarrhée, à la suite de tous ceux qui, de nos jours, s'occupent de pathologie et d'hygiène alimentaire des nourrissons, ce fait que l'enfant, dont la salive est sécrétée abondamment, déglutit fort peu de salive cependant. Ne voit-on pas, en pareil cas, que la salive coule abondamment au dehors ?.….

Quoi qu’il en soit, il faut laisser persister dans l’esprit des femmes, et au besoin larépandre, la certitude que le sein expose moins à la diarrhée que le biberon, les enfants qui percent leurs dents. Tous les moyens sont à employer, dans la lutte à outrance qu'il faut mener contre le lait animal, même stérilisé, du moment qu'une mère peut s’en passer, si la volonté ne lui manque pas, et l’on ne peut qu'applaudir — sans tenir compte du motif invoqué — aux sages conseils de Trousseau, qui recommandait de ne pas laisser sevrer complétement les enfants avant la percée des œillères. Nul doute que grâce à cet enseignement, des existences ont été conservées en grand nombre.

C) Troubles respiratoires. — Les accidents du système respiratoire sont de même ordre que les acci-

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dents digestifs... ils n'existent pas normalement ;: nous n'avons pas malheureusement de statistique à fournir, mais ilest bien vraisemblable qu'il n'y aurait guère plus de bronchite chez les enfants en « mal de dents » que chezles autres. Notre ami Dévé, qui systématiquement recherche les accidents de dentition chez les enfants surveillés à la consultation de M. Boissard, nous a assuré qu'iln’avait presque Jamais rencontré d'accidents pulmonaires à l’occasion de la percée des dents. Ce n’est pas à dire, cependant, qu'un nourrisson n'ait pas le droit d'avoir une bronchite dans le moment précisément où il perce ses dents, mais de ce qu'il y a quelquefois simultanéité faudrait-il penser qu'il y a une relation de cause à effet ?

Très souvent les mères disent que leur enfant tousse... C’est un fait d'observation journalière. Il s’agit d'une petite toux sèche, irritative, sine materia en apparence, et de fait l'examen des enfants ne révèle rien d'anormal. Bien qu'aucun traitement ne soit institué, lorsque la dentest sortie, la toux cesse, elle a duré 24, 38 ou 72 heures tout au plus, ce qui n'est guère la durée d’une bronchite. Nous nous bornons à signaler le fait, sans vouloir en donner la pathogénie. Il serait pourtant si facile à dire qu'il s’agit là vraisemblablement d’un réflexe !

Nous n'avons pas observé de cas de laryngite striduleuse ; il est bien probable

réserve faite pour une simple coïncidence — que la laryngite de denüUon doit aller retrouver la bronchite de dentition.

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M. Comby, après avoir mentionné l'opinion de Ch. West s’écrie : « Ce n’est plus de la clinique... , c’est du roman !...»

D) Fièvre. — Nous pensons que la fièvre de dents n'existe pas davantage, lorsque l’éruption dentaire se fait sur un terrain physiologique. Il est hors de doute que si une dent perce chez un enfant antérieurement mal nourri, comme il se fait une poussée d'infection intestinale, qui se traduit au moins, nous le savons, par des selles fétides, il n’y a rien d’étonnant à voir de la fièvre apparaître : mais ce serait commettre une erreur d'interprétation que d'attribuer à l’éruption de la dent un symptôme qui appartient en réalité à l'infection intestinale. Un enfant, qui perce une dent, peut avoir une petite angine, un furoncle, de l’impétigo, une lymphangite souvent si légère que la mère ne s’en aperçoit pas ; d'autre part, le thermomètre peut mal fonctionner, la colonne de mercure peut n'avoir pas été abaissée au-dessous de 37°. Que de causes d'erreurs qu'il faudrait d’abord penser à éviter avant d'attribuer une signification précise à la fièvre constatée ! Et d’ailleurs, la fièvre n’accompagne pas {oujours la percée des dents. À sup-

‘poser qu'elle accompagne quelquefois le travail de sortie d’une dent, il faudrait en conclure que la percée des dents ne se fait pas toujours dans les mêmes conditions, qu'il y a des « conditions » qui modifient le phénomène, conditions de terrain auxquelles il faut attribuer la fièvre et non au phénomène lui-même.

Comby n’a jamais vu, dit-il, la fièvre de dentition, et

il fait cette déclaration, à laquelle nous nous associons volontiers : &« La fièvre de dent doit aller rejoindre sa grande sœur la fièvre de lait, dont l'existence n’a pas été moins brillante, moins honorée ».

E) Troubles cutanés. — Les troubles cutanés forment encore une classe qui doit disparaitre du nombre des accidents de dentition. Nous connaissons assez bien aujourd’hui l’étiologie de l’impétigo, de la gourme; nous savons qu'une mauvaise hygiène alimentaire et le défaut de soins de propreté sont les deux conditions pour que la gourme apparaisse et persiste, que par une thérapeutique appropriée ou une hygiène alimentaire soigneusement observée dès la naissance, l’impétigo guérit rapidement ou ne se montre pas.

L'eczéma est la dermatose de l'enfant au sein, pourrait-on dire, tandis que l’impétigo est la dermatose de l’enfant artificiellement nourri et mal nourri. Nous savons comment et pourquoi l'eczéma apparait; dans les Consultations de nourrissons, où les enfants sont vus deux, trois ou quatre fois par mois, rien n’est plus facile que de prévoir l'apparition et le développement de l’eczéma : d’une façon pour ainsi dire constante, le candidat à l’eczéma est un enfant qui a le hoquet, qui prend beaucoup trop au sein : il augmente chaque jour d'une façon excessive. Si la mère n’y prend garde, si satisfaite de voir son enfant augmenter beaucoup, — peu lui importe bien souvent que ce soit trop du moment que c’est

beaucoup, — elle ne suit pas les conseils qui lui sont

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donnés, la peau des joues du nourrisson devient rugueuse ; à un stade plus avancé quelques vésicules apparaissent, qui suintent et démangent, À tous ces stades, la guérison peut être rapidement obtenue ; mais si les lésions sont abandonnées à elles-mêmes,

si la mère ne supprime pas rapidement la cause par

une réglementation sévère, alors on assiste à ces

poussées suintantes alternant avec des périodes d’ac-

calmie, à cette persistance déconcertante de la dermatose, en dépit de l'hygiène la plus rigoureuse, des pom-

mades, des pâtes, et de tout ce que l'arsenal théra-

peutique peut offrir pour lutter contre l’eczéma. C’est

pendant 4, 6, 10, 15 mois et plus, qu’on doit lutter

pour arriver à la guérison. Combien avait raison

Blachez quand il disait que « ces éruptions sont

tenaces, rebelles aux traitements les plus rationnels »;

mais nous nous demandons si Blachez était en droit

d'employer le mot rationnel lui qui, comme ceux de

son temps, se méprenait complétement sur létio-

logie de l’eczéma.

Qu'un groupe dentaire fasse son apparition chez un de ces enfants, il est fatal, pourrions-nous dire, que l’eczéma reçoive une impulsion nouvelle, conséquence non de la sortie de la dent, mais de la poussée d'infection gastro-intestinale que provoque l'apparition de la dent chez un de ceux dont les fonctions digestives, digestion et assimilation, ne cessent de s’élaborer de facon vicieuse.

F) Convoulsions. — Ce n’est un mystère pour personne que les convulsions sont très fréquentes dans la première enfance : la moindre cause peut les pro-

duire : or, que de cas où la clinique et les autopsies même ne peuvent permettre d’en découvrir la cause ! Que les enfants soient en travail de dentition au moment même où ils ont des convulsions, et voilà du coup l’étiologie trouvée et prouvée..…., pnisqu'il n'y a rien d'autre pour les légilimer !

Que d'enfants, cependant, trop jeunes pour que la dentition puisse être incriminée et qui ont des convulsions dont la vraie cause nous échappe !

Quoi qu’il en soit, les convulsions d'origine dentaire sont admises par presque tous les médecins. « Le travail de la dentition, dit Péter, détermine de l'insomnie et de l’insomnie à l'apparition d'actes convulsifs, il n’y a souvent qu'un pas ».

Dans la préface qu'il a écrite en tête du livre de Cruet, où l’auteur nie cependant les accidents généraux réflexes, le professeur Lannelongue se montre partisan des accidents réflexes chez des enfants prédisposés.

Sur la pathogénie, seule, les auteurs sont en désaccord, Pour Chompret, les troubles nerveux seraient dus à l’irritation des nerfs dentaires par compression et la transmission de cette irritation au trijumeau et parfois au bulbe (3).

Autrefois mises sur le compte de l'éclampsie (Beaumès), les convulsions de dentition sont mises aujourd'hui sur le compte de l'hérédité nerveuse (épilepsie, hystérie, aliénation mentale). « Chez ces prédisposés, dit M. Comby, lout est prétexte à convulsions : rien d'étonnant à ce que la dentition, comme une indigestion, soit une cause occasionnelle ».

L'hystérie semble un des facteurs primordiaux de convulsions. Telle est du moins l'opinion d'Ollivier, etde son élève de Burnel, de Chaumier (de Tours) qui décrit trois formes de convulsions hystériques. La première forme, larvée, caractérisée par de simples phénomènes émotfs; la deuxième, parce qu'il appelle la € pâmoison» ; la troisième, par les grandes attaques convulsives. L'opinion de Chaumier est assez généralement admise aujourd'hui.

Le Roy de Méricourt et Charpentier nient l'hystérie chez les nourrissons ; Peter est moins catégorique, mais il admet l'existence de convulsions qui ne sont pas de nature hystérique : €ces convulsions peuvent tuer, dit-il, ce qui ne se rencontre pas d'habitude avec les convulsions hystériques. Ces convulsions peuvent donc se produire sans hystérie, mais je reconnais qu'elles sont plus fréquentes chez les enfants d’hystériques ou surtout d’alcooliques ».

Nous ne dirons rien des maladies diverses mises encore sur le compte de la percée des dents, sinon qu'il est évident qu’elle ne saurait en être la cause. Au gonocoque était dû sans nul doute la blennorrhagie du petit garcon dont Hunter a donné l’observation, et l’on ne peut que passer sous silence, sans même la discuter, la varicelle de dentition de Guyot, sous peine d'être obligé de discuter la possibilité d’un décollement juxta-épiphysaire du fémuür ou de l’humérus d’origine dentaire!

Parallèlement à ce que nous avons fait en termi-

Dust Aus

nant le chapitre précédent, voici comment concluent les adversaires des accidents de dentition :

Pour Rosen de Rosenstein «les enfants bien nés, indemnes de toute disposition morbide, ne sont pas sujets aux accidents de dentition » (112).

Wichmann ajoute: « On ne pourra raisonnablement parler de dentition que lorsqu'il sera impossible de trouver autre chose ».

Voici les conclusions du travail de Politzer :

«1° Il est temps qu'il ne soit plus question en pathologie et en thérapeutique de troubles attribués à la dentition.

«2° Expliquer des phénomènes bizarres, obscurs, par des troubles de l'évolution dentaire, c’est mettre un inconnu à la place d’un autre inconnu; il vaut mieux dans ce cas avouer son ignorance.

«3° Quand bien même on ne trouverait pas d’autres causes que la dentition elle-même pour expliquer des accidents qui surviennent au moment où elle a lieu, il ne faudrait pas encore parler d'accidents de dentition, parce qu'en formulant un diagnostic, on doit tenir compte des symptômes et non des causes présumées.

Co y aura un danger pour les enfants tantque les accidents de dentition n'auront pas disparu du cadre de la nosologie, parce qu'ils seront toujours l’occasion d'erreurs regrettables de la part de certains médecins (105) ».

Fleichsmann : € Tant qu'on n'aura pas de relations

plus démonstratives que celles qu’on à données jus-

Gr ee

qu'à ce jour, on sera forcé d'admettre que les accidents dits de dentition rentrent dans la catégorie des faits apocryphes ou mal observés » (51).

Magitot: QIl n’a jamais été établi d’une manière incontestable aucune relation de cause à effet entre la dentition et les accidents qu'on lui attribue » (81).

Et il termine la communication qu'il faisait à l'Académie de Médecine par ce vœu: «Nous souhaitons que la classe des maladies dites de dentition chez l’homme soit définitivement rayée du cadre de la nosologie médicale » (83).

Parmi les conclusions dont Levèque fait suivre sa thèse et.qui reproduisent les idées de son Maitre, nous relevons celle-ci : « La théorie des accidents de dentition ne nous paraît basée jusquà présent sur

aucune preuve absolue ».

M. Comby: «Les maladies dela dentition sont dues à d’autres causes que ce prétendu travail de dentition qui aurait des irritations sympathiques si multiples et si lointaines. Nous regardons l'influence pathologique de la première dentition comme instgnifiante » (35).

C’est à cette dernière opinion que nous nous rangeons : à notre modeste avis, la dentition n'est nullement responsable de la presque totalité des aceidents qu'on lui attribue, mais elle ne va pas, cependant, sans se manifester autrement que par l'issue de ses éléments à travers la gencive... le travail de

dentition n'a pas ses accidents, mais il a ses sy mp-

1ômes. C'est à leur exposé que nous consacreronsla dernière partie, fort courte d’ailleurs, de notre thèse,

Fe RU car courte est la liste de ces symptômes et fort # de te) © réduite est leur importance. & : Jan . CE ï | #.

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