CHAPITRE III
Que faut-il penser des accidents «dits » de dentition ?
Que faut-il penser au juste de cette période de dentition redoutable, et si l’on en croit les opinions que nous venons de voir ? Faut-il tenir pour intimement liés, réellement à la dentition, les accidents qu'on lui attribue, et admettre comme vrai le vieux dicton : & Bel enfant jusqu'aux dents ?...» ou bien au contraire faut-il attribuer au terrain sur lequel ils apparaissent, tout ce cortège de maux qui menacent l'enfance.
Le camp des adversaires des accidents de dentition compte des combaltants éminents et convaincus, parmi lesquels il faut citer Rosen de Rosenstein, Magitot et son élève Levêque, Politzer, Fleischmann, Wichmann, Comby, etc, etc.
L'ennemi le plus déclaré des accidents de dentition est sans contredit Magitot ; avant d'entrer dans la discussion de chacun des accidents admis par les auteurs précédents, nous croyons qu'il n’est pas inu-
tile de reproduire l'argumentation précise, serrée, par laquelle il répond à ses adversaires sur la question de principe.
1° Pourquoi ces accidents, déclare-t-il(82) seraientils exclusifs à cette première phase, alors qu'au point de vue physiologique, elle est évidemment bien moins susceptible de produire des désordres locaux, puisque les premières dents apparaissent sans traumatismes d'aucune sorte sur des gencives vierges et entièrement libres de tout obstacle ?.…..
Rien de plus simple, de plus silencieux que le travail de percée de la dent. L’éruption, en effet, d’après lui, est dans l'état physiologique un phénomène lent et progressif, qui entraine la résorption concomitante de la muqueuse, par un fait de compression simple. Ce passage de la couronne au travers des tissus vasculaires ne s accompagne toutefois d'aucune lésion, d'aucun traumatisme appréciable ; les tissus comprimés se résorbent par un travailinsensible, sans inflammation ni hémorrhagie, et lorsque la couronne a enfin terminé son trajet au dehors, la muqueuse qui lui à livré passage se fixe et s’'insère au collet où elle adhère au périoste alvéolaire qui n’est autre que la paroi même du follicule,.
Magitot n'a jamais vu les choses se passer autrement, sauf, lorsqu'il s'agit d'anomalies observées presque loujours en cas de dentition précoce; on peut alors noter quelques accidents souvent graves, pour la vitalité de la dent bien plutôt que pour l’enfant, C'est ainsi qu’on peut observer de l’ectopie du
2 47 pe follicule dentaire ; un ou plusieurs follicules sont projetés hors des mâchoires et se trouvent flottants dans la cavité buccale, tout en restant unis au maxillaire par une sorte de pédicule : et cela, en l'absence même de tout symptôme inflammatoire (il faut convenir que ces accidents appartiennent plutôt à l’évolution des follicules qu’à la percée des dents proprement dite).
Le seul cas d’hémorrhagie qu'il ait observé au moment de la percée de la première dent s’est terminé,ilest vrai, d'une facon malheureuse, car l'enfant est mort : mais il s'agissait d’un hémophile (80).
Se basant sur sa longue expérience qui lui a montré la bénignité absolue de l’éruption de la dent, Magitot s'élève énergiquement contre l'incision ou l’excision des gencives, faite pour remédier à des accidents mis à tort sur le compte d’une résistance, d'une dureté anormale de la gencive. Sans parler de la lésion de la gencive, produite par l'opération, lésion qui n’a pas grande importance, à ses yeux, Magitot n'envisage que les inconvénients que peuvent avoir sur une couronne en voie de formation le contact du bistouri ou des ciseaux. «€ Cette ciconstance, dit-il, n’est pas indifférente, et l’on sait quelle est la fragilité extrême du revêtement d’émail crayeux et friable qui recouvre une couronne encore incluse dans son follicule ». L'incision de la paroi du follicule risque d’avoir pour conséquence que la poche folliculaire s’enflamme, devienne le siége d’un épanchement sanguin (hématocèle du follicule dentaire), se gangrène, s’ulcère, et donne issu à son contenu.
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L'incision unguéale, moins grave, à ses yeux, pour l'émail de la dent, peut présenter des dangers d'infection redoutable, Et Magitot termine ainsi : «En présence des inconvénients possibles d’une telle pratique, nous attendrons encore pour la conseiller que son indication soit formulée d’une façon précise, et son efficacité plus rigoureusement démontrée.
2 Comment expliquer quesdes lésions très souvent observées et plus ou moins graves des follicules en voie d’éruption (abcès, hématocèle, ectopie), n'ont jamais été causes d'accidents de dentition.
Ces observations faites chez l'enfant, Magitot a eu, en 1872, au Laboratoire d’histologie de la Faculté, l’occasion de les faire à nouveau chez des animaux, auxquel il a lésé les gencives, blessé les follicules, sans pouvoir parvenir à produire d'accidents de denlilion.
Comment établirait-on l'intervention de la percée des dents, lorsque des accidents ordinairement attribués à la première dentition se produisent soit avant l'apparition, soit après l'achèvement complet de celle-ci?
Et comment rattacher, encore, à la dentition, les troubles morbides qu'on observe dans le premier âge chez beaucoup d'animaux domestiques, accidents qui sont en lous points analogues à ceux de l’homme, alors que l'éruption des premières dents est achevée, et y est — par conséquent — tout à fail étrangère ?
Toutes questions auxquelles ilest malaisé de répon-
dre, et auxquelles, dans une discussion fameuse à
Rat 49 — l'Académie, en 1892, on ne fit que des réponses ümides et peu convaincantes.
Dès lors, comment faut-il interpréter ce que l’on a écrit sous le nom d’accidents de dentition, et que doit-il en rester de tous eeux que l'on a décrits ?
À) Accidents buccaux.— Parmi les accidents buccaux, la douleur, le premier et le plus souvent ineriminé par les mères, et il faut le dire par les praticiens aussi, n’est pas aussi forte qu'on veut bien le dire, la preuve en est que l'enfant mord énergiquement les corps les plus durs, les hochets en os, ou en ivoire et les bâtons de guimauve, chers aux femmes du peuple, sans qu'il semble en souffrir de ces pressions souvent énergiques. Il s’agit bien plutôt d’une simple irritation, d’un prurit qui se manifeste d’ailleurs — en ce qui concerne les incisives inférieures médianes — dès le milieu du troisième mois, d'après Magitot.
A quoi peut-il donc servir de faire mordre aux enfants os, ivoire ou guimauve ? C’est les exposer inutilement aux dangers d’une lésion gingivale, d’une infection buccale d’abord, gastro-intestinale ensuite.
Ilnous est arrivébien des fois d'observer des enfants au sein, et bien réglés dont la courbe était très belle, et présentait tout à coup entre 4 et 6 mois, des petits à-coups : à n’en pas douter, la mère devait donner à sucer, à mordiller à son enfant le fameux bâton de guimauve... comme si de contusionner sans cesse la gencive avec un corps infecté comme la guimauve que l'enfant jette à terre et qu’on lui redonne
à sucer ; la mère allait tout d’un coup faire vieillir de 2 ou 3 mois les follicules dentaires et en hâter la déhiscence : la réponse était souvent affirmative ; la peur d’une réprimande, bien probablement, empèêchait qu’elle le fût plus souvent encore.
Gonflement, rougeur, puis enfin pàleur de la gencive au moment où le follicule va s'ouvrir sont, non des accidents, mais des stades successifs et normaux dela fin de l’évolution de la dent.
Quant à l’abcès prédentaire, {/ suppose une infection de la cavité alvéolaire, et par conséquent une solution de continuité dans la muqueuse. C’est là encore un des inconvénients du hochet, un accident de hochet, non de dentition.
Les stomatites admises par Comby, tout à fait par exception d’ailleurs, sont formellement niées par Magitot.
Quand elles existent.,elles reconnaissent une toute autre cause, et il base son opinion sur l'observation toujours négative sur ce point chez l'enfant, et les résultats toujours négatifs de ses expériences sur les animaux.
B) Troubles digestifs. — 11 nous a été donné d’en observer quelques cas à la consultation des nourrissons de la clinique Tarnier, tant chez les enfants au sein que chez les enfants nourris artificiellement, en totalité ou en partie, mais avec une fréquence beaucoup plus marquée chez les enfants qui prenaient du lait de vache.
Nous avons pu vérifier que chez presque tous les