HISTORIQUE
Il est de règle qu'à la base de tout travail soit placée une étude rétrospective de toutes les recherches entreprises, de toutes les pierres apportées antérieurement à l'édification du-bâtiment. Tracer l’historique de cette question de la première dentition et de tous les accidents dont elle a été accusée à tort ouà raison, est chose à peu près impossible, cependant, car il faudrait passer en revue toute la littérature médicale, depuis les livres hippocratiques jusqu'aux traités les plus récents de pathologie infantile.
Nous nous bornerons donc à indiquer rapidement toute la période qui va depuis Hippocrate jusqu'aux travaux de Rosen de Rosenstein.
Le Père de la médecine fait quelques remarques sur l’âge de la percée des premières dents, et attribue à leur apparition l’irritation des gencives, la douleur, la diarrhée, les convulsions enfin (70). Tous les premiers travaux ne sont que la confirmation des théories hippocratiques : tels sontle Traité de la dentition d'Eustachius (48), la Physiologie de la dentition de Duverney (46), les recherches de Haller sur la marche de la dentition et les accidents qui l’accompagnent (63). L'observation fort peu en honneur est sou-
vent remplacée par l'imagination : Ingrassias n'hésite pas à admettre une première dentition pendant la vie intra-utérine.
Vers la fin du xvure siècle, Rosen de Rosenstein décrit avec force détails les maladies de la dentition, donne des conseils aux mères, et indique les traitements à suivre pour guérir les accidents de dentition et {es prévenir. Pour durcir les dents, il croit à l’efficacité de l’usage du lait de bonne qualité, et recommande de frotter fréquemment les gencives dès le troisième mois pour rendre plus facile leur perforation parles organes dentaires (112).
Pour la première fois, semble-t-il, avec Girtanner et Hunter, l’idée est émise que sont probablement quelquefois attribués à tort à la percée des dents un certain nombre des accidents dontelle est accusée (58).
Pour Hunter les dents avant leur sortie jouent le rôle de corps étrangers et produisent une inflammaüon locale qui serait la sourée de tous les accidents observés : il n'existe qu’un moyen d'empêcher les complications, c’est d’inciser les gencives (69).
L'opinion restrictive de Hunter rencontre un partisan convaincu en Bunon, qui s'attaque en particulier aux convulsions. Il n’attribue à la dentition que les convulsions limitées à la face (26).
À Baumès revient l'honneur d'avoir le premier attiré l'attention sur l'importance qu'il faut probablement attribuer à l’état du tube digestif antérieu-
rement à la percée des dents, et les altérations de l’organisme par les atteintes de maladies antérieures (8).
Exposer l'historique de la question à partir de ce moment nous entrainerait forcément au cœur même du sujet que nous nous sommes proposé de traiter ; pour éviter des redites inutiles, et pour rendre plus aisée la compréhension d’une telle étude, nous préférons former deux groupes des opinions émises par les auteurs, suivant qu’elles ont été favorables on opposées à l'existence des accidents attribués à la dentition, et les exposer successivement : cette étude se confond, comme il est facile de le comprendre, avec l’objet même de notre travail.