‹ De La Percée Des Dents Chez Les NourrissonsChapitre 9 sur 21 · PRE · texte numérisé non relu

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en possède quelques exemples. Sans parler des deux Romains (Curius Dentatus et Papirius Corbon) dont parle Pline, nous rappellerons pour mémoire que Louis XIV et Mirabeau auraient eu des dents à la naissance. Quoi qu'il en soit, ces faits sont rares.

Blot, sur 20.000 naissances, n'en a pas observé un seul cas.

À la Maternité de Paris, pendant une période de dix années(de 1858 à 1868), sur 17.558 nouveau-nés, trois seulement présentaient des dents : deux sont nés avec leurs deux incisives supérieures médianes et le troisième avec ses deux incisives inférieures médianes (Magitot. Art. « Dents » du Dict. Encycl. des Sc. Méd.).

Tarnier, Guéniot, Massé, Giraldès, Sappey et Thon, Mattei, en ont rapporté des exemples. |

L'éruption précoce porte toujours sur les incisives, et l’on n'en comple qu'une ou deux, jamais plus.

Les causes véritables de cette éruption précoce nous échappent complétement, bien qu'on ait cherché dans l’anatomie comparée l'explication de ces raretés. On a prétendu que, à l'instar de ce qui est chez les animaux, plus l'individu arrivait tôt à l’âge adulte, plus la brièveté moyenne dela vie était grande, par conséquent, et plus il y avait de chance que les dents se montrent tôt. Le fait a été signalé chez l'homme, chez les Lapons et les Esquimaux, en particulier. Magitot l’a constaté chez les peuplades voisines du pôle.

On a dit que les dents sorties ainsi prématurément

avaient une vitalité et une existence très compromise et éphémère. Tel n’est pas l'avis de Magitot : « Ordineirement, les dents sorties avant l'époque physiologique effectuent régulièrement leur développement. Elles prennent peu à peu tous les caractères de la série à laquelle elles appartiennent, de telle sorte que lorsque la première dentition est complétement effectuée rien ne les distingue plus des autres: leur couleur, leur forme, leur position sont normales, et leur chute ultérieure se fait à la date ordinaire sans influencer l'époque d'apparition des dents permanentes ».

L'ablation systématique des dents constatées dès la naissance telle que la recommandaient quelquesuns n’est done pas absolument nécessaire, tant s’en faut, si l’on se place uniquement au point de vue de l'avenir de la (ou des dents) prématurément apparue, fût-elle même existante à la naissance de l'enfant.

Nous laissons absolument de côté, est-il besoin de le dire, les raisons d'ordre extra-médical invoquées pour les enlever, du temps où l'éruption précoce passait pour un présage défavorable à l'enfant... Il est vrai que la signification inverse a été admise également, et que, pour quelques-uns, l’avenir le plus brillant élait annoncé à celui qui avait le rare bonheur de naitreavecuné-dent

Beaucoup plus fréquents sont les cas où l’éruption des dents se trouve retardée. Mais ce terme, tout d'abord, aurait besoin d'être nettement défini, et c’est chose bien difficile, Pour parler de retard, avec cer-

ütude, il faudrait connaitre avec certitude aussi le moment où les dents doivent normalement sortir ; or, nous venons de voir que les auteurs ne sont pas d'accord sur ce point.

M. Comby dit: « Passé 7 mois, on peut dire que l’éruption des dents est en retard». Une telle précision ne nous semble pas légitime, car nous avons vu fréquemment des enfants percer leurs premières dents à 8 mois sans que rien dans leur passé et dans leur état actuel puisse faire penser avec quelque raison que leur développement avait été anormal : dès lorsil semble diflicile d'admettre que, seule, l’éruption dentaire serait anormale. Nous croyons, en fixant entre le sixième et le huitième mois, le moment normal de l'apparition de la première dent, qu'on peut dire que tout enfant qui perce sa première dent dans le courant du neuvième mois est un enfant dont la dentition est oraisemblablement retardée.

Les causes du retard de l’éruption sont nombreuses ; les unes tiennent à ce que l'enfant est né avant terme : il est ordinaire de voir les débiles n’avoir leurs premières dents que vers 9 et ro mois, comme si au nombre de mois qui s’écoulent chez l'enfant né à terme entre la naissance et la percée de la première dent s’ajoutait le temps que l'enfant aurait dû passer encore dans la cavité utérine s'il avait dû naître à terme. En réalité, pour eux, le temps qui s'ajoute aux 6 ou 8 mois habituels dépasse le plus souvent la différence de la durée de la gestation à la durée nor-

male de la grossesse.

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Toute cause qui retentit sur l'état de santé de l’enfant retarde le moment de l'apparition des dents.

Parmi celles-ci, il faut mentionner en première ligne les troubles gastro-intestinaux, soit qu'ils aient été intenses, et de durée relativement courte, soit d’intensité moyenne, légère même, mais ayant duré longtemps : ces conditions dernières sont de beaucoup les plus habituelles. Ce n’est un mystère pour personne que les enfants élevés au biberon — et par cela même exposés aux troubles dyspeptiques chroniques — percent en général leurs dents plus tard que les enfants nourris au sein à la condition toutefois qu'ils aient été convenablement nourris au sein. Le même fait se montre d'une façon encore plus évidente chez ceux qui reçoivent prématurément une alimentation solide : il est d'observation courante de voir chez eux la dentition achevée seulement à 3 ans ou 3 ans 1/2.

Lecture a été donnée à l’Académie de médecine (séance du 16 mai 1899), d'un travail de M. Lédé sur l'évolution dentaire des enfants placés en nourrice, qui confirme cette manière de voir, car nous savons quelle alimentation grossière les enfants reçoivent en nourrice, dans la grande majorité des cas.

Le rachitisme, aboutissant normal de la gastroentérite chronique, entraine par cela même, obligatoirement on peut le dire, une éruption dentaire retardée. On disait il n'y a pas encore longtemps que le travail de dentition prédisposait quelquefois

au rachitisme. Cest là une opinion que rapporte

M. Comby. Avec lui, et avec tous les auteurs qui se sont occupés de la question, nous renversons la proposition, car soutenir une telle opinion, c'est prendre l'effet pour la cause: autant dire que les enfants qui marchent tard sont prédisposés au rachitisme.

La syphilis héréditaire est incriminéte également assez généralement comme entraînant des retards dans l’éruption dentaire. Nous ne pensons pas qu'ainsi formulée cette opinion soit exacte.

Chez ceux qu'elle ne tue pas, la syphilis héréditaire, non soignée, entraîne un ralentissement bien connu dans la courbe des poids, un développement incomplet, une sorte & d’inaptitude à la vie », suivant l’expression de M. Boissard : Quoi d'étonnant dès lors, chez ces enfants, que l’évolution des dents participe à ce retard général du développement. Il n'en est plus de même lorsque la syphilis est dépistée de bonne heure chez l'enfant, soignée de bonne heure, énergiquement et longtemps traitée, surtout si elle est soignée avant la naissance de l'enfant, au cours de la grossesse. Ces enfants s'élèvent alors parfaitement, et à l'exception de certaines conformations des bosses frontales qui sont saillantes, d’une exagération du développement des veines du front, de cette dystrophie veineuse qui, à tort ou à raison, est considérée comme fréquemment spécifique, et de quelques-autres signes en faveur de l'existence probable de lasyphilis, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de reconnaître sur ces enfants l'empreinte de la tare héréditaire. Les enfants spécifiques, bien

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