AVANT-PROPOS
Avant de commencer notre esquisse , destinée aussi bien aux g-ens du monde qu'aux médecins, nous avons cru devoir résumer, à propos des couleurs, quelques données fort élémentaires d'ailleurs et tout à fait classiques, mais dontla connaissance trouve, ou peut trouver un jour ses applications à l'étude de l'achromatopsie, but principal de ce travail. Cet avant-propos, qu'un lecteur versé dans les connaissances physiques pourrait se dispenser de parcourir, répond d'ailleurs en partie à cette portion de notre titre : Les couleurs telles que les perçoit Tœil normal.
Chacun connaît l'expérience par laquelle Newton parvint à prouver, au moyen du prisme, que la lumière blanche d'u soleil n'est pas simple. Le spectre solaire
Goubert.
ainsi obtenu parla réfraction (la dispersion ou décomposition à travers un milieu réfring-ent) , est formé, comme l'arc-en-ciel, d'un nombre infini de teintes. Newton en disling-ue sept plus saillantes, principales, savoir, de haut en bas : le rouge, Vorangé, le jaune, le vert, le bleu, Yindigo, le violet.
Ces couleurs primitives, dont la synthèse ou réunion constitue, comme. l'a si clairement démontré Newton, la lumière blanche ordinaire, ne sont pas réfrangibles à un deg'ré identique, car la déviation est moindre pour les rayons roug'es que pour les autres. C'est même de cette inég-ale dispersibilité des radiations du spectre que résulte la dissociation de la lumière par le prisme. De plus, si l'on fait passer isolément, à travers un nouveau prisme, l'une ou l'autre des couleurs principales du spectre, elles ne se décomposeront plus. Elles sont donc simples et indissociables.
Toutefois, avec quelques auteurs, notamment Young' et le professeur Brewster (d'Édimbourg*), remarquons que, dans ces sept couleurs, on peut en considérer de pures et de composées, les premières, au nombre de trois : le roug-e (carmin), le jaune (g^omme-g-utte) et le bleu (bleu de Prusse). On sait en effet que nos peintres, en mariant le jaune, au roug*e, produisent de l'orang-é^ comme l'union du jaune au bleu donne le vert; le violet est de même une couleur binaire due au mélang-e du roug-e et du bleu ; quant à l'indig-o, il dérive aussi du bleu, èt il est inutile même de le disting-uer ici du violet, c'est un simple bleu-violet (1). Ayant
(1) Ainsi, pour donner de suite une idée de la nomenclature scientifique du coloris, telle que l'a faite M. Chevreul, il existe trois couleurs primitives, trois binaires, un grand nombre de nuances. Une nuance, dans l'accepion scientifique de ce mot pris souvent par le langage usuel comme sy-
analysé le spectre solaire, en le reg-ardant à travers des substances colorées susceptibles de ne laisser passer que certaines couleurs et d'éteindre les autres, M. Brewster a observé qu'il existe du roug-e dans toutes les parties colorées comme aussi du jaune et du bleu. M. Brewster, s' appuyant ég-alement sur des données physiologiques, veut donc (1) que le spectre solaire soit formé de trois spectres superposés d'ég-ale étendue, l'un roug'e, l'autre jaune, le troisième bleu : tous trois offrent leur summum d'intensité en des points différents, d'où résultent les diverses nuances du spectre solaire, les trois pures et les quatre composées.
— 11 nous faut rappeler encore brièvement la théorie de Newton sur la couleur des corps. Constatons d'abord que nous voyons les objets par la seule lumière réfléchie à leur surface. Il n'y a d'exception que pour les corps
nonyme (\q couleur, est la relation de plusieurs couleurs voisines, de ce que M. Chevreul nomme plusieurs gammes voisines (Voyez page 30 et 31) : aussi une couleur ne peut-elle se nuancer que de deux côtés. Le jaune ne peut être nuancé que par du rouge ou du bleu et ainsi des autres : Une couleur binaire n'est variable, comme nuance, que par l'une ou l'autre de ses deux constituantes. Les nuances sont d'ailleurs indépendantes des variations indéfinies ou tons que peut affecter une couleur franche (soit primitive soitbinaire) enprenantdu blanc ou en se cou vrant de noir. Le ton, ou Vintensité, soit d'une couleur, soit d'une nuance, résulte d'une atténuation par du blanc ou d'un assombrissement par du noir : le rouge qui va vers le blanc devient rose, le violet auquel on ajoute du blanc est du lilas, e>c. Nous verrons plus loin comment M. Chevreul arriva dans ses cercles chromatiques, en partant arbitrairement de 12 couleurs seulement (rouge, orangé-rouge, orangé, orangé-jaune, jaune, vert-jaune, vert,vert-bleu, bleu, bleu-violet, violet,vioIel-rouge), et sans compter les 20 tons de chacune de ces 42 couleurs modifiées par le blanc ou par le noir, — à composer 72 gammes de couleurs en interposant 5 gammes entre le rouge, par exemple, et le rougeorangé, de façon à répondre à tous les besoins de la peinture, de la tapisserie, des sciences naturelles. Chaque couleur se nomme d'après la place qu'elle occupe dans le cercle chromatique (Voyez p. 30). (\) Edinbur'jU Journal of sciences, t. V, p. 19.
diaphanes que nous reg^ardons par transmission, c'està-dire par transparence. Or les corps opaques décomposent la lumière qu'ils réfléchissent, comme les diaphanes la lumière qu'ils rétractent. Leur couleur ne dépend donc que de leur pouvoir réflectew pour diverses nuances du spectre, et de leur pouvoir absorbant pour les autres, ce dernier toujours complémentaire du premier. Ainsi, un corps sera jaune non par lui-même, mais parce qu'il absorbera tous les rayons de lumière blanche incidents à sa surface, le jaune excepté. Le noir serait l'absence de lumière; une substance noire absorbe la totahté des nuances du spectre : mais, en fait, le noir n'est pas plus une couleur que le blanc : chacun d'eux est la réunion de toutes les couleurs. Il n'y a pas d'objets absolument noirs, ceux qu'on répute ainsi sont de couleur plus ou moins foncée, comme nous le verrons en parlant des tons des g-ammes chromatiques (pag-e 31) ; le noir peut, par exemple, être du bleu foncé, comme le bleu du noir clair. En se réunissant, les trois couleurs premières des artistes donnent le brun, l'ombre^ le noir. Un corps soit blanc, soit incolore n'éteint aucune des couleurs mères du spectre; les g-az incolores ne le sont qu'en raison de leur impuissance à absorber les radiations lumineuses. Si les autres g'az, bien que diaphanes, se montrent colorés, c'est que tous les rayons ne sont pas ég-alement transmissibles dans ces milieux ; le milieu prend la couleur pour laquelle il est le plus diaphane. Le verre roug-e, s'il est bien monochromatique, ne laisse passer que le roug-e et éteint toutes les couleurs. L'aurore aux doigts de rose reconnaît la même orig-ine. Le soleil ou la lune sont roug-es à leur lever, et d'un éclat peu intense, toujours par le fait d'absorption; car les couches d'air inférieures, c'est-à-dire rasant l'ho-
rizon au lieu d'observation, se montrent plus épaisses, plus riches en vapeur d'eau, et les rayons des astres sont d'ailleurs plus obliques à leur lever. La même absorption par l'atmosphère explique la teinte orang-ée que prennent, la nuit, les lumières éloig-nées, surtout dans les temps humides : c'est une des sources d'incertitude des signaux colorés dont nous parlerons à propos du pronostic. Dans les zones supérieures de l'air, dans celles qui sont au zénith, c'est-à-dire sur la tête de l'observateur, les rayons du soleil paraissent roug-es dans les g-rands brouillards seulement (1). Le plus souvent, ces couches atmosphériques réfléchissent les rayons bleus de la lumière blanche^ d'où la teinte azurée de la voûte céleste et les tons bleuâtres que prennent au loin les montag-nes.
La couleur des corps varie même sing-ulièrement, pour certains au moins, selon qu'ils sont opaques ou transparents, en g'rande masse ou en minime quantité. L'or est jaune en ling'ot; si nous en prenons une feuille battue pour la fixer sur un morceau de verre, il paraîtra roug-e par réflexion, vert par transmission, car il conserve à cet état une certaine transparence, indépendante des déchirures qu'offrent ces lames minces rare-
(1) Les derniers rayons éteints par les brouillards sont les rouges, co qui a fait dire à M. Dumas, dans son rapport sur le prix do 50,000 fr., en 1866, que les lampes à huile (1. de Fresnel), à cause de leur lumière rouge, convenaient mieux aux phares que les régulateurs électriques, dont les feux sont plus blancs: opinion contestable d'ailleurs ; car, si ces feux sont dix fois plus intensos, leurs rayons rouges sont certainement plus nombreux.— M. .lansscns Mcaci. des Se, 20juiilot 1860) a montré que les raies bpectrales de la vapeur d'eau se groupent dans le rouge, l'orangé, le jaune. Cette vapeur paraît éteindre les radiations bleues et vioietles. L'auteur conclut, comme nous, que la couleur rouge du soleil est due à la vapeur d'eau atmosphérique.
ment bien continues (1). L' arguent est noir à l'état de division presque moléculaire , par exemple sur nos épreuves photographiques (2). Déposé en couche ténue par la g-alvanoplastie, il montre en bleu-violeté la lumière qui le traverse, dans les premiers moments du moins, car l'œil finit par s'habituer à cette couleur, et par voir, à travers les corps avec leur vraie couleur, comme il lès voit avec des lunettes colorées (pag-e 21). Le cuivre est brun quand on le prend en particules très-ténues; la mousse de platine est aussi sombre. M. Gladstone a montré que certaines substances, bleues ou vertes si on les envisag-e en minime proportion, sontroug-es ou pourpres sous une épaisseur considérable : tel est le polychrdisme propre à quelques sels d'uranium, de fer, de cobalt, de chrome (perchlorure), aux permang-anates, à la dissolution sulfurique d'indig-o, à la chlorophylle ou matière verte des feuilles qui laissent en effet facilement passer les rayons rongées extrêmes du spectre, quand on les prend en masse suffisante.
Dans un autre ordre d'idées, le protoxyde de plomb est blanc à l'état hydraté, jaune sous forme de massicot, roug'C quand il s'appelle litharg^e; le bioxyde de cuivre anhydre est noir, hydraté il est bleu; le sulfate de fer anhydre est blanc, hydraté il devient vert; le bioxyde de cuivre obtenu par voie humide est jaune, par voie sèche il se montre roug-e (précipité per se).
Seuls, les corps blancs restent tels, même en poudre.
(1) L'or vert du commerce (alliage d'or et d'argent) laisse passer, non plus la lumière verte comme l'or jaune, mais une lumière bleue d une nuance qui varie avec la quantité de métaux alliés.
(2) Il n'est d'ailleurs pas certain que l'argent, précipité d'un bain par la lumière ou par un corps organique, soit à l'état de métal chimiquement pur ; il est tout au moins mêlé de chlorure.
Les rayons lumineux, bien que concentrés, sont toujours sans action sur le sucre, le sel, la farine, la neig-e même. Si celle-ci fond, ce n'est pas par le fait des radiations lumineuses du soleil, mais par les rayons caloriques obscurs du spectre, rayons qu'on peut filtrer, par exemple à travers une solution d'iode dans le bisulfure de carbone , cette solution tamisant seulement les radiations obscures et arrêtant les radiations lumineuses pour lesquelles elle se comporte comme un corps opaque, selon les belles expériences de Tyndall.
Nous avons dit que le spectre est limité en haut par le rouge, en bas par le violet. Mais ce n'est là, croit-on, qu'une apparence; si nos yeux étaient plus parfaits, ils percevraient encore de la lumière dans les espaces obscurs situés au delà de ces couleurs, exactement comme avec des oreilles mieux sensibles, nous pourrions peut-être entendre des sons de la part de corps donnant moins de 10 ou plus de 80,0.00 vibrations à la seconde. Les physiciens sont, en outre, parvenus, depuis WoUaston, à reconnaître que les rayons chimiques ou photographiques du soleil, c'est-à-dire ag"issant sur les substances sensibles à la lumière, comme le sont les sels d'arg-ent, existent surtout dans ces bandes obscures qui terminent le violet, en dehors du spectre visible. Un spectre photog>raphié ne commence qu'au vert et se prolonge de beaucoup au-dessous du violet. Là aussi se trouvent les rayons phosphorogéniques &q M. Edmond Becquerel, c'est-à-dire ayant la propriété de rendre brillants, phosphorescents, dans l'obscurité, certains corps, comme le sulfure fie baryum, les yeux mêmes (1),
H) M. BenccJonosrnonIrait récpmment à l'instilution royalo do Londres qu en plar;ant la tétc d'un individu dans la parlio invisible du spectro de l'arc électrique projeté sur uu écran, les yeux brillent subitement
qu'on y expose momentanément. Si les cordes d'une harpe vibrent encore quelques instants après que la main les a quittées, de même certaines matières, vibrant sous l'influence d'un rayon lumineux, restent el es-mêmes brillantes quand la source disparaît : témoins ces tubes de Geissler que parcourt l'étincelle électrique, et qui conservent encore de pâles teintes roug-es, vertes ou jaunes, quand le courant a été interrompu.
Au contraire, Herschel a montré que le maximum des rayons calorifiques du spectre existe au-dessus du roug'e , à travers les rayons les plus g-raves, s'il est permis d'emprunter cette comparaison à l'acoustique; il est à une distance ég^ale environ à la moitié de la long'ueur du spectre visible. Dans cet espace obscur supérieur au roug'e, il y a encore de la chaleur en un point aussi éloig-né du roug-e que celui-ci l'est du violet. Nous avons dit qu'on pouvait absorber ses rayons coloriques obscurs, par exemple, avec une dissolution d'alun qui ag'it en sens inverse du sulfure de carbone iodé. Nous verrons, à propos de l'orig-ine de l'achromatopsie, certaines théories sur l'inég-ale chaleur des divers rayons.
Il est aujourd'hui reconnu classiquement que les oscillations de ce milieu subtil, de ce fluide infiniment élastique nommé étJw\ — supposé (1) depuis Hooke,
d'une lueur analogue à celle d'un diamant jaune ou d'un sulfure alcalin exposé momentanément au soleil. [Reme des Cours scient., 6 oct. 1866).
(1) L'éther relierait les astres entre eux, en sorte que ce qui se produit en un point irait, comme une onde, du centre à la circonférence, et de la circonférence au centre. En fait, l'éther, dans lequel le P. Secclai voit la substance universelle et primordiale, paraît encore une abstraction de i'osprit comme la gravitation, —cet aulre soulJle ou ëther sublU caché dans les corps sans constituer une propriété essentielle de la matière, être arbitraire, lui aussi, pour lequel Newton a rêvé une série do qualités occultes. — A moins d' admettre avec Hegel, que le rien peut devenir quelque chose par ses phénomènes, nous ne sommes pas aussi con-
Hiiyg-heus , Young* , Fresnel , entre les molécules ou les atomes de tous les corps, dans les espaces célestes, dans l'univers entier, milieu dans lequel se propag-enlles ondes lumineuses, selon une direction idéale nommée rayon, — sont moins rapides dans le roug-e que dans le violet Si nous ne percevons plus rien au delà de ces deux couleurs, c'est, d'une part, à cause de la trop faible, de l'autre, par suite de la trop grande célérité des vibrations de ce subtil médium, sans lequel nous ne communiquerions pas avec le soleil, nous ne recevrions
vaincu de son existence que Tyndall et beaucoup d'autres physiciens de mérite le sont. Reconnaissons cependant combien s'affirme et tend à unifier la science cette hypothèse de l'existence d'un médium matériel remplissant si bien l'espace interstellaire et interplanétaire, que celuici devient désormais un plénum et non un vacauni, qu'il y a continuité dans la nature infinie (comme le voulait Descartes), que le vide n'existe pas. «Comment a été démontrée l'existence de ce merveilleux médium intangible au moyen duquel soleil et étoi'es répandent leurs rayonnements ? En prouvant que, p^||a supposition, tous les phénomènes optiques s'expliquent si clairernenl que la raison satisfaite n'a plus rien à
désirer Ce sont les ondulations de l'éther parties de ces lampes qui
nous les rendent visibles, mais ces ondulations sont si petites qu'i". faudrait de 30 à 60000 placées bout à bout pour couvrir une longueur d'un pouce. Leur nombre est la compensation de leur petitesse : des trillions de ces ondulations sont entrés dans vos yeux pendant la plus courte phrase que je puisse prononcer.» (Tyndall, Revue des cours scient. , 3 mars 4866). Pour démontrer l'existence de l'éther, on admet les témoignages tirés : l" De la nature de la lumière et de la chaleur (l'ancienne hypothèse de l'émission, d'après laquelle tout corps lumineux émettrait desparlicules jusqu'à notre œil, est devenue insoutenable); car ces particules, se mouvant avec une énorme vitesse, blesseraient notre œil, et, d'après MM. Foucault et Fizeau, la lumière se propage plus dans l'air que dans l'eau, contrairement à cette théorie, etc. etc.). 2" du mouvementdes corftn célestes (M. Enckea calculé que le retard do sa comète, constamment le môme à chaque apparition, ne saurait s'expliquer sans un miliou résistanli; 3» do certaines ox[)érioncos entreprises ici-bas (expérience de rotation, dans le vide, faite par MM. Ijaifour Stovvart et Tait. Revue des cours scient. , 1866, n» 40). La théorie do l'éther comme base de l'explication des phénomènes lumineux ou magnétiques, a été soumise au calcul par M, Maxwell,
pas de cet astre lumière et chaleur pendant chaque seconde.
Il est bon de prendre acte de ces notions, qui nous indiquent dès l'abord la limite de l'échelle des couleurs, par suite d'une limite correspondante dans la perceptivité de tout œil normal. Leur justesse est confirmée par l'expérience suivante. Isolons ces rayons ultra-violets, déjà distincts par l'énerg-ie de leur action chimique, mais n'impressionnant plus la rétine, parce que la délicatesse de cette expansion du nerf optique ne peut supporter leur rapidité de transmission ; faisonsles tomber sur une substance phosphorescente, capable en les absorbant de s'illuminer même dans la partie invisible du spectre, soit sur une solution de sulfate de quinine. Les vibrations du rayon ultra-violet, trop rapides pour exciter les mouvements isochrones de la rétine se modifient, se transforment, au sein de la substance fluorescente , en un autre mouvement capable, lui, de provoquer la sensation iffiineuse. La vitesse des ondulations se modère, et, de muette qu'elle était tout à l'heure, la partie ultra-violette va parler aux yeux, devenir bleu-blanchâtre, comme l'a montré Stokes, les substances phosphorescentes constituant des microscopes spéciaux pour la limite inférieure du spectre.
Il résulte d'ailleurs des travaux de Fresnel, sur les interférences et la long'ueur des ondulations lumineuses , que le nombre des oscillations faites par les prétendues molécules de l'éther, dans un temps donné, détermine seul la nature des couleurs, conmie le nombre des ondes sonores produit les différentes hauteurs du son. Un rayon lumineux n'est qu'une série de particules d'éther vibrant autour de leur position d'équilibre, comme le feraient des pendules
l'un à côté de l'autre, et cela sous l'action d'un objet lumineux, — ainsi qu'un corps vibrant dans l'air eng'endre, par chacune de ses vibrations, une onde sonore qui se propag'e tout alentour (1). On a déterminé avec exactitude le nombre des vibrations correspondant à chaque son isolé; ainsi le /«g, le son du diapason, fait 870 vibrations par seconde. De même les mesures les plus rig-oureuses, prises sur la larg^eur et les positions des frangées, dans les expériences d'interférence, ont donné exactement les long'ueurs d'onde des diverses couleurs. La long-ueur d'onde d'un rayon roug-e est de 620 millionièmes de millimètre. Frauenhofer dit 64 cent millièmes de 1 millimètre et le nombre des oscillations d'un atome d'air sous l'influence de cette couleur s'élèverait à 498000000 : pour M. d'Huart, l'atome d'air tourne, en un millionième de seconde, 1655342000000 de fois sur lui-même avec le rayon roug-e. -•- Sous l'influence de la couleur ultra-violette, l'atome tourne, dans le même temps, 5824767000000 ; le roug-e extrême, celui qui vibre le plus lentement, fait 480 billions de vibrations par seconde. Ces nomlDres paraissent phénoménaux. Mais il faut song-er àla g-rande vitesse avec laquelle la lumière se propag-e dans l'espace (2), et d'autre part à la petitesse des ondes lumineuses isolées, — deux circonstances qui rendent fort considérables, qui portent à
(i) Seulement, d'après Fresnel, les ondes lumineuses et caloriques sont transversales, les sonores sont longitudinales au contraire. M. de Colnet d'Huart a montré (1863) que les forces produisant les deux premières impriment aux atomes un mouvement de toupie, de rotation autour de leur centre de figure, augmentant du rouge au violet; pour les secondes, les atomes ont un simple mouvement oscillatoire, sans rotation, comme dans le pendule.
d) 770«0 lieues de 4000 mètres par seconde, d'après l'observation de l'aberration des étoiles fixes, par M. Struve; 78000 lieues d'après M. Fizeau ; 74500 lieues d'après M. Foucault.
des billions le nombre des ondes lumineuses pénétrant dans notre œil en une seule unité de temps. Les différentes couleurs ne s'éloig-nent d'ailleurs pas extrêmement les unes des autres par rapport à leur vitesse de vibrations. Les vibrations du violet ne sont pas tout à fait deux fois aussi rapides que celles du roug-e, c'està-dire que, si nous comparons les hauteurs des notes de musique, — dépendant aussi de la rapidité des ondes, ou, en d'autres termes, de la long-ueur d'ondes, — aux diverses couleurs du spectre, l'étendue de ce dernier ne comprend pas tout à fait une octave (1).
Il est intéressant enfin de remarquer que la lumière et la chaleur, — dont les lois restent les mêmes pour lapropag'ation, la réflexion, la réfraction — sont les manifestations d'une même cause de mouvements vibratoires de Féther, et des molécules pondérables, au pointqu'elles peuvent passer de l'une à l'autre, se transformer l'une dans l'autre, et qu'elles se montrent réunies dans les rayons du soleil ou d'une flamme. Ni l'une ni l'autre n'est de la matière ; ce sont des effets de différents mouvements de la matière (2). Il y a chaleur obscure quand
(1) La sensibilité de l'oreille est donc plus grande que la perc.eptivité de l'œil le plus sain, comme il résulte aussi de ce que nous dirons plus loin sur les gammes de couleurs. Si, dès à présent, avec Wartmann {Mém. de la Soc. de physiq. de Genève, t. XII), nous représentons la longueur d'ondulations dans l'air pour le rouge extrême, par Qp""-, 0000266 (mesures anglaises), et pour le violet extrême, par Op"" , 0000167, le rapport des vibrations correspondantes est 1,59 à 1, valeur un peu au-dessous de 1,6 celle de la sixte mineure, et indiquant que toutes les couleurs visibles ne comprennent même pas une octave entière. — On complétera ces indications sur les longueurs d'onde dos couleurs par ce que nous en disons à propos du diaijnoslic différentiel.
(2) Le son n'est aussi qu'un mouvement de la matière. Une lame d'acier fixée dans un étau et frottée avec un archet, vibre avec un son d'autant plus aigu qu'on la raccourcit davantage; quand elle est très-courte, il faut développer un grand effort pour la faire vibrer, et bientôt le travail consumé par-le frottement se transforme non plus en son, mais en chaleur. C'est une des nombreuses expériences l'appui des beaux travaux
les vibrations de l'éther sont peu rapides, trop lentes dans leur succession pour que notre œil soit capable de les recevoir, car, considérées en elles-mêmes, ces vibrations sont très-rapides. Dans le cas contraire ou quand, la température des corps chauds s'élevant, les vibrations aug^mentent en intensité et en quantité, il se manifeste de la lumière, accompag-née encore, il est vrai, de chaleur; les corps passent alors successivement du roug-e naissant à un orang-é de plus en plus clair, et jusqu'au blanc éblouissant. — Si les radiations roug-es sont douloureuses à percevoir, si, — de même que certains sons produisent de désag'réables impressions sur l'ouïe, — elles irritent ou même affectent assez fâcheusement la vue pour que l'habitude d'écrire à l'encre carmin ait parfois compromis la vision, n'est-ce pas peut-être par suite de leur plus g-rande chaleur ? Et, dès lors, n'est-il pas heureux pour nous que les rayons ultraroug-es soient invisibles, obscurs et ne puissent pénétrer jusqu'à la rétine, absorbés qu'ils sont par les milieux de l'œil, comme ils le seraient par de l'alun ? La tempépérature qui leur est propre léserait notre rétine. La
modernes sur l'équivalence et la transformation des forces, sur l'équivalent mécanique de la chaleur, sur l'inutilité des divers fluides qu'admettait autrefois la physique, sur l'unité d'origine des lois si variées de la nature. Comme le disait M. Gavarret dans ses savantes leçons à la Faculté en -1866 {iMouvement méd., 1866, p. 290) : «Toutes les modalités dynamiques peuvent se substituer les unes aux autres par voie d'équivalence ; la puissance ne gagne rien, ne perd rien ; une force, quelle qu'elle soit, n'est qu'une modification de la matière, indestructible comme la matière. » Cette corrélation, des grandes forces de la nature et de leurs transformations mutuelles, est la plus grande révolution qui se soit accomplie dans les sciences physiques depuis Newton. Tous les impondérables, la vie elle-même, sont des modes divers de la force, qui se caractérisent objectiv(!ment par le mouvement; ils pnuvonlse transformer l'un dans l'autre sans que, pour cela, il y ait janiHis allération delà somme des effets mécanirpios auxcpiels ils sont équivalent et par lesquels on peut les mesurer. Voyez Graves, De la corrêlnlion des forces, traduction Afoigno. iHYyd, <;t Reme des cours scient., 15 se|)tembro 1866.
teinte verte est, au contraire, la plus douce et la plus favorable à la conservation de la vue. Des tapis roug-es sur les tables de Hombourg- cong-eslionneraient presque autant la tête que la fureur du jeu. Les abat-jour verts sont les plus convenables pour le travail du soir, c'est un fait reconnu de tous. Dans beaucoup d'états, les ouvriers veillent en interposant devant leurs yeux un ballon de verre vert plein d'eau, en sorte que la lumière tamisée ne laisse pas pénétrer les rayons roug-es, jaunes, orang-és, qui éblouissent et fatig-uent l'œil. De là aussi l'emploi des conserves vertes ou noires ou bleues. Dans les rég'ions vertes et surtout bleues du spectre, l'élévation du thermomètre est à peine sensible.
— Mais abordons une autre partie essentielle de cet avant-propos. Depuis les travaux de Newton sur les couleurs, si heureusement repris dans notre siècle par M. Ghevreul (1), on a nommé couleurs complémentaires
(i) Qu'il me soit permis d'emprunter, par curiosité, à l'une des causeries de M. Alex. Dumas, l'anecdote suivante relative aux couleurs complémentaires. Si non e vero, e benetrovato.
« Delacroix racontait que c'était en peignant Marino Faliero qu'i avait trouvé sa théorie des couleurs. Il lui fallait, pour son doge décapité et pour ses sénateurs, des manteaux d'or, et il avait inutilement employé les jaunes les plus éclatants, les manteaux étaient restés ternes. Il résolut alors d'aller au Louvre étudier les Rubens pour essayer de ravira cet autre Titan le feu du ciel; il chargea alors Jenny, sa camérière, d'aller lui chercher un cabriolet. Delacroix descendit rapidement son escalier, et, toujours avare du temps, courut au véhicule demandé par lui.
« Je ne sais si, parmi les personnes qui m'écoutent, quelques-unes se rappellent avoir vu, à cette époque, des cabriolets jaune-serin, c'est-àdire du jaune le plus farouche qui se puisse voir. Delacroix s'arrêta court devant la caisse de son cabriolet; c'était un jaune comme celui-là qu'il lui fallait; mais dans la position où était placée la voiture, qui lui donnait ce ton éclatant? Ce n'était pas le ton lui-même, c'étaient les ombres qui le faisaient ressortir. Or ces ombres étaient violettes. Delacroix n'avait plus besoin d'aller au Louvre, il paya le cabriolet et remonta chez lui ; il tenait son elfet. De ce jour il traça sur la muraille
celles qui, réunies deux à deux, forment du blanc ou, dans beaucoup de conditions, du noir. Le roug'e violacé est complémentaire du vert, le violet du jaune, l'orang'e du bleu. Une couleur a toujours sa complémentaire, car n'étant pas blanche il lui manque quelques-uns des rayons du spectre pour constituer de la lumière blanche.
Le tableau suivant donne un certain nombre de couleurs avec leurs complémentaires en reg-ard, telles' que les indiquent par exemple les phénomènes de polarisation :
Rouge ordinaire bleu verdàtre
Rouge extrême vert obscur
du spectre
Orangé bleu
Rouge-cerise vert
Jaune Vert
indigo
Bleu Indigo
orangé rouge orangé jaune
Violet jaune verdàtre
Violet-violet (ou jaune pur ou
violet pourpre) citron
Noir de Chine blanc
violet rougeâtre Blanc
noir de Chine
Deux complémentaires constituent en g'énéral du blanc par leur superposition, de même que, séparées d'un faisceau lumineux blanc par le prisme, puis réunies par une lentille biconvexe ou verre g-rossissant, toutes les couleurs du spectre reforment du blanc. Mais on observe souvent le contraire en teinture; dans les applications de particules colorées, elles peuvent donner du noir : ainsi, pour teindre en noir une étoffe violette,
un double triangle : le premier, celui qui était superposé à l'autre, portait à ses trois angles le nom des trois couleurs primitives : jaune, rouge et bleu ; le second triangle, celui qui était dessous, portail à chacun do ses angles le nom des couleurs secondaire» : orangé, vert et violet, se composant du mélange des deux couleurs primitives. 11 découvrit donc, plusieurs années avant M. Chevreul, !a loi du contraste simultané des couleurs, i, Cette conclusion est fausse d'ailleurs ; il s'agit là do couleurs mélangées et complémentaires, non pas de contraste, deux phénomènes qu'on confond trop souvent encore.
il suffit d'y ajouter du jaune. De même, dans les cercles chromatiques dont nous parlerons plus loin, deux couleurs placées aux extrémités d'un même diamètre (roug'e et vert, par exemple), peuvent, puisqu'elles sont complémentaires, former du noir en se réunissant. Du fait de la neutralisation en blanc des complémentaires surajoutées résulte, au contraire, l'explication du phénomène suivant : on bleuit le lingue pour faire disparaître la teinte rousse qui persiste après le lavag-e ; c'est apporter un lég-er ton de couleur complémentaire pour faire illusion à l'œil, car si ce ling-e bleu paraît plus blanc, c'est en raison seulement des ombres produites par le bleu, ce qui devient très-sensible lorsqu'on l'expose au-dessus d'une surface parfaitement blanche, de la neig-e par exemple. M. Trescat, ancien élève de l'École polytechnique^ a fait une heureuse application de cette théorie au blanchiment des bougies stéariques, ce qui lui a valu la médaille d'arg-ent à l'Exposition de 1839.
A propos des couleurs complémentaires, il faut ainsi disting-uer deux cas. L'objet coloré est-il opaque, insusceptible de réfléchir, capable au contraire d'absorber lès rayons? alors, si sa couleur est roug'e, en prenant du vert, il paraîtra plus foncé, plus ombré, parce que, sous ces conditions, des couleurs matériellement complémentaires donnent du noir par leur mélang-e. Est-il transparent, coloré par réflexion ou par transmission de la lumière, le roug'e, au lieu de sembler sombre, sera éclairci, les rayons colorés complémentaires produisant dans ce cas du blanc par leur fusion.
Nous aurons souvent besoin de ces notions pour l'étude de l'achromatopsie : à l'aspect d'une couleur, un daltonien pourra voir la complémentaire ; ainsi le vert lui
semblera roug*e. — Mais reconnaissons dès l'abord qu'elles ne trouvent g^énéralement pas application dans la manière dont l'œil normal perçoit la nature à travers les conserves colorées. Celles-ci ne sont pas assez épaisses pour éteindre les couleurs ou déterminer les complémentaires, comme le font les verres réellement monochromatiques, ceux par exemple qu'on emploie pour certaines expériences de polarisation, et qui donneront du noir si l'on superpose une lunette verte à une roug-e. La lumière paraît seulement moins intense, et en outre elle est plus ou moins colorée, surtout quand l'œil n'est pas encore habitué à ce nouveau milieu. Reg'ardez à travers une bouteille ou bien servez-vous de ces conserves noires qu'on prescrit souvent aux vues faibles pour les protég*er de la réverbération d'un soleil trop ardent, d'une neig-e ou d'un fond crayeux trop uniformes, des conserves qu'emploient , par exemple , les mécaniciens flu chemin de fer : le blanc, comme toute autre couleur, vous semblera simplement un peu enfumé. Les lunettes vertes laisseront les couleurs uniquement voilées d'un peu de vert. Les verres bleus pourront toutefois montrer le jaune un peu verdâtre, carie vert est une couleur composée de bleu et de jaune ; le roug-e sera un peu violacé; le reste paraîtra sombre ou bleuâtre. — D'ailleurs ces verres bleus ou verts fatig'uent bien plus que les noirs, et l'œil s'y habitue si bien qu'il supporte mal d'autres conserves. — A travers les lunettes vertes ou bleues, « la campag-ne paraît terne comme si le ciel était à demi-couvert, et, quand on chemine au g-rand soleil, l'illusion est telle que vous penseriez être à l'ombre et avoir moins chaud. Au théâtre, l'effet des mêmes verres (;st <\f fairf paraître la salle éclnin-c par une sorte de clair (le hine. » i^e coi-respondant de l'Académie des Gouberl.
sciences, d'Hombres-Finuas. à qui nous empruntons ces citations (1), portait d ailleurs des luneltes assez monochromatiques sans doute pour l'aire paraître en brun les objets roug-es, par action complémentaire. 11 ajoute qu'un jour do g-randes illuminations, à i^ome, on avait embrasé, à l'entrée des principaux palais, des barils de g-oudron : toutes les personnes qui passaient devant ces feux lui semblaient, sous ses lunettes bleues, d'une pâleur hideuse. Un individu portait un g-ilet roug-e, lequel devenait brun à cette clarté; il en était de même des revers et de la doublure de l'uniforme des officiers.
Si les couleurs peuvent, par action complémentaire, se réunir l'une à l'autre pour former du blanc ou du noir, en outre chacune isolément projette (2}
(I) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, 1849.
(•2) En fait, ce n'est pas la couleur qui projette; ce n'est pas non plus, dans le conlrasle simultané, une couleur qui influence sa voisine: la matière de la coulbur n'éprouve aucun cliaiigemenl. L'influence qu'on attribue aux couleurs se passe uniquement en nous. Ici donc le langage est figuré et Je convention ; il peut induire en erreur un espni non prévenu, comnie les termes « le soleil se lèce, se couclie,n etc. L'influence réciproque des couleurs est un acte tout organoleplique. Les propriétés physiques et chimiques proprement dites, existent dans le corps indépendamment de l'observateur, qu'il ailles yeux ouverts ou fermés, qu'il fasse jour ou nuit; au contraire, les propriétés organoleptiques, comme la saveur et l'odeur, résultent de notre seul jugement. L'influence de la couleur n'est pas dans le corps, elle est en nous; elle n'est pas objective, mais subjective. M. Chevreul va plds loin et veut que toutes les couleurs dépendent de nous. Mais, en vérité, et c'est là un fait important pour l'appréciation diagnostique de l'achromatopsie, on ne saurait nier qu'en dehors du jugementque nous portons, du fait d'individualité, de subjectivité, la couleur ne rentrât dans le domaine de la physique, étant mesurable, on effet, par les longueurs d'onde. La couleur est objective, la perceptivité seule en est subjective. C'est lil d'ailleurs, il faut l'avouer, une ([uestion aussi importante que délicate, sans solution certaine encore, à notre point de vue. .M. Chevreul à qui nous avons soumis nos doutes, ne veut voir dans la couleur qu'un fait subjectif, comme il l'a exposé dans sa Uéponse à M. Plateau, l'our lui, il n'y a dans la couleur qu'une sensation ; la couleur
autour d'elle une teinte différente qui est précisément encore sa couleur complémentaire: c'est le phénomène du contraste. Le roug^e envoie du vert aux objets avoisinants, et le vert diffuse du roug'e; le bleu distribue de l'orang-é, et l'orang'é du bleu; le jaune répand du violet, et le violet du jaune. Placez-vous dans une chambre dont les rideaux, en damas roug'e, soient fermés ; vous les verrez d'abord projeter sur le parquet et le plafond une ombre verte. Sur le g-lobe de la pendule, ils donneront une imagée et roug'e et verte; un objet, reg'ardé à travers une carafe, sera verdâtre ; le feu d'une cig-arette paraîtra il'un jaune très-blanc, etc. Dans la même chambre, regardez des statues, elles sont roug'es : ouvrez la porte pour qu'il entre de la lumière blanche, les ombres deviendront vertes.
Les couleurs, quand on les place les unes près des autres, au lieu de les prendre isolément, produisent les phénomènes curieux du contraste simultané, en vertu desquels, à chacune d'elles, s'ajoute la couleur complémentaire de l'autre. Ces phénomènes, si bien élucidés
n'est pas dans l'objet, pas plus, dit-il, que le son n'existe en dehors de nous; mais te son, répondrons-nous, peut se mesurer par ses vibrations, pour un sourd même, et à ce prix nous le considérons aussi ob-, jectif que la couleur appréciée, dans le spectre, par ses raies obscures (p. 29). — Pour démontrer ce qu'il faut entendre par le mot contraste et qu'il s'af'it toujours de phénomènes psychologiques que nous rapportons arbitrairement aux divers corps, M. Chevreul a fait construire, en 1847, par M. Delicourt, un Album du contraste simultané. C'est une série de grandes feuilles de papier de diverses couleurs , sur chacune desquelles est disposée une lame découpée d'un môme métal, le platine. Si l'on regarde celle-ci sous un anirle d'environ 20", de façon qu'il y ait réflexion spéculairo, c'est-à-dire réflexion coinnio dans los miroirs plans, que le métal donne le maximum de réfltxion régulière dont il est susceptible, il n'y a pas de contraste, on voit le plaline se détacher en blanc. Actuellement, changea do position, en sorte qu'il vous arrive moins de li miëre blanche : vous apcrctjsrez le platine vert, si la feuille est rouge (cunlraslc simultann]. Sur un fond Liane, il sera noir ou gris. — La lumière <\i: la lune est bleue près d'un bec de gaz. « Les
par M. Clievreul (1), sont impoi-laiits ù considérei' pour notre sujet. Ils trouvent d'ailleurs aussi une application journalière dans la peinture, la teinture, la décoration des appartements ou des édifices publics l'arrang-ement des fleurs dans un parterre, les plantations des massifs d'un parc. Pour les couleurs comme pour les hauteurs, tout est dénaturé par les contrastes simultanés; on croit les objets autrement qu'ils sont. Si l'association d'une quantité ég-ale de noir et de blanc produit une teinte beaucoup plus foncée que la moyenne entre les deux principes constituants du mélang-e; de même le voisinag-e de deux couleurs les dénature assez pour que du noir placé près du blanc paraisse plus noir, et le blanc plus éclatant, plus blanc.
Il faut étudier le contraste simultané avec deux surfaces contig'uës différentes de ton et de couleur. Sur une feuille de papier, juxtaposez deux bandes, l'une orang-ée, l'autre violette : la plus foncée semblera plus
lumières rouges, disait déjà Léonard de Vinci, produisent une ombre verte; celles qui proviennent du soleil couchant sont toujours azurées.» Mon savant collègue de la Société géologique, Fournel(de Lyon), a fait, en 1858, sur le phénomène des ombres colorées, de remarquables observations.
(1) Le P. Scherfer, en -1754, avait sainement apprécié le contraste successif. Puis, après Prieur delà Côte-d'Or, vint Hauy. Dans sa Physique, il se demande comment un papier blanc paraît vert sur un fond noir. Sa réponse, qu'il emprunte à Laplace,esterronnée; elle s'appuiesurla vieille théorie des émissions, dont Newton fut le plus brillant défenseur, et qui a fait place aujourd'hui à la doctrine des ondulationt ou del'éther (p. 13;.
('2) Rideaux, sièges, lambrequins, tous les objets jouant un rôle important dans le grand ameublement, dis|)Osition des prismes d'une mosaïque, des vitraux d'une église, — tout cela exige la connaissance des effets du contraste simultané. Les effets optiques des étoffes de soie et des tapisseries reposent, etsur lesdonnées du contraste et sur le principe du mélange des couleurs, et sur les effets de réflexion par des cylindres cannelés perpendiculairement à l'axe (Chevreul). II est impossible, dans un tapis, d'avoir une couleur continue comme dans une pointure; la disposition de la chaîne et de la trame rend le blanc de ces fils cylindriques plus p,ris, le noir plus blanc.
foncée qu'elle l'est {contraste du ton), et les couleurs s'éloig'neront l'une cle l'autre {contraste de couleur), l'orang-é paraissant plus jaune, le violet plus bleu. Les deux couleurs en contact perdent ce qu'elles ont de semblable : chacune ajoute sa complémentaire à sa A'oisine. Ainsi encore, le blanc rehausse le ton des couleurs, le noir l'abaisse : tous deux se teig*nent par la complémentaire de la couleur qu'ils modifient, à condition, du moins, que le blanc soit un peu dans l'ombre, le noir, au contraire, étant suffisamment éclairé. Dans toutes ces expériences du contraste, il ne faut pas que la lumière blanche soit trop vive, car alors elle empêche les complémentaires de se manifester.
Il était indispensable de rappeler ces phénomènes de contraste, essentiellement physiolog-ique et qu'il faudrait bien se g-arder de confondre avec les apparitions morbides dont nous . aurons à parler à propos du diag-nostic.
M. Ghevreul nomme contraste de ton la modification portant sur Fintensité de la couleur (un bleu-clair et un bleu-foncé l'un près de l'autre). Si les couleurs ne sont pas de même ton, celle qui est foncée paraît plus foncée, celle qui est plus claire semble plus claire; la première perd de la lumière blanche, la seconde en réfléchit davantag-e. Le contraste de couleur consiste dans les chang-ements intéressant la composition optique de cbaque couleur juxtaposée (une rose ou une cerise se détache merveilleusement sur le vert du feuillag-e, par harmonie de contraste des couleurs, expression antithésique fort juste d'ailleurs). Ainsi la rétine, en voyant simultanément deux couleurs juxtaposées, éprouve deux sensations spéciales, l unf relative à la hauteur des tons, l'autre quant à la nature pbysique de ces couleurs. Le roug-o à côté du jaune tire sur le violet, et le jaune sur le vert; le roug-e près du bleu vire au jaune, et re dor-
nier au vert. Dans rassortiment des pierres en joaillerie, un rubis s'embellit par son contact avec une topaze; il s eloig-ne du roug-e pour marcher vers le bleu, et ia topaze prend du bleu en s'éloig-nant du roug*e, alors que, si elle s'en approchait, elle deviendrait orang-ée d'après le principe des couleurs composées. Dans tous les cas, du reste, la modification des couleurs et des tons va s' affaiblissant à partir de la lig"ne de juxtaposition.
Le contraste des couleurs est dû, au point de vue physiologique (1), à des perceptions successives ou simultanées de la rétine, et l'on peut disting-uer le contraste successif , le simultané, — dont nous avons plus spécialement parlé et que M. Ghevreul a si bien décrit, dès \ 828, à l'Académie des sciences, en étudiant les échevaux colorés des Gobelins placés les uns près des autres, — enfin \e,mixte. S'il s'agit du contraste successif, l'œil, après avoir reg^ardé quelque temps un ou plusieurs objets colorés, ne peut fixer une surface g*rise sans tendre à voir encore ces objets, mais nuancés d'une teinte complémentaire. Contemplez assez long-temps une étoffe orang'ée, et vous serez disposé à voir bleu. Le roug*e provoque la perception du vert, le jaune celle du violet, et vice versa (2). Il se passe ici d'ailleurs un phénomène distinct de celui des images accidentelles dont nous parlerons à propos du diag'nostic, bien qu'avec Hauy, plus d'un auteur ait confondu ces deux actions. — Dans le contraste simultané, l'œil, embrassant à la fois deux couleurs contig'uës, les croit aussi dissemblables que possible quant à leur compositiofi optique et quant à la hauteur du ton. Telle est la formule qui représente ce qu'on nomme la loi du cnn-
'A) M. Robin, Dictionnaire de ^'ysten, p, 348, 1864, donne un oxcellcnt. résunaé de ces pliénoraènes si curieux du contraste.
(2) Le vert n'est-il pas réputé couleur de Vespérance, parce qu'il dispose l'œil à voir en rose?
tra.'ite simultané des couleurs, découverte et développée par M. Chevreul(l). D'aprèscette règle, on voit quedeux objets placés l'un à côté de l'autre paraissent, par la comparaison, plus différents qu'ils le sont réellement, comme le montre ensuite l'examen de chacun fait isolément de manière que les deux imag-es ne tombent pas simultanément sur la rétine. Pour M. Chevreul, ce phénomène n'est pas dû à une fatig-ue de la rétine ; c'est une action toute spéciale et dont la découverte est entièrement le résultat de l'expérience.
Dans le contraste mz-Tife enfin, l'œil qui, après avoir fixé pendant un temps donné une certaine couleur, a pris une aptitude à voir consécutivement la couleur complémentaire (contraste successif) — éprouve si en cet instant un objet extérieur vient à lui offrir quelque couleur nouvelle, une sensation qui est la résultante de cette dernière teinte et de la complémentaire de la première. Fermez l'œil droit, reg-ardez de l'autre une tenture verte, puis un objet que votre œil droit verrait bleu, il paraîtra violet; contemplez un rideau jaune, puis un autre corps, vous le verrez vert.
Nous avons exposé les faits dans toute leur simplicité : il y aurait bien des détails à ajouter. Ainsi le pro-
(1; Ce n'est pas une loi, car les conditions dans lesquelles M. Chevreui se place sont subjectives ; c'est une règle qui deviendrait loi si nous savions la justifier avec des instruments d'optique et non avec l'œil. On ne connaît pas encore d'exception à cette règle. L'illustre physicien Plateau, auteur de travaux sur la vision et la persistance des impressions sur la rétine, aujourd'hui aveugle, avait cru relever une expérience opposée. Il prenait deux bandes étroites, colorées, et, se mettant à une certaine distance, les voyaitconfoiidues en une seule couleur. Mais M. Chevreul, dans sa Rkjtonse à M. Plateau, a montré que, pour l'étude du contraste, il fautadojtter de grandes surfaces et se placer à la distance de la vision distincte ; autrement au phénomène du contraste, qui exige des couleurs bien distinctes, on substitue celui dos couleurs composées, binaires, nvrilangée*.
fesseurBpiicke (1) remarque que, si les couleurs subjectives suscitées par le contraste sont le plus souvent complémentaires, cette règ-le est sujette à bon nombre d'exceptions apparentes, et les cercles chromatiques, disposés selon les contrastes, ne répondraient pas à tous les faits constatés par les observations directes. Clhaque couleur aurait non-seulement sa complémentaire, mais toute une série de couleurs susceptibles de dériver l'une de l'autre par l'addition ou la soustraction du blanc, couleurs différant entre elles autant par leur degré de saturation que par leur nuaiice. Aubert a déjà constaté qu'au chromatrope le bleu avec le blanc paraît violet, que l'orang-é avec le blanc montre une teinte roug-e. Chaque fois que, sur la rétine, le bleu, le jaune ou l'orang-é se trouvent mélang^és de blanc , la couleu r résu 1 tan te affecte toujours une teinte roug-eâtre; la lumière du jour, blanche ou diffuse, a cette même teinte, et si nous ne l'apercevons pas c'est qu elle s'est identifiée par l'habitude à l'élat normal de nos nerfs visuels. Vus au g^az, le roug-e et le vert participeront dans une certaine mesure à la nuance jaune propre à cette lumière. Ces circonstances pourraient, dit l'auteur, servir à expliquer les différences observées entre les couleurs complémentaires et celles de contraste, à expliquer par exemple pourquoi le jaune a produit du bleu comme couleur complémentaire, alors que la couleur contrastante de ce même jaune se trouve être le violet. Nous aurons occasion, plus loin, de montrer combien les nuances des fleurs, des étoffes, des tableaux sont autrement vues à la lumière du jour et aux lumières artificielles.
— 11 nous est enfin à peine utile de rappeler que, si l'on
M) Académie iinpér. des Sciences de Vienne, "21 a\ril 1865.
l'eg'arde le spectre solaire avec un verre gTossissanl, on le voit divisé en unefoiile do petites bandes obscures dites raies du spectre, très-déliées, invariables, inég-alement distantes et larg'es, dirig-ées perpendiculairement à la long-ueur de l'imagée, et dont les huit principales sont appelées raies de Fraiinhofer, du nom du physicien qui les étudia le premier en 181 S. Ce sont précisément ces raies dont l'étude comparative a permis à MM. Bunsen et Kirchoff de découvrir de nouveaux métaux, d'inventer un nouveau procédé d'analyse dit opto-chimiqiie, enfin de donner, sur la constitution du soleil et des étoiles, des aperçus dont on a peut-être exag-éré la précision, en ne tenant pas assez compte de l'influence de l'atmosphère terrestre. Nous verrons de quelle utilité ces raies pourraient être pour le diag-nostic différentiel.
— Ces préliminaires indispensables une fois énoncés, nous pouvons entrer plus directement en matière et rappeler combien la membrane nerveuse ou sensitive de notre œil, la rétine, peut apprécier d'une manière différente chez divers sujets à vision d'ailleurs normale, certaines couleurs du spectre solaire ou leurs dérivés.
L'œil sain perçoit non-seulement les couleurs du spectre, mais aussi toutes les nuances qui les fondent et les marient harmonieusement. Avec de l'habitude, de l'éducation, on parvient à saisir des différences de tons inappréciables poui- beaucoup de vues des plus parfaites. Ici effectivement, comme pour l'ouïe, la j-épétition siu' la rétine des ébranlements produits par les rayons colorés, loin d'émousser la sensibilité, aug-mente la délicatesse du .sens. Ainsi on aurait complé jusqu'à dix-huit mille nuances dans les peintures du Vali< an.
(Cependant, sans pêchei- par la vision, chacun ne sau-
rait estimer autant de diflûrcnces. La minorité certainement des individus est apte à reconnaître les nuances délicates et les tons comme le font les peintres, les coloristes, les femmes ayant travaillé de long-ues années dans la broderie. C'est là précisément ce qui nous rendra difficile la délimitation en Ire les yeux normaux et les yeux achromatopses. Il est évident que nous ne comptons g-uère en France d'oeil plus exercé que celui de M. Clievreul. M. Ghevreul est l'auteur des cercles chromatiques doni je veux dire un mot à l'occasion, car ils lui ont permis de créer la nomenclature scientifique des couleurs, et, dans certaines observations modernes d'achromatopsie, on les a employés pour établir le diag'nostic différentiel, poui' cherclier les limites de perceptivité d'une teinte. Le savant chimiste de la manufacture des Gobelins compose un premier cercle de 72 couleurs équidistantes, suffisamment distinctes, d'après lui, pour qu'on puisse leur rapporter toutes les couleurs franches (1) c'est-à-dire dont les -clairs ne sont pas rabattus. Le roug-e pur est le point de départ, et l'on marche successivement vers le violet pour revenir au roug-e. On dira : roug-e, 1"', 2% 3% 4% 5' roug-e; roug^e orang-é, 1", 2^ 3^ 4% 5% roug-e-orang'é, etc. (voyez note de la pag-e 7 . Puis, à côté de ce cercle type, exécuté en laine aux Gobelins, M. Ghevreul en construit neuf autres, montrant successivement c/zacwie des 72 couleurs avec 20 tons dans leur passage indéfini du blanc au noir. Elles y sont rabattues à r^, tt-- - r^de noir. Dans le dernier, les 72 couleurs franches du premier cercle contiennent tellement de noir qu'il faut une g-rande attention à l'œil inexpérimenté pour les discer-
(l, Voyez E.nmè d'un moyen de définir et de nommer les couleurs, par E. ChevreuK 1861, fig. 8 et 6, et ;^3e vol. des Mém. de l'Acad. det sciences.
lier. Coiiimc exemple, prenons la gamme du bleu pur. Celte couleur sera au milieu ; d'un côté, on la verra prendre 1, 2, 3,... 10 de blanc, de l'autre 1,2, 3,... 10 de noii'. Nous aurons ving't parties ég-ales de tdnte, mais différentes de ton (ou à' intensité). Quand on dira 2° bleu, 15' ton, TT, nous saurons qu'il s'ag-it du second bleu et du 15^ ton de la g-amme rabattue à :t de noir. — Ainsi dix cercles, dont un seul pour les couleurs franches : 72 couleurs, 720 types, enfin 20 tons pour chacune des 72 couleurs ou 1440 tons.
Ces cercles lumineux colorés, hiérarchisés en prog-ression optique et artistique, offrent donc comme termes principaux les couleurs du spectre soit dans le cycle des couleurs clg-ires, soit dans celui des obscure'î. Le beau rouge-cerise se trouve en reg-ard du heaii vert aux extrémités d'un même diamètre : en effet, ce roi des rouges et le beau vert sont complémentaires, comme l'indique le tableau donné plus haut; leur opposition est reg'ardée comme heureuse et de bon g-oût : or le g-oût est précieux pour permettre à l'homme de se dirig-er dans les arts.
Des sept couleurs spectrales, six seulement peuvent s'associer deux à deux en alliance indissoluble; la septième demeure dans l'ombre. En d'autres termes, un faisceau sur sept doit rester sans complémentaire. Tel est naturellement l'apanag-e des couleurs les plus sombres; elles n'ont pas assez de filets lumineux à projeter sur leurs adverses pour ramener la coloration à l'unité de la lumière blanche.
Dans ce courant circulaire et insensible des couleurs à travers l'échelle chromai iqiio, l'assortiment, la pondération des éléments et des jets lumineux, est telle que ce que l'une des deux couleurs perd d'intensité en se por-
tant vers les réglions de la lumière, l'aiilre le f^ag-ne on allant vers les ombres et réciproquement. Ainsi le veut la règ'le des contrastes harmoniques.
Le P. Durand, de Bordeaux, a composé des tables de g*radation avec 17 nuances au lieu de 72, ce qui simplifie sing'ulièrement le système.
Quoi qu'il en soit, les termes principaux de tous les cercles chromatiques constituent des gammes de tons, et chaque g*amme, comme pour les sons, peut prendre, d'un commun accord, indifféremment pour point de départ telle ou telle de ses notes. Voilà donc {'harmonie des couleurs assimilable à celle des sons. Nous avons eu déjà et nous aurons souvent occasion, dans la suite de cette thèse, d'étudier comparativement la vue et l'ouïe : je renvoie par exemple au parag'i'aphe consacré au diag*nostic. — Le son comme la lumière résulte des vibrations, ainsi que le pensait déjà Huyg'hens en 1690; un atome envoyant ses pulsations à travers l'éther infini ressemble, dit Tyndall , à un diapason dont l'air transporte au loin le mouvement. A cela près que les ondes sonores émises par un corps en vibration s'étendent dans l'air directement, les lumineuses et les calorifiques dans un milieu plus ténu, l'hypothétique éther, — les phénomènes de propag-ation, de réflexion, de réfraction, suivent -les mêmes lois en acoustique, en optique et en chaleur. Un son quelconque peut se décomposer en un certain nombre d'éléments , comme un faisceau lumineux se résout en radiations indécomposables. Dans certains cas (expériences de Grimaldi , de Fresnel, d'Arag-o), la lumière ajoutée à la lumière produit de l'obscurité, comme le bruit superposé au bruit peut déterminer du silence. — Mais on est allé plus loin : le P. Durand, dans ses Harmonies corn pa-
/•Mv. a chorolié à établir iino confraternité intime des sons et des couleurs (I). .le ne puis le suivre en détail sans sortir de mon sujet plus que Je le fais déjà, alors surtout que je suis loin de partager entièrement cette assimilation des couleurs à la mélodie musicale, qui me rappelle le fameux clavecAn oculaire du P. Castel. Un mot seulement :
Dans un cercle donné, le P. Durand pose les couleurs à la périphérie, entre deux circonférences concentriques, laissant en blanc le reste de la superficie, où rayonnent les nuances de divers ordres. D'autre part, comme Newton, il fig-ure par une radiation semblable les articulations les plus petites de la marche rég'ulière du son dans une octave; avec New^ton encore, il superpose le courant circulaire du son au courant lumineux et circulaire des couleurs. Voilà donc la couleur et le son renfermés dans une mesure commune , unis harmonieusement comme autrefois quand ils charmaient les sens du chantre (/(?/ Paradiso. Mais y a-t-il identité? Le beau roug-e-cerise étant placé vis-à-vis le beau vert aux deux extrémités d'un même diamètre, le P. Durand appelle l'un ut, l'autre fa. Parti de ce principe, il établit injS^-énieusement qu'il existe entre les sons des contrastes harmoniques et des complémentaires comme entre les couleurs.
(l^ Bacon cl bien d'autres avaient démontré déjà que l'harmonie des couleurs s'accorde avec la mélodie de la gamme. G. B. Allen {The musical World) a insisté sur l'analogie entre les couleurs et l'échelle musicale. Voici comment Field, dans sa Chromatique, dispose l'échelle :
bleu, pourpre, rouge, orangé, jaune, vert. <io, ré, ini. fa, sol, la.
Comme les trois couleurs mères f bleu. roue;o, jaune), combinées ou opposées, pro'luiseni lu |ilus parfailc harmonie, ainsi font les sons de
Mais je renonce à me lancer dans les notations musicales et je reviens à la perceptivité des couleurs par l'œil normal. Evidemment, disais-je , chacun n'est pas apte, faute d'éducation surtout et de g'oût, à saisir toutes les dégradations senties avec tant de délicatesse par M. Ghevreul, et, ajouterais-je, par le P. Durand. Nous constatons donc déjà des différences individuelles, pour ainsi dire nécessaires, dans l'impressionnabilité aux couleurs, et il est inutile de rappeler combien d'inég*alités fonctionnelles de toute sorte les oculistes ou les pliysiolog-istes sont obligées de constater dans les yeux les plus normaux. L'examen de tous les sens nous fournirait des exemples semblables. Ainsi l'oreille, cet autre appareil de précision, source cependant de jouissances moins délicates et moins diversifiées, n'embrasse, on le sait, qu'un peu plus que douze octaves et demi (1). Si un corps produit moins de 16 vibrations à la seconde (d'après Despretz; 7 à 8, selon Savart), le son correspondant sera, dit-on, peut-être perceptible à d'autres créatures que l'homme, mais il est trop grave pour que celui-ci puisse en être impressionné. Atteig^nons-nous la limite extrême? •Quand les vibrations dépasseront 80000 (d'après Helmholtz) dans l'unité de temps (Savart disait 24000; Despretz, 36850), l'acuité du son deviendra tropg*rande pour
l'accord parfait do mi sol. Le métrochrome monlre, dans le blanc pur. huit nuances de bleu, cinq de rouge, trois de rouge, elc ; le monocorde indique que huit parties d'une corde donnent le do, cinq le mi, trois le sol, etc. Dans une de ses conférences à Zurich, M. Ciausius (Revue des cours scient., '20 janv. 1866} prend comme son fondamental le rouge extrême, le jaune tombe un peu en deçà de la tierce mineure, le vert répond à la tierce majeure, le rouge à la quarte, le violet à la quinte, le violet extrême, qu'on aperçoit encore nettement, à la sixte majeu.-e.
(1) Les sons employés en musique occupent à peu près neuf octaves; leur hauteur varie de 16 ii 3480 vibralions par seconde, de r»/^ Viil,, le plus grave de la basse, correspond à t.'>:\,'l.\ \ ibrations) au /Og.
aj4"ir sur noire nerf acoustique. Toutefois, ici encore, ce terme des sons appréciables varie non-seulement avec l'intensité, mais de sujet à sujet, comme l'ont montré WollastonetChaldni, en sorte que les bruits les plus aig*us, les cris stridents des sauterelles si vous voulez, seront entendus par quelques personnes et non par d'autres. La limite imposée à la faculté auditrice existe d'ailleurs aussi bien pour la distinction des sons limitrophes que dans les sons considérablement élevés ou gTaves. Une oreil'ebien dressée à la musique perçoit sans fatig-ue la différence de 1/400* dans le nombre des vibrations et disting-ue au moins une des premières harmoniques d'un son musical, jusqu'à la 9' même; le célèbre Rameau aurait observé (chiffre bien surprenant) la 12^ et la 17* harmonique dans la voix humaine, et le sens expérimenté d'un violoniste en arrive à porter un jug-ement sur une différence de -.-V^". Le physicien A. Seebeck avait deux diapasons dont le nombre des vibrations avait été scientifiquement déterminé ; pendant que Tun d'eux donnait 1200 vibrations, l'autre en faisait 1201 : cet intervalle exprimé en lang-ag-e musical comporte 1/15^ de comma. Or il disting-uait lui-même l'unde ces sons.de l'autre, et deux musiciens auxquels il les fit entendre n'hésitèrent pas non plus à indiquer lequel des deux était plus aig*u. Tel est du moins le fait consig-né dans les auteurs ; il ne laisse pas que de nous surprendre, car, au moins en prenant deux notes de suite, il faut être déjà bien exercé pour saisir un comma, c'est-à-dire le quart d'un demi-ton.
Poussons plus loin dans ces différences physiolog-iques et normales, nous allons entrer dans le domaine de la physiologie pathologif|U('. Nous trouverons des in-
dividus n'appréciant plus, je ne dis pas les nuances délicates, mais l'uno ou l'autre des couleurs fondamentales, tel ou tel des sons fondamentaux. Nous en rencontrerons même pour qui n'existe aucune couleur, aucune note musicale : ce sont les aveue;'les en couleur, ce sont les sourds. Nous observerons là une catégorie intéressante de troubles de la vision, de troubles ne portant pas, il est vrai, sur la réalité même des objets, ne faisant pas voir des choses qui n'existent pas (hallucinations, bévues), mais intéressant l'exactitude et la précision aTec lesquelles les corps sont perçus quant à leur coloration.
DE L'ÂCHROMATOPSIE
ou CÉCITÉ DES COULEURS OU DALTONISME
Nous désignons sous ce mot une anomalie du sens de la vue, cong'énitale, permanente et jusqu'ici incurable, sans trouble apprécié de la part des réfractions oculaires , sans lésion reconnue à l'oplithalmoscope ni à l'examen nécroscopique avec le microscope, consistant en une inaptitude totale ou partielle à ressentir l'impression des couleurs, et par suite à les disting^uer l'une de l'autre.
Nous insistons sur le mot congénital et sur l'absence des lésions matérielles, car nous ne reconnaissons pas comme achromatopsie proprement dite les cas de perte des couleurs accidentels, acquis, temporaires, symptomatiques, avec désordres ophthalmoscopiques, dont nous aurons d'ailleurs à parler à propos du diag-nostic. Ils appartiennent à la patholog'ie ; l'achromatopsie vraie est presque, elle, du domaine de la physiolog-ie.
Historique. La science a enreg-istré un nombre de faits assez important pour que nous puissions esquisser aujourd'hui ces anomalies étrang-es, d'après lesquelles le monde extérieur, sur lequel nos reg-ards se promènent sans cesse, n'a pas pour chacun la môme apparence. Évidemment remarquée de tout temps, cette curieuse altération ou cette perte de la proprié té de disting-uer les nuances diverses du spectre, n'a été, ce
Goubert. 3
semble, décrite sérieusement que depuis Huddart ^1777. Transacl. philoa. de Londres), ei surtout depuis IJalton. le savant physicien ang-lais^, qui en était du reste atteint. En 1798, il fit part à la Société littéraire et scientifique de Manchester des impressions qu'il ressentait, impressions concordant avec les récits recueillis depuis par d'autres individus. Fait curieux, cette étrang-e cécité des couleurs {colour blindness)^ comme disent nos voisins d'outre-Manche, s'est fréquemment rencontrée chez des physiciens et chez des médecins. C'est là une circonstance heureuse d'ailleurs pour l'établissement des symptômes de cette anomalie visuelle; car c'est toujours une bonne fortune pour la science quand un savant, un médecin surtout, nous fait la confidence des sensations morbides qu'il éprouve à propos d'une maladie encore peu connue, complétant ainsi, par une sorte d'autonosog'raphie, ce que les renseig;nemeiits relevés près des autres offrent presque toujours d'incomplet et d'inexact, surtout pour les phénomènes d'ordre subjectif.
Après Dalton, citons, comme s'étant occupés de cet intéressant sujet: Butler, Wardrop, Herschel, Wittloch- I^^icholl , Harvey, Georg-es Wilson , Sommer , David Brewster, Thompson de Glascow, Thomas Young-, Mackenzie (tome II, p. 540, du Traité pr. des mal. de F œil: une observation seulement), tous en Ang-leterre; Goethe, Seebeck(l), Kelland, Hartmann, Dove, en Allemag-ne; Florent Cunier [2), Szokalski (6) qui a composé ses' ex-
( l) Ueher den bel manchen Personen vorkomvienden Mangel an Farbensinn: Annales de Poggendorf, t. LU, p. 177.
(2) Annales d'oculistique.
(3) Essai sur les sensations des couleurs, Bruxelles, 1840, el Annales d'ocur listique, t. III.
cellents travaux avec M. Sichel, dont il était alors le chef de clinique, les D" Potton (1), Guéneau de Mussy (2), Noël (3), en France et en Belg-ique; d'Hombres-Firmas, Wartmann, P. Prévost, en Suisse. C'est à ces diverses sources que nous puiserons.
Nous pourrions nous étendre sur cette bibliographie, au sujet de laquelle nous avons consulté fructueusement le chapitre consacré à la cécité des couleurs dans la physiolog-ie de la rétine (1865) du D' Aubert, professeur de physiologie à Rostock, mais surtout la vaste mémoire et les. notes de M. Sichel. On peut aussi mentionner une intéressante petite brochure du D*" G. Sous, de Bordeaux (1865), intitulée du Daltonisme^ mais qu'il n'est pas aisé de se procurer (4).
(1 Archives d'ophthalmologie, t. I, p. i58, et t. II, p. 137 (février et mars 18.^4).
d) Thèse pour le doctorat, 1837, Paris.
f3; Thèse pour le doctorat, 1837, Paris, et Courrier des sciences, 1864.
'4; Pour compléter la bibliographie de l'achromatopsie, nous citerons encore, abstraction faite d'ailleurs de plusieurs mémoires que nous aurons à mentionner dans le cours de ce travail:
1777. Huddart, Transaclions philosophiques de Londres, et 1798, Dalton (précités).
1813. Archives de Meckel, 1. 1, p. 188. — Observ. de physiol. optique faite en \ m par Sachs.
Richter, vol. X, p. 382.
Journ. deGrœfe et Walther, t. XVIII, p. 379.— Chromatopseudopsie. - — P- 395-396.
1824. Journ. de Graefe et Walther,Y bd., p. 19, Ueber Chromatopseudopsie
Oder, etc., Sommer.
18-29. Arnmon Journal, 13.— Dr Coquhoun ; et Glasgowmed. journ.,vo\. VII. 1837. Valenlin, Anatomie et physiologie, p. 278.
Annales d'oculittique, l. 1, p. 29). — L'achromatopsie, l'achromatopseudofme, l'anérythroblepsic : Noie sur la persistance des impressions sur la rétine, par M. Serres (d'Uzùs). Annales d'oculistique, t. I, p. 417. — Observ. cur. d'une achromalopsie
héréditaire depuis cinq (lénirations, par Cunier. Ibidem, p. 488.
Synonymie. Après cet historicfue, arrêtons-nous un peu sur la synonymie. Les noms ne man(|uent pas pour désigner ce défaut dans la faculté de percevoir les couleurs, pouvant aller jusqu'à l'abolition complète, bien (ju'elle atteig"ne rarement cette limite extrême. S'il n'y avait qu'affluence de synonymes, mais hélas! comme pour la
1839. Annales d'oculistique, t. II, p. H. — Essai sur les sensations des couleurs dans l'état physiol. et path., par Szokalski.
Annales d'oculistique, t. III. — Chromatopseiidopsie, par Sommer.
Annales d'oculistique, t. III, p. 97 et 199. — Des imperfections innées des sensations des couleurs, par Szokalski.
Annules d'oculistique, t. XXXII, p. 3(3, Georges Wilson. — Chromatopseudopsie.
Andréa;, Traité des mal. des yeux^l. II. p. 352 (en allemand).
■1843. Lancette française, n" -151. — Aberration dans la sensation des couleurs, par Boys de Loury. (Reproduit dans le Bull, de thérap.. l. XXV, p. 439; dans la Reme médic, nov. 1843. etc )
1846. Archives d'anatomie, p. 56. — Sur le daltonisme ou dyschromat.. par Wartmann.
— Lancette française, no 1 18 (8 octobre). - De l'inapt. à dise, les coul.
(extrait des journ. anglais).
1848 Annales d'oculistique, t. XX. — Découdé, Dali, dichrom. ou phénomènes d'achromatopsie.
1849. Annales d'oculistique, t. XXI, p. 180. — Wartmann, Dyschrom. temporaire.
— Presse médic. belge, no 18, p. 142. — Elie Wartmann, Cas de dyscr.
temporaire.
— Lancette française, n" 71, p. 286. — Cutter, Maladie oculaire pro-
duite par une décharqe de l'électricité atmosphér. (nous reproduisons cette observation^ Idem avec notes dans Gaz.hebdom.. 1849, 16 juin, n" 24, p. 465, et Gaz. médic, 1849, no 33, p. 64! . C 0 r n az , Hyper ch romatopsie .
Anncdes d'oculistique. t. XXII, p. 34 (observ. précitée de Cutter). Annales d'oculistique, t. XXII, p. 70, - D'Hombres-Firmas, 06.?. d'achrom.
1850 \nnales d'oculistique, t. XXIII, p. 42. - Cornaz, Dyschromatopsie. Annales d'oculistique, t. XXIII, p. 127. - D'Hombres-Firmas, Nouvelles observ. d'achrom.
1851. Annales d'oculistique, t, XXV, p. 3. - Cornaz, De Ihyperchromatopsie.
1833. Annales doculistique, t. XXVI, 31 déccmb., p. 28 ri, etJo.r». de
plupart des affections de la vue, ces noms, tirés en g-énéral du g-rec, sont, plus bizarres encore, malg'ré leur apparence scientifique, que le mal dont ils doivent re-
Sc/inn'rf^ s:), p. 340. — Georges Wilson, Chromalopseudopsie, ses dangers et les moyens d'en éviter la fréquence. 1854. Archiv. génér. deniédec, octobre, p. 482. — Wilson, Statistique, et nov.. p. 617, Potton, Daltonisme.
— Journ. de Prague, t. XI, p. 9 t. — Eichmann, Zicei Fœlle v. achromat.
— Union médicale, 8 avril, p. 174. — Pollon, Recli. sur le daltonisme . Journal de Schmidt, 85, p. 98 (très-détaiilé\
Bépert. d'optiq. moderne, par l'abbé Moigno, p. 622: Du daltonisme ou de Fimperf. innée dans le sens des couleurs. 1856. Lancette française, n" H9, p. 473. — Piorry, Sur la migraine.
Annalss d'oculistique, t. XXXIV, p. 284. — Krieger, Dyschromatopsie.
183". Annales d'ocniistique, t. XXVI, p. 251. — Georges Wilson, Cliromatopsie.
— Gazette médicale, n» 15, p, 24l. • - Edward Bronner, Cas de dalto-
nisme (extrait du Médical Times; le mémoire, traduit de l'anglais par le Pilate, existe dans les Ann. d'oculistique, t. XXXVII, p. 246, 1857).
— Annales d'oculistique. t. XXXVIIl. p. '275. — Lembert (de Lyon ,
Observ. de pseudocbromie.
— Weicher. De nonnuUis coloribus complementariis qna' singulis homi-
nibus apparent. Leipzig.
Clemens, Farbenblindheit wœhrend der Sclnvangaschafl. Archiv fiir phys. Heilknnde, n. V. XI, p. 41 ; Cliniq. europ.. 59. no 35, p. 280, Anomalie de la perception des couleurs pendant la grossesse.
Cliniq. europ.. n" 18, p. 137, coi. 2. - Trousseau, Cas d'achrovi.
Vnionméd.. n" 19. p. 302; Gazette des hôp., p. 150, el Annales d'oculistique. t. XLIII, p. 185.— Clemens. Cas de cécité pour les couleurs non congénitale.
Journal de Sclmidt, 103, p. 302.
Rose, Ueber die Wirl.ung der we.<ientlichen Bestandlheile der Warmhlûthen.
Cooper. Near sight. p. 160, sf|.
1860. — Archives de Graefe, t. II, p. 72 — Rose, T ./,.. v ■hintauscimngen.
1862. Union médic, n" 10'». p. 435. — Quelques olmrmtions sur lu sensibi-
lité de Vcp.il pour les couleurs.
1863. Sous. AdiaphanoM! translucide de la rétine, Bordeaux (et Espana
medica. 28 mai 1863, n" 391. p. 344).
1«*>6. Scliultzcr, Ueber den gelbev Flech der Retiaa... nul nuf Fnrbenhlindheit, Bonn,
présenter les symptômes. Voyons en effet quelques-uns de ces noms barbares, appartenant plutôt d'ailleurs à la science des livres qu'au lang-ag-e ordinaire. Gœtbe (1), croyant que la non-perception du bleu explique la confusion des couleurs, nomme cette imperfection akianobkpsie (a privatif, xuavo; bleu, pXe(j;eiv, voir) ; mais les yeux akianopses constituent un des cas seulement de l'achromatopsie. Il en est de même des termes anérythroblepsie (spuôpoç, roug-e; pls^j^t;, vue) de Ruete. Wardrop (2, propose coloured vision, qui s'applique plutôt à la chroopsie ou vision colorée des objets incolores, affection dont nous parlerons à propos du diag-nostic. Même remarque pour le mot chromopsie. Héling- dit achromafopsie{ix^ 'l^oilLy., couleur, oTUTÊffôai, voir), expression g*recque composée sig^nifiant autant que le colour blindness de Brewster (cécité des couleurs), plus courte, non moins euphonique et plus significative que daltonisme. Nous l'adopterons, concurremment avec le terme daltonisme qui est mieux connu ; elle est encore adoptée par M. J.-P. Durand (de Gros) dans son Essai de physiologie philosophique (1866). En proposant ^hromatopseudopsie (;i(^po[xaTwv (J^suSo; oj^iç, vue fausse dcs couleurs). Sommer et Szokalski ne comprennent pas le cas où la notion des couleurs est complètement abolie. Aussi Ruete applique-t-ilce mot à ceux qui voient ég'alement le vert foncé et le roug-e foncé. Taylor (3) dit encore dyschromatopsie (^uc, ypco[xa, oTvreaÔai, difficulté de percevoir les couleurs), titre préféré par M. Sous, qui le croit plus g-énéral (\n achromatopsie ; mais, nous le justifierons à l'in-
(1) Farbenlehre, t. H, p. 105.
("2) Essay on the morbid anatomie of lltc human eye.
(3) Scientific Memoir, p. 158.
stant. cette dernière qualification nous semblé ne pas caractériser seulement un cas particulier, l'absence totale de perception des couleurs. On trouvera ég'alement les expressions : pseudochromie (fausses couleurs)^ qui ne dit rien, dyschrosie^ chromatodysopsie^ chromatométablepsie (vue avec couleurs mauvaises), dont on ne comprend g*uère l'orig^ine ([jt-eTa, avec, pXei{;eiv, voir), parachromafisme . Le mot daltonisme, imag'iné par Prévost, est de beaucoup le plus répandu. Les Angolais nous ont reproché à son sujet une g'rande indélicatesse, parce qu'il rappelle ainsi l'infirmité personnelle d'une de leurs g'ioires nationales (1) ; mais, comme l'illustre physicien s'est montré sur ce point moins susceptible que ses compatriotes, et comme il n'a pas besoin qu'on immortalise son imperfection pour rester célèbre, l'euphémisme a fait passer outre, et nommer daltoniques ou daltoniens les sujets atteints de daltonisme. En fait, et bien que la nomenclature médicale ait consacré certaines affections maladie de Brig'ht, m. de Duchenne), sous le nom des auteurs qui, s'ils n'en étaient pas atteints, les ont les premiers décrites classiquement, — nous préférons au mot daltonisme le lerme achromatopsie, ou bien une traduction du colour blindness des Ang-lais. Nous verrons que Daltôn était loin de présenter le type de l'affection qui porte son nom. Nous pourrons conserver çà et là l'expression daltonisme en synonymie; elle est brève d'ailleurs et plus connue, mais il n'en est pas moins vrai que la désig-nation cécité des couleurs (en g-rec achromatopsie ; en allemand
M iWilson, dans sa Biorjraphie de Da/ion, écrit que, si cette façon fi'immortaliscîr le nom dos hommes illustres par leurs imperfections physKiuos passHitcn ^/sago, il faudrait qualifier In bf-gaiomont (\e Démosthenisme, la courburo de l'épine dor<a'n (VEnopisme, ni la perle d'un bras dn NeUoniitme !
Favheahlmdheit) peut s'appliquer à toutes les variétés d'yeux daltoniens. Il y a seulement des de^-rés dans cette cécité comme dans l'amaurose ; un amblyope qui disting'ue encore quelques doig-ts placés devant sa fig'ure n'en est pas moins frappé d'amblyopie ou amaurose commençante.