Pneumo-diorax
i3® Expérience. Si l’on fait une ouverture à la plèvre costale d’un cadavre dont la trachée n’a pas été liée et dont les voies aériennes sont libres , il s’introduit dans le thorax une grande quantité d’air, dont la pression, dans l’état normal , affaisse le poun mon. Alors, si la plaie de la poitrine est fermée, la percussion médiate donne un son tympanique qui ressemble à celui que fournit l’estomac distendu par des gaz et percuté sur les fausses côtes. Ce bruit est dillérent de la résonnance pulmonale que l’on obtient si l’on percute le côté qui n’a pas été ouvert. La nuance de son propre au pneumo-tho-
DANS l’état normal ET ANORMi^L. 8g
rax a toutefois un timbre different de celui qui appartient à l’estomac , et on peut encore distinguer avant l’ouverture le point où le viscère se trouve placé et celui où la plèvre est distendue par du gaz.
i4® Expérience'. Si l’on insuffle de l’air dans la poitrine , le pùénomène devient encore plus marqué, et la différence de son entre les deux côtés est plus grande.
On obtient des résultats du même genre sur des cadavres dont la putréfaction a produit le dégagement de fluides élastiques dans la cavité des plèvres.
Je n’ai point eu l’occasion d’observer le pneumothorax sur le vivant, depuis c[ue je m’occupe de l’exploration des organes par le plessimètre.
Les faits précédens me portent à Indiquer les signes sulvans obtenus par le plessimètre comme pathognomoniques d’un épanchement de gaz dans la plèvre :
1° Un son tympanlque très-clair, et qui le sera, d’autant plus que l’épanchement sera plus considérable, se fera observer du côté malade; il sera trèsdistinct du bruit pulmonal obtenu de l’autre côté.
2° Pour que le diagnostic soit convenablement établi, il faudra que l’on puisse distinguer le point où finit la plèvre de celui où l’estomac commence; car il pourrait se faire que ce dernier viscère , distendu par des gaz et s’élevant très-haut dans la cavité pleurale, simulât un pneumo-thorax.
3° Dans ce cas encore , les régions pulmonaires antérieure , latérale et postérieure , fourniraient supérieurement un son pulmonal , tandis que dans le pneumo-thorax un son plus tympan ique se ferait
go EXPL0RA.T10N DE LA. PlÆVRE
partout observer. Laennec pense, il est vrai , que ia percussion seule ne peut faire reconnaître un pneumo-thorax; mais tout ce qu’il dit à ce sujet n’a rapport qu’à la percussion directe, qui ne donne pas , dans le plus grand nombre de cas , la mesure du son produit. La percussion médiate établissant au contraire une échelle de gradation entre les sons fournis par les organes de capacité variée, peut très-bien faire reconnaître le pneumo-thorax sur le cadavre : je ne vols pas pourquoi elle ne le ferait pas distinguer sur le vivant.
D’ailleurs, ici comme dans tout autre cas , la percussion médiate, loin d’exclure l’auscultation, tire plus de lumière de la comparaison qu’on établit entre les deux méthodes. Ainsi, l’emphysème du poumon sera plus facilement distingué du pneumothorax à l’aide de la combinaison de ces deux modes d’investigation , que si l’on se servait exclusivement de la percussion médiate. Je crois cependant que, dans l’emphysème du poumon, le son aura toujours le caractère pulmonal, avec des nuances variées sur les dlfïérens points ou on l’entendra. Dans le piieumô-thorax , au contraire, la résonnance sera partout égale, et aura un caractère tympanique analogue au bruit produit par la percussion médiate de l’estomac.
M. C. Tarral vient de me communiquer un cas de pneumo-thorax observé sur un cadavre non putréfié chez lequel existait une communication lîstuleuso des bronches avec la cavité pleurale : la percussion médiate donna lieu aux signes précédemment indiqués.
DANS l’état normal ET ANORMAL. Ql
Diagnostic du pneumo-thorax .
Les signes de la collection de gaz dans la plèvre sont tout-à-fait tirés de la comparaison de la percussion et de l’auscultation, ainsi que de la mensuration , qui démontre que le côté le plus sonore est le plus dilaté (Laennec). Si l’un des côtés résonne plus que l’autre et qu’on n’y entende pas la respiration , il y aura tout lieu de penser ^u’il s’agit d’un pneumo-thorax (Laennec). Il pourrait arriver toutefois que le pneumo-thorax existât , bien qu’on entendît la respiration : une observation de M. le professeur Cayol prouve ce fait jusqu’à l’évidence. Cela n’est pas étonnant , puisque les fluides élastiques sont conducteurs du son , et puisque le bruit de la respiration du côté opposé pouvait se transmettre à travers le gaz contenu dans la plèvre malade, tout aussi bien qu’elle peut traverser le tube du stéthoscope.
C’est donc spécialement sur les différences de sonoréité données par la percussion à droite et à gauche , que le diagnostic pourra être établi ; et cela est si vrai que, dans l’observation précédente, M. le professeur Cayol reconnut, malgré la présence du bruit respiratoire, le pneumo-thorax que démontra plus tard l’autopsie cadavérique.
Or, s’il est vrai que , dans l’état actuel de la science, le diagnostic du pneumo-thorax soit principalement fondé sur la différence des bruits fournis par la pei’cussion , tout moyen qui , comme le ' plcssimèire , rendra ces différences plus sensibles , ric devra pas être négligé.
§ IV. Hyclro-pucimio-Üiorax.
i5' Expérience. Sur un cadavre dont la Iracliëe n’avait pas été liée, et dont le thorax présentait les sons divers appartenant à l’état normal, une ouverture fut faite à la plèvre : le poumon s’alFaissa , et une assez grande quantité d’eau fut injectée; la plaie extérieure fut alors fermée au moyen d’une ligature , pQur ne pas altérer ia nature des sons produits.
Le sujet présentait ainsi un véritable hydropneumo-thorax , puiscjue l’air atmosphérique s’était introduit dans la cavité pleurale, qui contenait aussi des liquides.
La percussion médiate donna un son tympan ique sur toutes les parties correspondantes aux Iluides élastiques , et un son médiocrement mat au dessous. C’était sur une ligne de niveau que les deux couches se succédaient. Des ponctions démontrèrent que l’on ne se trompait pas sur la hauteur du liquide.
La succussion hippocratic[ue donnait lieu au bruit de Ilot. La percussion médiate faisait entendre le son humorique sur le point correspondant à la couche supérieure du liquide.
Les nombreux faits de pneumo-thorax avec épanchement consignés dans la deuxième édition de V Auscultation médiate ont présenté en général des ])hénomènes analogues aux précédons sous le rapport de la succussion. Les plus fortes analogies portent donc à penser que, dans l’hydro-pneumo-thorax, on obtiendrait sur le vivant, par la percussion médiate, des dilférences de son très-caractéristiques.
dans l état normal et anormal. g5
Bien que dans riiydro-pneimio-thorax on puisse f tirer des signes précieux : T de la percussion directe , au moyen de la comparaison du volume du son ob- Itenu à droite et à gauche^ au dessus et au dessous de irépanchement; 2° de l’auscultation médiate, parle idefaut de respiration qu’on observe souvent, par le ttintement métallique qu’elle fait entendre ou par le bourdonnement amphorique; 3” de la succussion ipar le bruit de flot c|u’elle produit; je crois qu’il m’est pas superflu de joindre à ces moyens de diaginostic ceux que fournit la percussion médiate, et que, d’après des expériences cadavériques , je suis porte a admettre sur le vivant.
Ces signes peuvent être réduits aux suivans :
^ ■^^^“^^*^ssous du son tympanique du pneumo- Ihorax simple , se trouve un son moyen entre le carllial et le jécoral. Cette matité a lieu au dessous d’une ligne de niveau qui change de direction en raison le 1 attitude du malade , car le liquidegagne toujours îa partie déclive; 2“ le bruit humorique de la pertussion médiate peut se faire observer dans l’hydrorneumo-thorax , et sur les points où les gaz et les iquides sont en contact.
On conçoit au reste que le diagnostic se compose Cl des signes du pneumo-thorax, et de ceux d’un panchement pleurétique.
§ V. De la complication des adhérences avec des épanchemens dans les plèvres.
16® Expérience. Sur un des cadavres qui serirent a nos expériences , nous trouvâmes par la
g4 EXPLORATION DE LA PLÈVRE
percussion médiate tous les caractères assignés à un épanchement pleurétique situé à gauche (voyez: pag. 78 et 7g) : le nive^iu changeait Lien en raison de l’attitude du sujet, mais au dessous de lui se trouvait un endroit où existait un son clair qui était toujours le même quelle que fût la position du cadavre. A l’autopsie, nous trouvâmes sur ce point uneadhérence assez étroite de la plèvre pulmonale à lai plèvre costale. Les autres parties de l’organe et des parois comprises au dessous du niveau se trouvaient séparées par une quantité de liquide assez considérable.
17* Expérience. Un cadavre dont le thorax avait étié ouvert à droite par une petite incision sans que la trachée artère fût liée , et qui présentait en conséquence un véritable pneumo-thorax, offrait à la percussion et dans un espace très-limité le son pulmonal , bien que tout autour de cet espace un bruit tympaniquesefît entendre. A l’ouverture, on trouva une adhérence de peu d’épaisseur sur le point où le son avait été obtenu; ailleurs , le poumon qui était sain avait été éloigné des côtes par la pression de l’air atmosphérique.
Dans ces deux cas la percussion directe était loin de donner des résultats aussi exacts.
Qu’il me soit permis de déduire de ces faits les analogies suivantes :
1 ° Quand , dans un épanchement pleurétique dont le niveau aura été reconnu et dont on aura constaté la présence par plusieurs changemens d attitude du malade, on trouve à la partie déclive et au dessous de l’épanchement le son pulmonal dans un espace
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entouré par le bruit plus mat du liquide , on doit présumer qu’il y a des adhérences sur ce point, et que le poumon y est sain ;
2“ Si, dans le pneumo-thorax , on rencontre un son pulmonal dans un espace circonscrit, et que cet espace soit entouré par un bruit tympanique, tout portera à penser que le poumon est retenu sur ce point par une adhérence. Le degré de matité sur ce point central fera juger de l’épaisseur et de la disposition de celle-ci.
M. Tarral a constaté récemment un fait de ce genre sur le cadavre d’un phthisique.
L’auscultation faisant ou non entendre la respiration sur le point adhérent, les râles ou la pectoridoquie pouvant y être saisis , on pourra dès-lors , lusqu’à un certain point, juger de l’état de la portion lie poumon en contact avec les parois thoraciques.